Amy Winehouse ou le paradoxe d’une auto-destruction créatrice!

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Pourquoi courons nous tous après la beauté ? Parce que ce monde est laid à vômir. Quand Amy Winehouse chantait ses succès, ce monde était un petit peu moins laid. Si 33 ans est un chiffre clé dans la religion car il correspond à l’âge de la mort du Christ, 27 ans est devenu un nombre symbolique dans la mythologie pop et rock. Ce nombre évoque de grands artistes talentueux fauchés dans la fleur de l’âge à l’instar des 3 J qui ont donné corps à ce mythe en disparaissant au début des années 70 à quelques mois d’intervalles : Jim Morrison, Jimmy Hendrix, et Janis Joplin. En se suicidant en 1994, à l’âge de 27 ans, Curt Cobain, le leader du groupe Nirvana, a intégré le club des 27. Les grandes stars du rock ont pris l’habitude de se congratuler en fêtant leur 28ème anniversaire. Ce ne fut pas le cas de Amy Winehouse qui a rejoint le 23 Juillet dernier, à l’âge de 27 ans, le panthéon de ces stars au destin tragique… Si Amy Winehouse meurt riche de tout ce qu’elle a fait, ses fans restent pauvres de tout ce qu’elle n’a pas fait. Ses plus belles chansons sont peut-être celles qu’elle n’a pas encore eu le temps d’écrire. Mais elle laisse un héritage qui lui assure la postérité. Back to Black, son deuxième opus, bien plus que Franck qui l’a révélé, s’inscrit dans la lignée de ces albums de légendes qui sont devenus incontournables. Amy Winehouse avait une tessiture de voix qui lui conférait une signature vocale. Au milieu de ses musiciens noirs, elle apparaissait telle une négresse blanche. A l’instar de Janis Joplin à qui on la comparait, elle était une rare blanche à chanter comme les plus grandes chanteuses noires de soul. Sa voix puissante rivalisait avec celles des plus grandes comme Dinah Washington que son père écoutait quand elle était plus jeune ou Aretha Franklin. Sa voix rauque et cette signature vocale qu’elle imprimait dans chacune de ses chansons faisait d’elle une chanteuse originale : non seulement parce qu’elle n’imitait personne, mais parce qu’elle faisait en sorte que personne ne puisse l’imiter. Tous les candidats aux télé crochets tels que la Star Academy ou la Nouvelle Star qui se sont essayés dans l’interprétation d’une de ses chansons (Rehab, You know I’m no good) se sont lancés un défi insurmontable à la hauteur de l’Everest : essayer d’imiter une chanteuse inimitable. Et je me souviens encore des commentaires de Manoukian en train de souligner aux candidats que pour interpréter You Know I’m no Good, il faut avoir quelque chose de vénéneux dans la voix… Souvent imitée, jamais égalée, Amy Winehouse a bâti sa gloire autour de deux albums exceptionnels dont le deuxième surtout, Back to Black, qui lui a été inspiré par un chagrin amoureux : sa rupture avec Blake Fielder-Civil. « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » écrivait le poète Alfred de Musset. C’est grâce à ses peines de coeur, que la diva va tirer l’énergie pour écrire et composer les chansons de ce qui deviendra son album majeur, celui qui lui vaudra la reconnaissance du grand public et la propulsera sous les feux de la rampe avec 5 grammy Awards remportés en 2008. Love is a loosing game… en tout cas, pas pour sa maison de disques. Cette rencontre avec Blake, son future mari est peut-être ce qui peut expliquer les deux visages de Amy Winehouse. Docteur Jekyll au début de sa carrière en 2003. Et Miss Hyde depuis sa rencontre avec Blake Fielder-Civil. En effet, cet assistant caméraman fut le grand amour de sa vie au point qu’ils furent ensemble puis séparés, d’où son inspiration dans l’écriture de son album « Back to black » en 2006 qui s’adresse à Blake, puis mariés sur un coup de tête en 2007 avant de divorcer en 2009. Elle a noué avec cet homme qui a hanté sa vie tel un démon un pacte digne de Faust : elle lui a offert son âme en échange de l’immortalité qui découle de son succès et de sa postérité. C’est cet amour destructeur qui lui a permis de créer sa légende. Suite à leur rupture, elle trouve l’inspiration pour écrire et composer les chansons de cet album qui s’est vendu à 11 millions d’exemplaires. Mais en contrepartie, elle est tombée dans la spirale infernale de l’addiction qui a fini par l’emporter. Etait-elle trop jeune pour gérer ce succès rapide ? En tout cas, la Amy grassouillette et pleine de joie de vivre que nous avions découvert avec son premier opus Franck, a cédé la place à une fille anorexique qui a sombré dans la dépendance à la drogue et à l’alcool. Elle aimait les mauvais garçons, et c’est son compagnon, Blake Fielder-Civil qui l’aurait initié aux drogues dures dont elle ne se libéra jamais. Elle va depuis la sortie de son deuxième album Back to Black tenter de noyer son désespoir dans l’alcool et la drogue. Malheureusement le désespoir n’est pas soluble dans l’alcool. C’est donc peut être à force de boire à la santé des autres que la chanteuse a foutu en l’air la sienne. Elle déclara : « L’alcool ne résout pas les problèmes, mais l’eau et le lait non plus. » La suite de sa carrière va surtout défrayer la chronique dans la rubrique des faits divers : de cures de désintoxication en cures de désintoxication, Amy Winehouse fait davantage parler d’elle pour ses excés que pour ses succès. Elle devient une diva destroy. Les paradis artificiels vont l’aider à fuir les enfers naturels. Ce monde est peut-être laid à vômir… Mais seule Amy Winehouse avait le charme de nous le faire oublier lorsqu’elle chantait et nous enchantait en nous entraînant dans son univers musical si envoûtant.

Ces derniers mois, elle n’était plus en état de chanter sur scène. Sa dernière prestation à Belgrade a été un cuisant échec : ses musiciens la soutenaient à bout de bras pour l’empêcher de s’écrouler, et elle avait oublié les paroles de ses propres chansons. Elle avait déjà une voix d’outre tombe car elle était presque devenue aphone. C’est sous les huées qu’elle a donc donné ce dernier concert le 18 Juin 2011 avant d’annuler sa tournée en Europe. Son micro lui servait presque de béquille. Les spectateurs de ses derniers concerts ont donc vu le fantôme d’Amy Winehouse sur scène avant même qu’elle ne soit morte. C’est un sentiment d’énorme gâchis qui nous vient à l’esprit quand on pense au talent incommensurable de cette chanteuse et à sa capacité de réaliser de véritables performances vocales sur la scène. Elle était peut-être douée d’un don, ce timbre de voix exceptionnel qui nous ennivrait avec sa musique soul. On se souvient de sa performance exceptionnelle aux Eurockéennes de Belfort en 2007 où elle a donné son meilleur concert. 52 minutes de pur bonheur.

Les raisons de sa mort restent un mystère. Aucune trace de drogue ou d’alcool n’a été trouvée dans son appartement de Camden Square, un quartier au nord de Londres. Certains avancent l’hypothèse qu’en arrêtant brutalement de consommer de l’alcool, son organisme n’aurait pas supporter le choc. Elle serait donc morte d’un sevrage d’alcool…

Une étoile est morte. Mais telles les étoiles qui continuent de briller des millions d’années après leur mort, Amy Winehouse n’a pas fini de faire parler d’elle. Dans deux siècles, lorsque toute trace de notre existence aura disparue de la mémoire des hommes, je fais le pari que les gens continueront de parler des chansons d’Amy Winehouse, certaines seront reprises, elles influenceront de nouvelles générations… Back to Black devrait devenir un album culte de la musique soul. Mon seul regret est qu’Amy Winehouse ait été une étoile filante. A star is dead, mais en s’éteignant à l’âge de 27 ans, elle n’a pas fini de briller de tout son éclat pour les décennies à venir…. Avant de partir, la chanteuse a laissé suffisamment de matériaux pour l’élaboration d’un troisième album posthume qui devrait voir le jour dans six mois…

Quand d’autres suivent la mode, Amy Winehouse la précédait en s’écartant des stéréotypes. C’était une icône du jazz avec son look rétro-rock : un petit brin de femme avec un grain de voix incroyable. On gardera le souvenir d’une chanteuse maigre, petite, avec des tatouages de pin-ups sur tout le corps et le prénom de sa grand-mère Cynthia inscrit sur son avant-bras droit. Son visage était autant maquillé qu’un camion volé avec un piercing Monroe pour accentuer la référence aux années 60. Un énorme chignon sur la tête… Elle usait du trait d’eye-liner façon oeil de biche qu’elle épaississait jusqu’à l’étirer en forme de virgule au-delà de la paupière supérieure. Son style complètement déjanté n’a pas laissé indifférent Karl Lagerfeld qui en fit presque son égérie et qui comparait sa coiffure en forme de choucroute à celle de Brigitte Bardot dans les années 50. D’ailleurs, pour Karl Lagerfeld, la nouvelle Brigitte Bardot, c’était elle! Mais elle ressemblait davantage à une Brigitte Bardot passée du côté obscure de la force.

C’est dans l’intimité que se sont déroulées ses obsèques en ce 26 Juillet 2011 au cimetière Edgarebury de Londres. Au moment de l’incinération de la grande diva soul de ce troisième millénaire, difficile de ne pas penser à cette phrase de Curt Cobain : « Mieux vaut brûler franchement que de fâner lentement. » Sa vie, elle l’a peut-être brûlé dans l’alcool et dans la drogue. Mais son mal de vivre lui a inspiré ses plus belles chansons dont notamment son plus grand tube, Rehab, dans lequel elle parle de ses cures de désintoxications. C’est la souffrance qui inspire au poète ses chants les plus émouvants. C’est son désespoir amoureux et son mal de vivre qui nous a offert les plus belles chansons d’Amy Winehouse…

Le clip de Back to black met en scène la chanteuse en train d’assister aux funérailles de son compagnon. Cette situation est d’autant plus prémonitoire que ce fut le dernier clip de Amy Winehouse.

« We only said good-bye with words
I died a hundred times
You go back to her
And I go back to black.

On s’est seulement dit au-revoir avec des mots
Je suis morte des centaines de fois
Tu es retourné vers elle
Et je vais à nouveau sombrer. »

Quand on tombe amoureux, il est très difficile de se relever. La chute a peut-être été fatale à Amy Winehouse dont l’oeuvre musicale est là pour nous rappeler combien cette chanteuse est tombée bien… haut!




Fichier PPS : un diaporama sur les plus belles citations de Serge Gainsbourg

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Hommage à Serge Gainsbourg (1928-1991) dont on a fêté le 2 Mars 2011 les vingt ans de sa disparition. C’était un grand Pygmalion de la chanson Française puisqu’il a fait chanter de nombreuses femmes… et notamment les 3 B, c’est-à-dire les trois femmes qui ont compté le plus dans sa vie : Bardot, Birkin et Bambou. Après avoir eu une formation d’artiste-peintre aux beaux-arts, il s’est reconverti dans la chanson, « cet art mineur destiné à des mineures » où il a rencontré le succès. Il s’est également distingué par son côté provocateur qui a défrayé la chronique à plusieurs reprises. Le diaporama ci-dessous vous fera (re)-découvrir ses plus beaux aphorismes et mots d’esprit.

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Benjamin Biolay est-il le nouveau Gainsbourg de la chanson Française ?

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Dans le dernier film de Maïwen, « Le bal des actrices » Joey Starr qui joue son propre rôle fait la remarque suivante : « Il n’y a pas écrit Benjamin Biolay sur mon front. ». Cette réplique sensée être drôle est une manière pour le leader du groupe NTM de souligner qu’il est un chanteur populaire et non un chanteur confidentiel. Telle est l’image que cultivait Benjamin Biolay avant le récent succès de son dernier album LA SUPERBE qui porte bien son nom ! Les 22 chansons qui composent cet album sont autant de diamants qui constituent un diadème.

Les grands musiciens, il ne suffit pas de les écouter, il faut aussi aller les voir. C’est ce que j’ai fait récemment en assistant à un concert de Benjamin Biolay.

En 2010, Benjamin Biolay a enfin obtenu la reconnaissance et la consécration qui lui échappaient depuis 10 ans en remportant les Victoires de la musique de l’artiste interprète et de l’album de l’année avec son cinquième Opus, « La Superbe ».

Cet artiste est comparé à Serge Gainsbourg avec qui il partage de nombreux points communs :
- le génie
- le côté Pygmalion : Benjamin Biolay a également fait chanter de nombreux interprètes dont Juliette Greco, Françoise Hardy, Henri Salvador, Elodie Frégé, Dick Rivers, Coralie Clément, Keren Ann, etc…
- son attitude de dandy des grands chemins
- son goût pour les jeux de mots, sa verve, sa poésie
- son côté provocateur
- sa polyvalence : à l’instar de Gainsbourg, il est apparu au cinéma entre autres dans un second rôle (Didine de Dietschy). Il a donc plusieurs cordes à son arc !

Chateaubriant disait : « L’auteur original n’est pas celui qui n’imite personne mais celui que personne ne peut imiter. »
De deux choses l’une : soit Gainsbourg n’était pas du tout un génie car Benjamin Biolay parvient à l’imiter. Soit Benjamin Biolay est un grand génie car il réussit à imiter un artiste qui était inimitable.

Personnellement, j’opte pour la deuxième solution. Serge Gainsbourg et Benjamin Biolay ont au moins un point en commun : ils sont tous les deux hors du commun. Au passage vous noterez que Benjamin Biolay a des initiales que Serge Gainsbourg n’aurait pas reniées !

Françoise Hardy qui les a tous les deux côtoyé affirme : « Benjamin Biolay écrit des chansons intemporelles, d’hier, d’aujourd’hui, de demain. On peut imaginer des interprètes étrangers les reprendre. Par contre, ses textes sont actuels : il a un art confondant pour jouer avec les mots. »

Benjamin Biolay est un hivernal en nostalgie perpétuelle du printemps. D’où le titre de la très belle chanson qu’il a écrite avec Keren Ann : « Le sable mouvant » que Keren Ann a traduit en anglais par « End of May ». On pourrait aussi citer le fameux « Jardin d’hiver ». Grâce à sa musique, Biolay parvient même à nous donner la nostalgie de ce qu’on n’a jamais connu ! Ses chansons expriment souvent la mélancolie.

A la fin des années 90, ce jeune Lyonnais (il est né à Villefranche sur Saône) fait la rencontre de Hubert Mounier, le chanteur du groupe l’Affaire Louis Trio qui le prend sous son aile et devient son mentor. Puis Benjamin Biolay monte à Paris. C’est au début des années 2000 que sa complicité artistique avec la chanteuse Keren ANN lui permet d’accoucher d’un album qu’ils coécrivent ensemble : « La biographie de Luka Philipsen ». « Luka » fait référence au titre d’une chanson de l’idole de Keren Ann : Susan Vega. « Philipsen » est le nom de famille de sa grand-mère maternelle qui était Hollandaise. La qualité de cet album leur vaut de se faire remarquer par un producteur qui les présente à Henri Salvador. De cette rencontre va naître « Chambre avec vue » que Benjamin Biolay co-écrit avec Keren Ann. On y retrouve « Jardin d’hiver » qui apparaissait déjà dans l’album de Keren Ann. Dans le refrain de la chanson « Ma robe à fleurs… » devient dans la bouche de Henri Salvador « Ta robe à fleurs… » Tout s’enchaîne vite pour Benjamin Biolay qui sort dans la foulée son premier album « Rose Kennedy » qui rencontre un certain succès en s’écoulant à plus de 100 000 exemplaires. En 2000, Benjamin Biolay a également produit l’album qui a révélé Isabelle Boulay « Mieux qu’ici-bas ». On a donc connu ses chansons avant de le découvrir. Entre 2000 et 2002, Benjamin Biolay compose 5 albums exceptionnels qu’il écrit souvent à quatre mains avec Keren ANN : « La biographie de Luka Philipsen », « Chambre avec vue », « La disparition » (leur chef-d’œuvre), « Rose Kennedy » et « Salle des pas perdus ». A noter que dans « Rose Kennedy », Keren Ann n’apporte sa contribution que sur 4 chansons alors qu’elle ne compose que la musique du titre « Salle des pas perdus » dans l’album qui porte le même nom et que Benjamin Biolay réalise pour sa sœur, Coralie Clément. C’est donc une période féconde pour ce chanteur qui a une formation de musicien au conservatoire de Lyon. Sur le plan personnel, il épouse en 2002 Chiara Mastroiani avec qui il a une fille, Ana, née en 2003.

Il incarne alors l’image du gendre idéal de la chanson Française. A l’instar de Serge Gainsbourg à ses débuts, son image de marque est lisse et sa carrière ne souffre aucune fausse note. Ses chansons renouvellent les classiques de la variété Française. L’un de ses plus grands succès est à la hauteur de sa réputation : les Cerfs-volants. Il sort un deuxième album en 2003 dont le titre pourrait constituer un pied de nez ou une réponse cinglante faite au troisième album solo de Jean-Jacques Goldman paru en 1984 : »Positif ». Le titre de l’album de Biolay lui fait un drôle d’écho : « Négatif ».
Il s’agit d’un double album dans lequel on trouve des chefs-d’œuvre tels que « Négatif », « Nuits blanches », « Chère inconnue », etc…

Son troisième album, « A l’origine », est très sombre et marque, en 2005, une rupture avec son image de gendre modèle de la chanson française. Il est peut-être aussi marqué par sa rupture avec Chiara Mastroianni. C’est à partir de cette période que Benjamin Biolay enlève le masque pour nous faire découvrir une nouvelle facette de sa personnalité de même que sous le masque de Gainsbourg se cachait Gainsbarre. Après avoir exprimé l’idéal, ses chansons se font dorénavant l’écho du spleen qui est en lui. En 2007, son nouvel album « Trash Yéyé » est présenté comme le deuxième volet de « A l’origine ».

Benjamin Biolay devient hautain, à la limite de la misanthropie, à travers ses déclarations peu amènes dans la presse où il dénigre d’autres chanteurs. Il se dispute le succès de l’album « Chambre avec vue » avec Henri Salvador. Il a des mots durs envers Michel Polnareff, estime que le premier album de Christophe Willem est « le pire album de l’année », enfin il nourrit une querelle avec Benabar. L’arrière grand-père de Benjamin Biolay était l’inventeur de l’opinel : Joseph Opinel. Ses déclarations sont autant de poignards qu’il lance à l’attention d’autres artistes. Il est ce chanteur mal aimé qui aime mal ses congénères.

Ses déclarations fracassantes visent surtout à le démarquer de la nouvelle scène Française dans laquelle il ne se reconnaît pas et qui relève selon lui du marketing. En s’en prenant à Bénabar, il cherche avant tout à affirmer sa différence et son désir de ne pas être associé à ces chanteurs qu’on a réuni de manière arbitraire dans la même catégorie.

S’il est si peu populaire, c’est également dû au fait qu’il a surtout mis son talent au service d’autres artistes. Il écrit de nombreuses chansons pour sa sœur, Coralie Clément, dont il met en valeur la voix suave, Henri Salvador, Françoise Hardy, Elodie Frégé, Keren Ann et son charme susurrant, etc…

L’exemple d’Elodie Frégé est intéressant car il nous montre sa dimension de Pygmalion. Cette chanteuse est en effet un pur produit du Star System et de la téléréalité puisqu’elle a remporté la troisième édition de la Star Ac.

Benjamin Biolay lui a permis de rencontrer un public et de se faire connaître en dehors de la Star Ac grâce à l’album qu’il a réalisé pour elle dans lequel on retrouve des tubes tel que « la ceinture » ou « Le jeu des 7 erreurs» qui est un duo. A l’instar de Serge Gainsbourg, tout le paradoxe de Benjamin Biolay, c’est que c’est un Pygmalion qui a aussi besoin d’égéries !

On apprécie chez ce chanteur son amour de la langue Française et son goût pour les jeux de mots ou de maux. Car il a une sensibilité à fleur de mots et comme le disait si bien Gainsbourg : « C’est ma faiblesse qui fait ma force ». La force de Benjamin Biolay c’est sa grande sensibilité qu’il sublime à travers ses chansons. Comme disait Alfred de Musset : « Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur ». C’est dans ses souffrances et « ses peines de cœur » que Benjamin Biolay puise la source de son inspiration en composant des chansons introspectives.

Son dernier album commence par une chanson dont le titre (c’est la deuxième dans l’album) est « 15 Août » et s’achève par le titre « 15 Septembre ». Tout l’album est composé de chansons qui évoquent surtout la déliquescence des sentiments dans un couple. On appréciera au passage le duo entre Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal dans lequel les deux artistes décrivent la vie d’un couple à travers les échanges de post-it qu’ils se seraient adressés sur le frigo ! C’est aussi une manière de parodier la nouvelle scène française qui empreinte les thèmes de ses chansons à notre quotidien le plus banal. Ainsi, Jeanne Cherhal nous débite une liste de commissions ou une recette de cuisine. Cet album dédié à sa fille Ana à qui il consacre une très belle chanson, « Ton héritage », met en scène les déchirements de la vie amoureuse ! Quand on tombe amoureux, comme chaque fois que l’on tombe, on se fait souvent très mal ! Tout le problème est de savoir se relever comme il commence enfin à le faire dans le dernier titre :
 » C’est pas l’heure de m’en aller
Le moment d’y passer encore
C’est pas l’heure de déranger
Les archanges et les saints, les morts  »

Benjamin Biolay est un enfant de poème qui nous rappelle un peu Serge Gainsbourg par ses influences et son talent. Mais la comparaison l’agace… On dit qu’il ressemble à Serge Gainsbourg. Lui non plus ! Ce mimétisme, est-ce de sa part une posture ou une imposture ? C’est surtout le public qui cherche à combler le vide immense que Serge Gainsbourg a laissé après sa disparition en lui désignant un successeur. Car les êtres qui nous sont chers occupent une place d’autant plus grande dans notre coeur qu’ils ne sont plus là pour l’occuper!
S’il est un fils spirituel de Serge Gainsbourg qu’il admirait plus jeune, Benjamin Biolay n’en demeure pas moins un artiste unique qui développe d’autres qualités qui font toute son originalité et qui en font un chien fou mais « un chien d’avant-garde » de la chanson française !







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