Didier Deschamps : le grand Bleu

30072018

Le goût de la fête, le dégoût de la défaite.

 

DD

Au lendemain de la victoire de la France en finale de la coupe du monde en Russie, la RATP a rendu hommage aux bleus en rebaptisant 6 stations de métro. La station Victor Hugo Lloris, On à deux étoiles, Nous Avron gagné, Clémenceau-Deschamps Elysées, Notre Didier Deschamps et Bercy les Bleus sont autant de clins d’œil au succès des tricolores. On n’a toujours pas croisé Zizou dans le métro. Entre la victoire de l’équipe de France en 1998 et celle en 2018, Didier Deschamps est le trait d’union entre deux générations de footballeurs surdoués.

Qui est Didier Deschamps ?

D comme Défenseur

E comme Entraineur

S comme Sélectionneur

C comme Capitaine

H comme Honneurs

A comme Amour

M comme Marseille

P comme Pays-Basque ou Punching-ball

S comme Sacre Suprême

 

Antoine de St Exupéry disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible et c’est pour ça qu’ils l’ont fait. »

Didier Deschamps est entré dans la légende du football en devenant le troisième homme à conquérir le trophée de champion du monde en tant qu’entraîneur après l’avoir déjà remporté en tant que joueur.

Seuls deux hommes avaient réalisé une telle prouesse avant lui. Mario Zagallo a été champion du monde avec le Brésil en 1958 et en 1962 en tant que joueur, puis en 1970 en tant que sélectionneur.

Franz Beckenbauer a été champion du monde avec la RFA en 1974 dans le rôle de joueur avant de soulever la coupe du monde en 1990 avec l’Allemagne réunifiée dans le rôle de sélectionneur.

Didier Deschamps est donc devenu une légende vivante du football et permet à la France de rentrer dans le club des pays à posséder deux étoiles sur son maillot avec l’Argentine (championne du monde en 1978 et en 1986) et l’Uruguay (championne du monde en 1930 et en 1950).

Seuls trois autres pays ont fait mieux : l’Allemagne, l’Italie comptent quatre étoiles, et le Brésil détient avec 5 étoiles, le record de victoires en coupe du monde.

Didier Deschamps est en quelque sorte tombé dans la potion magique du sport quand il était tout petit.

Originaire de Bayonne, il est né le mardi 15 Octobre 1968 en fin d’après-midi pendant les jeux Olympiques de Mexico.

Son père, Pierre Deschamps, évoluait troisième ligne au Biarritz Olympique, le club de rugby du légendaire Serge Blanco.

Avec un papa exerçant le métier de peintre en bâtiment à la direction départementale de l’Equipement des Pyrénées-Atlantiques et une mère commerçante en laine, Didier Deschamps passe son enfance à Anglet au Pays-Basque. A 11 ans il démontre des aptitudes physiques hors du commun en devenant champion de France scolaire sur 1000 mètres. A 12 ans, il prend une licence au club de l’Aviron Bayonnais dont le stade de 3500 places porte aujourd’hui son nom : le stade Didier Deschamps. C’est un club de football qui a formé avant lui l’insaisissable ailier gauche de St Etienne, Christian Sarramagna, et après lui, le gardien de but, Stéphane Ruffier.

Il s’inscrit dans ce club car son aversion innée pour la défaite l’incite à choisir une équipe compétitive.

Il se révèle très vite comme un joueur surdoué, qui surclasse ses adversaires. Les grands centres de formation lui font les yeux doux à l’instar de l’AJ Auxerre ou des Girondins de Bordeaux. On raconte que Claude Bez, le truculent président des Girondins de Bordeaux des années 80 se serait déplacé en personne avec son directeur sportif, Didier Couecou, pour l’enrôler. Il débarqua un jour à bord de sa Rolls Royce immatriculée 11GB33 (11 comme le nombre de joueurs d’une équipe de football, GB comme les Girondins de Bordeaux et 33 comme le département de la Gironde). L’inénarrable président des Girondins arborait souvent un Makila, ce bâton traditionnel des bergers Basques avec une dague à son extrémité. C’est lui qui tira vers le haut tout le football Français en faisant appel au début des années 80 à Raymond Goethals pour entraîner les Girondins de Bordeaux, puis à Aimé Jacquet avant de refaire appel à Raymond Goethals à la fin des années 80. Il eut le nez creux et fut un précurseur puisque quelques années plus tard, Raymond Goethals, permis à l’Olympique de Marseille de devenir le premier club Français à remporter la champion’s league avec Didier Deschamps comme capitaine. Aimé Jacquet, remporta la coupe du monde en tant que sélectionneur des Bleus, avec Didier Deschamps comme capitaine. Le grand-père de Didier Deschamps n’aurait pas apprécié les méthodes de maquignon du président Girondin. Mais la route de Didier Deschamps devait forcément croiser plus tard celle de Claude Bez…

Didier Deschamps choisit finalement le centre de Formation du FC Nantes qu’il intègre en 1983. C’est à cette époque qu’il noue un lien d’amitié très fort avec Marcel Desailly qu’il retrouve en équipe de France, à l’Olympique de Marseille, et plus tard à Chelsea.

Les deux hommes sont liés par un drame familial. Ils vont perdre leur frère aîné à quelques années d’intervalle. Le 18 Novembre 1984, Marcel Desailly perd son demi-frère Seth Adonkor dans un accident de voiture. A bord du véhicule, un autre espoir Nantais, Jean-Michel Labejof, perd la vie. Ce dernier était originaire de Longjumeau… comme Benjamin Mendy. C’est Didier Deschamps qui prend la responsabilité du haut de ses 16 ans de lui annoncer cette nouvelle puisqu’aucun dirigeant Nantais n’a eu le cran de le faire. Seth Adonkor s’était imposé dans la défense Nantaise et servait d’exemple pour son jeune frère, Marcel.

En 1987, c’est un crash d’avion dans la banlieue de Bordeaux qui coûte la vie au frère aîné de Didier Deschamps : Philippe Deschamps. Il avait 22 ans et évoluait en tant que footballeur au centre de formation de Nantes. Ce fut une épreuve douloureuse pour le Bayonnais alors âgé de 19 ans. Le chagrin envahit alors sa famille. Pour reprendre sa place aux yeux de ses parents, Didier Deschamps se consacra au football et se mit au défi de percer.

 

D comme Défenseur

En tant que joueur, Didier Deschamps a évolué au poste de milieu défensif tout au long de sa carrière. Ce n’était pas un joueur spectaculaire mais il effectuait les tâches ingrates de l’ombre, qui consistaient à faire déjouer les adversaires, à tacler. C’était un joueur besogneux, assez talentueux pour se faire obéir du ballon mais il n’avait pas le bagage technique d’un grand joueur qui lui aurait permis de faire la différence dans un match sur un simple geste.

Dans le football, il y a les architectes et les maçons. Et ce n’est pas au pied du mur qu’on juge le maçon… c’est au sommet. D’ailleurs Didier Deschamps affirmait : « Comme dans la vie ! Sur le terrain, je n’étais pas un architecte, mais cela ne me gêne pas, j’ai été un bon maçon. Quand j’étais joueur, je savais que je n’étais pas irremplaçable, mais je faisais toujours en sorte d’être indispensable. »

En tant que joueur, il s’est très vite imposé pour son charisme et ses qualités de meneur d’hommes. Il fut le premier capitaine d’un club français à soulever la champion’s league, qu’on appelle aussi la coupe aux grandes oreilles. Leader de l’équipe de France sous l’ère Aimé Jacquet, il fut le relais du sélectionneur sur le terrain. Fin stratège, il a également orienté le sélectionneur dans ses choix tactiques.

 

E comme Entraîneur

Depuis ses jeunes années au centre de formation du FC Nantes, Didier Deschamps s’est frotté aux plus grands entraîneurs du monde qui ont joué un rôle de mentors dans sa carrière. On peut citer à Nantes Jean-Claude Suaudeau et Reynald Desnoueix qui ont été les chantres du jeu à la Nantaise. Suaudeau affirmait : « C’est quoi le geste le plus important et le plus difficile dans le foot ? Platini dit que c’est le contrôle. Alors moi je dis « Non », je dis « on joue sans contrôle ». » Le jeu à la Nantaise à une touche de balle a enchanté le football Français durant les années Suaudeau et même au-delà. De ses jeunes années Nantaises, il apprendra que dans une équipe de football, la force du collectif est plus grande que le talent individuel, le tout est plus important que la somme des parties. Mais étrangement, Deschamps va davantage apprendre du réalisme de coachs tels que Raymond Goethals à l’Olympique de Marseille, Aimé Jacquet en équipe de France ou encore Marcello Lippi à la Juventus de Turin qui préféraient au romantisme du jeu à la Nantaise, un football plus pragmatique dont l’efficacité redoutable a été la marque de fabrique. L’important c’est de gagner, ce n’est pas de jouer.

Intronisé entraîneur de l’AS Monaco en 2001, il passe une première saison chaotique au cours de laquelle l’AS Monaco évite la relégation de justesse en terminant à la quinzième place. Mais dès la saison 2003, il conquiert son premier titre avec l’AS Monaco en remportant la coupe de la ligue. La saison suivante, contre toute attente, il parvient à propulser son équipe en finale de la Champion’s league contre le FC Porto de José Mourinho. Au cours de son épopée Européenne, il s’est appuyé sur une défense jeune et inexpérimentée avec Givet, Rodriguez, Squillaci ou encore Evra. Mais avec des petits moyens, il a réussi à faire de grandes choses. Il crée une saine émulation au sein de son groupe et tel un pygmalion, il révèle des talents en mettant sur orbite une nouvelle génération de joueurs. L’AS Monaco de Deschamps a réalisé un exploit mémorable en quart de finale contre le Réal de Madrid de Figo, Zidane ou Ronaldo. Après avoir été défait au match aller au Stade Bernabeu sur le score de 4 à 2, l’AS Monaco renverse la situation au match retour et se qualifie en battant les galactiques 3 buts à 1.

Plutarque écrivait : « Une armée de cerfs conduite par un lion est cent fois plus redoutable qu’une armée de lions conduite par un cerf ».

En demi-finales, alors qu’ils sont réduits à 10 contre 11 en seconde mi-temps, les Monégasques battent le Chelsea de Marcel Desailly, de John Terry ou de Franck Lampard sur le score de 3-1 en Principauté. Au match retour à Londres, l’AS Monaco assure sa qualification pour la finale en concédant un match nul 2-2.

A 35 ans, Didier Deschamps ne devient pas le plus jeune coach à remporter la Champion’s league car l’AS Monaco s’incline en finale 3-0 contre le FC Porto de José Mourinho. Il peut également nourrir le regret de ne pas intégrer le club très fermé des personnalités à avoir remporté la Champion’s league à la fois en tant que joueur et en tant qu’entraîneur.

Mais l’histoire retient qu’avec Monaco, Didier Deschamps a réalisé l’impensable, en s’offrant une finale de Champion’s league tout en disposant de moyens très modestes.

Au lendemain de la coupe du Monde 2006, la suite de sa carrière d’entraîneur se poursuit du côté de Turin où la Juventus, club avec lequel il a remporté la deuxième Champion’s league dans sa vie de joueur, l’enrôle avec pour objectif de remonter le club en Série A. Car les Turinois avaient été administrativement rétrogradé en Série B suite au scandale des matchs truqués et devaient commencer la saison avec une pénalité de 17 points. Mais le Comité Olympique Italien diminua de 8 unités la sanction qui passa de 17 à 9 points. Le 28 Octobre 2006, suite à la victoire de la Juventus le lendemain de cette décision en battant le club de Frosinone grâce à un but de Del Piero, Deschamps déclara : « Avoir onze points de plus en deux jours, cela ne m’était jamais arrivé dans ma carrière ! » A Turin il remplit son contrat en remontant le club en Série A mais il quitte subitement les bianconeri à la fin de sa première saison n’ayant pas toute latitude pour préparer la nouvelle saison et recruter.

A Marseille, le club où il a conquis dans sa carrière de joueur sa première Champion’s league, Didier Deschamps prend la lourde succession d’Eric Gerets en 2009. Avec Deschamps, l’OM renoue avec le succès en championnat de France après 17 ans de disette. Il gagne le championnat de France 2010, remporte trois années consécutives la coupe de la ligue en 2010, 2011 et 2012. Il remporte enfin deux trophées des champions en 2010 et en 2011.

Le parcours d’entraîneur de Didier Deschamps en club est jalonné de succès et de trophées. Son départ de l’OM en 2012 est concomitant avec la non reconduction de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France après l’Euro. Deschamps est nommé par Noël Le Graët pour remplacer Laurent Blanc.

Une carrière de sélectionneur s’ouvre à lui…

 

S comme Sélectionneur

Devenu sélectionneur, Didier Deschamps a compris, n’en déplaise à ses détracteurs, qu’une grande équipe ne se construisait pas avec les onze meilleurs mais avec le meilleur onze. Soucieux de créer une dynamique positive et une osmose au sein de son effectif, Didier Deschamps a toujours privilégié le groupe sur les individus.

Pour atteindre cet objectif, il a dû tenir tête depuis sa prise de fonction à la génération « why » qui correspond à une tendance générationnelle dont les stéréotypes sont : la génération du « pourquoi ? », l’interconnexion, l’impatience, la culture du lol qui pose une distance par rapport au monde et aux puissants, etc.

On l’appelle génération « why » en raison de leur remise en cause systématique des contraintes qu’on peut leur imposer.

Au lendemain de Knysna en 2010, Roselyne Bachelot évoquait au micro de l’Assemblée Nationale un « désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé  et sans autorité. » Cela donne une idée du chantier auquel Laurent Blanc puis Didier Deschamps se sont retrouvés confrontés. Est-il nécessaire de rappeler par exemple le comportement de Yann M’Vila pendant l’Euro 2012 qui a été stigmatisé. Au moment de son remplacement contre l’Espagne en quart de finale, il n’aurait ni saluer le coéquipier qui le remplaçait, Olivier Giroud, ni son coach. Pire, il s’offrit une virée nocturne le samedi 13 Octobre 2012 en plein rassemblement de l’équipe de France espoirs au Havre, afin d’aller en boîte de nuit à Paris, alors que les Bleuets avaient devant eux un match décisif à négocier en Norvège (perdu 5-3, le 16 Octobre 2012).

« Même dans le pire scénario tu te dis que ce n’est pas possible. C’est hallucinant. Je ne sais pas ce qui peut leur passer par la tête. » Car dans sa grande évasion, M’Vila était accompagné de quatre autres joueurs : Chris Mavinga, M’Baye Niang, Wissam Ben Yedder et un certain Antoine Griezmann. Sauf que fort de son statut et de son présumé rôle de « grand frère », c’est l’Amiénois M’Vila qui subit la suspension la plus longue et se retrouve ipso facto privé de Mondial au Brésil. Les quatre autres s’en sont mieux sortis, avec une suspension ramenée seulement jusqu’au 31 Décembre. On peut également citer les turpitudes nées suite à la célébration du but égalisateur contre l’Angleterre à l’Euro 2012 et des injures proférées par Samir Nasri à l’encontre des médias. Pour redorer le blason de l’équipe de France et véhiculer auprès du public une meilleure image des bleus on avait espéré mieux… Le spectre de Knysna est encore présent. C’est pour cette raison que Noël Le Graët voit en Didier Deschamps l’homme idoine pour remettre de l’ordre dans la maison bleue et relancer en ordre de bataille l’équipe de France. Devant ce conflit générationnel qui mine les Bleus depuis 2008, DidierDeschamps est confronté à la difficulté de travailler avec cette génération « why ». Il perçoit toutefois la problématique qui tient en deux mots, argent et agent. Pour un jeune joueur, ce succès rapide constitue un miroir aux alouettes…

« En équipe de France, il y a un devoir d’exemplarité. » tient à rappeler Didier Deschamps

Donner l’exemple est mieux que de le suivre. Mais en ayant réussi les deux au cours de sa carrière, Didier Deschamps dégage une certaine légitimité auprès de ses joueurs ! Comme le disait à juste titre Gustave Le Bon : « La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence. »

Avec Didier Deschamps à la tête des bleus, le public Français va très vite se réconcilier avec son équipe Nationale, grâce à un sélectionneur qui associe la compétence à l’autorité.

 

C comme Capitaine

Didier Deschamps a souvent porté le brassard de capitaine. Son leadership s’impose en dehors du terrain où il développe une certaine autorité sans être autoritaire. Il sait notamment tenir tête à Bernard Tapie qui après l’avoir enrôlé à Marseille en 1990, le prête dans un premier temps à Bordeaux. Il croise à cette occasion la route du célèbre président Bordelais, Claude Bez. Mais à son retour à Marseille, à la fin de la saison, Bernard Tapie envisage à nouveau de le prêter au PSG pour la saison 91-92. Didier Deschamps prend alors son téléphone et va montrer un trait de son caractère en défiant le président Marseillais Bernard Tapie. On découvre alors que son élan naturel est de se poser, de s’imposer et souvent de s’opposer aux autres. Face à Tapie, Deschamps expose ses arguments pour l’infléchir et le convaincre de son désir et de son aptitude à s’imposer dans l’effectif de l’OM. Bien que sceptique, Bernard Tapie, donna néanmoins les moyens à Deschamps de réussir. C’est ainsi qu’il fut le premier capitaine Français à 25 ans, d’un club Français, l’Olympique de Marseille, à brandir la Champion’s league. Il fut le premier capitaine de l’équipe de France à 30 ans à brandir la coupe du monde en 1998. Et deux ans plus tard, il remporta le championnat des nations dont il souleva le trophée.

En tant que capitaine des bleus, il porte la parole d’Aimé Jacquet au sein des joueurs. Il est son relais sur le terrain. Aimé Jacquet se rendit régulièrement à Turin à l’époque où Didier Deschamps évoluait à la Juventus pour échanger sur le plan tactique avec son capitaine. Jacquet porte une oreille attentive à son milieu de terrain. Dans « Didier Deschamps face à l’histoire », Philippe Grand nous relate ce qu’il se passa en finale de la coupe du monde 1998 quand Marcel Desailly fut expulsé à vingt minutes de la fin. La France menait 2-0 mais à 11 contre 10, les Brésiliens avaient la possibilité de se relancer dans le match. Didier Deschamps aurait alors repositionné Emmanuel Petit en défense centrale et aurait demandé à Zinedine Zidane de se décaler au milieu à gauche. C’est de sa nouvelle position en défense centrale qu’est parti Emmanuel Petit pour inscrire le troisième but qui donna naissance à la chanson « Et un, et deux et trois zéro » passé dans la postérité.

Philippe Grand explique également dans son remarquable livre que lors de la finale de l’Euro 2000, alors que l’Italie menait 1-0 et que tous les joueurs commençaient à abdiquer, Didier Deschamps y croyait toujours et était le seul à renoncer au renoncement. Alors que les médias ont encensé le coaching gagnant de Roger Lemerre, Philippe Grand explique que c’est Didier Deschamps qui interpelle Roger Lemerre pour lui faire remarquer : «  C’est sur la gauche que ça va passer. » Lemerre a le bon sens d’écouter son capitaine en faisant entrer Robert Pirès côté gauche à la surprise générale. Un instant plus tard, alors que tous les remplaçants Italiens sont debout devant leur banc de touche près à se congratuler au coup de sifflet finale, Sylvain Wiltord égalise, côté gauche. Puis, en prolongation, Robert Pirès, fait la différence… côté gauche et permet à Trezeguet de devenir définitivement Trezegol, grâce à sa reprise victorieuse. Un but en or qui offre le titre aux bleus.

Sous le capitanat de Didier Deschamps, l’équipe de France a joué à 54 reprises et n’a concédé que 4 défaites, toutes par un seul but d’écart.

 

H comme Honneurs

Didier Deschamps possède le plus beau palmarès du football Français. Son palmarès contient autant de titres que les rayonnages d’une bibliothèque.

Avec Marseille, il remporte le championnat de France en 1990 et en 1992, la champion’s league en 1993. Avec la Juventus de Turin, il gagne à nouveau la Champion’s league en 1996, puis la coupe intercontinentale et la supercoupe d’Europe cette même année. Il est champion d’Italie en 1995, 1997 et 1998, remporte la coupe d’Italie en 1995 et gagne la Supercoupe d’Italie en 1995 et en 1997. Avec Chelsea, il ajoute en 2000 la Cup dans son palmarès.

En tant que joueur de l’équipe de France, il gagne la coupe du monde en 1998 et le championnat d’Europe des nations en 2000.

Seul point noir dans sa carrière, il n’a jamais gagné la coupe de France.

Devenu entraîneur, il gagne la coupe de la Ligue avec Monaco en 2003, il gagne le championnat d’Italie de Série B avec la Juventus en 2007. Il est ensuite champion de France avec Marseille en 2010 et gagne trois années d’affilée la coupe de la ligue en 2010, 2011 et 2012. Il remporte aussi le trophée des champions en 2010 et en 2011.

Devenu sélectionneur de l’équipe de France, il est champion du monde en 2018.

Comme il le dit lui-même : « Une bonne saison, c’est d’abord gagner des trophées. »

 

A comme Amour

Au cours de cette coupe du monde 2018 en Russie, Didier Deschamps s’est rapproché de ses joueurs, en leur prodiguant des conseils. On le voit enlacer affectueusement ses joueurs tels Kylian Mbappé ou Antoine Griezmann pour les féliciter ou les encourager. Cette proximité avec son groupe participe au succès des bleus. Le coach a su se faire aimer et fédérer ses joueurs autour de son projet. Il leur a transmis sa soif de victoire. Dans le documentaire « Au cœur des bleus », on voit notamment son homme lige, Paul Pogba, visionner la finale de l’Euro 2000 et les images de liesse autour de Didier Deschamps qui brandit le trophée. Le coach sert d’exemple pour ses joueurs. En imposer pour ne pas avoir à imposer voilà en quoi consiste le charisme de Didier Deschamps à la tête de l’équipe de France !

Depuis le match de barrage remporté en Novembre 2013 sur le score de 3-0 contre l’Ukraine, alors que la France avait perdu à Kiev 2-0 au match aller, Didier Deschamps a réconcilié les Bleus avec le public.

Il a su insuffler à son groupe un nouvel état d’esprit en leur inculcant l’amour du maillot. Comme le disait Jacquet, son modèle : « Ce n’est pas le fait de porter le même maillot qui fait une équipe, c’est de transpirer ensemble. » Tout le mérite de ce sélectionneur à été de préserver la cohésion de son équipe face à des égos surdimensionnés. Ce qui fait un collier, ce n’est pas la perle mais le fil. Pour créer une osmose au sein de son groupe il a sacrifié des grands talents individuels qui n’étaient pas solubles dans le vestiaire bleu. Il a exigé de ses joueurs un engagement total envers l’équipe, une abnégation de chacun pour que la réussite du groupe prime sur les intérêts individuels.

 

M comme Marseille

Le destin de Didier Deschamps est lié à ce club où il a remporté sa première champion’s league comme joueur. L’ironie du sort, ou plutôt l’ironie du sport veut que le directeur sportif de l’OM sous l’ère Tapie, Jean-Pierre Bernès, est celui qui l’a recruté en 1990. Vingt ans plus tard, devenu l’agent de Didier Deschamps, c’est lui qui le fait revenir à Marseille comme entraîneur.

Après avoir été champion de France deux fois avec l’OM en tant que joueur, il permet à l’OM de remporter le titre de champion de France en 2010 et de mettre fin à 17 ans de disette. C’est grâce à cette ville où tout est exagéré et où la mesure de l’amour pour le football est la démesure qu’il va trouver une rampe de lancement dans sa carrière de joueur puis d’entraîneur. À Marseille comme à la Juventus Deschamps a eu à cœur de rendre à ses clubs en tant qu’entraîneur tout ce qu’ils leur avaient apporté en tant que joueur.

 

P comme Punching ball

Didier Deschamps a essuyé des critiques pour ses choix qu’il a assumé et pour le style de jeu de son équipe.

Les Bleus sont à Metz pour disputer et gagner (3-0) face à l’Ecosse leur dernière rencontre de préparation à l’Euro 2016 lorsque le sélectionneur apprend que sa maison de Concarneau a été taguée du mot « raciste ». Attaqué personnellement, et injustement, il a été également la cible de son ancien coéquipier aux Girondins de Bordeaux et en équipe de France, Christophe Dugarry. Devenu chroniqueur, Dugarry fustige le style de jeu de l’équipe de France et les choix du sélectionneur. Il lui reproche notamment de prendre en otage l’équipe de France pour régler ses comptes personnels avec certains joueurs.

Comme la plupart des journalistes, ces chroniqueurs de pacotille n’ont qu’une seule règle : « On lèche, on lâche, on lynche. » Et depuis le triomphe des bleus à la coupe du monde, ils ont même inversé l’ordre des choses…

Durant cette coupe du monde 2018, la France a plus vaincue que convaincue.

Entre la poésie du jeu à la Nantaise et la prose du football Italien, Deschamps a tranché.

Pour comprendre ses orientations, il faut remonter à ce quart de finale de la coupe du monde 1998 entre la France et l’Italie. A l’issue d’un match nul de 0-0, la France remporte au bout du suspense la séance de tirs aux buts.

La presse transalpine qualifie ce quart de finale de coupe du monde de match entre l’Italie et une sélection des meilleurs étrangers du championnat Italiens dont Desailly, Deschamps, Boghossian, Thuram, Djorkaeff, Zidane, Candela sont les représentants. Au lendemain de la victoire des bleus, la Presse Italienne titra : « On a enfanté des monstres » Deschamps confirmera plus tard : « C’est le foot Italien qui nous avait préparé à gagner enfin des titres. »

Pragmatique, Didier Deschamps commenta : « Lorsque je jouais, on n’a pas toujours été séduisants, mais à la fin je ne retiens que mes résultats et mon palmarès. » Tel est l’antagonisme dont il est l’incarnation absolue, entre le romantisme et le réalisme.

Certains reprochent son style de jeu défensif, et dans cette coupe du monde, ses détracteurs à l’instar du gardien de but Belge Thibault Courtois, ont affirmé en mauvais perdant, que la France pouvait gagner sans jouer…

Mais comme Didier Deschamps l’a déclaré lui-même : « Un bon entraîneur est un entraîneur qui gagne même en jouant mal. »

L’équipe de France championne du monde 2018 porte dans son ADN le style de ce football réaliste, défensif, qui s’appuie sur un bloc équipe et qui pratique le catenaccio.

 

S comme Sacre suprême

Cette victoire appartient aux joueurs mais le mérite de Didier Deschamps a été de permettre à des hommes ordinaires de réaliser des choses extraordinaires. Il y a deux ans, Benjamin Pavard supportait les Bleus durant l’Euro 2016 dans la fan zone de Lille où il était pris en photo avec ses amis. Qui aurait imaginé que deux ans plus tard il inscrirait avec l’équipe de France le plus beau but de cette coupe du monde en Russie?

Mais le mot de la fin revient à DD :

« Chacun d’entre vous dans les jours, les semaines, et les mois à venir, vous emprunterez des routes différentes, mais vous serez lié à vie par cette coupe-là », lance-t-il dans les vestiaires après la finale de la coupe du monde 2018 contre la Croatie. « A partir de ce soir-là vous n’êtes plus les mêmes les mecs, vous savez pourquoi ? Parce que Champiooooooooons du monde !!!!!!!! »

 

Les détracteurs de Didier Deschamps insistent sur sa chance et cette bonne étoile qui l’accompagne. Ils ont tort. Car il n’y a pas plus chanceux que celui qui croit à sa chance. Et la chance de Didier Deschamps qui se matérialise par le plus beau palmarès du football Français ne doit rien au hasard. D’ailleurs, la carrière de joueur de la Dèche nous montre qu’il n’en a pas toujours eu. Il a commencé par un échec en coupe Gambardella en 1986 à Gerland à Lyon, en levée de rideau de la finale de la coupe des vainqueurs de coupe qui opposait l’Atletico de Madrid au Dynamo de Kiev. Le FC Nantes de DD, s’est incliné ce jour-là aux tirs aux buts contre l’AJ Auxerre. En équipe de France, il a connu des échecs retentissants qui l’ont privé de deux coupes du monde. Le premier revrrs remonte en 1990, quand la France ne se qualifie pas pour le mondial en Italie, devancée dans son groupe par la Yougoslavie et l’Ecosse.

En 1993, il reste deux matchs à l’équipe de France à jouer, et un seul petit point à engranger pour valider le billet de qualification à la coupe du monde aux Etats-Unis. Ces deux matchs ont lieu en France mais les bleus perdent le premier contre Israël 3-2 alors qu’ils menaient 2-1. Et le dernier match contre la Bulgarie a défrayé la chronique avec la défaite des bleus 2-1 sur un but inscrit par Kostadinov dans les ultimes secondes. Et comme la chance n’a pas toujours souri à Didier Deschamps, est-il utile de rappeler que le but de Kostadinov était illégal… En effet, Emil Kostadinov, tout comme le passeur décisif du second but, Luboslav Penev, n’avaient pas un visa valide pour entrer sur le territoire Français. Ils ont fait appel à leurs coéquipiers Mikhailov et Georgiev qui évoluaient à Mulhouse pour passer illégalement en France en venant de l’Allemagne en voiture via un poste frontière peu sécurisé.

Didier Deschamps en tant qu’entraîneur a été également désavantagé par le destin en finale de la Champion’s League avec Monaco. Il perd dès la 21ème minute de la finale de Champion’s League contre Porto son meilleur atout offensif : le feu-follet Ludovic Giuly touché aux adducteurs.

Et ceux qui insistent à tort sur la chance de Didier Deschamps oublient également l’échec de l’équipe de France en finale de l’Euro 2016 à cause d’un poteau. « On le refait dix fois, on le gagne neuf fois, j’ai l’air malin de dire ça, mais c’est la vérité. » dira beaucoup plus tard Didier Deschamps.

La chance est bien souvent un hasard qui se provoque. Le seul endroit où le succès précède le travail est dans le dictionnaire.

Tout se passe comme si en insistant sur la prétendue chance de Didier Deschamps, ses détracteurs cherchaient à minimiser des années de travail et d’efforts tout en justifiant les inepsies qu’ils ont pu débiter sur son compte.

La chance n’a pas toujours souri à Didier Deschamps. Mais il a su faire de ses échecs le fondement de sa réussite car la chance ne sourit qu’aux audacieux !

Pour Didier Deschamps, seule la victoire est belle. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse du succès. Ce qui compte ce n’est pas de jouer, c’est de gagner.

Didier Deschamps est l’homme des records mais il n’est pas encore l’homme de tous les records. Comme le disait Michel Platini, qui en 1989, l’a adoubé en équipe de France, en étant le premier à le sélectionner contre la Yougoslavie : « Didier Deschamps gagnera plus de titres comme entraineur que comme joueur. »

Didier Deschamps n’est pas né sous une bonne étoile. C’est deux bonnes étoiles qui sont nées sous Didier Deschamps. Et le football Français lui en sera reconnaissant pour l’éternité !

Comme dirait Oscar Wilde : « Il faut viser la lune, parce qu’au moins, si vous échouez, vous finirez dans les étoiles. » À l’instar de Jacques Mayol qui repoussa avec la plongée en apnée les limites de son corps, Didier Deschamps est ce grand Bleu qui a atteint le sommet de la montagne et qui continue de grimper.




Au Brésil, le ballon est une femme…

5072018

Le football a un royaume : il s’agit du Brésil. Le Brésil, c’est la patrie du football. Depuis que la coupe du monde existe, le Brésil n’a raté aucune édition. 21 participations en 21 coupes du monde. De plus, il détient le record de victoires en coupe du monde avec 5 étoiles sur son maillot, la seleçao a remporté les éditions de 1958, 1962, 1970, 1994 et 2002. Pelé est le seul joueur de l’histoire à avoir remporté 3 coupes du monde. Mario Zagallo est avec Franz Beckenbauer le seul à avoir remporté la coupe du monde d’abord en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. Le football s’inscrit dans le roman national de ce pays.

C’est tout le paradoxe du football au Brésil d’avoir été importé par les Anglais qui voyaient le reste du monde comme une île gigantesque qu’il fallait civiliser. Né dans les Public School Anglaises et pratiqué par une élite sociale, le football est d’abord l’apanage de l’aristocratie anglaise. Mais il devient populaire et se démocratise car il ne nécessite pas d’équipements, ou d’investissements pour le pratiquer. C’est donc les descendants d’esclaves noirs et les populations des favelas qui se réapproprièrent le football. Ce sport devient très vite un moyen d’ascension sociale et d’intégration pour la société Brésilienne.

Qui connaît Charles Miller au Brésil ?

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Fils de John Miller, un ingénieur Ecossais arrivé au Brésil pour travailler pour la Sao Paulo Railway Company et de Carlotta Fox, une Brésilienne d’origine Anglaise, Charles Miller part en Angleterre à Southampton suivre ses études. Il y découvre le Rugby, le Cricket et le Football dans lequel il se distingue pour ses qualités d’attaquant au Corinthian FC puis au Southampton St Mary’s FC. A la fin de ses études, il retourne au Brésil pour travailler pour la Railway Company. Dans ses valises, il apporte deux ballons usés, une paire de crampons, un livre sur les règles de la football Association, des vieux maillots et une bombe pour regonfler les ballons. Il organise le 18 Avril 1894 le premier match de football qui oppose la Gas Work Team à la Sao Paulo Railway Team.
Avec le Sao Paulo Athletic Club, Charles Miller remporte les trois premiers championnats du Brésil en 1902, 1903 et 1904. Il se distingue pour ses qualités de buteur. Mort le 30 Juin 1953 à Sao Paulo dans sa ville natale, Charles Miller a pu assister à la coupe du monde organisée par son pays en 1950 et à l’engouement suscité par ce sport qu’il a introduit au Brésil. Mais aujourd’hui, qui connaît ou qui se souvient de Charles Miller au Brésil ? Car tous le génie des footballeurs Brésiliens a été d’avoir tué le père fondateur de ce sport en intégrant des éléments propres à la culture Brésilienne.
Charles Miller a proposé aux Brésiliens un football avec des règles, circonscrites dans les limites d’un terrain. Le peuple des favelas l’a transformé en sport sans terrain dont toutes les limites sont imaginaires. Au défi physique qu’imposait les anglais, les métis et les descendants d’esclaves moins bien nourris, ont proposé un jeu où l’intelligence, la feinte et la ruse triomphent de la force physique. Ils transformèrent un sport Britannique « appolinien » et rugueux qui a trouvé son accomplissement dans le « kick and rush » en danse dionysiaque où le principe de plaisir triomphe de l’âpreté de la réalité. C’est le malandro, cet archétype du vaurien au Brésil avec sa démarche chaloupée et son irrévérence qui se réapproprie les codes du football et trouve dans ce sport son expression la plus singulière. Le football est ce qui a permis à un petit pays de devenir grand. Dans le feu de ces actions de génie, est-ce le Brésil qui réinvente le football ou bien le football qui invente le Brésil ? Ce qui marque l’observateur c’est la nonchalance des joueurs Brésiliens dont l’art du dribble se substitue à la puissance et au défi physique qui caractérise le jeu des équipes Européennes.

La coupe du monde perdue en 1950, alors que le Brésil était le pays organisateur hante les esprits. Un match nul aurait permis aux Brésiliens d’être champions du monde.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, le Brésil évolue en blanc. Le 16 juillet 1950, il dispute la finale de la Coupe du monde. Mais les Brésiliens s’inclinent face à l’Uruguay (2-1). Le blanc est alors associé à la défaite, « un Waterloo des tropiques ». « Chacun s’en souvient comme de la perte d’un être cher », dit Pelé. Le gardien de but noir de l’époque, Barbosa est voué aux gémonies par tout un peuple.

En 1952, l’équipe rejoue des matchs internationaux lors des Jeux panaméricains. Elle porte alors un maillot jaune à liseré vert et un short bleu, en référence au drapeau national. Comme dans le football tout est affaire de superstition, le Brésil remporte la compétition et adopte définitivement ces couleurs.

Le mérite revient au journaliste, Olivier Guez, grand passionné de ballon rond, de s’être penché sur le phénomène du football dans son essai : « Eloge de l’esquive ». Lauréat du prix Renaudot avec son ouvrage La disparition de Josef Mengele, le grand public est peut-être passé à côté de ce livre remarquable écrit 4 ans plus tôt qui prouve son intérêt pour l’Amérique Latine mais dans un tout autre registre : le football dont il est féru.

S’il est un joueur qui est l’emblème du football Brésilien selon lui, c’est Mané Garrincha. Rongé par l’alcool, Garrincha meurt à 49 ans en 1983 d’une cirrhose du foi. En alignant Pelé et Garrincha, le Brésil n’a jamais perdu un match. Ce petit ailier de 1 mètre 69 comme Messi, métis de sang noir et indien incarne ce Brésil qui a fait du football sa vitrine. Il doit son surnom de troglodyte a une colonne vertébrale tordue en forme de S et à des jambes biscornues.  Il souffrait d’une déformation de la colonne vertébrale. Ses jambes étaient arquées, la droite est plus longue que la gauche. Malgré un Pelé blessé, c’est lui qui est le grand artisan de la victoire du Brésil en coupe du monde en 1962 au Chili. « Garrincha est une victoire de l’intuition sur la raison » proclame le réalisateur Brésilien Walter Salles. Malgré ses jambes de guingois, il fut le roi du dribble avec un coup de rein phénoménal. Sur la pelouse, il apparaissait comme un guignol débonnaire. L’écrivain Luis Antezana a décrit les minuscules labyrinthes que Garrincha dessinait sur le terrain et dans lesquels il égarait ses adversaires. Les footballeurs brésiliens sont tous des héritiers de cet artiste qui cajolait le ballon comme s’il dansait avec la plus belle femme du monde. Au Brésil, le ballon est une femme rapporte d’ailleurs l’écrivain Uruguayen Eduardo Galeano. Pour expliquer cette esthétique du football Brésilien, Olivier Guez remonte au début du XXème siècle quand Rio de Janeiro était le navire amiral d’un Brésil qui se rêvait Blanc, Européen et civilisé. « Ordre et progrés » était sa devise. Adepte d’une philosophie positiviste, les élites sont francophiles et anglophiles. Le football est un sport importé par les anglais qui fédère les élites. Ce sport devient très vite populaire car il ne nécessite pas d’équipements plus élaboré qu’un ballon pour y jouer. Mais les théories racialistes de Gobineau font florès à l’époque. Les élites tentent de préserver des îlots blancs et excluent une partie de la population de sang mêlé. L’introduction du football au Brésil en 1894 intervient peu après l’abolition de l’esclavage en 1888. Néanmoins, une ségrégation de fait perdure dans une société où l’antagonisme entre les blancs et les noirs se manifeste dans ce sport qui est pratiqué exclusivement par les élites blanches. Les noirs doivent au départ paraître plus blancs que blancs en s’enduisant le visage de poudre de riz ou en lissant leurs cheveux. Pour pouvoir prendre part aux festivités du jeu, ils doivent se travestir. Mais une fois sur le terrain, il fallait faire face au défi physique imposé par les blancs beaucoup plus forts car mieux nourris que les descendants d’esclaves et qui bénéficiaient des faveurs de l’arbitrage. Au lieu de répondre à la force physique par la force physique, ces joueurs métis ont développés des trésors de malices, de ruses et de créativité pour prendre l’ascendant et éviter les charges et les tacles des joueurs blancs. Le dribble, essence du Brésil, est né dans lequel les joueurs noirs excellent dans l’art de la simulation et de la dissimulation. Avec les premiers joueurs métis, le football Brésilien est devenu une poésie dont les figures de styles sont les dribbles et vont se décliner sous forme d’Elastico (geste connu également sous le nom de flip-flap), de pedalada (les passements de jambes), de chapeu (le coup du sombrero), d’embaixadinha (ou jonglages), de foca (jonglage avec le ballon sur la tête du joueur qui évoque une otarie), le drible da vaca (ou grand pont), la caneta (ou le petit pont), etc… Ancré dans les racines culturelles du Brésil, les joueurs vont s’inspirer de la Capoeira, cet art martial pratiqué par les anciens esclaves d’origine africaine et qui devait se dissimuler en danse pour être toléré. C’est une philosophie du corps dans laquelle le relâchement et l’intelligence valent plus que la masse musculaire. Les principes de cette discipline se retrouvent chez les premiers attaquants les plus talentueux chez qui le dribble remplace l’esquive. Son expression la plus belle fut la bicyclette réalisée par Leonidas avec le Brésil à la coupe du monde organisée en France en 1938 où le Brésil atteint les demi-finales.

La première star du football Brésilien, Arthur Friedenreich, est né en 1892 d’un père immigré Allemand et d’une mère lavandière de sang noir. C’est un mûlatre aux yeux verts. Il lissait dans le vestiaire ses cheveux crépus avec de la brillantine. C’est la raison pour laquelle il entrait sur le terrain en retard par rapport à ses coéquipiers. Avec 1329 buts, c’est le buteur le plus prolifique de l’histoire.  A Fluminense, les joueurs de football noirs devaient s’enduire le visage de poudre de riz pour pouvoir pratiquer ce sport. « Poudre de riz » est le surnom du club de Fluminense où il est coutume de jeter du talc avant les grandes rencontres.

L’art du dribble est donc né de stratégies d’évitements, de feintes et d’esquives de ces joueurs de couleur qui n’avaient pas le droit de toucher les blancs sous peine d’être rossés. Avec l’art du dribble les joueurs brésiliens ont inventé un nouveau langage corporel. Il est né du désir d’éviter les charges des adversaires blancs, rarement sanctionnées, et les insultes des supporters. L’art du dribble a pour origine le désir de ces joueurs de couleur de sauver leur peau dans un sport où ils sont stigmatisés. L’art de l’esquive permet donc à ces joueurs de préserver leur intégrité physique.

Le dribble est le reflet de l’ethos afro-brésilien dans lequel transparaît deux traits de caractère: le goût du prestige personnel et plus encore la malandrade, c’est à dire la roublardise. D’où cette ruse offensive constitutive d’un football flamboyant qui valorise le beau geste et associe le panache à la ruse du malandro. Le malandro est une figure populaire au Brésil caractérisé par sa démarche chaloupée. Il est reconnu pour triompher de plus fort que lui, en privilégiant la ruse et son esprit plutôt que la force brute. Il y a une connexion entre le fait de tromper un défenseur sur le terrain ou être malin dans la vie réelle pour se sortir des situations les plus inextricables et dribbler ainsi les difficultés de la vie.

L’archétype du joueur Brésilien est donc le malandro qui serait sur les terrains de football du monde entier ce dandy des grands chemins. Le Brésil a donc trouvé dans le football un outil d’intégration sociale et le fédérateur d’une nation arc-en-ciel qui a commencé par faire sa révolution culturelle quand le club de Vasco de Gama fondé par des commerçants Portugais a été le premier a imposé des joueurs de couleurs dans les années 30. Son écusson composé de blanc, de rouge et de noir résume à lui tout seul les trois composantes de ce pays multi-culturel qui a brassé plusieurs cultures et intégré beaucoup d’immigrants au début du XXème siècle.

En 1800, la moitié de la population au Brésil était composée d’esclaves. La traite d’esclaves a constitué le moteur de l’économie Brésilienne et a vu au cours du XIXème siècle l’arrivée de 4 millions d’Africains dans le pays. A la fin du XIXème siècle, Arthur de Gobineau représente la France au Brésil dans une fonction diplomatique et son essai sur l’inégalité des races humaines trouve chez l’empereur Pedro II un lecteur enthousiaste. Il estimait que le sous-développement d’un pays comme le Brésil découlait du métissage de sa population. Contre la miscégénation qui s’opérait au Brésil, il prônait de stimuler l’immigration des Blancs Européens qu’il considérait comme une race supérieure.  C’est pour cette raison, que malgré l’abolition de l’esclavage, la société Brésilienne est au début du XXème siècle sous l’emprise de cette idéologie. Quand le football arrive au Brésil, il est l’apanage d’une certaine élite sociale et il est interdit aux noirs. Les premiers clubs à faire appel à des joueurs de couleur les obligeaient à se blanchir la peau avec de la poudre de riz et à se travestir. Ce n’est qu’à partir des années 30 que le football se professionnalise et qu’on juge un joueur en fonction de son talent et non en fonction de sa couleur de peau. Le gouvernement de Getulio Vargas essaie de transformer le football en sport national. Le football commence à devenir un ascenseur social et un facteur d’intégration raciale. A ce sujet, le sociologue Brésilien Gilberto Freyre remarquait : « Le football est le pharmacon prodigieux, le poison remède qui convertit la violence, la désagrégation sociale, le primitivisme, l’opportunisme vicieux et stérile, en art et en perspective d’affirmation du pays. »

Le football a donc été le terrain d’affirmation de l’identité du peuple Brésilien. Il a permis de créer le sentiment d’appartenance à la collectivité.

Si vous êtes trop jeunes pour avoir suivi les exploits de Pelé ou de Mané Garrincha, les images d’archives nous montrent des gestes sublimes mais qui constituent des échecs comme le fameux but que Pelé a marqué mais que Gordon Banks, le gardien de but Anglais, a arrêté au stade de Guadalajarra à la coupe du monde 1970. Ou encore ce lob génial de Pelé mais qui n’est pas courroné d’un but contre la Tchécoslovaquie. Et que dire de ce grand pont réussi sur le gardien de but Uruguayen en demi-finales sans même toucher le ballon, qui permet à Pelé de contourner le dernier rempart Uruguayen. Mais le tir de Pelé vient mourir à quelques centimètres du poteau de Mazurkiewicz. Dans ce geste, il y a tout l’art de l’esquive des joueurs Brésiliens hérité de cette époque où les noirs évitaient par des trésors de malices les charges de leurs adversaires blancs.

 

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Le stade Maracana avec ses 200 000 places est devenu à Rio de Janeiro le temple d’une religion moderne qui voue un culte au Football.  Et savez-vous comment on épelle le mot « Dieu » au Brésil ? P-E-L-E.

 

 

 

 




PSG : Thomas Tuchel va-t-il réussir à imposer ses idées au vestiaire Parisien ?

17042018
Thomas Tuchel est-il un bon choix pour le PSG ?
TUCHEL

Le PSG avait besoin d’un homme à son image : un entraîneur qui n’a pas de palmarès ronflant, mais qui va grandir avec ce club en imposant une identité de jeu très forte et des méthodes drastiques.

Tuchel, (il faut prononcer en Allemand « Tomasse Toureul ») est réputé pour avoir des convictions et vouloir les imposer. C’est une tête à clash comme le prouve le conflit qui l’a opposé à Pierre-Aymerick Aubameyang par exemple. Pour avoir fait la fête, le joueur a été écarté du groupe de Dortmund qui se déplaçait à Stuttgard pour raison disciplinaire.
Mais sera-t-il l’homme de la situation pour sermonner MBappé quand il n’aura pas fait un repli défensif, faire accepter à Neymar l’idée que c’est Cavani qui va tirer un pénalty, demander à Mbappé d’arrêter de manger des pizzas après les matchs ou d’interdire à Verratti de sortir en boite de nuit avant un match important ?
Car le bonhomme a la réputation d’être autant un ascète qu’un esthète.
Il est certes partisan du beau jeu, c’est-à-dire d’un jeu offensif qui favorise la verticalité, mais il marque ses joueur à la culotte au point d’apparaître intrusif.
Matts Hummels ne souhaite plus travailler avec lui car il lui a imposé un régime strict : pas de blé, pas de céréales, pas de sucres. C’est ce même régime qui a permis à Ilkay Gundongan de perdre 4 kilos!
Fini les sucreries, le coca-cola ou les pizzas car pour Tuchel, ce qui est dans l’assiette est décisif! Les joueurs du PSG vont donc devoir se mettre à la diète!
Alors que Unaï Emery imposait un inamovible 4-3-3, Tuchel en disciple de GUARDIOLA, propose une tactique protéiforme : il est capable de modifier son schéma plusieurs fois dans le même match.
Mais il devrait reconduire un 4-3-3 dans les phases offensives capable de se muer en 3-4-3 dans les phases défensives.
Son palmarès ne casse pas trois pattes à un canard. A 44 ans, Thomas Tuchel a entraîné trois clubs : Augsbourg, Mayence et le Borussia Dortmund où il a pris la succession de Jurgen Klopp de 2015 à 2017.
A deux reprises, il a achoppé au stade des quarts de finale d’une coupe d’Europe. En ligue Europa, Dortmund a été éliminé par Liverpool, coaché par son ancien entraîneur, Klopp, à l’issue d’un match Dantesque.
En Avril 2016, Dortmund avait concédé le match nul 1-1 sur sa pelouse face aux Red Devils. Au match retour, Dortmund mène en Angleterre 2-0 après 9 minutes de jeu grâce à Aubameyang (9e) et Mkytharian (2e). Liverpool réduit le score à la 48ème minute par Divock Origi, mais Marco Reus permet à Dortmund de faire le break à la 57e (1-3). Puis Coutinho réduit le score à la 66e avant que Mamadou Sackho n’egalise à la 77e. C’est finalement dans les arrêts de jeu à la 91e que Dejan Lovren qualifie Liverpool!
Le deuxième quart de finale remonte à l’épisode de l’attentat qui visait le car du Borussia Dortmund en marge du match de Champion’s league contre l’AS Monaco. Tuchel s’était opposé à ses dirigeants car il ne voulait pas que ses joueurs disputent la rencontre!
Son autre fait d’arme, c’est une coupe d’Allemagne remportée en 2017 un an après avoir été finaliste en 2016.
Sous l’ère Tuchel, le Borussia Dortmund a terminé second de Bundesliga en totalisant 78 points, ce qui constitue un record pour un dauphin!
Donc finalement, ce que Tuchel a de plus que Unai Emery c’est son aura : il est considéré comme le meilleur entraîneur d’Allemagne car avec lui, le Borussia Dortmund avait un taux de victoire de 63,75%. En 80 matchs disputés, il a enregistré 51 victoires. A titre de comparaison, Klopp avait un taux de victoire avec Dortmund de 57,84%. Mais il faut nuancer cette statistique puisqu’il était resté 8 ans à Dortmund quand Tuchel n’a entraîné le Borussia que pendant 2 ans. Tuchel était dans le viseur du Bayern de Munich alors que Unai Emery n’a jamais intéressé les grands d’Espagne (Barcelone ou le Real Madrid).
Il est évidemment bancal de reprocher à un entraîneur son manque d’expérience de joueur de haut niveau ou l’absence d’un grand palmarès d’entraîneur car il y aura toujours des contre-exemples :
- Arsène Wenger n’a pas connu une grande carrière de joueur
- Arrigo Sacchi était un illustre inconnu avant d’officier sur le banc de touche du Milan AC
- On peut en dire autant de Mourinho
Néanmoins, Tuchel arrive à Paris en terrain miné si on se réfère aux conditions rocambolesques de sa nomination. En effet, sa venue au PSG délégitime le rôle du directeur sportif Antero Henrique, qui selon les médias, n’aurait pas été consultés sur le choix sportif le plus important du club. Il ne serait pas non plus le choix du président du PSG Nasser El Kelhaifi.
C’est en fait le consul du Qatar en Allemagne qui aurait soufflé le nom de Tuchel à l’oreille de Joan, le jeune frère de l’émir Tamim al-Thani, propriétaire du club.
Les discussions étaient bien avancées avec Antonio Conte ou Luis Enrique dont la venue était souhaitée par une partie du vestiaire Parisien (Neymar ou Dani Alves par exemple, les anciens Barcelonais) avant que Tuchel ne soit imposé par le propriétaire du club.
Tuchel n’a pas l’expérience de gérer une équipe de VIP et d’égos surdimensionnés. Il apprécie davantage les joueurs « malléables » qui pourront s’adapter à son haut niveau d’exigence, à ses schémas tactiques à géométrie variable.
Choisir Tuchel c’est donc faire un pari sur un entraîneur dogmatique, jusqu’au boutiste, et perfectionniste!
Si cet entraîneur n’a pas de palmarès, le PSG non plus. Thomas Tuchel a besoin du PSG pour grandir et franchir un pallier supplémentaire dans sa carrière. De même, le PSG a besoin d’un Thomas TUCHEL pour devenir un grand d’Europe et imposer un style de jeu flamboyant…
Tuchel aime beaucoup donner leur chance à de jeunes joueurs comme ce fut le cas avec André Schurlé, Emre Mor ou Julian Weigl. Il pourra donc exploiter au mieux les pépites qui sortent du centre de formation comme l’avait fait avant lui Laurent Blanc (avec Rabiot) ou Unai Emery (avec Kimpembe, Nkunku, ou Areola).
Le PSG se dote donc d’un fin tacticien adepte des schémas de jeu de Guardiola. Thomas Tuchel est un chef d’orchestre qui estime que même si on a les plus grands solistes, si chacun joue sa partition dans son coin, cela sonne faux! Mais réussir à imposer ses idées aux joueurs Parisiens sera une toute autre musique!

 




Foot, mensonges et vidéo

27032018
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A l’éternel débat de savoir s’il faut avoir recours à la vidéo sur les terrains de football, je suis contre pour plusieurs raisons.
Premièrement, le football est universel : ses règles doivent être autant les mêmes pour un match de district que pour un match de coupe du monde. S’il est l’un des sports les plus populaires, c’est parce qu’il suffit d’un ballon pour jouer au football. Donc au nom de l’universalité des règles, il faut faire fi de la vidéo même à l’occasion des grandes compétitions.

De plus, le recours à la vidéo aurait pour conséquence de rendre les matchs moins attrayants car ils seraient interrompus sans arrêts, et ils seraient hachés comme dans le top 14. Arrêter un match deux minutes pour vérifier une faute d’un joueur évite certes de commettre des injustices, mais peut être fatal pour le spectacle et la fluidité du jeu.

De plus, on le constate dans le Top 14, la vidéo n’est pas la panacée universelle. Ce n’est pas tout d’avoir la vidéo, encore faut-il savoir s’en servir à bon escient. Il n’est pas un match du top 14 qui n’est pas émaillé de faits de jeu, d’erreurs d’arbitrages. L’arbitre est souvent sûr de son fait, du coup il n’a pas recours à la vidéo. Et quand bien même il y a recours, celle-ci l’induit parfois en erreur car l’angle de la caméra n’est pas toujours le bon pour juger par exemple si le ballon est passé entre les poteaux. De même, lors de la finale de la coupe du monde 1966, la vidéo aurait été incapable de déterminer si le but anglais accordé à Hurst était valable. Impossible, même aujourd’hui avec les moyens techniques modernes de savoir si le ballon a bien franchi la ligne.

Enfin, je suis contre la vidéo car on ne peut pas crier au chiottes l’arbitre à une caméra. Et le jour où les hommes ne pourront plus crier « aux chiottes » à l’arbitre, c’est dans la rue qu’ils risquent de protester. Car les arbitres ont une fonction cathartique. Ils canalisent souvent l’agressivité des supporters qui leur reproche de ne pas avoir sifflé un pénalty ou d’avoir commis une injustice. Il a un rôle ingrat qui recouvre une dimension sociale. Il nous permet de nous purger de nos passions et de nos émotions en les vivant sur un mode imaginaire. Insulter l’arbitre est une sorte d’exutoire à notre colère.

De plus, l’arbitre fait partie du jeu au même titre qu’un poteau par exemple. Dans un match, il y aura autant d’erreurs d’arbitrage que de faux rebonds du ballon. Pourtant, je n’ai encore jamais vu personne en parler avec le ballon. L’arbitre participe à la dramaturgie d’un match de football. Il écrit le scénario d’un match en même temps que les joueurs. Evidemment, son rôle est de se faire oublier au maximum afin d’arbitrer le match selon les règles du football. Un arbitre peut commettre une erreur à l’instar d’un attaquant qui rate un pénalty. Mais à la différence de cet attaquant, il n’a aucun moyen de se racheter. L’attaquant a toujours la possibilité de rattraper son erreur en inscrivant un but. L’arbitre verra ses erreurs stigmatisées par les supporters, les joueurs et les journalistes. Il a le plus mauvais rôle. Mais sans un arbitre, le match perd de sa saveur. Evidemment, on pourrait critiquer la position de ceux qui sont contre la vidéo en les comparant à des gens qui seraient contre le recours aux test ADN pour confondre un criminel sous prétexte que la justice serait moins humaine. Mais sans les négligences de l’arbitre, il n’y a plus de main de Dieu, de main de Thierry Henry ou de Vata… Le football perd de sa magie car tout peut s’y jouer parfois sur un coup de dés! Il est toujours frustrant de perdre un match important sur une erreur d’arbitrage mais les joueurs doivent pour remporter le match s’adapter en fonction de la médiocrité de l’homme en noir. Même s’il accorde un but litigieux, l’autre équipe doit prouver sa supériorité en inscrivant un but de plus.

Michel Platini n’a pas toujours été contre l’arbitrage vidéo. Il fut un temps, où jeune sélectionneur de l’équipe de France, il regrettait qu’on perde un match sur une erreur d’arbitrage….
Plus tard, il a changé son fusil d’épaules, car en tant que président de l’UEFA, il se devait de faire de la politique politicienne. Il s’agissait sûrement d’un calcul stratégique qui consistait à se ranger dans le camp de ceux qui lui accorderaient le plus de voix.




[Critique du film] LooKING for ERIC : la fureur de survivre!

12032018

Looking_for_Eric

Jean-Michel Larqué remarquait  » Tous les entraîneurs vous le diront : une passe est un message. » Eh bien le message de ce film… C’est précisément une passe. A la question de savoir quel est le plus beau geste dans la carrière d’Eric Cantona en Angleterre, beaucoup d’images de ses buts reviennent à l’esprit. Mais curieusement, le plus beau moment de sa carrière n’a pas été marqué par un de ses buts mais par une passe aveugle géniale à l’un de ses partenaires, IRWIN.
Dans ce film, le football devient une métaphore de la vie. Car Eric Bishop est un postier qui est en situation d’échec sur le plan sentimental et au niveau de l’éducation de ses enfants. Un jour, alors qu’il a beaucoup fumé de substances illicites, il s’adresse au poster d’Eric Cantona qui lui répond. Son idole va devenir le coach d’Eric Bishop et lui permettre de reprendre sa vie en main, de créer sa réalité au lieu de la subir. Ce film est un chef-d’oeuvre car toute sa magie est de rendre visible ce lien invisible qui existe entre un supporter de Manchester, et son idole, Eric Cantona. Si le football est une métaphore de la vie, comment Eric Bishop va-t-il pouvoir sortir de l’impasse dans la crise qu’il traverse avec ses beaux fils en s’inspirant de la brillante carrière d’Eric CANTONA ? Evidemment, ce film s’adresse en premier lieu à tous les amoureux du ballon rond qui retrouvent avec plaisir Eric Cantona, l’enfant terrible du football Français dans les années 80 et dans les années 90. Juste quelques faits qui ont contribué à bâtir sa légende :
En 1987, il traite le sélectionneur de l’équipe de France, Henri Michel de  » sac à merde  » car ce dernier ne le retient pas en équipe de France lors d’un match. Il est suspendu de l’équipe de France 1 an.
En Janvier 1989, il est remplacé avec l’OM au cours d’un match amical contre le Torpedo de Moscou. Furieux, Cantona sort en jetant le maillot de l’OM par terre. Il est sanctionné un mois avant d’être prêté à Bordeaux.
En 1991, alors qu’il évoluait avec le Nîmes Olympique contre l’AS St Etienne, une décision d’arbitrage le met hors de lui. Il jette le ballon sur la tête de l’arbitre! Il est suspendu 1 mois par la commission de discipline. Il décide alors de résilier son contrat et de s’expatrier en Angleterre à Leeds puis ensuite à Manchester. A Leeds, il conquiert son premier titre de champion d’Angleterre. Il déclara aux supporters anglais :  » Why I love you ? I don’t know why but I love you.  » A Manchester, alors qu’Aimé Jaquet, nouveau sélectionneur de l’équipe de France, en fait son capitaine, une nouvelle affaire va éclater. Lors d’un match où il est expulsé contre Crystal Palace, Cantona répond à un supporter qui l’insulte, en lui faisant une démonstration de… Kung FOOT! Inquiète sa mère contacta Guy Roux car elle craignait, non pas la sanction que risquait son fils qui encourait une peine de prison, mais la réaction de ce dernier à l’encontre de son juge. Guy Roux, l’ancien entraîneur d’Eric Cantona à Auxerre aurait même fait intervenir François Mitterand qui lui avait promis de lui rendre service un jour en cas de besoin. Au sortir du tribunal, son avocat persuade Eric Cantona de répondre aux questions des 500 journalistes qui l’attendaient en conférence de presse. Il leur déclara :  » Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Devant l’assistance médusée, Cantona dit au-revoir, se leva, et laissa les journalistes commenter sa phrase et l’analyser de 1000 façons différentes. Il est finalement exclu des terrains neuf mois. Après son retour dans l’équipe de Manchester, Aimé Jaquet ne le réintégra plus jamais en équipe de France.

Si vous n’aimez pas le football et encore moins Eric Cantona, ce film, Looking for Eric, peut quand même vous plaire. Tout simplement parce que les images d’archives qui font référence à sa brillante carrière à Manchester où il s’est quand même distingué dans le bon sens du terme sont réduites à la portion congrue. Ce film est magique car il nous montre que dans la vie c’est comme sur un terrain de football : nous avons tous un but à atteindre. Pour faire face à un problème, il y a deux solutions. Soit on mise sur ses qualités individuelles et finalement on va se retrouver en situation d’échec à l’instar d’Eric Bishop qui tente par lui-même de raisonner le voyou qui fait pression sur son beau-fils. La deuxième solution, et c’est tout le message du film : c’est de jouer avec ses partenaires, de faire confiance à ses co-équipiers. Dans la vie, il y a des gens qui sont avec nous, nos proches, nos amis, nos collègues car ils ont des intérêts communs avec nous. Ils font donc partie de la même équipe que nous. A travers ce film, Ken Loach veut nous prouver que la victoire appartient à ceux qui savent  » impliquer  » toutes les forces vives qui sont à leur disposition.

Malgré le talent individuel d’un Eric Cantona, le message de ce film est altruiste. Il vise à nous rappeler que dans une équipe de football il y a toujours 11 joueurs. Et la valeur de l’équipe est supérieure à la somme des parties qui la composent. 1+1=3. Si l’on regarde le palmarès des joueurs élus ballons d’or, on se rend compte qu’il n’ y a pas de grands joueurs en dehors d’une grande équipe.  » Nul ne s’élève trop haut, s’il vole de ses propres ailes  » disait William Blake. Les grands joueurs sont ceux qui bonifient le travail de l’équipe. Mais au final, c’est toujours un groupe qui parvient à mettre en exergue la singularité d’un grand joueur. Pourquoi Cantona a-t-il explosé en Angleterre à Manchester alors que dans les autres clubs, il était sur le banc de touche ? A Marseille, Raymond Goethals lui aurait même dit un jour :  » Si tu n’aimes pas être assis sur le banc de touche, tu peux prendre une chaise et t’asseoir à côté ».

Pour résoudre ses problèmes, Eric Bishop va donc devoir s’épancher auprès de ses collègues et de ses amis. Il va donc devoir essayer de faire appel à leur aide en s’ouvrant à eux. De même que sur un terrain de football Cantona pouvait faire confiance au talent de ses partenaires pour concrétiser une belle phase de jeu dont il était l’instigateur. Loin d’enfermer le supporter dans un microcosme du plus pur machisme, la passion du football permet à Eric Bishop de s’ouvrir aux autres et de devenir plus humain.

Personnellement, à quelques rares exceptions, je n’aimais pas du tout KEN LOACH. J’ai aimé de lui : JUST A KISS et I DANIEL BLAKE. Mais aucun autre de ses film n’avait réussi à m’accrocher. Pourtant il a obtenu deux fois la palme d’or à Cannes avec LE VENT SE LEVE et I DANIEL BLAKE.

Ce film émouvant m’a définitivement réconcilié avec Ken Loach.
LooKING for ERIC fait référence dans le titre au surnom d’Eric Cantona en Angleterre : le King ERIC. Il marque la rencontre entre un grand réalisateur anglais et l’un des joueurs cultes de Manchester United. Le résultat est impressionnant car les deux montagnes auraient pu accoucher d’une souris comme ça a d’ailleurs été le cas lorsque Emir Kusturica, mon réalisateur préféré, a fait un film sur Maradona, le plus grand joueur de football de tous les temps. Le résultat a été une énorme déception pour moi. Mais dans le cas de ce film de KEN LOACH, j’ai été très agréablement surpris. Je dis chapeau bas aux anglais car ils ont réussi avec ce film à rendre hommage à ce grand joueur de football, truculent, impétueux et sanguin qui a trouvé grâce à leurs yeux dans le championnat d’Angleterre. Seul Alex Fergusson a réussi à gérer la personnalité d’Eric Cantona à Manchester. Ce film est un véritable bijou qui nous montre tout ce qu’un joueur de football peut apporter à travers ses exploits aux supporters anonymes qui viennent l’encourager sur un terrain de football. En supportant les grands joueurs, ils nous apportent en retour ce petit supplément d’âme sans lequel les vicissitudes de la vie seraient moins supportables! On supporte les grands joueurs pour qu’ils nous aident à supporter les petitesses de la vie! Le football est peut être le nouvel opium du peuple. Les stades de football sont sûrement les temples d’une religion moderne dans laquelle les grands joueurs sont à nos yeux de veritables dieux… du stade! Le football a une fonction cathartique : on se purge de nos passions et on se purifie de nos émotions en les vivant sur le mode imaginaire. Le football est un exutoire à nos problèmes dans lequel on recherche ce petit supplément d’âme qui nous fait parfois tant défaut dans le quotidien!

A noter aux débuts des années 2000, la sortie également d’une comédie anglaise beaucoup plus légère qui a su rendre hommage d’une manière différente à un autre grand joueur anglais de Manchester (mais si! mais si!) : David Beckham. Le titre du film : JOUE-LA COMME BECKHAM. Ce film qui fait référence à Beckham, bien que moins profond, est attachant quand même, comme le prouve l’immense succès qu’il a rencontré au box-office!

Eric Cantona a été désigné récemment par un sondage en Angleterre, meilleur joueur du siècle du championnat Anglais. Cantona est l’un des seuls Français à avoir fait chanter la Marseillaise aux supporters de Manchester qui l’adulaient.

Une dernière petite anecdote pour conclure. Eric Cantona jouait avec le col de son maillot relevé. Eric Bishop par mimétisme fait pareil dans ce film. On en a fait une question esthétique alors qu’Eric Cantona essayait juste de se protéger du froid étant sujet à des torticolis!

Quinze ans après avoir déclaré aux journalistes  » Quand les mouettes suivent un chalutier c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Eric Cantona confia :  » Aujourd’hui, presque quinze ans après, je peux vous dire le vrai sens de cette phrase. Il fallait juste comprendre : “Je suis en train de ne rien vous dire du tout” ».

Pour moi Eric Cantona c’est une légende comme James Dean. C’est un James Dean qui n’est pas mort!




Coup de tête : les recettes d’un film culte sur le ballon rond

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Coup de tête est un film incontournable pour les amoureux du ballon rond car il évoque l’épopée d’un club amateur dans une petite ville de province sur fond de satire sociale. Ce film marque la rencontre d’un scénariste de génie dont les personnages fétiches ont baigné notre enfance,  Francis WEBER, avec un grand réalisateur à succès, Jean-Jacques Annaud.

La bande originale du film composée par Pierre BACHELET, participe au succès de Coup de tête. Pierre Bachelet est considéré en 1979 comme un illustrateur sonore qui collabore dans différents projets publicitaires.

Ce film est porté par un excellent Patrick Dewaere dans le rôle de François Perrin accompagné par une pléiade de seconds rôles : Michel Aumont, Jean Bouise (dans une caricature de Noël Le Graët), Bernard-Pierre Donnadieu, Gérard Hernandez (qu’on a le plaisir de retrouver actuellement dans Scènes de ménage), Jean-Pierre Daroussin, Robert Dalban, Maurice Barrier, etc…

Mais quels sont les ingrédients d’un tel succès qui flirta avec le million d’entrées en salles en 1979 ?

 

Un personnage emblématique des comédies Françaises : François Perrin

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François Perrin est un personnage que le public Français connaît bien, sorti tout droit de l’imagination de Francis Weber (auteur à succès de pièces de théâtre et de comédies Françaises). Ce nom ne vous dit vraiment rien ?

Si vous n’avez pas vu Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud, dont François Perrin est le personnage principal, vous avez sûrement rencontré ce héros au détour d’un autre film…

Le Grand Blond avec une chaussure noire, Le retour du grand blond avec une chaussure noire, La chèvre, Le jaguar, Le jouet, etc… ça ne vous dit vraiment rien ?

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François Perrin, qui est un cousin proche de François Pignon, représente un personnage récurrent dans les films où Francis Weber intervient en tant que scénariste.

Il a été incarné par Jean-Pierre Marielle (Cause toujours tu m’intéresses), Pierre Richard (le Jouet, Le grand Blond avec une chaussure noire, le retour du grand blond avec une chaussure noire, la Chèvre, On aura tout vu), Patrick Bruel (le Jaguar) ou Patrick Dewaere (Coup de tête).

Le point commun entre ces personnages, qui font désormais partie du folklore des comédies populaires Françaises, est de se retrouver dans une situation qui les dépasse, voire dont ils n’ont même pas conscience; dans un certain nombre de cas, les Pignon/Perrin se démarquent par leur candeur (parfois à la limite de l’idiotie), leur grande naïveté et leur gentillesse. C’est toujours le même petit homme dans la foule, plongé dans une situation qui le dépasse et dont il parvient à se sortir en toute inconscience.

Qu’ils soient cons (dans le Dîner de con), suicidaire (dans l’emmerdeur) ou malchanceux (dans la Chèvre), les François Perrin/François Pignon incarnent de grands naïfs!

Mais ils ont aussi la faculté de se rebeller et de se venger car comme dirait Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Et c’est le ressort de bon nombre de comédies de Francis Weber.

Dans Coup de Tête, François Perrin passe pour le dindon de la farce jusqu’à ce que le vent tourne. Car si François Perrin a conscience que dans une réception mondaine, il ne se situe pas du bon côté du buffet, il est un garçon plutôt qu’un monsieur, il va, grâce à la magie du football et de la coupe de France être porter au pinacle par toute une ville alors que quelques heures plus tôt, il était voué aux gémonies et croupissait en prison.

 

Jean-Jacques ANNAUD

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Coup de tête, c’est la rencontre d’un scénariste populaire, Francis Weber et d’un grand cinéaste qui va connaître une longue histoire d’amour avec le public à partir de ce film : il s’agit de Jean-Jacques Annaud. Pour se convaincre du succès de ce réalisateur, il suffit de regarder les chiffres du box-office qui couronnent des films ambitieux, audacieux, qui restituent la conquête du feu durant la préhistoire dans la Guerre du feu, ou qui se passe au Moyen-Âge (dans l’adaptation du roman éponyme de Umberto Eco, le Nom de la rose), dont les héros sont des animaux comme dans L’ours ou dans 2 Frères. Ses films nous font voyager dans le temps et dans l’espace comme en chine dans l’Amant (l’adaptation du roman de Marguerite Duras), au Tibet dans 7 ans au Tibet, en Russie pendant la seconde guerre mondiale dans Stalingrad, etc….

Coup de tête et le seul film contemporain de Jean-Jacques Annaud et qui se passe en France.

C’est la seule comédie franchouillarde dans la filmographie de Jean-Jacques Annaud.

1977 : La victoire en chantant : fiasco au box-office français mais succès aux Etats-Unis avec l’oscar du meilleur film étranger

1979 : Coup de tête 902 144 entrées

1981 : La guerre du feu 4 951 574 entrées

1986 : Le nom de la rose 4 955 664 entrées

1988 : L’Ours  9 136 266 entrées (le film détient le record d’audience d’un film de fiction en attirant le 23 février 1992 lors de sa première diffusion en France sur la chaîne TF1 16,4 millions de téléspectateurs)

1992 : l’Amant  3 156 124 entrées

1997 : 7 ans au Tibet 2 798 490 entrées

2001 : Stalingrad 1 110 380 entrées

2004 : 2 frères 3 326 113 entrées

2007 : Sa majesté minor 139 521 entrées

2011 : L’or noir 215 640 entrées

2015 : Le dernier loup 1 277 584

Au cours de ses 11 derniers films, Jean-Jacques Annaud a rassemblé 31 969 500 spectateurs dans les salles. Peu de réalisateurs français peuvent se vanter d’avoir une telle côte d’amour auprès du grand public. Sans compter les entrées réalisées dans les différents pays où ses films se sont exportés. Le dernier loup a réalisé 16 millions d’entrées en Chine par exemple.

De 1979 à 2004, Jean-Jacques Annaud a toujours franchi la barre du million d’entrées en salles pour chacun de ses films. Il connaît son premier revers en 2007 suite à la sortie de Sa majesté Minor. En 2011, il connaît un nouvel échec cuisant avec Or Noir. Mais tel un phénix qui renaît de ses cendres, il retrouve le chemin du succès en 2015 dans le cadre d’une superproduction franco-chinoise. Après avoir été banni par la Chine suite à la sortie de son film 7 ans au Tibet, ce pays lui déroule le tapis rouge pour adapter l’un des romans chinois les plus populaires sorti en 2004 : le totem du loup.

Jean-Jacques Annaud, membre de l’académie des beaux arts se définit comme un Français de l’étranger. Ce réalisateur a donc trois caractéristiques :

1/ Il est populaire comme en atteste son succès au box-office

2/ Il tente des paris cinématographiques ambitieux, audacieux qui permettent au spectateur de voyager dans le temps et dans l’espace.

3/ Il a dirigé de grands acteurs étrangers tels que Sean Connery ou Christian Slater dans Le Nom de la rose, ou Brad Pitt dans 7 ans au Tibet, ou Jude Law et Rachel Weisz dans Stalingrad, Guy Pearce dans Deux Frères, Jane March ou Tony Leung Ka Fai dans l’Amant, etc…

 

L’épopée de l’En Avant Guingamp en 1972-1973 a inspiré le film

Trincamp, la ville dans laquelle habite François Perrin a un nom qui sonne un peu comme Guingamp… Et pour cause ! C’est bien au parcours de l’En Avant Guingamp dont le film fait allusion. Et Jean Bouise qui incarne le président de Trincamp, Monsieur Sivardière, est une caricature de Noël Le Graët.

Le club amateur évolue en 1972 en Division supérieure régionale (DSR) et terrasse six équipes de niveau supérieur en coupe de France, dont quatre professionnelles (Laval, Brest, Le Mans et Lorient). Avant d’être sévèrement battu par Rouen, en 8e de finale.

Cette épopée avait débuté deux ans plus tôt avec les juniors qui ont atteint les quarts de finale de la Gambardella, face à Saint-Etienne  de Christian Sarramagna, Jacques Santini, Patrick Revelli, Christian Lopez, Christian Synaeghel (défaite 1-0).

L’échec est le fondement de la réussite. Et c’est sur cet échec en coupe Gambardella, suivi deux ans plus tard par un échec en 8ème de finale de la coupe de France que Guingamp va poser les fondements de ses futurs succès et de son irrésistible ascension vers le monde professionnel. Suite à l’épopée de Guingamp en coupe de France, le club ramassa un pactole de 800 000 francs qui lui permit  de construire l’avenir. Avec le même noyau de joueurs, l’équipe va passer de la division supérieure régionale en 1972 à la deuxième division en 1977.

Noël Le Graët a tout juste 30 ans quand il reprend les rênes de l’En Avant Guingamp au début des années 70. Il est grossiste en électro-ménager.

Coup de tête c’est d’abord un grand coup de pied dans la fourmilière du football.

 

Anecdotes

Le but égalisateur de Trincamp n’avait pas du tout été prévu comme dans le film, mais Patrick Dewaere était tellement maladroit au foot que lorsque le corner a été tiré, il s’est tourné par peur de recevoir le ballon sur la figure. Il l’a finalement pris sur le talon et a marqué. La scène a été conservée pour son aspect comique.

Parmi le casting, on trouve bon nombre de comédiens spécialistes du doublage, aussi bien avant qu’après. Citons Patrick Floersheim (Michael Douglas, Robin Williams, …), Jacques Frantz (Robert De Niro, Mel Gibson, …), Dorothée Jemma (Jennifer Aniston, Melanie Griffith, …), Michel Fortin (Danny De Vito, John Voight, …), Robert Dalban (Clark Gable), Gérard Hernandez (Grand Schtroumpf) ou encore Bernard-Pierre Donnadieu (Harvey Keitel, Brendan Gleeson, …).

 

Critique du film

François Perrin : « Je vais essayer de vous faire rire. C’est l’histoire d’un mec qui viole une fille, et comme on a besoin de lui pour jouer au foot, on accuse un pauvre connard. Vous la connaissez, président, oui? Je peux la raconter ? Asseyez-vous ; vous serez mieux pour rigoler ! ASSEYEZ-VOUS !! On ne bouge pas ! S’il y en a un qui se lève, je raconte tout à la presse, tout ce que je sais ! On se tait ! C’est moi qui parle, maintenant. »

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Dans Coup de tête, Patrick Dewaere interprète le rôle de François Perrin, ce footballeur ostracisé par la ville de Trincamp en raison d’un viol qu’il n’a pas commis, avant d’être érigé en héros pour un but marqué involontairement.

Pour passer du banc de touche au ban de la société, il n’y a que l’espace d’un faux pas que François Perrin franchit bien à son insu au début du film. En effet, lors d’un entrainement qui met en confrontation l’équipe A à l’équipe réserve de Trincamp, François Perrin a un contact viril mais régulier avec la star de l’équipe, Berthier, qui le prend en grippe et qui décrète qu’il ne veut plus voir Perrin sur un terrain de football.

Après avoir été renvoyé de l’équipe de football, il ne faut que trois semaines pour que Perrin perde sa place dans l’usine où il travaille et dont le patron n’est autre que le président du club de football de la ville.

Ne retrouvant plus du travail dans sa ville, François Perrin décide de quitter Trincamp, où seule Marie, l’épouse d’un représentant de commerce souvent absent, le retient encore. Mais le soir où il vient faire ses adieux à Marie, tout va basculer.

Une notable de la ville est agressée sexuellement devant deux dirigeants du club, et une voisine qui identifient formellement Perrin comme étant le coupable idéal.

Il est donc jeté aux gémonies et emprisonné pour un viol qu’il n’a pas commis. Mais si François Perrin est innocent, dans ce cas-là, quel est le coupable ? Le spectateur découvre grâce à ce film que dans le milieu du football, il y a des coups de tête qui partent de plus bas!

Ce film dénonce la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Perrin contre Berthier. Trincamp contre une équipe professionnelle.

Patrick Dewaere s’est suicidé trois ans après la sortie du film, le 16 Juillet 1982 en se tirant une balle dans la bouche en regardant son miroir avec le pistolet que lui avait offert son ami, Coluche. C’est lui qui illumine ce film en interprétant le rôle de Perrin. Il joue le rôle de Monsieur Tout le Monde, mais comme personne !

Ce film dénonce aussi la lutte du pot de terre contre le pot de vin. Dans le milieu du football, où l’enjeu prend le dessus sur le jeu, il y a des passe-droits.

Il dénonce la versatilité des foules manipulées sans vergogne par des dirigeants cyniques qui ont parfaitement compris qu’entre le football et la politique, la ligne de démarcation est mince car ils constituent tous les deux une bonne façon d’agiter le peuple avant de s’en servir !

Nietzsche disait : « La démence chez un individu est quelque chose de rare. Chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c’est la règle. »

 

Citations cultes extraites du film

François Perrin : Moi aussi j’ai beaucoup voyagé pendant ces quelques mois de chômage. Je connais bien l’Afrique maintenant. Avec un balai et sans quitter Trincamp, j’ai découvert le Sénégal, le Togo, le Mali, le Tchad… Le nombre de tribus que j’ai pu croiser ! J’en arrivais à me demander ce que foutaient les missionnaires dans la brousse alors qu’il y a tant de boulot dans nos caniveaux ! J’ai fait l’Afrique Noire dans la voirie, l’Afrique du Nord dans les Travaux Publics, les Antilles et l’île Maurice dans les restaurants, à la plonge. Je suis allé là où l’homme blanc ne s’aventure plus. Et tout ça sans passeport, avec juste une carte de chômeur.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je me suis dit : j’ai réussi à être le dernier à Trincamp. Avec un peu d’ambition, j’arriverai à être le dernier à Paris.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière : J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qu’attendent qu’une occasion pour s’agiter.

Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je reviendrai !

Le directeur de la prison : Sûrement pas !

Patrick Dewaere et Hubert Deschamps, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Mais… ce soir-là… y a eu viol ?

Stéphanie : Non, tentative, seulement.

François Perrin : Ah ben c’est peut-être moi, alors !

Patrick Dewaere et France Dougnac, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je suis un bébé dans la foule. J’plaisante pas. Quand j’étais petit, on m’a foutu à la crèche. Une grande crèche avec plein d’mômes, et moi au milieu. Pour pas nous confondre ils nous avait mis des petits bracelets, au poignets. Mais un jour y a une grande bagarre de bébé, on a été trois-quatre à perdre notre bracelet.

Alors la voisine, la pauvre quand elle est venue me rechercher, elle savait p’us trop où elle en était. Elle en a pris un au hasard. J’plaisante pas. C’est peut être pas moi qui vous parle, maintenant.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Brochard : Hé Spivac, tu sais ce qu’il a dit le numéro 10 ? Les Polacks, il leur chie sur la gueule.

Langlumey (l’entraineur) : C’ui là, il touche plus un ballon.

Michel Aumont et Michel Fortin, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Brochard : On marque pas avec ses pieds, on marque avec ses couilles !

Sivardière: On ne gagne pas avec sa technique, on gagne avec sa haine.

 

Michel Aumont et Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Langlumey (l’entraineur) : La technique elle est simple, on va leur taper dans l’chou à ces merdeux, ils nous ont traités de gonzesses, on va leur faire voir si on a des p’tites bites.

Alors Berthier, Morillotet et Spivac, je veux que vous me les dé-fon-ciez.

Michel Fortin, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière (déchirant des billets de 100 francs et les distribuant au joueurs pendant la mi-temps) : L’autre moitié à la fin du match si on gagne.

 

Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

François Perrin : Je vais essayer de vous faire rire. C’est l’histoire d’un mec qui viole une fille, et comme on a besoin de lui pour jouer au foot, on accuse un pauvre connard. Vous la connaissez, président, oui? Je peux la raconter ? Asseyez-vous ; vous serez mieux pour rigoler ! ASSEYEZ-VOUS !! On ne bouge pas ! S’il y en a un qui se lève, je raconte tout à la presse, tout ce que je sais ! On se tait ! C’est moi qui parle, maintenant.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière : Mais qu’est ce qu’on va bien pouvoir lui trouver à cet abruti ?

Brochard : Bah à la piscine municipale, ils ont parlé d’engager un maitre-nageur.

Sivardière : C’est d’accord, il est maître-nageur à la piscine municipale !

Lozerand : Il sait nager ?

Brochard : Complique pas, toi !

Jean Bouise, Michel Aumont et Paul Le Person, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Au service militaire y avait un adjudant chef qui s’appelait Colombelle, on l’appelait la Colombe. Il m’a emmerdé pendant 13 mois tu peux pas savoir… Et pendant 13 mois je me suis dit, toi mon pote si je te recroise dans le civil , je t’écrase la gueule!

Le routier : Ouais et alors?

François Perrin : Alors, y a pas longtemps dans un Prisunic qui je recroise…? La Colombe!

Il était là avec son petit caddie, il s’approche de moi en souriant et puis il me dit : Ooh ça va? Tu sais ce que j’ai fait?

Le routier :Non!

François Perrin :Je lui ai répondu ça va…

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

J’ai compris qu’il y avait 2 façons de porter une veste blanche Comme un homme ou comme un garçon

Patrick Dewaere




El Pibe De Oro : l’histoire d’un gamin en chair et en or!

10042016

 

Dans les années 80, je n’étais pas spécialement fan de Diego Armando Maradona car il était un joueur populaire, vulgaire, et il représentait à mes yeux la caricature de tout ce que le football ne devait pas devenir. Il faisait en effet autant parler de lui sur un terrain de football pour ses exploits qu’en dehors pour ses turpitudes. Il défrayait la chronique autant pour ses succès que pour ses excès ! Son explication sur le premier but inscrit de la main lors du quart de finale de la coupe du monde contre l’Angleterre (il a parlé de « but d’équipe » et de « main de Dieu »), n’ont fait que ternir son image en mettant en exergue son manque de fair-play sur un terrain de football.

 

J’aurai pu me réconcilier avec ce joueur après avoir vu le documentaire qu’Emir Kusturica lui a consacré. Mais si Emir Kusturica est au cinéma ce que Diego Armando Maradona est au football, c’est-à-dire un génie absolu (il a remporté deux fois la Palme d’or à Cannes en 1985 et en 1995), la rencontre de ces deux montagnes a accouché d’une souris. J’ai toujours pensé que Diego Armando Maradona aurait pu être un personnage truculent tout droit sorti d’un film d’Emir Kusturica pour ses qualités de joueurs hors norme, ses facéties et ses talents de prestidigitateur balle au pied.  Emir Kusturica et Diego Maradona ont tous les deux quelque chose en commun : ils sont hors du commun. J’ai été d’autant plus déçu du résultat de cette rencontre que Kusturica est mon réalisateur fétiche. Si je devais partir sur une île déserte avec 3 films en DVD, j’emporterais n’importe lequel de ses chefs-d’œuvres… sauf le film sur le joueur argentin.

 

C’est un autre documentaire, de Jean-Christophe Rosé, qui m’a dessillé les yeux et m’a permis de voir ce prodige du football sous un autre jour. Diego Maradona n’est pas un personnage sorti tout droit d’un film de Kusturica, c’est un héros digne de la tragédie grecque qui met en scène des Dieux et des hommes et je pense qu’il rappelle davantage un personnage de Sophocle.

La magie de ce documentaire, « Maradona, un gamin en or », est de nous permettre d’entrer en empathie avec ce joueur. Même si on n’approuve pas son attitude sur le but de la main infligé aux anglais, le réalisateur a le mérite de nous faire comprendre ce qui se passe dans la tête de Maradona au moment où il marque le but. Maradona est décrit dans ce film comme une sorte de Robin des Bois qui vole les riches pour donner aux pauvres !

En toute objectivité, ce film est l’un des meilleurs documentaires consacré à un joueur de football. Mais il n’y a rien de plus subjectif que l’objectif d’une caméra. Et celle de Jean-Christophe Rosé nous montre un Diego Armando Maradona dans le camp des défavorisés, des culs terreux, des damnés de la terre et de tous ceux pour qui la coupe du monde est un moyen d’oublier que la coupe est pleine. Il est difficile de décrocher après avoir vu les cinq premières minutes de ce film. On est happé par les images, fasciné par le personnage de Maradona, envoûté par la verve du narrateur et bercé par les airs de tango argentin. La performance de ce long métrage est de conquérir un public qui va bien au-delà des amoureux du ballon rond.

Jean Hamburger disait : « Le grand destin de l’homme c’est de refuser son destin. »

Ce documentaire nous montre un homme, digne d’un personnage de Sophocle (Œdipe pour ne pas le nommer) dont la grande tragédie, c’est de ne pas avoir su échapper à son destin et dont la plus grande gloire, c’est de l’avoir assumé !

On y voit un gamin de quinze ans, déclarer à la télévision locale argentine, tel un oracle de Delphe, que son rêve est de porter un jour le maillot de la sélection nationale et de remporter  la coupe du monde.

Ce documentaire ne fait aucune concession à Maradona en montrant autant son côté lumineux que ses zones d’ombres (problèmes de cocaïne, mauvaises fréquentations, frasques extraconjugales, etc )

Mais si Maradona a autant marqué les esprits c’est parce qu’il était un symbole. Et un symbole confère cette part de divinité que n’auront jamais de très grands joueurs après lui. Le symbole est un pont entre le visible et l’invisible. Maradona incarne la promesse d’une revanche pour tous ceux que la vie a mis à genou. Il est un symbole de ce que le football peut être : une guerre sans les armes. Le mondial a remplacé la guerre mondiale. Ses origines modestes ont fait de lui le général d’une armée de sans-grades, de défavorisés qui ont trouvé dans le football un exutoire à leur malheur. Grâce à Maradona, le football est devenu le moyen d’expression privilégié de ceux qu’on n’entend jamais.  Le sport en général et le football en particulier sont une catharsis dans laquelle l’homme se purge de ses passions et de ses émotions en les vivant sur le mode imaginaire. L’Argentine, meurtrie par l’échec des Malouines et exsangue du fait de son marasme économique, a retrouvé sa fierté perdue grâce aux exploits del Pibe de Oro sur un terrain de football. Ce n’est pas étonnant que ce joueur soit aussi populaire et compte beaucoup pour tous ceux que la crise économique a laissé pour compte !

Maradona a toujours représenté les démunis comme à Boca Junior, le club des quartiers pauvres de Buenos Aires dont la rivalité avec River Plate, le club des quartiers huppés ne faisait qu’accroitre l’antagonisme entre les deux équipes.

Il n’a pas gardé un souvenir impérissable de son passage à Barcelone où il ne s’est jamais tellement épanoui. Il y a découvert un football européen rugueux et les mauvais traitements des défenseurs (Gentile à la coupe du monde 1982, Andoni Goikotxea, le boucher de Bilbao qui a transformé sa cheville en lambeaux). Devant le jeu âpre de ses adversaires qui ne comprenaient décidément rien à son football, Maradona apparaît davantage comme une victime. La finale de la coupe du roi entre Barcelone et l’Atletico de Bilbao se transforma en règlement de compte et en pugilat sous les yeux de Juan Carlos et de son épouse atterrés qui ne savaient plus comment donner le change. Tel un mauvais garnement repenti, Maradona a du présenter ses excuses au roi en compagnie de son agent.  Mais c’est à Naples, que Maradona va briller en redonnant leur fierté aux  « culs terreux », pour reprendre ce surnom méprisant que les Italiens du Nord donnent aux habitants du sud de l’Italie.

Juste après avoir remporté la finale de la coupe du Monde en Argentine, c’est sur un terrain boueux dans un village du sud de l’Italie que Maradona dispute un match dont les bénéfices sont reversés à un enfant malade en vue de le sauver ! Il disputa ce match avec la même fougue et la même envie. C’est autant son attitude que son aptitude qui ont déterminé son altitude ! Grâce à Maradona, les « culs terreux » ont pu toucher le firmament et le toit du monde !

Maradona est donc un symbole : c’est pour cette raison qu’il a été instrumentalisé par les différents régimes politiques qui ont essayé de se réapproprier les signes de son pouvoir et de sa gloire. On se souvient de Carlos Menem se prêtant au jeu devant la télévision de jongler avec un ballon et d’arborer le maillot numéro 10 de la sélection argentine. Les princes du pouvoir politique avaient donc besoin d’être adoubés par ce footballeur de génie pour acquérir une certaine légitimité et toucher un peu de sa notoriété. Dommage qu’Emir Kusturica n’ait retenu que le message politique que le footballeur aurait délivré à travers ses gestes de génie ! Le tort de Kusturica est d’avoir transformé Maradona en Che Guevarra du ballon rond ! Maradona se plaisait à rappeler que la différence entre un homme politique et lui, c’est qu’un homme politique est publique alors que lui est populaire. Malgré la dimension sociale du personnage, el Pibe de Oro demeure un artiste dont les gestes, avant de faire l’objet d’une récupération politique, sont surtout désintéressés, gratuits comme sur cette action où Maradona chambre un gardien, et, alors que le but lui est grand ouvert, il attend le retour d’un dernier défenseur, pour le dribbler…  uniquement pour la beauté du geste !

 

Oui, Maradona est un héros digne de Sophocle et d’Œdipe. Si la RAI a consacré une émission en prime time pour révéler,  avec un détecteur de mensonges à l’appui, qu’une femme avait mis au monde un enfant né d’une relation adultère avec Maradona, c’est la rançon du succès, le revers de la médaille ou de… la coupe du monde. El Pibe de Oro, à l’instar d’Œdipe, n’a pas su échapper à son destin : pour régner sur la planète foot, il a du renier sa paternité, et épouser sa mère… patrie, l’Argentine ! Cette Argentine qu’il a tellement chérie au point que le narrateur du film s’interroge si le disque que Maradona enregistre au milieu des années 80, une chanson d’amour, ne s’adresse pas à son pays qu’il personnifie dans les paroles.

Un grand entraîneur Italien, Arigo Sacchi, a dit un jour à Marco Van Basten : « Quand tu marques des buts, tu entres dans les statistiques. Quand tu joues bien, tu entres dans les mémoires ».

La magie de ce documentaire, à l’instar de toute œuvre d’art, est d’exprimer l’invisible par le visible. Il nous permet d’effleurer le mystère d’un très grand joueur qui a régné sur la planète foot dans les années 80 et dont le nom a fait plus que rentrer dans le livre des records : il a laissé une trace indélébile dans les cœurs et dans la mémoire des hommes.

 




L’implosion : le livre explosif du docteur Jean-Pierre Paclet

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Le Docteur Paclet a été pendant plus de 15 ans le médecin de l’équipe de France de Football. Mais il a été évincé à la suite de l’Euro 2008 en Suisse pris dans la tourmente de « l’affaire » Vieira. Ce livre lui offre une occasion de s’expliquer et de règler ses comptes avec Raymond Domenech qui lui a fait endosser sa faute : sélectionner Vieira à cette Euro alors qu’il s’était blessé…
Revenons d’abord sur son parcours atypique. Il se destinait à l’origine à des études d’ingénieur en faisant math sup et math spé, mais il n’a pas réussi dans cette branche. Contrairement, à la plupart de ses confrères, ce n’est pas la médecine qui lui a fait découvrir le football mais l’inverse. C’est le football qui lui a donné cette vocation de médecin. En effet, c’est en tant que joueur de football au PUC (Paris Université Club) et dans le cadre de l’ASSU (l’Association du Sport Scolaire et Universitaire) qu’il se distingue. Il évolue au poste de stoppeur. Après un bac C (scientifique) décroché avec mention bien et un an d’avance, il se destine dans un premier temps à des études d’ingénieurs. En Terminale, il atteind les demi-finales du championnat de Paris de l’ASSU. Et en classe préparatoire, il est tellement indispensable à son équipe, que le proviseur du Lycée Henri IV modifie les horaires du cours de mathématiques afin de lui permettre à lui et à son compère, Jean Marchal, de disputer les matchs qui avaient lieu au même moment. Il jouera la finale du championnat des lycées au terme de son année scolaire. Parallèlement, il intègre l’équipe première du PUC qui évolue en division d’honneur (l’équivalent de la cinquième division). C’est finalement un de ses amis au PUC qui est en première année de médecine, Henry Bonfait, qui lui donne envie de se réorienter dans ses études et d’embrasser la carrière médicale.
En 1977, dans le cadre de son service militaire, il est détaché comme médecin de la Fédération Française de Ski. Comme il le dit avec humour, la neige ne lui fait pas perdre la boule.
Le hasard le conduit ensuite a intégré le staff du stade Français au début des années 80. Ce club amateur connait alors une ascension fulgurante en passant de la division d’honneur à la deuxième division. Mais trois saisons plus tard, le Stade Français met la clef sous la porte.
En 1990, un coup de fil de Gérard Enault, un ancien gardien de but qu’il a connu au PUC, et qui est désormais directeur adjoint de la fédération Française de football, relance sa carrière. Il intègre finalement la FFF en 1992 en tant que médecin de l’équipe de France espoirs alors entraînée par Marc Bourrier. Mais ce dernier est bientôt sur le départ car il a été choisi par Bernard Tapie pour devenir l’entraîneur de l’OM. Il a donc côtoyé Raymond Domenech de longues années avec les espoirs et l’a donc accompagné dans son ascension au sein de l’équipe de France A. Il explique que malgré les grands joueurs qui sont passés entre ses mains (Henry, Anelka, Trézéguet, Thuram, Makelele, Pirès, etc…) Raymond Domenech ne peut se vanter avec les espoirs que d’un seul fait d’armes : la victoire au Tournoi de Toulon en 2004 contre la Suède sur le score de 1-0.
En 2002, il vit sa première coupe du monde en tant que médecin du Japon. Il s’agit d’une pige que lui a demandé de faire Philippe Troussier, le sélectionneur des Samouraïs. En 2003, il opère d’une lésion au ménisque un champion de Sumo Japonais à Paris, Takanohana. Ce qui lui vaut d’être reçu par Jacques Chirac à l’Elysée avec le champion Japonais que le chef de l’état considère comme un Dieu vivant.
Le 12 Juillet 2004, Domenech est nommé sélectionneur de l’équipe de France A. Après avoir travaillé 11 ans ensemble chez les espoirs, Domenech l’intègre dans le staff de l’équipe de France A.

Le 18 Août 2004, la France dispute son premier match sous la nouvelle ère Domenech à Rennes contre la Bosnie-Herzégovine dans le cadre d’un match amical. Ce premier match s’achève sur le score de 1-1. Après le dîner à l’hôtel, Domenech convoque tous ses joueurs à 3 heures du matin dans une petite salle pour leur infliger une session de PNL (Programmation Neuro-Linguistique). Chaque joueur doit se remettre en cause et faire son auto-critique en évaluant ce qu’il a fait de bien et de moins bien à l’occasion d’un séance collective. Barthez est au bord de la crise de nerf.

L’éviction de Robert Pirès

Dans son livre, Paclet nous livre les vraies raisons de l’éviction de Robert Pirès qui était pourtant un pilier de cette équipe de France quand Domenech l’a reprise en main. Pour mémoire, Pirès qui avait été champion du monde en 1998, est le joueur qui, suite au coaching gagnant de Roger Lemerre en finale de l’Euro 2000, délivre la passe décisive à Trézéguet contre l’Italie qui inscrit le but en or.
Donc, Paclet dénonce l’attitude de Domenech qui fait de Pirès son souffre-douleur. Domenech assoit son autorité au détriment de Pirès qu’il humilie. Il prend pour exemple un entraînement où Pirès à l’instar de tous ses coéquipiers ne porte pas de protège-tibia. C’est pourtant lui, le joueur le plus capé de l’équipe, qui se fait vertement tancer par Domenech. Le 13 Octobre 2004, la France affronte Chypre dans le cadre des éliminatoires de la coupe du monde. A la mi-temps, la France mène 1-0. Dans les vestiaires, Domenech attaque Pirès :
- Caraï, tu sors! T’es pas bon!
Devant cette nouvelle humiliation, Pirès est mortifié. C’était sa dernière apparition avec les Bleus.
Paclet cherche à comprendre pourquoi Domenech a fait de Robert Pirès le mouton noir de l’équipe de France. En interrogeant certains joueurs, il apprend :
« La clé de la réponse n’est pas sur le terrain, mais en dehors. Les joueurs m’informent que Pirès aurait été très proche d’Estelle Denis et que Domenech ne le supporte pas. Si tel est le cas, il y a prescription de toute façon. »

L’éviction de Giuly

Le docteur Paclet écrit quelques lignes plus loin : « Il franchit de nouveau la limite, un an plus tard, le 12 Octobre 2005, après la rencontre contre Chypre, en écartant Ludovic Giuly qu’il accuse d’échanger des SMS avec Estelle Denis. Ce ne sont pourtant que des textos amicaux. Lui qui a disputé tous les matchs des éliminatoires sera l’absent surprise de la liste pour la Coupe du monde 2006 en Allemagne. »

La demande en mariage à Estelle

Après l’échec de la France à l’Euro 2008 contre l’Italie 2-0, Domenech est interrogé par un journaliste de M6. Il déclare : « Je n’ai qu’un seul projet, c’est d’épouser Estelle. C’est aujourd’hui que je lui demande. Je sais que c’est difficile, mais c’est dans ces moments-là qu’on a besoin de tout le monde et moi, j’ai besoin d’elle. »
Sur le quai de la gare pour rentrer à Paris, Domenech confie au Docteur Paclet les vraies raisons pour lesquelles il aurait fait cette demande en mariage incongrue :
« C’est la seule connerie que je pouvais sortir pour me payer la tête des journalistes. »
Car la vindicte qu’entretient Domenech avec les journalistes est réelle. Mais nous y reviendrons plus loin.

La coupe du monde 1998

Pour le Docteur Paclet, il y a deux catégories de médecins : ceux qui préparent et ceux qui réparent. Il se définit dans la deuxième catégorie car il n’a jamais considéré que son métier était de préparer les joueurs pour booster leur performance… Il évoque les méthodes du Docteur Agricola à la Juventus de Turin dans les années 90. Pour faciliter la récupération des joueurs, la tentation était grande de donner aux joueurs des produits tels que l’Erythropoïétine plus connu sous le nom de l’EPO. A quoi ça sert ? C’est un produit qui augmente le nombre de globules rouges dans le sang. De 38% à 42% pour une personne normale, on fait grimper le taux de globules rouges à 50% voir plus grâce à ce produit. Le but de ce médicament est de permettre un meilleur transport de l’oxygène des poumons vers les muscles. Il s’agit donc de diminuer l’état de fatigue des joueurs.
Il y a également les hormones de croissance qui développent la puissance musculaire. Pour savoir si un joueur a pris des hormones de croissance, il suffit de vérifier quels joueurs ont gagné entre 20 et 30 ans plusieurs pointures de chaussures. Car les hormones de croissance font grandir les pieds.
La créatine fait quand à elle gonfler la masse musculaire des joueurs.
Selon le Docteur Paclet, pour lutter contre le dopage, il faudrait prendre des sanctions collectives. Quand un joueur tombe, c’est toute son équipe qui doit tomber avec lui. Cela responsabiliserait davantage les joueurs et les clubs!
Le moment fort de ce chapitre consacré au dopage reste ce passage :
« Des analyses de sang ont révélé des anomalies sur plusieurs Bleus juste avant la Coupe du monde 1998. On peut avoir de forts soupçons quand on connaît les clubs où certains joueurs évoluaient, notamment ceux du championnat en Italie. »

Le coup de tête de Zidane

Dans un chapitre intitulé « le secret de Zidane », le docteur Paclet revient sur l’antagonisme entre Zidane et Materazzi au cours de la finale. Pendant le match, Zidane a subi les provocations permanentes du défenseur Italien. A la 80ème minute du match, Zidane reste au sol à la suite d’un duel aérien avec Cannavaro. Il s’est déboité l’épaule. Le docteur Paclet intervient sur la pelouse pour réduire sa luxation. Au moment où il manipule l’épaule de Zidane, il entend Materazzi derrière lui qui l’insulte : « Tu ne sers à rien, docteur de merde. Il est mort, le vieux. Tu comprends, il est mort. »
Après la fin du match, le docteur Paclet relate cette anecdote :
« Dans les vestiaires, Thuram reproche à Zidane d’être responsable de la défaite.
- A cause de toi, on n’a pas gagné.
Zidane ne bronche pas. Il n’y a pas de méchanceté dans ce que Thuram dit, juste de la colère mêlée à du dépit. »

Après avoir passé une nuit blanche avec des idées noires, Jean-Pierre Paclet rentre à Paris où il est reçu à l’Elysée avec les membres de l’équipe de France.
Il relate alors cette anecdote surréaliste :
« Le président de la République veut me présenter à son épouse :
- Bernadette, c’est le docteur Paclet. Vous savez qui c’est ?
- Oui, c’est le médecin de l’équipe de France.
- Non, c’est le médecin qui a opéré le sumo Takanohana et qui me l’a amené ensuite à l’Elysée.
Les yeux de Bernadette Chirac suffisent à exprimer son ras-le-bol. Chirac me prend dans ses bras. Domenech qui est derrière moi rigole et me chambre.
- Depuis il doit boiter, le sumo ?
Chirac vole à mon secours.
- Pas du tout, il a remporté plein d’autres victoires. »

Domenech et les médias

Domenech a mené contre les médias une véritable croisade qui a atteint son paroxysme au cours de l’Euro en Suisse. Les raisons de cette vindicte ?
Il s’est senti trahi aux Iles Ferroé le 9 Septembre 2004, au lendemain de la victoire de la France 2-0 comptant pour les éliminatoires pour la Coupe du monde 2006. Dans le salon de l’hôtel à Troshavn Domenech se confie à une poignée de journalistes. Pour pallier l’absence de Vieira suite à son expulsion, il avance :
- Je vais racler les fonds de tiroir!
Ce qui était une délcaration off, a fait le lendemain les gros titres des journaux. Domenech en tient rigueur aux journalistes car ce type de déclaration n’est pas très valorisante pour le joueur sensé remplacer Vieira en milieu de terrain.
A travers ce livre, le docteur Paclet en fin psychologue perce la personnalité de Raymond Domenech. L’élan naturel de l’ancien sélectionneur des bleus est de se poser, de s’imposer et souvent de s’opposer aux autres!
Il fait des médias sa cible privilégiée et va entretenir vis-à-vis d’eux une véritable paranoïa.
En Suisse, Domenech dépense beaucoup d’énergie dans sa guerre contre les médias : lieu d’entraînement modifié, séance avancée ou reculée, changement de gare de départ à la dernière minute, tous les coups sont bons pour dammer le pion aux journalistes! Domenech joue au jeu du chat et de la souris avec la presse. Il est même aller au cours du stage de préparation à l’Euro à Tignes à faire évacuer en hélicoptère les 7 joueurs exclus de sa liste à la dernière minute afin qu’il n’aient aucun contact avec les médias!

Samir Nasri et Franck Ribéry : les ennemis intimes!

Au cours de cette Euro 2008, le docteur Paclet dénonce le climat délétère entre certains joueurs.
Par exemple, Nasri et Ribéry entretiennent depuis 2006 une grande inimitié qui remonte à l’époque où ils évoluaient ensemble à l’OM. Les raisons de cette querelle sont occultes. Mais il relate des incidents qui ont émaillé la vie des bleus. Il est dans les habitudes de Ribéry de chambrer ses partenaires à longueur de journée. Mais il a fait durant l’Euro 2008 de Samir Nasri la cible privilégiée de son humour de potache! Quand Ribéry met du sel dans le café de ses coéquipiers, ça déclenche l’hilarité générale. Mais ça fait moins rire Nasri quand il est victime de ce genre de blagues! Dans la salle de soins, Ribéry lance des boutades peu amènes dans le dos de Nasri. Il est même allé jusqu’à placardé une photo de la copine de Nasri, la joueuse de tennis Tatiana Golovin, s’affichant dans les tribunes de Roland Garros très proche d’un autre tennisman! Il s’agissait d’une photo issue d’un magazine people avec un commentaire en légende tout autant équivoque! Un kiné a la bonne idée de retirer la photo avant que Nasri ne la découvre, évitant ainsi un nouvel esclandre!

L’Euro en Suisse est plombé par un conflit générationnel

Le docteur Paclet dénonce le conflit générationnel qui plombe l’ambiance dans le groupe! Des joueurs sont en fin de cycle et se font moins respecter parce qu’ils sont moins respectables sur le terrain. Vieira et Sagnol ont des blessures à répétition. Thuram et Makelele sont peu utilisés par leurs clubs respectifs. Des petits jeunes comme Benzema et Nasri leur font presque la leçon!
« Des gosses qui ont une dizaine de sélections snobent des cadres qui en ont une centaine. » écrit le docteur Paclet. Un fossé béant se creuse entre les joueurs qui ont plus de trente ans et ceux qui ont à peine vingt ans!

Le clash entre Vieira et Evra

A la fin du match perdu par la France 4-1 contre les Pays-Bas, Vieira qui était sur le banc de touche est pris à partie par des supporters qui l’insultent. Il veut en découdre en montant dans les tribunes mais Patrice Evra le retient :
« - Pat, arrête, arrête, c’est une connerie.
- Mêle-toi de tes affaires, rentre.
Vieira est sur le point d’enjamber les grilles. Evra accourt. Il le tire brusquement vers l’arrière par les épaules. Vieira pousse Evra à l’entrée du tunnel. Les deux joueurs se bousculent. Quelques secondes d’accrochage. Boumsong les sépare. Henry tente de les raisonner. »
Raymond Domenech commence à perdre toute autorité vis-à-vis de ses joueurs quand Thuram décide de façon unilatérale qu’il ne disputera pas le dernier match contre l’Italie. Il juge que sa prestation contre les Pays-Bas n’était pas bonne et qu’il n’est pas au niveau! Il prend cette décision sans consulter le sélectionneur!

L’affaire Vieira

C’est au cours de cette Euro 2008 que le Docteur Paclet a perdu sa place au sein de l’équipe de France suite à l’affaire Vieira. Au cours d’une séance d’entraînement, peu avant le début de l’Euro, Patrick Vieira, le capitaine de l’équipe de France, ressent une vive douleur à la cuisse suite à une frappe de balle. Des examens complémentaires (IRM et échographie) confirment une lésion de cinq centimètres avec saignement. Mais Domenech insiste, malgré le diagnostic du docteur Paclet pour emmener à cette Euro un joueur qu’il ne pourrait pas utiliser. Il estime que Vieira est beaucoup plus nuisible pour lui à l’extérieur du groupe qu’à l’intérieur. Il craint les déclarations qu’il pourrait faire à la presse. Donc il le garde dans sa liste malgré l’avis médical contraire!
Par l’intermédiaire de Willy Sagnol qui évolue au Bayern de Munich, Vieira se voit proposer un traitement de la dernière chance par le docteur Muller-Wolfarth du Bayern qui se trouve en Suisse comme médecin de l’Allemagne. Il suggère un traitement à base d’enzymes de résorption et d’anti-inflammatoires auxquels il ajoute la prescription d’une injection d’Actovégin. Or l’Actovégin est constitué de sang de veau déprotéiné. Ce n’est pas un produit inscrit dans liste des produits dopants de l’agence mondiale antidopage. Mais c’est une substance prohibée en France car elle peut entraîner des risques vasculaires. Les professeurs Saillant et Rochcongar consultés par le docteur Paclet donnent un avis définitif : il ne faut pas l’utiliser! Si Vieira prend ce produit, et que la France va en finale, le joueur s’exposerait à la menace d’une fuite dans la presse qui pourrait lui être préjudiciable!
Domenech a pris le risque de sélectionner un joueur qu’il ne pourrait pas utiliser et il fait ensuite porter le chapeau au docteur Paclet. Le docteur Paclet a donc joué le rôle de bouc émissaire dans cette sombre affaire.

Le pacte entre Escalette et Domenech

Après la déroute de l’Euro 2008 en Suisse où la France est éliminée dans la phase de poule dès le premier tour, Escalette fait des pieds et des mains pour maintenir Domenech dans ses fonctions de sélectionneur. Il voit d’un très mauvais oeil l’arrivée de Deschamps qui représente le meilleure alternative pour remplacer le sélectionneur!
Le pouvoir de Domenech commence à s’effriter à partir du moment où Escalettes joint plusieurs Bleus en leur demandant de prendre position dans la presse pour le maintien du sélectionneur! Vieira, Ribéry et Sagnol sont donc téléguidés pour déclarer publiquement leur soutien au maintien de Raymond Domenech. Le docteur Paclet écrit : « Ces soutiens sollicités constituent la faute originelle. A partir de là, Raymond perd toute son autorité sur les joueurs. »
Au même moment, Michel Platini, qui en tant que président de l’UEFA a un devoir de neutralité, fait campagne dans l’ombre en faveur de Domenech. Sous sa casquette de vice-président de la FFF, il déclare le 1er Juillet 2008 dans L’Equipe :
« Casser maintenant ce qui a été fait, provoquer une rupture, c’est dangereux. Changer, c’est mettre l’équipe de France en danger. Ce n’est rendre service à personne que de remplacer brutalement le sélectionneur. L’amalgame que Domenech a essayé de faire entre jeunes et anciens n’a pas fonctionné. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est renouveler les joueurs et se qualifier pour la Coupe du monde 2010. Or, le mieux placé pour y parvenir, c’est Raymond, parce qu’il est celui qui connaît le mieux les joueurs en place et ceux à venir. »
Même Houiller fait de la politique politicienne en militant pour son pire ennemi qui a voulu lui prendre sa place de DTN en 2007!
En renouvelant leur confiance à Domenech, Escalettes et Houiller écartent Deschamps pour faire barrage au retour de la génération 98. Pour quelles obscures raisons Gérard Houiller soutient-il son pire ennemi ? La réponse est limpide comme de l’eau de roche. Paclet écrit en effet : « Houiller, lui, a son idée. Devenir président de la FFF après le départ d’Escalettes en 2012. Dans quatre ans. Autant dire une éternité. Il a réalisé avec Escalettes un coup de génie à court terme. Mais en cas de mauvais résultats des Bleus et de nouveaux remous sportifs, son destin présidentiel risque d’être contrarié. »

Les apparatchiks de la FFF

Le Docteur Paclet tourne en ridicule le mode de fonctionnement de la FFF qui est sensée préparer l’avenir du football Français et qui est dirigée par des hommes entre 60 et 70 ans qui se désignent par cooptation. C’est comme si on confiait la gestion d’une entreprise à des retraités bénévoles. Or cette structure de la FFF qui s’appuie sur des bénévoles est tout à fait inadaptée aux exigences d’un football professionnel. « Imaginez qu’on laisse le volant d’une Porsche pour la première fois à quelqu’un qui a coduit une trottinette toute sa vie. La sortie de route est garantie. A condition que le conducteur puisse déjà démarrer la grosse cylindrée sans caler. »
Le paradoxe du football Français, c’est que c’est le monde amateur qui gère le professionnel! Le président de la LFP, Frédéric Thiriez, est bien esseulé au sein du conseil fédéral!

Le bilan d’Escalettes

Si l’on dresse le bilan d’Escalettes à la tête de la FFF, on note sur le plan financier qu’il a assaini les comptes, renouvelé la convention dans la diffusion des matchs des Bleus, le contrat avec Nike comme équipementier officiel de l’équipe de France de 2011 à 2018. Pour ces trois chantiers il peut remercier Noël Le Graët.
Sa seconde réussite découle de l’obtention de l’organisation de l’Euro 2016. Il peut être reconnaissant à Jacques Lambert, le directeur général de la FFF, qui a supervisé ce dossier!
Dans son passif, il a contrebalancé le pouvoir de Jacques Lambert sur lequel il aurait pu s’appuyer davantage en nommant Jean-Pierre Valentin, jeune énarque et ancien directeur de cabinet de Jean-Louis Debré.
Le niveau des arbitres a sombré sous le règne d’Escalettes. Mais sa plus grande faute sera révélée par le fiasco de la coupe du monde 2010 : il n’aurait jamais du recoduire Domenech comme sélectionneur en 2008.

L’inimitié entre Ribéry et Gourcuff

Il n’a échappé à personne que des tensions existaient durant cette coupe du monde entre Ribéry et Gourcuff. Ribéry ignorait copieusement le joueur de Bordeaux sur le terrain. D’où vient cette inimitié ? Voici la version que donne le Docteur Paclet qui semble bien renseigné, mais est-ce la vraie raison ???? Il fait référence dans le passage qui suit au deuxième match de préparation des Bleus qui a réuni les joueurs et leurs conjointes à Sousse, en Tunisie.
« Certains joueurs ne sont pas épargnés par la presse à cause de leurs avantures extraconjugales. Wahiba Ribéry saisit l’opportunité et en rajoute. Elle ne quitte pas des yeux Yohan Gourcuff, venu seul, et le fait savoir à son époux. Ribéry n’en pense rien. Enfin, si. Du mal. Beaucoup de mal. Wahiba use de la provocation idéale. Depuis le stage de mai à Tignes, Ribéry semble s’éloigner de Gourcuff. Sur le terrain, il ne lui fait pratiquement aucune passe. »
D’après le Docteur Paclet, Ribéry s’est renfermé également car il ressasse son transfert raté au Réal de Madrid. Il est moins insouciant et bout-en-train qu’en 2006.

La vengeance de Domenech sur Henry

Autre fait intéressant. Dans Le roman noir des bleus co-écrit par Eugène Saccomano et Gilles Verdez, on a vu que Henry n’était pas sur la liste initiale du sélectionneur pour la coupe du monde. Il l’a intégré in extremis mais en posant une condition : Henry devait accepter un nouveau statut de remplaçant. Cette décision aurait moins été dictée par un choix sportif que par le désir de Domenech de règler ses comptes avec Thierry Henry. A quand remonte la controverse entre le joueur et son sélectionneur ? A un épisode qui a précédé le match France-Roumanie en Septembre 2009 comptant pour les éliminatoires de la coupe du monde. A la veille du match, Domenech réunit en fin d’après-midi ses joueurs et le staff dans une salle à Clairefontaine pour une séance vidéo. Il fustige alors les joueurs :
- Je n’ai qu’un souhait. Que vous soyez meilleurs aujourd’hui à l’entrainement. Vous avez été nuls hier. Je suis resté sur ma faim. J’ai l’impression que vous n’avez pas envie.
L’atmosphère est tendue et après quelques secondes, Henry ne supportant pas les reproches du coach prend la parole au nom de l’équipe :
- Nous aussi, on a quelque chose à vous dire. On reste sur notre faim. On s’emmerde pendant vos entrainements. On ne sait pas comment jouer. On ne sait pas ce qu’il faut faire. On n’a pas de schéma tactique. Plus rien ne va.
Jean-Pierre Paclet enchaîne :
« Au lieu de recadrer Henry, il le laisse lui faire la leçon devant les autres internationaux. Comme si le cadre d’une entreprise du CAC40 critiquait impunément le plan marketing du directeur général. Le début de la fin. Mais Domenech est tenace. Rancunier. Il n’oublie pas l’humiliation que lui a fait subir Henry. Sa vengeance s’accomplit début mai 2010 à Barcelone où le meilleur buteur des Bleus évolue. Il lui annonce qu’il ne le sélectionnera pas. Jusqu’au 10 Mai, veille de la fatidique annonce officielle, Henry ne figure pas dans la liste qu’il doit dévoiler sur TF1. Le lendemain, il réapparaît. [...] Quoi qu’il en soit, Henry intègre l’équipe mais n’est plus capitaine et aura un statut de remplaçant. »

Le clash entre Domenech et Anelka

Le docteur Paclet qui a manifestement gardé de bons contacts avec les joueurs nous relate sa version du clash entre Nicolas Anelka et Raymond Domenech à la mi-temps du match France-Mexique. Domenech aurait dit à Anelka :
- Tu n’est pas dedans. Tu n’as pas été bon pendant les quarante-cinq premières minutes. Arrête de décrocher tout le temps.
- Mon poste, ce n’est pas ça. Je ne suis pas fait pour ça. Je ne reçois aucun ballon. Moi, je joue en soutien, numéro 9.
- Si tu continues à le prendre comme ça, je te sors.
Les deux hommes se tiennent debout à quelques mètres l’un de l’autre. Anelka laisse exploser sa frustration lorsqu’il répond sur un ton calme :
- T’as raison…. Va te faire enculer, toi et ton système de jeu.
Il fait alors demi-tour et se dirige vers son casier pendant que Domenech met à exécution sa menace :
- Je te sors.
Avant de s’asseoir, Anelka aurait murmuré quatre autres mots sans regarder Domenech :
- Sale fils de…
Personne ne s’offusque car lorsqu’on connait la personnalité d’Anelka, on sait qu’il a l’habitude de parler ainsi. C’est des expressions tellement utilisées par les footballeurs qu’elles sont presque devenues un langage courant.
A propos du doigt d’honneur que Gallas aurait fait à la fin du match à un journaliste de TF1, le docteur Paclet évoque un contentieux entre les deux hommes.
Anelka est adoré dans le groupe. Il a une personnalité introvertie mais il fait l’unanimité dans l’équipe car il est facile à vivre et très populaire. Suite à la publication de L’Equipe et à la sanction prononcée contre Anelka, les joueurs réagissent immédiatement. Puisque le joueur refuse de faire des excuses publiques à Domenech, Toulalan, Abidal, Henry et Evra lui proposent une solution intermédiaire : lui faire des excuses personnelles en tête-à-tête. Le joueur accepte de faire son mea culpa en privé. Quatre de ses coéquipiers sont chargés d’organiser une entrevue entre lui et Domenech. Toulalan, Abidal, Evra et Henry chargent l’officier de sécurité de l’équipe, Mohamed Sahandji, de faire passer le message à Domenech. Mais ce dernier fait la sourde oreille. Il ne permet donc pas Anelka de faire amende honorable en présentant ses excuses. Avant de quitter l’hôtel, Anelka rassemble ses 23 coéquipiers pour leur dire au-revoir et leur demande :
- C’est quand même dégueulasse ce qu’on me fait subir, j’aimerais bien que vous fassiez un geste pour moi.
La suite… Vous la connaissez!

Conclusion

Le mot de la fin, je le laisse au Docteur Paclet qui en reprenant une jolie formule de Courteline au sujet de l’amour, mais c’est du football que l’ancien médecin des Bleus parle, écrit :
« On allait l’oublier! Comment ne pas parler du plus important ? Du terrain. Il faut que cette équipe de France réapprenne à jouer à onze. Son passé n’est pas simple. Son présent demeure plus qu’indicatif. Quand à son futur, il s’écrit au conditionnel. Blanc va devoir prendre des pincettes – pardon, des aiguilles – pour faire dégonfler certaines têtes. »




Pourquoi le TOP 14 est-il de plus en plus attractif ?

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Vendredi 13 Août, c’est la reprise du TOP 14 avec la première journée de championnat qui commencera cette année comme elle s’était terminée l’an passé. C’est l’ASM de Vern Cotter qui a finalement vaincu la malédiction qui pesait sur Clermont-Ferrand en décrochant le bouclier de Brennus l’année dernière à l’issue de sa quatrième finale d’affilée et après 10 tentatives infructueuses dans son histoire. En battant Perpignan 19-6, Clermont-Ferrand remportait enfin le trophée qui lui échappait tant. C’est face à Perpignan que les Clermontois commencent la nouvelle saison 2010-2011 demain lors de la première journée du TOP 14.
Ce championnat est de plus en plus attractif et attire les meilleurs joueurs d’Europe et de l’émisphère Sud. Pour comprendre l’engouement qu’il suscite, il est intéressant de rappeler les règles de base qui ont bâti son succès :

Les règles du Top 14

Depuis l’an passé, le Top 14 est riche en rebondissements jusqu’aux ultimes journées de championnat. Car si le premier et le second du classement sont automatiquement qualifiés pour les demi-finales, le troisième et le quatrième doivent disputer un play-off ou match de barrage contre le cinquième et le sixième. Le seul avantage qu’ils retirent de leur troisième et quatrième place c’est de pouvoir recevoir chez eux leur futur adversaire dans ce match qui fait figure de quart de finale car il donne un billet d’accès au quartet des phases finales. Les demi-finales se disputent toujours sur terrain neutre.
Le TOP 14 associe donc à la fois la formule d’un championnat classique qui oppose 14 équipes qui constituent l’élite du Rugby Français au cours de 26 journées. Mais à l’issue de ce championnat, le TOP 14 a tous les charmes des matchs de coupe qui sont des matchs à couperet où une équipe va jouer toute une saison sur 80 minutes ou plus… Il y a donc 6 équipes qui sont concernées par la phase finale tandis que les deux derniers du championnat, le treizième et le quatorzième sont automatiquement rétrogradés la saison suivante en Pro D2.
Lors de chaque journée, une défaite rapporte 0 point à une équipe, un match nul 2 points et une victoire 4 points.
Mais l’équipe qui remporte un match avec plus de trois essais d’avance sur son adversaire remporte un point supplémentaire de bonus offensif et donc empoche en l’espace d’une journée le pactole de 5 points. L’équipe qui s’incline avec 7 points d’écart ou moins sur son adversaire (c’est-à-dire un essai transformé) remporte un point supplémentaire de bonus défensif.
Donc les règles du TOP 14 visent à rendre le championnat passionnant et riche en suspense jusqu’aux dernières journées comme ce fut le cas la saison passée où quatre équipes étaient concernées par la sixième place : le Racing Metro, Brive, le Stade Français et le Biarritz Olympique. C’est finalement lors de l’avant-dernière journée à Colombes que le match Racing Metro – Biarritz a déterminé le sixième.

2010 : une année faste pour le Rugby Français

Si l’on dresse le bilan de la saison 2009-2010, on ne peut tirer que des motifs de satisfaction pour le rugby Français. Il y a d’abord eu le grand chelem remporté par l’équipe de France dans le Tournoi des VI Nation. S’il fallait une autre preuve de la bonne santé du rugby Français, c’est dans la finale de la Heineken Cup qu’il faut la chercher. On a eu droit à une finale Franco-Française entre le Stade Toulousain et le Biarritz Olympique au Stade de France. C’était un match de haut vol qui nous rappelle que le TOP 14 est vraiment le meilleur championnat Européen.

2011 : l’année de tous les espoirs

En effet, le TOP 14 est de plus en plus relevé car on assiste depuis l’année dernière à une redistribution des cartes avec l’arrivée de deux nouveaux acteurs majeurs dans le Top 14 qui bousculent la hiérarchie établie : le Racing Metro et Toulon. Ces deux clubs ont beaucoup de points communs car ils représentent respectivement dans le sud-est de la France pour Toulon et dans l’Ile de France pour le Racing Metro une oasis méridionale dans des régions où le rugby est beaucoup moins populaire que dans le Sud-Ouest. C’est également deux clubs de légende qui ont un passé glorieux mais qui végétaient en Pro D 2 au milieu des années 2000 avant qu’un nouveau président n’arrive pour injecter de l’argent et offrir un projet ambitieux. Du coup, la baisse de régime du Stade Français l’an passé trouve également une explication : les joueurs de Max Guazzini ne sont pas plus faibles qu’avant, c’est leurs adversaires qui sont de plus en plus forts!

L’année du rugby qui commence demain aura pour point d’orgue la coupe du monde en Septembre et Octobre 2011 en Nouvelle-Zélande. C’est donc une année charnière pour de nombreux joueurs qui tiennent à gagner leur place en équipe de France.

Quelle équipe peut-elle succéder à l’ASM ?

L’ASM pourra-t-il réaliser un doublé historique après son succès l’an passé ? Il s’en est en tout cas donné les moyens avec un recrutement haut de gamme. En effet, le 3ème ligne des Blaks, Sione Lauki, revient en France. On l’avait connu il y a quelques années à Nevers. Il espère relancer sa carrière à Clermont car il n’a plus été rappelé dans le squad des Blaks depuis deux ans. C’est un troisième ligne perforateur, solide, originaire des Tonga. Il a évolué à 19 ans en Fédérale 2 en France. Avec ses 119 kilos, il dégage une énorme force physique, car il allie puissance et rapidité. Il a été sélectionnée en 2007 pour la coupe du monde avec les All-Blaks. Clermont réunit toutes les conditions pour qu’il réussisse à se relancer puisqu’il y retrouvera parmi ses compatriotes, le coach Vern Cotter, ses anciens coéquipiers aux Chiefs, Tasesa Lavea et Kevin Senio. Clermont dispose donc d’un nouvel atout pour confirmer cette saison et jouer les premiers rôles dans la H Cup. L’année précédente a vu l’éclosion de Morgan Parra qui s’est imposé en équipe de France en tant que demi de mêlée. De nombreux joueurs Clermontois forment l’ossature de l’équipe de France : Rougerie, Pierre, Domingo, Parra, Lapandry, Bonnaire, Malzieu. Sans compter ses nombreux joueurs étrangers tels que le talonneur Argentin Mario Ledesma, l’ouvreur Australien Brock James, le trois-quart aile fidjien Napolioni Nalaga ou le trois-quart centre Sud-Africain Joubert. Sione Lauaki, avec ses 17 sélections chez les Blacks est un sérieux renfort. Les jaunarts sont donc candidats à leur propre succession histoire de prouver que ce premier bouclier de Brennus n’est pas un accident de l’histoire.

Toulon

Toulon a fait une saison exceptionnelle l’an dernier en dépassant les objectifs que le club s’était fixé. En échouant en demi-finale du TOP 14 après prolongations contre Clermont et en perdant en finale du Challenge Européen contre Cardiff, les joueurs du président Mourad Boudjelal ont bousculé l’ordre établi dans le rugby Français en jouant les premiers rôles dans le Top 14, deux ans après leur accession dans l’élite. Son recrutement bling-bling n’est pas étranger à ces résultats avec notamment la présence dans l’effectif Varois de la star du Rugby Anglais, l’ouvreur Jonny Wilkinson qui a terminé deuxième meilleur buteur du TOP 14. Cette année, le recrutement est tout aussi ambitieux avec l’arrivée de trois grosses stars pour étoffer l’effectif Toulonnais : l’ailier Anglais Paul Sackey, le troisième ligne Wallaby George Smith et le pilier Néo-Zélandais Carl Hayman. La surprise du chef c’est quand même l’arrivée de George Smith, l’un des meilleurs troisième ligne au monde. Comme les joueurs qui évoluent en Europe ne peuvent pas être sélectionnés, George Smith a donc renoncé à la sélection Australienne pour se lancer ce nouveau défi dans le championnat de France. Il compte 110 sélections chez les Wallabies. Il est le flanker et même l’avant Australien le plus capé de l’histoire. Il est devenu le plus jeune joueur de l’histoire à atteindre la barre des 100 sélections à 29 ans et 4 jours. Il a déjà été élu 4 fois meilleur joueur Australien du Super 12 (avant qu’il ne s’appelle le Super 14). Grâce à George Smith, Paul Sackey (la fusée anglaise) et Carl Hayman (le pilier néo-Zélandais), Toulon a donc effectué un recrutement galactique qui pallie largement le départ de Sony Bill Williams qui a fait le choix de retourner en Nouvelle-Zélande dans l’optique de la coupe du monde 2011 qu’il rêve de disputer. Toulon disposera cette saison d’une troisième ligne redoutable avec George Smith, Joe Van Niekerk, Juan Martin Fernandez-Lobbe, Joe El Abd et Olivier Missoup. Depuis l’an passé et sa victoire à Toulouse 6-3, Toulon monte en puissance. Si le TOP 14 s’était joué au nombre de victoires, les Toulonais auraient fini premiers. Ils ont d’ailleurs fini fort la saison en enchaînant 10 victoires consécutives.

Le Racing Metro

Le Racing Metro jouait les premiers rôles dans le championnat de Pro D2 il y a trois ans avec Toulon. Aujourd’hui, ces deux clubs sont devenus deux places fortes du TOP 14. Les Ciel-et-blanc poursuivent cette année leur ascension dans les sommets du rugby Français commencée en 2006 quand le président Jacky Lorenzetti a repris les rennes de ce club. Le Racing s’est distingué par son recrutement bling-bling la saison passée avec trois têtes de gondoles : Sébastien Chabal, le sportif préféré des Français, Lionel Nallet, l’ancien capitaine de l’équipe de France et François Steyn, le plus jeune joueur de l’histoire à avoir remporté la coupe du monde avec l’Afrique du Sud en 2007 à seulement 20 ans et 5 mois. Sébastien Chabal, surnommé également Hannibal Lecter, l’animal ou le Boucher, a fait un retour gagnant en France l’année passée avec le Metro Racing. Selon une étude de la société Opta, il a été l’un des avants ayant gagné le plus de terrain balle en main. Chabal a terminé deuxième avec 969 mètres gagnés pour 22 matchs disputés derrière Chris Masoe qui a parcouru 992 mètres en 25 matches. Cette année encore, le président Lorenzetti a frappé un grand coup sur le marché des transferts en enrôlant Juan Martin Hernandez, l’ouvreur Argentin qui a fait les beaux jours du Stade Français par le passé. Ce joueur est surnommé  » el mago  » car à lui tout seul, il peut faire basculer le cours d’un match. Après une saison noire où il a été blessé au dos et n’a pas pu disputer le Super 14 avec les Natal Sharks, il aura à coeur de se relancer en France dans le top 14. Celui qui est considéré comme l’un des meilleurs joueurs au monde est donc de retour dans le championnat de France au Racing Metro où il sera associé en charnière au transfuge de Perpignan, le demi de mêlée Nicolas Durand, qui après avoir disputé deux finales consécutives avec les Catalans souhaite donner un nouvel essor à sa carrière. Hernandez est également un joueur polyvalent : il peut évoluer à la fois à l’ouverture, au poste d’arrière ou de centre. Il n’en n’est pas moins insaisissable pour ses adversaires tant il est à l’aise ballon en main, habile au pied. Il rend ses coéquipiers meilleurs. Sous les ordres de Fabien Galthié, c’est à l’arrière qu’il a fait longtemps le bonheur du Stade Français avant d’être repositionné à l’ouverture lors de la saison 2006-2007. En 2007, il a été élu meilleur joueur du championnat de France de rugby. C’est une distinction qui a été décernée pour la première fois à un joueur étranger. Si le Stade Français a raté sa saison l’an dernier, c’est en grande partie due à l’absence de son chef d’orchestre. Le Racing a également cassé sa tirelire pour faire venir à Colombes le prometteur trois-quart aile de Bayonne, Benjamin Fall. Ce joueur de 21 ans est une des stars du TOP 14 qu’il a éclaboussé de son talent l’an passé en terminant deuxième meilleur marqueur d’essais avec 7 réalisations en 15 matchs joués. Il a commencé le rugby il y a à peine 6 ans dans sa ville natale de Langon. Il a honoré sa première sélection avec le XV de France durant l’automne dernier contre les Samoa en inscrivant son premier essai avec les Bleus. C’est un ailier qui a des ailes, virevoltant, racé qui allie puissance et vitesse. Son transfert a coûté 506 000 euros aux dirigeants du Racing (clause libératoire de 300 000 euros plus 206 000 euros d’indemnités de formation). C’est une somme qui fait de Benjamin Fall le plus gros transfert de l’histoire du rugby professionnel en France. Au Racing Metro, il retrouvera Henry Chavancy, le trois-quart centre avec lequel il a remporté la coupe du monde des moins de 20 ans. Pierre Berbizier l’alignera peut-être cette année au poste d’arrière. Enfin le recrutement du Racing Metro est étoffé par les venues de Brugnaut le pilier international Français et de Mirco Bergamasco le trois-quart aile Italien qui évoluait au Stade Français.

Le Stade Toulousain

Le Stade Toulousain joue la carte de la stabilité en conservant un effectif pléthorique de bons joueurs. A Toulouse, les remplaçants sont des titulaires décalés. A la tête de cette équipe depuis 17 ans, Guy Novès a réussi l’an passé l’exploit de se qualifier pour la 17ème fois d’affilée en demi-finales du championnat. Il sait néanmoins que dans le rugby moderne on ne peut pas courir deux lièvres à la fois. Aussi-a-t-il fait l’impasse sur le championnat l’an passé pour se consacrer à la H Cup qu’il a remporté à l’issue d’un match somptueux contre Biarritz. Cette année Toulouse perd Jean-Baptiste Elissalde qui prend sa retraite en tant que joueur mais qui intègre le staff de l’équipe. Guy Novès mise sur la jeunesse car il a décidé de ne pas remplacer Elissalde afin de mieux lancer le jeune Nicolas Bézy dont l’année 2010-2011 pourrait coïncider à son éclosion dans l’élite. Les joueurs du Stade Toulousains servent d’ossature à l’équipe de France comme le talonneur William Servat, le troisième ligne et capitaine, Thierry Dusautoir, le demi-d’ouverture Frédéric Michalak, les trois-quart centre Jauzion, Fritz ou David, les trois-quart ailes Clerc ou Heymans. Enfin Médard et Poitrenaud à l’arrière.

Le Racing Metro, Toulon, Toulouse et Clermont sont les quatre favoris.
Mais Biarritz, le Stade Français, Perpignan et Castres peuvent faire office d’outsiders. 8 équipes peuvent être championne et cette incertitude est formidable pour le TOP 14 qui devrait nous garantir un suspens digne des plus grands polars!

Le Biarritz Olympique

Lors de la dernière décennie, le BO est l’équipe la plus titrée avec le Stade Toulousain et le Stade Français. Les Biarrots ont remporté le championnat en 2002, 2005 et 2006.
Sur le marché des transferts, le BO enregistre l’arrivée de l’ancien pilier du Stade Français, Sylvain Marconnet. Après 13 ans au Stade Frnaçais où il était un des tauliers, Sylvain Marconnet veut relancer sa carrière à un an de la coupe du monde. Après le départ de Dominici l’an passé, il y a eu une cassure pour Sylvain Marconet qui a rendu son brassard de capitaine. Dans la capitale, il a tout connu, la remontée en 1997 et cinq titres en 1998, 2000, 2003, 2004 et 2007. Il a également disputé deux finales de coupe d’Europe en 2001 et en 2005. Il s’est imposé au fil des saisons comme l’un des meilleurs piliers au monde. Il va apporter à Biarritz l’expérience d’un joueur international depuis 1998 qui a remporté à 4 reprises le Tournoi des VI Nations dont deux grands chelems. C’est le pilier Français le plus capé de l’histoire. Biarritz pourra compter sur ses cadres : Barcella (pilier), Thion (Deuxième ligne), Harinordoquy (troisième ligne), Yachvili (demi de mêlée), Traille (trois-quart centre), N’Gwenya (le rapide trois-quart aile américain) et Balshaw (l’arrière Anglais). Wenceslas Lauret, le jeune troisième ligne d’origine Réunionnaise pourrait être la confirmation de la saison. On attend beaucoup de ce joueur qui a tapé dans l’oeil de Marc Lièvremont qui l’a retenu pour la tournée d’été du XV de France. C’est un candidat sérieux pour la coupe du monde en troisième ligne.

Perpignan

C’est la seule équipe à avoir terminé la saison en remportant tous ses matchs à domicile. Aimé Giral demeure donc un bastion imprenable dans le Top 14. Néanmoins, sa dernière saison a connu des hauts et des bas comme par exemple cette défaite incroyable en H Cup à Trévise qui était réputé plus faible sur le score de 9-8. A l’intersaision, le club a perdu son demi de mêlée Nicolas Durand parti au Racing. Il a été remplacé à ce poste par l’ancien joueur d’Albi, Boulogne. Il n’y a pas eu de révolution puisque Perpignan a joué la carte de la stabilité en conservant ses joueurs confirmés comme Nicolas Mas, le pilier international, le trois-quart centre Maxime Mermoz, ou la révélation de la saison passée, le troisième ligne d’origine Camerounaise, Tchale-Watchou. Jacques Brunel, le coach Catalan pourra compter une nouvelle fois sur Tchou-Tchou comme le surnomment affectueusement les supporters. D’origine Camerounaise comme Serge Betsen ou les Frères NTamak, Robins Tchale-Watchou est la révélation du dernier championnat. Il rêve de porter le maillot de l’équipe de France même si une sélection en équipe Espoir du Cameroun pourrait briser ce rêve.

Le Stade Français

Le Stade Français a perdu des joueurs majeurs comme Marconnet, Kayser, Messina, Gasnier ou Bergamasco sans véritablement se renforcer. Au regard de leur dernière saison blanche, on voit mal comment une équipe amputée de Marconnet pourrait être meilleure d’autant plus qu’il y a eu un nivellement par le haut dans le TOP 14. Michael Cheika, l’ancien cador du Leinster (vainqueur de la H Cup en 2009) a pour mission de ramener de la discipline et du talent dans cette équipe. N’enterrons pas trop vite cette équipe qui récupère son maître à jouer, le demi de mêlée Dupuis qui avait écopé de 6 mois de suspensions suite à sa fourchette en H Cup sur l’Irlandais Ferris. Si l’on y regarde de plus près, cette équipe dispose d’une grosse pointure dans chaque ligne : Sarzewski (Talonneur), Papé en deuxième ligne, Parisse en troisième ligne, Dupuy en demi de mêlée, Beauxis à l’ouverture, Bastareaud comme trois-quart centre. De plus les argentins Gurruchaga et Tiesi sont des recrues prometteuses. Donc le Stade Français a les moyens de rebondir cette saison et de jouer les troubles fêtes. Néanmoins, l’équipe du président Max Guazzini est à l’image de son stade Jean Bouin : en reconstruction. Pour la peine, c’est à Charlétty que les soldats roses évolueront cette saison.

Castres

Le Castres Olympique est la bonne surprise du dernier exercice. A 27 ans, Benjamin Kayser est la principale recrue du club. A un an de la coupe du monde, il avait besoin de se relancer et de quitter la capitale où il jouait le rôle de doublure du talonneur Dimitri Sarzewski. Castres pourra également compter à l’arrière sur son taulier, Romain Teulet qui porte les couleurs du club depuis onze ans. A 32 ans, celui qu’on surnomme Robocop est toujours au sommet de sa forme. En inscrivant 263 points, il a terminé meilleur réalisateur du dernier championnat. Chris Masoe s’est également distingué en inscrivant 6 essais et en se classant parmi les meilleurs marqueurs. Ce qui constitue une performance de la part d’un avant…. En inscrivant 6 essais également, le deuxième ligne Tongien, Josefa Tekori a réalisé la même performance. Avec 992 mètres parcourus, on a vu que le Néo-Zélandais Chris Masoe était l’avant qui avait gagné le plus de terrain balle à la main. Le trois-quart aile, Andreu est une des grandes satisfactions de la saison passée.

Quelles sont les équipes qui vont se battre pour le maintien ?

Brive

Brive a failli se qualifier pour les barrages la saison dernière. Il y a des joueurs talentueux dans ce club comme Arnaud Méla en deuxième ligne ou Anthonie Claasen en troisième ligne. Estebanez et Palisson sont des grandes satisfactions également. A 1 an de la coupe du monde, ils auront à coeur de se distinguer dans ce championnat de France où ils ont une belle carte à jouer. Mais est-ce que ce sera suffisant pour maintenir Brive à flot dans le Top 14 ?

Montpellier

Le Club de Montpellier enregistre l’arrivée des deux entraîneurs Eric Béchu en provenance d’Albi et de Fabien Galthié. Ce club dispose de deux stars : François Trinh-Duc qui s’est imposé comme demi d’ouverture de l’équipe de France qui a remporté le grand chelem et son leader Fulgence Ouedraogo. Le club Héraultais à développé une Ouedraogo dépendance la saison passée car chaque fois que son troisième ligne ne jouait pas, le club a perdu. Si le buteur Todeschini a pris sa retraite, le club enregistre l’arrivée d’une perle du pacifique, l’ailier Fidjien de l’Ulster, Timoci Nagusa. Il mesure 1,95 mètres pour 95 kilos. Il a inscrit deux essais au cours de ses trois premières rencontres avec sa sélection. A 22 ans, ce jeune ailier rapide et finisseur a acquis de l’expérience en Irlande où il a joué avec l’Ulster ces deux dernières saisons. C’est un jeune ailier dont le profil rappelle celui de Nalaga. Montpellier devrait se maintenir sans problème dans le Top 14 sans forcément jouer les premiers rôles.

Bourgoin-Jallieu

La saison s’annonce très difficile du côté de Pierre-Rajon. Le club en proie à des difficultés financières l’an passé annonce de grandes ambitions dans les années à venir. Le président Maulin vise les six premières places d’ici 3 à 5 ans. Mais son budget de 9,7 millions semble trop modeste pour lui donner les moyens de ses ambitions. Surtout après le départ de Benjamin Boyet son demi d’ouverture parti à Bayonne. Bourgoin-Jallieu reste un bon club formateur comme l’attestent Florian Fritz, Yann David ou Morgan Parra entre autres. La seule recrue de poid semble être Alex Tulou, le troisième ligne Néo-Zélandais qui évoluait au sein de la franchise NPC de Taranaki après avoir porter les couleurs des Wellington Hurricanes. C’est un joueur polyvalent, puissant et rapide qui gagne ses duels et peut jouer à tous les postes de la troisième ligne. Comme beaucoup de clubs issus de petites ou moyennes villes, Bourgoin-Jallieu a du mal à exister dans l’élite du rugby Français à l’ère du professionnalisme. Le défi des Berjaliens sera de prouver cette saison qu’on peut être un bon club formateur et jouer en même temps les premiers rôles dans l’élite du rugby.

Bayonne

Le club Basque ne doit son maintien dans le top 14 qu’aux ennuis financiers de Montauban et à sa rétrogradation administrative. Car sportivement, Bayonne a terminé treizième la saison passée. L’arrivée d’un nouveau sponsor, Alain Afflelou, a permis au club de recruter des joueurs comme Benjamin Boyet, le demi d’ouverture de Bourgoin ou le pilier Clément Baïocco en provenance du Racing Metro qui avait été sélectionné par Marc Lièvremont au Tournoi des VI Nations. De plus, le transfert au Racing de son ailier vedette, Benjamin Fall a constitué une manne financière de 500 000 euros. Peu utilisé à Toulon la saison passée, Tonga Lea-Aetoa aura à coeur de s’imposer dans cette équipe Basque. Agé de 33 ans, le pilier Tongien s’est engagé pour une saison en faveur de l’Aviron. C’est un excellent joueur qui compte pas moins de 30 sélections avec l’équipe nationale du Tonga. Il devrait apporter du poid au pack Basque qui visera le maintien cette saison.

Agen

Avec un budget de 10 millions d’euros, la moitié de la plupart de ses concurrents, Agen a été contraint à un recrutement sage. Le club a remporté la saison passée le championnat de Pro D2 ce qui lui a permis de se hisser cette saison dans le TOP 14 où il fera figure de petit poucet avec La Rochelle, l’autre promu dont le budget n’est guère plus important (8 millions d’euros). Agen rêve de retrouver son lustre d’antan. Pour se maintenir dans l’élite, il pourra compter sur son ailier Fidjien Caucaunibuca. Il a inscrit la saison passée 13 essais en 25 matchs de Pro D2 et a été l’un des grands artisans de la remontée. Rupeni Caucaunibuca, s’il reste à Agen, promet d’être l’une des stars de ce championnat. C’est un ailier atypique au physique de pilier (1,80 mètres pour 106 kilos). Mais c’est l’un des joueurs les plus spectaculaires et les plus rapides du monde. Ce joueur hors norme peut gagner un match à lui tout seul. Il est arrivé en 2004 à Agen qui l’a repéré suite à la coupe du monde 2003. Il a été meilleur marqueur du TOP 14 en 2005 et en 2006 et il a été élu meilleur joueur du top 14 en 2006. En 2007, il avait disputé un match d’anthologie contre Toulon où il avait inscrit 3 essais (victoire finale d’Agen 33-0). Agen a plus que jamais besoin de son ailier supersonique pour se maintenir cette saison. Le recrutement a également vu l’arrivée de Courrent au poste d’ouvreur.

La Rochelle

Après 8 ans de purgatoire, La Rochelle est promu dans le Top 14. Les dirigeants parient sur la dynamique de la montée tout en apportant quelques retouches. Est-ce que ce sera suffisant pour ne pas imiter Albi la saison passée ? J’en doute. Mais j’espère bien me tromper pour les Rochelais. C’est grâce à un succès en finale des barrages contre le LOU que les Rochelais ont gagné leur billet cette saison dans le TOP 14. Ce fut un match très disputé où les Rochelais ont renversé la tendance après avoir été mené 3 essais à 0 au bout d’une demi-heure. Le club doit cette victoire à ses leaders dont le demi de mêlée Benjamin Ferrou qui a parfaitement cornaqué le pack Rochelais. Cette victoire en barrage était inespérée face au LOU qui avait battu La Rochelle au cours des ses deux confrontations de la saison. La Rochelle avait déjà souffert en demi-finale face à Oyonnax en s’imposant 6 à 3. Parmi les joueurs qui ont gagné de haute lutte cette montée, les coachs pourront s’appuyer sur le buteur Dambielle. L’ancien Biarrot, double champion de France, a été l’un des atouts majeurs de la Rochelle la saison passée. Pour Benjamin Ferrou qui était considéré comme le meilleur demi de mêlée de Pro D2 l’an passée, cette accession au Top 14 constitue une belle revanche sur la maladie, un diabète de type 1 qui l’a privé plus tôt d’une belle carrière professionnelle à Bourgoin qui s’offrait à lui. A 32 ans, ce dynamiseur dans le jeu offensif constitue l’un des points forts de l’équipe. Serge Milhas, l’entraîneur des Maritimes reste quand même pessimiste car il affirme : « Nous avons très, très peu de chances de nous maintenir. »

Si le TOP 14 est devenu de plus en plus attractif, c’est parce que ses règles privilégient le jeu offensif. De plus, 10 équipes peuvent être impliquées jusqu’au bout par les six premières places ce qui entretient un suspense hitchcokien. Les nouveaux sponsors et les nouveaux acteurs attirent des joueurs très prestigieux qui à leur tour attirent de nouveaux sponsors. C’est donc un cercle vertueux qui tend à rendre ce championnat de plus en plus populaire.




Ligue 1 : quel champion pour succéder à Marseille ?

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Ce soir, c’est la rentrée des classes pour les footballeurs de Ligue 1 qui vont repartir pour un nouvel exercice. L’OM remet donc son titre de champion de France en jeu. Le mercato a été très calme et on déplore peu de gros coups sur le marché des transferts.

LE FAVORI : LYON

Lyon fait figure de grand favori cette année. Après avoir été 7 fois de suite champion de France entre 2002 et 2008, les Lyonnais n’ont plus remporté le titre. Cette disette coïncide avec l’arrivée de Claude Puel. L’ancien entraîneur de Lille est très contesté par une frange des supporters Lyonnais qui lui reprochent ses échecs dans la quête du titre en championnat. De plus, certains estiment qu’il a imprimé son empreinte sur le jeu de l’OL. En effet, les Lyonnais ont un style de jeu à l’image de celui que leur entraîneur avait lorsqu’il était joueur à l’AS Monaco : défensif, rugueux, peu spectaculaire et souvent laborieux. Mais Claude Puel bénéficie de la confiance de son président Jean-Michel Aulas qui sait que son club est en de bonnes mains avec lui. Depuis son arrivée à Lyon, on observe une progression : les Lyonnais ont fini troisième du championnat en 2008 et deuxième en 2009. Donc les supporters attendent la consécration à l’issue de la nouvelle saison qui démarre ce soir. De plus, Puel a permis à l’OL de franchir un palier supplémentaire. Si par l’intermédiaire de ses prédécesseurs, le club s’est affirmé comme un grand club du championnat de France, il souffrait d’un déficit d’image au niveau Européen. Lyon n’a jamais été un grand club à l’échelle européenne comme le prouve son parcours en Champion’s League ou dans les autres coupes d’Europe qui n’a jamais dépassé le stade des quarts de finale. Or grâce à Claude Puel, Lyon s’est affirmé l’an passé comme un grand d’Europe en éliminant le Réal de Madrid en huitièmes de finales de la champion’s league et en se qualifiant aux dépens des Girondins de Bordeaux en quarts de finales. En atteignant pour la première fois les demi-finales de la Champion’s league, Lyon a enfin franchi une nouvelle étape dans sa progression sur le plan Européen. Enfin, Claude Puel a apporté son savoir-faire dans ce club et son intelligence tactique. Il a ainsi repositionné Jérémy Toulalan au poste de stoppeur en charnière centrale et son association avec Cris s’est révélée gagnante en Champion’s league. Il devrait donner de bonnes idées à Laurent Blanc dont le principal chantier est de rebâtir la charnière centrale de l’équipe de France. D’autant plus que Toulalan a été confirmé à ce poste de stoppeur cette saison. Claude Puel a également fait un travail en profondeur en lançant des jeunes comme Gassama en arrière latéral ou Maxime Gonalons au milieu du terrain. L’OL dispose dans son effectif de 6 joueurs qui viennent de remporter l’Euro des moins de 19 ans (Sébastien Faure, Alexandre Lacazette, Enzo Réale, Yannis Tafer, Thimothée Kolodziejczak, Clément Grenier). Il y a donc un réservoir de jeunes important qui va permettre à Claude Puel de faire tourner son effectif en vue de jouer les premiers rôles dans plusieurs compétitions. L’OL dispose d’un effectif pléthorique bien que le groupe n’enregiste que l’arrivée de Jimmy Briand. De nombreux joueurs n’ont jamais rien gagné et ont soif de titres : Michel Bastos, Miralem Pjanic, Hugo Lloris, Jimmy Briand, Aly Cysskho, etc… Donc Claude Puel joue la carte de la stabilité et a réussi son pari de relancer la machine Lyonnaise qui était en fin de cycle à son arrivée. Cette saison devrait être celle de la confirmation pour le jeune espoir du football Bosniaque Miralem Pjanic qui devrait être le maître à jouer de cette équipe Lyonnaise. Il a déjà conquis les coeurs de ses supporters qui sont tous devenus des groupies du Pjanic. Lyon a donc plusieurs atouts qui lui donnent une longueur d’avance cette année dans sa quête du titre :
- la culture de la gagne et l’expérience du plus haut niveau : depuis 10 ans, le club est toujours sorti de sa poule en Champion’s league et a toujours terminé dans les 3 premiers du championnat de Ligue 1
- la stabilité avec un recrutement qui va permettre aux joueurs en place de s’affirmer davantage et la confiance du président à son coach devrait être le terreau des succès à venir
- un effectif pléthorique avec un réservoir de jeunes joueurs talentueux très impressionnant

Quels clubs pourront rivaliser avec Lyon ?

Outsider n°1 : MARSEILLE

L’OM d’abord qui est champion de France en titre. Mais le club phocéen a été trop sage sur le marché des transferts. Actuellement, l’espagnol Azpilicueta est la seule recrue marseillaise. Les rumeurs annoncent le départ imminent de Ben Arfa. Mais on enregistre quand même le retour de prêt d’André Ayew qui au vue de ce qu’il a montré à la coupe du monde et avec Arles-Avignon la saison dernière, pourrait bien être la révélation de cette saison et la bonne surprise Marseillaise. André Ayew est le fils d’un ancien joueur Marseillais, Abedi Pelé. Il a été en 2009 champion du monde des moins de 20 ans avec le Ghana dont il était le capitaine. A la dernière coupe du monde en Afrique du Sud, il s’est imposé dans l’équipe du Ghana qu’il a conduit en quart de finale. Il a été le feu-follet de l’attaque Ghanéenne en Afrique du Sud. On attend beaucoup de lui cette saison. César Azpilicueta pourrait bien faire regretter à ses adversaires de concéder une touche quand on connait la puissance qu’il a au niveau des bras. La moindre touche à proximité des buts adverses devient un corner grâce à lui car c’est un véritable lanceur de javelots. Enfin, le jeune N’Diaye a montré dans les matchs de préparation qu’il pouvait être une excellente doublure de Suleymane Diawara en charnière centrale. Tout le génie de Didier Deschamps a été de repositionner Stéphane M’bia en charnière centrale pour renforcer la défense Marseillaise.

Outsider n°2 : BORDEAUX

Bordeaux a perdu Laurent Blanc, mais enregistre l’arrivée de Jean Tigana. C’est un excellent entraîneur qui a fait ses preuves en France avec Lyon et Monaco où il a gagné le titre de champion de France. Même si Bordeaux a été très discret sur le marché des transferts en enregistrant que la venue majeure du Serbe Savic en défense centrale, le fils de Dusan Savic (ex attaquant de Brest dans les années 80), Tigana a les moyens de bonifier le travail accompli par son prédécesseur, Laurent Blanc. Il dispose d’un groupe de joueurs, d’infrastructures et d’une culture de la gagne qui devraient lui permettre de maintenir Bordeaux parmi l’élite du football Français. Après le départ de Chamakh à Arsenal, l’attaquant Argentin Cavenaghi devrait prendre le pouvoir à la pointe de l’attaque. Il avait été élu meilleur joueur étranger du championnat de France en 2008. L’an passé, il a vécu dans l’ombre de l’attaquant Marocain, Marouane Chamakh. Il devrait exprimer tout son talent cette saison et concrétiser les bons ballons que Yohann Gourcuff lui adressera. On attend cette saison la montée en puissance du jeune Trémoulinas dont la première sélection en équipe de France contre la Norvège récompense son travail l’an passé.

Outsider n°3 : LILLE

Lille dispose d’une perle qui ne devrait pas rester longtemps dans le Nord : Eden Hazard. Ce joueur de rupture devrait encore mettre le feu dans les défenses adverses et se transformer en pourvoyeur de bons ballons pour ses attaquants : Gervinho ou Frau. Le milieu de terrain très équilibré, composé du trident Mavuba, Cabaye et Balmont devrait permetre à Lille de titiller les grandes écuries cette saison et de viser une place dans les cinq premiers. En défense Adil Rami, Debuchy ou l’expérience de son gardien de but Landreau devraient apporter un peu de sérénité à cette équipe.

Outsider n°4: AUXERRE

Auxerre bénéficie du bon travail de son entraîneur, Jean Fernandez. Grâce à lui, le club Bourguignon a gagné le droit de jouer le tour préliminaire de la Champion’s League contre le Zénith de St Pétersbourg. Jean Fernandez est un grand passionné de football. Depuis qu’on l’a découvert à la tête de l’AS Cannes au milieu des années 80, il n’a fait que du bien dans tous les clubs où il s’est arrêté. C’est lui qui a lancé à Cannes Zinedine Zidane et qui a été à la tête du centre de formation du club Azuréen qui a vu grandir des joueurs tels que Patrick Vieira, Johann Micoud, Sébastien Frey, Jonathan Zébina, Peter Luccin, David Jemmali, Laurent Leroy, etc…
Il a fait remonter plusieurs clubs en ligue 1 parmi lesquels Sochaux et le FC Metz. C’est quand il était entraîneur de Metz qu’il s’est déplacé avec Carlo Molinari, son président, pour assister à un match de National entre Brest et Raon l’Etape. A l’issue de ce match de National, il a enrôlé dans le club Lorrain un joueur Brestois alors inconnu : Franck Ribéry.
Nul doute qu’à Auxerre, avec le centre de formation Bourguignon dont il dispose, il devrait continuer de faire des miracles. On attend beaucoup de sa nouvelle recrue, Anthony Le Tallec, qui sera sans doute associé à la pointe de l’attaque avec le Polonais Jelen. Auxerre peut être le club idéal pour relancer la carrière de l’ancien champion du monde des moins de 17 ans en 2001.

Outsider n°5 : PSG

Après une première saison décevante à la tête du club parisien, Antoine Kombouaré a une obligation de résultats cette saison. En effet, la saison dernière le club parisien a terminé treizième du championnat. D’autant plus qu’en cette année où l’on fête les 40 ans du PSG, les dirigeants mènent une politique drastique pour pacifier les tribunes et refaire venir les familles au Parc des Princes. Donc le club a une obligation de résultats pour faire taire la colère des supporters de Boulogne ou d’Auteuil qui ne peuvent plus se réunir dans leur tribunes favorites car les places sont distribuées de manière aléatoire. Le recrutement du PSG a été malin et vise la stabilité. Guillaume Hoareau qui a été souvent blessé l’année dernière devrait être la grande révélation de cette saison. Mais peut-on vraiment parler de révélation tant on connaît le potentiel de ce joueur dont la grande taille lui permet de servir de point d’appui dans l’attaque parisienne. Son association avec le Turc Mevlut Erding devrait faire des étincelles. Le milieu a été renforcé avec l’arrivée du Brésilien Néné qui devrait apporter une touche technique et s’imposer comme le maître artificier de cette équipe où il manquait un tireur de coup-francs l’an passé. Mathieu Bodmer, l’autre recrue, va évoluer au milieu du terrain avec Claude Makélélé. Enfin, on espère que Sességnon sera moins irrégulier cette année car il nous a prouvé qu’il avait beaucoup de talent. Le jeune Mammadou Sakho a gagné ses premiers galons en équipe de France. Il est ce jeune stoppeur gaucher qui séduit Laurent Blanc. Les dirigeants Parisiens vont s’employer avant la fin du mercato à lui trouver un partenaire en charnière centrale. Des noms de grands défenseurs centraux sont régulièrement cités dans la rubrique des transferts : Zébina ou Gallas sont des pistes possibles.
Cette années devrait être l’année de la reconquête pour le PSG, car il y a des jeunes qui ne demandent qu’à s’épanouir à l’instar de Sakho, Chantome, Makonda, Maurice, etc…

Quelles seront les surprises ?

Le championnat qui commence ce soir comportera sûrement des équipes surprises. Qui sera « le tube de l’été » cette saison ? Bien malin qui pourra le deviner! On peut se risquer à avancer le nom de l’AS Monaco dont le technicien Aveyronnais, Guy Lacombe n’a pas fini de nous surprendre. On annonce l’arrivée d’un attaquant Congolais en provenance du Standard de Liège : Dieumerci M’Bokani. L’ex-Rennais, le Suèdois Peter Hansson va renforcer le club de la Principauté en défense centrale. Guy Lacombe pourrait lancer dans le grand bain le jeune Kevin Malcuit qui a montré de belles choses en matchs de préparation. Il pourrait être une des révélations de ce club en attaque.

On salut au passage le retour en Ligue 1 du Stade Brestois après une longue absence. On n’a pas oublié ce club et son président, Yvinnec dans les années 80 qui avait fait venir de grands joueurs dans le championnat de France : Julio Cesar, Jose Luis Brown, Roberto Cabanas, Sergio Goycotchea, etc… Son entraîneur, Alex Dupont qui est un chantre du beau jeu, pourrait créer la surprise en maintenant son équipe à flot en ligue 1…

Enfin, comme chaque saison, Lorient perd ses meilleurs joueurs mais grâce à son entraîneur, Christian Gourcuff, en révèle de nouveaux. Il est fort à parier que Francis Coquelin, champion d’Europe des moins de 19 ans avec l’équipe de France et prêté par Arsenal, pourrait être une des nouvelles trouvailles du sorcier Breton.







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