[Critique de film] Mort à Venise de Visconti : voir Venise et mourir!

30112018
death in venice tadzio

Si dans le chef-d’oeuvre de Shakespeare, le fossoyeur commence à travailler le jour de la naissance de Hamlet c’est parce que c’est en venant au monde que le jeune Prince commence à mourir. Le sablier du temps contient cette poussière que l’on deviendra tous après la mort. L’horloge du temps est en marche, et même si l’artiste tente de tuer la mort à travers sa création, c’est la mort qui a le dernier mot. Le temps est ce que l’homme essaie vainement de tuer mais qui finit par le tuer.

Dans Mort à Venise, le compositeur Von Aschenbach (qui signifie « ruisseau de cendres » en allemand) a rendez-vous avec la mort.
Son sort est scellé dès les premières images du film lorsque l’on voit une funeste fumée noire qui s’échappe du bateau qui le mène à Venise. En outre, la lourde malle qui l’accompagne dans son voyage peut apparaître comme son propre cercueil puisqu’elle en a la couleur, la forme et porte ses initiales. De plus, le batelier qui le mène vers la rive a des allures de Charon. Aschenbach finit par accepter de se laisser guider par le gondolier « passeur d’âme » qui veut lui imposer son chemin, tout comme il demeure à Venise au Lido après avoir appris l’existence de l’épidémie de choléra. Cette attitude apparaît comme l’acceptation de la fatalité annoncée d’emblée par le film.
Remarquons encore que le premier flashback nous montre Aschenbach juste après une crise cardiaque. Le personnage rencontre la mort de façon plus directe au milieu du film dans le hall de gare, quand un homme s’effondre sous ses yeux, dans l’indifférence générale.

Mort à Venise est un film de 1971 qui a remporté le Prix du 25ème anniversaire du Festival de Cannes. Il figure comme le testament philosophique de Luchino Visconti, son chant du Cygne. Le réalisateur est décédé quelques années plus tard en 1976. Adapté du roman de Thomas Mann La mort à Venise, Luchino Visconti a pris la liberté de transformer le personnage principal, Gustav Von Aschenbach, en compositeur alors qu’il campait l’alter ego de Thomas Mann dans le roman, un écrivain solitaire. Et c’est en s’inspirant librement de la vie de Gustav Malher que Visconti imagine un avatar du célèbre compositeur Autrichien. Servi par Dirk Bogarde dans l’un de ses plus grands rôles et par le jeune Bjorn Andresen, Mort à Venise apparaît comme un sommet du 7ème art.

Ce film crée une osmose parfaite entre les couleurs du Tintoret, la musique de Malher, l’écriture de Thomas Mann, la plastique de Michel Ange et le génie de Visconti.

Sur les conseils de son médecin, Aschenbach, vieux compositeur solitaire après la disparition de sa femme et de sa fille, cherche à Venise le souffle de l’inspiration. Mais c’est le souffle du Sirocco qui répand la mort que le compositeur va trouver. Aschenbach fait donc deux rencontres à Venise : la beauté et la mort. Il croise le chemin de la beauté incarnée par Tadzio, un jeune aristocrate Polonais en villégiature avec sa mère et ses soeurs à l’Hôtel des bains. Cet adolescent personnifie l’innocence, la jeunesse, la pureté et la perfection vers laquelle le musicien a essayé de tendre à travers sa musique. Le vieux musicien tente d’atteindre la Beauté, depuis toujours, dans son art, mais la découvre sur le visage innocent d’un enfant. Le choc est d’autant plus violent qu’il fait écho à une vieille querelle qu’il avait eu avec son ami Alfried sur la question préalable à toute recherche de la beauté : faut-il la chercher ou la créer?

Contrairement à son ami Alfried qui affirmait que la Beauté surgit à l’improviste et qu’elle n’est en aucun cas le fruit d’un labeur, Aschenbach pense que la Beauté ne peut être que issue du travail de l’imagination de l’artiste et qu’elle naît de ses seules facultés spirituelles.

Tout le paradoxe du film tient dans ce parallèle saisissant entre l’art de Visconti et les propos d’Aschenbach. Si le film donne raison à Alfried dans le fond, Visconti  met en application les théories d’Aschenbach dans la forme pour sublimer l’œuvre de Thomas Mann et atteindre la perfection sur le plan esthétique.

Le génie de Visconti est d’avoir su trouver le langage approprié pour exprimer la beauté indicible et les sentiments ineffables qu’elle inspire, et,  par une symbiose de l’image et du son magistralement maîtrisés, d’évoquer l’angoisse, la mélancolie, le désir jamais comblé.

Par un jeu de zooms avant et de zooms arrière, le réalisateur réussit à nous sensibiliser par ces mouvements immobiles de la caméra au magnétisme et au trouble que Tadzio suscite chez le vieux compositeur. Visconti parvient à nous montrer toutes les émotions que le personnage dissimule et se cache à lui-même. Il utilise des lents travellings pour dire la mélancolie d’une fin de vie, le bonheur de tutoyer la beauté incarnée et le malheur de ne l’atteindre jamais comme cet horizon que désigne Tadzio à la fin du film à l’instar du génie de la mer.

Les vers de Platon :

« Celui dont les yeux ont vu la Beauté

A la mort dès lors est prédestiné »

sont placés en exergue dans le film, afin de souligner l’importance de l’attrait qu’exerce la beauté physique sur le héros vieillissant, Gustav von Aschenbach. Comme si, hors de la caverne de Platon, l’illusion d’avoir été avait tué le courage d’affronter l’éblouissement de la beauté.

A Venise, Aschenbach a donc rendez-vous avec la mort dans cette ville carnavalesque où elle se dissimule derrière un masque mortuaire. Ce film est en quelque sorte la chronique d’une mort annoncée et nous parle de l’amour du beau au temps du choléra. Car si la beauté rêvée peut être dépassée par la beauté réelle, la mort devient inéluctable  pour l’artiste, convaincu de sa défaite.
Cette perfection fugitive, le temps ne pourra que l’altérer, la corrompre, la détruire, l’anéantir. Il faut mourir de manière à ce que l’image demeure  inviolée dans sa gratuité. Mort à Venise en liant dans une même étreinte du regard les ravages de l’amour et ceux de la mort nous indique une impitoyable morale : nous mourons de ce que nous aimons.
Comment échapper au feu quand on ne peut s’empêcher d’aimer si fort la lumière ?

Il y a un antagonisme entre ce vieil homme austère et ce jeune adolescent qui batifole sur la plage. Au Lido, Visconti décrit un hôtel fréquenté par une clientèle cosmopolite en 1911 avant que la guerre, symbolisée par l’épidémie du choléra, ne fasse sombrer l’Europe dans la déliquescence. Loin de montrer le désir charnel du musicien pour un jeune éphèbe, ce film met plutôt en exergue une allégorie de la beauté à travers ce jeune adolescent. Tadzio est ange, or le héros ne peut pas éprouver du désir pour un ange. Il ébranle Aschenbach dans ses convictions les plus profondes selon lesquelles la beauté ne serait pas dans la nature qui est laide et souillée mais serait plutôt le fruit du travail rigoureux et acharné de l’artiste. Or le beau ne se crée pas il se trouve. « Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir » disait Matisse. Le beau ne se prouve pas, il s’éprouve. Visconti filme Venise de l’aube au crépuscule, de la magnificence à la putréfaction. Après le cinéma muet, puis le cinéma parlant, il réinvente un cinéma silencieux dans lequel chaque plan est un tableau en mouvement. Le début du film offre une ouverture somptueuse sur la lagune façon Turner rythmée par l’adagietto de la cinquième symphonie de Malher.

Ce film est un chef-d’oeuvre car son interprétation peut-elle même faire l’objet d’une interprétation. Loin de décrire la passion folle d’un vieux compositeur qui se décompose dans une lente agonie, Visconti raconte un combat, cosmogonique, métaphysique, le combat entre Apollon et Dionysos, le combat entre l’idéal et les passions. Le combat entre l’horizontalité parfaite de la lagune — qu’accompagne à merveille la cinquième symphonie de Mahler et que vient couronner la courbe lente du soleil — et le dédale des rues sinueuses de Venise, blanchies d’une chaux nauséabonde, infestées du mal invisible, pernicieux qui ronge l’âme et le corps.

Il y a une analogie entre la beauté de la ville et l’artifice cosmétique qui donne l’illusion de la beauté et de la jeunesse retrouvée. Ils apparaissent comme un voile qui recouvre la mort. La poudre blanche qui enduit le visage du héros à la fin du film n’est pas sans rapport avec la chaux blanche utilisée pour désinfecter les rues de Venise : c’est la même dérisoire protection contre un mal qui ronge la vie.

Subjugué par la grâce du jeune Tadzio, Aschenbach a le cœur « rempli et agité d’une tendresse paternelle, de l’inclination émue de celui dont le génie se dévoue à créer la beauté envers celui qui la possède » écrit Thomas Mann. Mais lorsqu’il succombe, finalement, et qu’il meurt, affaissé sur sa chaise, le visage perlant des gouttes noires de la coquetterie, le jeune garçon, silhouette sombre sur une mer rose nacrée, lui indique le chemin de la lumière, le seul, finalement, que l’artiste a toujours voulu emprunter. Tadzio devient l’ange de la mort.
Dans la brume de Venise et le faste rococo des grands hôtels 1900, Visconti filme l’apparition du désir incandescent comme une révélation fatale.

Tadzio qui exerce un pouvoir de fascination sur Aschenbach est plutôt à considérer comme un symbole ou une prosopopée. Ce film raconte le naufrage de la vieillesse qui rêve de beauté absolue, de jeunesse, de vie. Des flashbacks font référence aux réminiscences du passé d’Aschenbach, avec sa femme et sa petite fille dont les boucles blondes ne sont pas sans évoquer celles de Tadzio. Il a d’ailleurs exposé dans sa chambre d’hôtel un portrait de sa fillette dont les traits ressemblent étrangement à ceux de Tadzio. Au seuil de l’éternité, Aschenbach pose donc sur Tadzio un regard parternel, bienveillant et affectueux. Comme celui de Alexandre dans L’Eternité et un jour lorsqu’il rencontre un jeune réfugié Albanais. Tadzio incarne une beauté androgyne, angélique qui lui rappelle son paradis perdu avec sa fille et sa femme. Il est le symbole de l’innocence et de l’enfance. Il fait des entrechats, baguenaude avec des camarades sur la plage et sa jeunesse insolente contraste avec la solitude du vieux compositeur. C’est cette vision fugace de la beauté qui arrache Aschenbach à sa déréliction.
Jamais Aschenbach n’adresse la parole à Tadzio malgré la fascination qu’il lui inspire et le jeu de regards qui s’instaure entre les deux protagonistes. Il cherche plutôt à le protéger du choléra et de l’épidémie qui décime la ville en mettant en garde la mère de l’enfant. Il l’implore de fuir la mort avec ses enfants dans un élan de tendresse paternelle.

Le cinéaste nous livre une méditation sur la nature de l’art qui trouve un point d’équilibre entre instincts dionysiaques et sérénité apollinienne.
C’est en évoquant le temps qui passe et la mort que Visconti réalise un chef d’oeuvre qui l’ouvre à l’immortalité des artistes de génie. A la fin du film Tadzio pointe le doigt en direction du firmament entre le bleu du ciel et le bleu de la mer vers cette ligne d’horizon infinie où le musicien a été en quête toute sa vie de l’inaccessible étoile.

Quand on aime le cinéma, on peut voir « Mort à venise » et mourir!




La vérité sur l’affaire Harry Quebert à la télévision

22112018

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Parfois il faut être critique à l’égard de la critique. Comme dirait Nietzsche : « On s’est mis d’accord pour considérer qu’avoir beaucoup de critiques c’est un succès ». Lorsque Telerama nous déconseille de voir l’adaptation de La vérité sur l’affaire Harry Quebert sur TF1  par Jean-Jacques Annaud en la qualifiant d’insipide et sans substance à l’image du roman, on est refroidi tant ce magazine est une référence en matière de cinéma et de littérature.

Néanmoins, le critique de Telerama enfonce des portes ouvertes : ce roman de Joël Dicker n’est pas un chef-d’oeuvre de la littérature car son style est indigent. Par contre, loin de plagier des grands auteurs comme Roth ou Nabokov, Dicker crée l’envie d’aller à leur rencontre. C’est avec ce « petit » roman sous forme de page-turner, que Dicker réussit à nous intéresser à la « grande » littérature américaine.
Si bien peu de romans fleuves sont navigables, La vérité sur l’affaire Harry Quebert offre l’avantage d’embarquer le lecteur dès les premières pages…
A l’instar du Petit Poucet, Joël Dicker a parsemé dans son roman des petits cailloux qui permettent au lecteur de remonter aux sources de son inspiration.
Et ce n’est pas un hasard si l’avocat qui défend Harry Québert, Benjamin Roth, porte le même nom que l’un des plus célèbres romanciers Américains.
Le héros de La vérité sur l’affaire Harry Québert s’appelle Marcus Goldman. Il est né à Newark, l’épicentre de l’oeuvre de Philipp Roth…
Autres points de ressemblances :
Dans La tâche de Roth comme dans La vérité sur l’affaire Harry Québert, on retrouve exactement la même trame : un jeune écrivain, qui enquête sur un homme de trente ans son aîné et pour lequel il voue une grande admiration. Marcus Goldman chez Dicker, (Nathan Zuckerman chez Roth) enquête sur son mentor qui est accusé d’un crime (chez Roth il s’agit de propos racistes) qui le voue au gémonies. Du jour au lendemain, cet illustre écrivain qui était vénéré par l’Amérique entière pour avoir publié le plus grand roman américain du XXème siècle est jeté en pâture à la vindicte publique. Après avoir demandé à des jardiniers de planter des arbres dans sa propriété, ces derniers font une macabre découverte en retrouvant le squelette d’une jeune adolescente disparue 30 ans plus tôt.
Cette jeune fille s’appelait Nola Kellerman et entretenait une liaison avec ce professeur de littérature. La différence d’âge choque d’autant plus que c’est cet amour interdit qui aurait inspiré le roman d’Harry Québert : Les origines du mal.
Evidemment, on reconnait la référence à un autre roman culte américain : Lolita de Nabokov. Car entre Nola et Lola, la différence ne tient qu’à une lettre.
Joël Dicker a rencontré un immense succès avec son roman publié en Septembre 2012 qui s’est écoulé à 3 millions d’exemplaires. Il avait à peine 27 ans à l’époque. Ce jeune auteur Suisse s’est réapproprié dans son roman les codes des plus grands best-sellers américains (tels que Harlan Coben, Mary Higgins Clarck, etc…) pour nous offrir un roman Labyrinthique dans lequel le lecteur ne sort pas indemne. Il s’agit d’un page-turner digne des meilleurs oeuvres d’un Douglas Kennedy, qui a été couronné du Prix du roman de l’académie Française et du Prix Goncourt des Lycéens.
Loin d’être une pâle resucée de La Tâche de Philipp Roth, La vérité sur l’affaire Harry Québert, fait partie de ces romans qui sont comme une porte ouverte qui ouvre des porte en nous. Si le livre est « l’indispensable matelas de l’âme » selon Daniel Pennnac, cet ouvrage de Joël Dicker est un matelas sur lequel le lecteur est garanti de passer des nuits blanches! Il nous invite à un grand voyage littéraire et nous donne envie de rencontrer des auteurs tels que Philipp Roth, Nabokov grâce à ses références qui jalonnent le récit.
En adoubant Jean-Jacques Annaud pour l’adaptation de son roman, Joël Dicker a fait confiance à l’enthousiasme que lui a montré le réalisateur de 75 ans. Son défi est de transformer ce best-seller en série de 10 épisodes afin de ne pas tronquer l’histoire. Après avoir rencontré le succès avec des paris audacieux et des adaptations telles que Coup de tête, Le nom de la rose, L’amant, 7 ans au Tibet, Deux frères, L’ours, La Guerre du Feu, Stalingrad, Jean-Jacques Annaud avait subi ces dernières années des revers sur le plan commercial. Cette série est pour lui l’occasion de renouer avec le succès en embarquant dans cette aventure Patrick Dempsey pour incarner le rôle titre de Harry Québert.
Dicker a, au passage, refusé de vendre les droits à Steven Spielberg. A la question de savoir si son choix est judicieux, nous aurons la réponse en suivant cette adaptation sous forme de feuilleton à la télévision sur TF1. Nous saurons que la vérité d’un homme, comme dirait Malraux, c’est d’abord ce qu’il cache.



Au Brésil, le ballon est une femme…

5072018

Le football a un royaume : il s’agit du Brésil. Le Brésil, c’est la patrie du football. Depuis que la coupe du monde existe, le Brésil n’a raté aucune édition. 21 participations en 21 coupes du monde. De plus, il détient le record de victoires en coupe du monde avec 5 étoiles sur son maillot, la seleçao a remporté les éditions de 1958, 1962, 1970, 1994 et 2002. Pelé est le seul joueur de l’histoire à avoir remporté 3 coupes du monde. Mario Zagallo est avec Franz Beckenbauer le seul à avoir remporté la coupe du monde d’abord en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. Le football s’inscrit dans le roman national de ce pays.

C’est tout le paradoxe du football au Brésil d’avoir été importé par les Anglais qui voyaient le reste du monde comme une île gigantesque qu’il fallait civiliser. Né dans les Public School Anglaises et pratiqué par une élite sociale, le football est d’abord l’apanage de l’aristocratie anglaise. Mais il devient populaire et se démocratise car il ne nécessite pas d’équipements, ou d’investissements pour le pratiquer. C’est donc les descendants d’esclaves noirs et les populations des favelas qui se réapproprièrent le football. Ce sport devient très vite un moyen d’ascension sociale et d’intégration pour la société Brésilienne.

Qui connaît Charles Miller au Brésil ?

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Fils de John Miller, un ingénieur Ecossais arrivé au Brésil pour travailler pour la Sao Paulo Railway Company et de Carlotta Fox, une Brésilienne d’origine Anglaise, Charles Miller part en Angleterre à Southampton suivre ses études. Il y découvre le Rugby, le Cricket et le Football dans lequel il se distingue pour ses qualités d’attaquant au Corinthian FC puis au Southampton St Mary’s FC. A la fin de ses études, il retourne au Brésil pour travailler pour la Railway Company. Dans ses valises, il apporte deux ballons usés, une paire de crampons, un livre sur les règles de la football Association, des vieux maillots et une bombe pour regonfler les ballons. Il organise le 18 Avril 1894 le premier match de football qui oppose la Gas Work Team à la Sao Paulo Railway Team.
Avec le Sao Paulo Athletic Club, Charles Miller remporte les trois premiers championnats du Brésil en 1902, 1903 et 1904. Il se distingue pour ses qualités de buteur. Mort le 30 Juin 1953 à Sao Paulo dans sa ville natale, Charles Miller a pu assister à la coupe du monde organisée par son pays en 1950 et à l’engouement suscité par ce sport qu’il a introduit au Brésil. Mais aujourd’hui, qui connaît ou qui se souvient de Charles Miller au Brésil ? Car tous le génie des footballeurs Brésiliens a été d’avoir tué le père fondateur de ce sport en intégrant des éléments propres à la culture Brésilienne.
Charles Miller a proposé aux Brésiliens un football avec des règles, circonscrites dans les limites d’un terrain. Le peuple des favelas l’a transformé en sport sans terrain dont toutes les limites sont imaginaires. Au défi physique qu’imposait les anglais, les métis et les descendants d’esclaves moins bien nourris, ont proposé un jeu où l’intelligence, la feinte et la ruse triomphent de la force physique. Ils transformèrent un sport Britannique « appolinien » et rugueux qui a trouvé son accomplissement dans le « kick and rush » en danse dionysiaque où le principe de plaisir triomphe de l’âpreté de la réalité. C’est le malandro, cet archétype du vaurien au Brésil avec sa démarche chaloupée et son irrévérence qui se réapproprie les codes du football et trouve dans ce sport son expression la plus singulière. Le football est ce qui a permis à un petit pays de devenir grand. Dans le feu de ces actions de génie, est-ce le Brésil qui réinvente le football ou bien le football qui invente le Brésil ? Ce qui marque l’observateur c’est la nonchalance des joueurs Brésiliens dont l’art du dribble se substitue à la puissance et au défi physique qui caractérise le jeu des équipes Européennes.

La coupe du monde perdue en 1950, alors que le Brésil était le pays organisateur hante les esprits. Un match nul aurait permis aux Brésiliens d’être champions du monde.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, le Brésil évolue en blanc. Le 16 juillet 1950, il dispute la finale de la Coupe du monde. Mais les Brésiliens s’inclinent face à l’Uruguay (2-1). Le blanc est alors associé à la défaite, « un Waterloo des tropiques ». « Chacun s’en souvient comme de la perte d’un être cher », dit Pelé. Le gardien de but noir de l’époque, Barbosa est voué aux gémonies par tout un peuple.

En 1952, l’équipe rejoue des matchs internationaux lors des Jeux panaméricains. Elle porte alors un maillot jaune à liseré vert et un short bleu, en référence au drapeau national. Comme dans le football tout est affaire de superstition, le Brésil remporte la compétition et adopte définitivement ces couleurs.

Le mérite revient au journaliste, Olivier Guez, grand passionné de ballon rond, de s’être penché sur le phénomène du football dans son essai : « Eloge de l’esquive ». Lauréat du prix Renaudot avec son ouvrage La disparition de Josef Mengele, le grand public est peut-être passé à côté de ce livre remarquable écrit 4 ans plus tôt qui prouve son intérêt pour l’Amérique Latine mais dans un tout autre registre : le football dont il est féru.

S’il est un joueur qui est l’emblème du football Brésilien selon lui, c’est Mané Garrincha. Rongé par l’alcool, Garrincha meurt à 49 ans en 1983 d’une cirrhose du foi. En alignant Pelé et Garrincha, le Brésil n’a jamais perdu un match. Ce petit ailier de 1 mètre 69 comme Messi, métis de sang noir et indien incarne ce Brésil qui a fait du football sa vitrine. Il doit son surnom de troglodyte a une colonne vertébrale tordue en forme de S et à des jambes biscornues.  Il souffrait d’une déformation de la colonne vertébrale. Ses jambes étaient arquées, la droite est plus longue que la gauche. Malgré un Pelé blessé, c’est lui qui est le grand artisan de la victoire du Brésil en coupe du monde en 1962 au Chili. « Garrincha est une victoire de l’intuition sur la raison » proclame le réalisateur Brésilien Walter Salles. Malgré ses jambes de guingois, il fut le roi du dribble avec un coup de rein phénoménal. Sur la pelouse, il apparaissait comme un guignol débonnaire. L’écrivain Luis Antezana a décrit les minuscules labyrinthes que Garrincha dessinait sur le terrain et dans lesquels il égarait ses adversaires. Les footballeurs brésiliens sont tous des héritiers de cet artiste qui cajolait le ballon comme s’il dansait avec la plus belle femme du monde. Au Brésil, le ballon est une femme rapporte d’ailleurs l’écrivain Uruguayen Eduardo Galeano. Pour expliquer cette esthétique du football Brésilien, Olivier Guez remonte au début du XXème siècle quand Rio de Janeiro était le navire amiral d’un Brésil qui se rêvait Blanc, Européen et civilisé. « Ordre et progrés » était sa devise. Adepte d’une philosophie positiviste, les élites sont francophiles et anglophiles. Le football est un sport importé par les anglais qui fédère les élites. Ce sport devient très vite populaire car il ne nécessite pas d’équipements plus élaboré qu’un ballon pour y jouer. Mais les théories racialistes de Gobineau font florès à l’époque. Les élites tentent de préserver des îlots blancs et excluent une partie de la population de sang mêlé. L’introduction du football au Brésil en 1894 intervient peu après l’abolition de l’esclavage en 1888. Néanmoins, une ségrégation de fait perdure dans une société où l’antagonisme entre les blancs et les noirs se manifeste dans ce sport qui est pratiqué exclusivement par les élites blanches. Les noirs doivent au départ paraître plus blancs que blancs en s’enduisant le visage de poudre de riz ou en lissant leurs cheveux. Pour pouvoir prendre part aux festivités du jeu, ils doivent se travestir. Mais une fois sur le terrain, il fallait faire face au défi physique imposé par les blancs beaucoup plus forts car mieux nourris que les descendants d’esclaves et qui bénéficiaient des faveurs de l’arbitrage. Au lieu de répondre à la force physique par la force physique, ces joueurs métis ont développés des trésors de malices, de ruses et de créativité pour prendre l’ascendant et éviter les charges et les tacles des joueurs blancs. Le dribble, essence du Brésil, est né dans lequel les joueurs noirs excellent dans l’art de la simulation et de la dissimulation. Avec les premiers joueurs métis, le football Brésilien est devenu une poésie dont les figures de styles sont les dribbles et vont se décliner sous forme d’Elastico (geste connu également sous le nom de flip-flap), de pedalada (les passements de jambes), de chapeu (le coup du sombrero), d’embaixadinha (ou jonglages), de foca (jonglage avec le ballon sur la tête du joueur qui évoque une otarie), le drible da vaca (ou grand pont), la caneta (ou le petit pont), etc… Ancré dans les racines culturelles du Brésil, les joueurs vont s’inspirer de la Capoeira, cet art martial pratiqué par les anciens esclaves d’origine africaine et qui devait se dissimuler en danse pour être toléré. C’est une philosophie du corps dans laquelle le relâchement et l’intelligence valent plus que la masse musculaire. Les principes de cette discipline se retrouvent chez les premiers attaquants les plus talentueux chez qui le dribble remplace l’esquive. Son expression la plus belle fut la bicyclette réalisée par Leonidas avec le Brésil à la coupe du monde organisée en France en 1938 où le Brésil atteint les demi-finales.

La première star du football Brésilien, Arthur Friedenreich, est né en 1892 d’un père immigré Allemand et d’une mère lavandière de sang noir. C’est un mûlatre aux yeux verts. Il lissait dans le vestiaire ses cheveux crépus avec de la brillantine. C’est la raison pour laquelle il entrait sur le terrain en retard par rapport à ses coéquipiers. Avec 1329 buts, c’est le buteur le plus prolifique de l’histoire.  A Fluminense, les joueurs de football noirs devaient s’enduire le visage de poudre de riz pour pouvoir pratiquer ce sport. « Poudre de riz » est le surnom du club de Fluminense où il est coutume de jeter du talc avant les grandes rencontres.

L’art du dribble est donc né de stratégies d’évitements, de feintes et d’esquives de ces joueurs de couleur qui n’avaient pas le droit de toucher les blancs sous peine d’être rossés. Avec l’art du dribble les joueurs brésiliens ont inventé un nouveau langage corporel. Il est né du désir d’éviter les charges des adversaires blancs, rarement sanctionnées, et les insultes des supporters. L’art du dribble a pour origine le désir de ces joueurs de couleur de sauver leur peau dans un sport où ils sont stigmatisés. L’art de l’esquive permet donc à ces joueurs de préserver leur intégrité physique.

Le dribble est le reflet de l’ethos afro-brésilien dans lequel transparaît deux traits de caractère: le goût du prestige personnel et plus encore la malandrade, c’est à dire la roublardise. D’où cette ruse offensive constitutive d’un football flamboyant qui valorise le beau geste et associe le panache à la ruse du malandro. Le malandro est une figure populaire au Brésil caractérisé par sa démarche chaloupée. Il est reconnu pour triompher de plus fort que lui, en privilégiant la ruse et son esprit plutôt que la force brute. Il y a une connexion entre le fait de tromper un défenseur sur le terrain ou être malin dans la vie réelle pour se sortir des situations les plus inextricables et dribbler ainsi les difficultés de la vie.

L’archétype du joueur Brésilien est donc le malandro qui serait sur les terrains de football du monde entier ce dandy des grands chemins. Le Brésil a donc trouvé dans le football un outil d’intégration sociale et le fédérateur d’une nation arc-en-ciel qui a commencé par faire sa révolution culturelle quand le club de Vasco de Gama fondé par des commerçants Portugais a été le premier a imposé des joueurs de couleurs dans les années 30. Son écusson composé de blanc, de rouge et de noir résume à lui tout seul les trois composantes de ce pays multi-culturel qui a brassé plusieurs cultures et intégré beaucoup d’immigrants au début du XXème siècle.

En 1800, la moitié de la population au Brésil était composée d’esclaves. La traite d’esclaves a constitué le moteur de l’économie Brésilienne et a vu au cours du XIXème siècle l’arrivée de 4 millions d’Africains dans le pays. A la fin du XIXème siècle, Arthur de Gobineau représente la France au Brésil dans une fonction diplomatique et son essai sur l’inégalité des races humaines trouve chez l’empereur Pedro II un lecteur enthousiaste. Il estimait que le sous-développement d’un pays comme le Brésil découlait du métissage de sa population. Contre la miscégénation qui s’opérait au Brésil, il prônait de stimuler l’immigration des Blancs Européens qu’il considérait comme une race supérieure.  C’est pour cette raison, que malgré l’abolition de l’esclavage, la société Brésilienne est au début du XXème siècle sous l’emprise de cette idéologie. Quand le football arrive au Brésil, il est l’apanage d’une certaine élite sociale et il est interdit aux noirs. Les premiers clubs à faire appel à des joueurs de couleur les obligeaient à se blanchir la peau avec de la poudre de riz et à se travestir. Ce n’est qu’à partir des années 30 que le football se professionnalise et qu’on juge un joueur en fonction de son talent et non en fonction de sa couleur de peau. Le gouvernement de Getulio Vargas essaie de transformer le football en sport national. Le football commence à devenir un ascenseur social et un facteur d’intégration raciale. A ce sujet, le sociologue Brésilien Gilberto Freyre remarquait : « Le football est le pharmacon prodigieux, le poison remède qui convertit la violence, la désagrégation sociale, le primitivisme, l’opportunisme vicieux et stérile, en art et en perspective d’affirmation du pays. »

Le football a donc été le terrain d’affirmation de l’identité du peuple Brésilien. Il a permis de créer le sentiment d’appartenance à la collectivité.

Si vous êtes trop jeunes pour avoir suivi les exploits de Pelé ou de Mané Garrincha, les images d’archives nous montrent des gestes sublimes mais qui constituent des échecs comme le fameux but que Pelé a marqué mais que Gordon Banks, le gardien de but Anglais, a arrêté au stade de Guadalajarra à la coupe du monde 1970. Ou encore ce lob génial de Pelé mais qui n’est pas courroné d’un but contre la Tchécoslovaquie. Et que dire de ce grand pont réussi sur le gardien de but Uruguayen en demi-finales sans même toucher le ballon, qui permet à Pelé de contourner le dernier rempart Uruguayen. Mais le tir de Pelé vient mourir à quelques centimètres du poteau de Mazurkiewicz. Dans ce geste, il y a tout l’art de l’esquive des joueurs Brésiliens hérité de cette époque où les noirs évitaient par des trésors de malices les charges de leurs adversaires blancs.

 

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Le stade Maracana avec ses 200 000 places est devenu à Rio de Janeiro le temple d’une religion moderne qui voue un culte au Football.  Et savez-vous comment on épelle le mot « Dieu » au Brésil ? P-E-L-E.

 

 

 

 




Comment parler à tout le monde.

26052018

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Devenir un as de la communication pour réussir dans la vie et se faire des amis.

Vous désirez maîtriser les techniques pour parler à tout le monde mais comme personne ? Ce livre est fait pour vous car il comprend 92 chapitres qui présentent chacun une technique de communication. Derrière ce titre aguicheur ce livre remet au goût du jour Dale Carnegie dont le best seller Comment se faire des amis ? datant de 1936 sert toujours de référence.

Parmi ces 96 chapitres beaucoup présentent des techniques qui sont davantage des règles de savoir-vivre. Car pour devenir un as de la communication, il faut se rappeler que quatre savoirs gouvernent le monde : le savoir, le savoir-vivre, le savoir-faire et le faire-savoir!

Ce livre évoque aussi un classique de la littérature espagnole de Baltasar Gracian qui foisonne de bons conseils L’homme de cour. Cet ouvrage est destiné à développer les vertus nécessaires à la réussite en société de l’homme mondain. Cette oeuvre qui date de 1647 érige la prudence parmi les vertus indispensables à l’homme de cour en plein âge d’or. Avec Leil Lowndes on est passé de l’âge d’or à l’âge des règles d’or de la communication. Avec cet ouvrage vous allez accroître votre entregent car à l’ère moderne de l’internet, l’art de communiquer est une mine d’or. Alors si vous ne voulez pas devenir persona non… data, charge à vous d’assimiler ces méthodes qui vous permettront d’offrir aux autres la meilleure image de vous même.

A l’instar de Leil Lowndes, les auteurs américains ont cette particularité d’être davantage pragmatiques que théoriques. Ils délaissent les belles théories au profit de techniques, de recettes qui s’appuient sur une expérience concrète. Ils sont terre à terre, réalistes et aiment moins le savoir, que le savoir-faire. Un exemple pour illustrer cette idée : la PNL. Derrière ce sigle barbare (PNL = Programmation Neuro-linguistique) deux hommes, Grinder, docteur en linguistique et Bandler, un psychologue, les créateurs de cette méthode, ont visionné des kilomètres de vidéos dans le but d’identifier chez les meilleurs thérapeutes qui exercent une influence positive sur leurs patients quels sont leurs secrets et leurs techniques d’une communication efficace. La PNL peut donc se définir comme la grammaire du succès, la modélisation de l’excellence. Il n’y a pas de recette du succès, seuls les succès font les recettes. Et pour la petite anecdote, sur les 96 techniques qu’aborde Leil Lowndes, plusieurs sont empruntées à la PNL même si elle ne la nomme jamais comme par exemple au chapitre 45 où la technique « se faire l’écho de l’autre : On se ressemble comme deux gouttes d’eau » fait référence à la synchronisation prônée par les PNListes. En effet, un proverbe en PNL dit : « Pour attraper une souris, il faut imiter le bruit du gruyère. » En clair, il faut s’adapter à son interlocuteur, être caméléon car « qui se ressemble s’assemble ». Il s’agit donc de procéder à une sorte de mimétisme avec son interlocuteur pour se synchroniser avec lui sur le plan verbal, para-verbal et non verbal. En l’occurrence, dans ce chapitre 45, Leil Lowndes évoque la synchronisation verbale lorsqu’elle conclut : « Cette technique linguistique est très simple, mais son effet est déterminant. Retenez bien les termes (verbes, prépositions, adjectifs) qu’utilise votre interlocuteur, même si leur choix peut vous paraître arbitraire, et employez-les à votre tour. Quand ils entendront leurs propres mots sortir de votre bouche, cela créera dans leur subconscient un sentiment de proximité avec vous. Ils auront l’impression que vous partagez les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes centres d’intérêt et la même expérience. »

Dans le chapitre 44, l’auteur conclut même :  » Observez-bien les gens. Etudiez leurs gestes. Petits mouvements ou grands mouvements ? Rapides ou lents ? Fluides ou empruntés ? Traînants ou vifs ? Elégants ou vulgaires ? Imaginez que votre interlocuteur soit votre professeur de danse. Observez bien son corps et ses mouvements, puis imitez son style. Dès lors, inconsciemment, il se sentira plus à l’aise avec vous. »

D’une certaine manière, pour créer inconsciemment un lien profond avec vos interlocuteurs, il faut leur donner l’illusion qu’en vous regardant, ils observent leur miroir. Les extrêmes ne s’attirent pas… Il faut ressembler à l’autre. De la même manière, si vous êtes sur le quai d’une gare et que vous essayez d’attraper un train en marche, il vous faudra vous synchroniser avec la vitesse du train pour pouvoir le rattraper et monter dedans!

Un autre exemple édifiant qui dénote qu’on fait tous de la PNL comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir : la technique de l’empathie anatomiquement correcte au chapitre 48 :

A travers quelle partie de son anatomie votre interlocuteur parle-t-il ? Ses yeux ? Ses oreilles ? Ses tripes ? Si vous avez affaire à un « visuel », employez des images visuelles afin qu’il ait le sentiment que vous partagez sa vision du monde. Si c’est une personne qui utilise davantage ses oreilles, utilisez des images en rapport avec le son, pour lui montrer que vous entendez les choses comme elle. Si votre interlocuteur fonctionne plutôt par sensations, montrez-lui que vous ressentez les choses comme lui-même les ressent. »

Sans y faire référence, Leil Lowndes évoque une nouvelle fois une technique développée par la PNL qui consiste à identifier chez votre interlocuteur quel est son canal de perception privilégié du monde. Si nous sommes tous pourvus de 5 sens, il y a un sens que nous privilégions davantage que les autres pour appréhender le monde, filtrer la multitude d’informations que nous recevons chaque jour. En général, nous trahissons notre systhème de représentation du monde (visuel, auditif ou kinestésique) dans notre langage par l’emploi d’expression qui relèvent davantage d’un sens plutôt que des autres. Les visuels utilisent des expressions telles que « Tu vois ce que je veux dire ? », « Tu m’as ébloui… », « C’est une idée lumineuse! », les auditifs qui privilégient l’ouïe préférerons des expressions telles que « Tu entends ce que je veux dire ? », « Je n’ai pas perçu le même son de cloche », « C’est inouï », et enfin, les kinestésiques, qui appréhendent le monde à travers tous les autres sens (le goût, le touché, ou l’odorat) diront plutôt : « Je sens qu’on ne s’est pas compris. », « C’est une nouvelle sensationnelle », « Tes parole me touchent », etc…

Identifier dans quelle catégorie s’inscrit votre interlocuteur vous permet de calibrer votre communication pour utiliser des prédicats en rapport avec leur représentation du monde. Le succès de la chanson d’Edith Piaf, La vie en rose, relève de ce concept. Si la chanson a eu autant de succès, c’est parce qu’elle a touché autant les visuels, que les auditifs ou les kinestésiques à travers ses paroles dont un court extrait vous éclairera :

« Quand il me prend dans ses bras
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose »

Pour atteindre l’excellence, à l’instar de Leil Lowndes, la PNL nous enseigne à être caméléon, à nous adapter à notre environnement, et à notre interlocuteur par des techniques qui relèvent de la synchronisation et d’une communication protéiforme.

Donc cet ouvrage de vulgarisation de la PNL et des grands classiques du développement personnel s’adresse essentiellement aux personnes en quête d’efficacité sur le plan professionnel.  Car « Notre réussite dépend à 85% de notre aptitude à communiquer. » Et quand il est question de réussite, cela est aussi valable sur le plan professionnel que sur le plan personnel. La question n’étant pas de savoir s’il est plus important de réussir sa vie que de réussir dans la vie. La question c’est « comment réussir ? » quelque soit votre objectif : décrocher le job de votre vie, ou conquérir la future femme de votre vie! Cet ouvrage fait penser également aux manuels qui développent les techniques de ventes même si en l’occurrence le produit que Leil Lowndes souhaite vous apprendre à vendre c’est… VOUS! Donc ce livre de développement personnel est d’une certaine manière un manuel de séduction dans le sens où le mot « séduire » vient du latin « se aducere » qui signifie « amener vers soi ». Il s’agit de développer son charisme, son influence sur les autres grâce à un certain nombre de règles simples, de trucs ou d’astuces dont raffolent les auteurs américains. Comment transformer la résistance de l’autre en assistance, sa défiance en confiance ? Comment atteindre l’excellence grâce à la communication ? Appliquez-vous à respecter la règle des trois « C » : confiance, clarté et crédibilité. » Mais comment inspirer confiance aux autres quand on manque de confiance en soi ? On ne naît pas un bon vendeur, on le devient… Ce livre recense les méthodes qui vont vous permettre de développer la confiance qui vous fait parfois défaut car comme le dit Lowndes en conclusion :

 » N’oubliez pas que c’est en répétant une action que l’on prend une habitude. Vos habitudes façonnent votre personnage. Votre personnage, c’est votre destinée. Que votre destinée soit votre réussite. »

Et cette confiance se transmet à travers le regard car dans notre société, pour la plupart des gens, un regard profond est un signe de confiance et de connaissance, il signifie : « C’est pour vous que je suis là. »

Mais pour vous donner un avant-goût de ce best-seller, abordons quelques techniques intéressantes exposées dans ce livre…

 

L’empathie

Si  4 savoirs gouvernent le monde, vous n’aurez aucun levier sur les autres quelque soit votre niveau de connaissance si vous n’avez pas créé le contact avec votre interlocuteur et instauré une ambiance favorable en suscitant l’empathie. On a vu que pour briser la glace, il était important d’utiliser des marques d’empathie anatomiquement correctes comme le suggère le chapitre 48.

Un jour, un homme très avisé, Zig Ziglar, disait : « Les gens ne se soucient pas de ce que vous pouvez savoir, tant qu’ils ne savent pas combien vous vous souciez d’eux. »

L’empathie c’est l’art de pouvoir se mettre à la place des autres, de mieux les comprendre, de leurs montrer que vous ressentez ce qu’ils éprouvent.

De même, avant de délivrer une information, pensez à son destinataire. Annoncez-lui la nouvelle avec le sourire, avec tristesse ou avec désolation, en fonction non pas de l’effet que vous procure cette information mais de l’effet qu’elle va produire chez votre interlocuteur.

 

Aborder l’ordinaire avec passion

Le plus beau mot de la langue française est peut-être le mot « enthousiasme » qui signifie littéralement en grec « avoir un dieu en soi » ( « en » – dedans « , « Theos » – Dieu et « Asthma » – « Souffle », éthymologiquement, c’est un souffle d’inspiration divine). Et rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion… Leil Lowndes ne nous dit pas autre chose :

« Au cours d’une réception, j’avais remarqué un homme entouré d’une cour d’admirateurs qui buvaient ses paroles. Il souriait, il gesticulait, et visiblement, il les captivait. Je m’étais approchée pour prêter l’oreille pendant une minute ou deux. J’avais dû me rendre à l’évidence : il débitait les choses les plus banales du monde! Son discours était d’une platitude totale. Mais avec quelle passion il y allait! Et c’est ainsi qu’il envoûtait tout son entourage. Ce jour-là, j’ai compris que ce qui compte, c’est moins ce que vous dites, que la façon dont vous le dites. »

 

Mettez l’autre au centre de vos préoccuppations

Marcel Pagnol disait : « Les bavards sont ceux qui vous parlent des autres. Les raseurs sont ceux qui vous parlent d’eux-mêmes. Ceux qui vous parlent de vous sont de brillants causeurs. » Comment mettre votre interlocuteur au centre de la discussion ? C’est le but de la technique que propose l’auteur au chapitre 26 « Mettre l’autre en avant pour gagner respect et affection ». Il s’agit d’une méthode que tout bon commercial doit adopter s’il veut réussir à vendre un frigidaire à un esquimau ou bien un stick déodorant à la Vénus de Milo.

« Pour réussir une vente, il vaut mieux braquer le projecteur sur le prospect plutôt que sur le produit. »

Messieurs, préférez-vous qu’une femme vous dise « J’aime ton costume », ou « TU es magnifique dans ce costume ? » Les as de la communication savent utiliser cette technique à leur avantage. Si un de vos auditeurs vous pose une question, il trouvera sans doute agréable de vous entendre dire « c’est une bonne question », mais il trouvera plus agréable encore de vous entendre dire « VOUS avez posé une bonne question. »

Un bon vendeur ne dira pas à son prospect « Il est important que… » mais plutôt « VOUS constaterez l’importance de… »

De même, plutôt que « le résultat sera… », dites « VOUS verrez le résultat… ».

Parsemez votre conversation de TU, de TOI ou de VOUS comme vous répandriez du sel ou du poivre, et vos interlocuteurs lui trouveront un goût irrésistible. »

 

Comment demander avec tact comment votre interlocuteur gagne sa vie ?

« évitez de demander aux gens ce qu’ils font dans la vie. Vous pouvez bien entendu chercher à le savoir, mais pas en posant cette question grossière avec laquelle vous passeriez pour un vulgaire intriguant, pour un arriviste, pour quelqu’un qui est prêt à tout pour trouver un bon parti, ou pour un plébéien qui n’a pas l’habitude de fréquenter la haute société. Ainsi donc, comment allez-vous faire pour savoir quel est le métier d’une personne ? (J’ai cru que vous ne me le demanderiez-pas). C’est pourtant facile. Entraînez-vous à prononcer à la suite les dix mots suivants : « Comment… occupez-… vous… la… plus… grande… partie… de… votre… temps ? »

« Comment occupez-vous la plus grande partie de votre temps ?  » Voilà un moyen élégant de ménager un découpeur de cadavres, un fonctionnaire des impôts ou une personne qui est au chômage.

 

Le disque rayé

Dès que quelqu’un persiste à vouloir vous poser des questions sur un sujet indésirable, répétez tout simplement votre réponse initiale. Répétez exactement les mêmes mots, sur le même ton exactement. En général, cela suffit à calmer votre interlocuteur. Même s’il s’accroche, chaque répétition ne peut que briser un peu plus sa détermination.

 

L’art de remercier

Chaque fois que l’occasion justifie autre chose qu’une vague reconnaissance machinale et inconsciente, habillez votre merci en précisant la raison pour laquelle vous remerciez :

Merci d’être venu.

Merci de vous montrer aussi compréhensif.

Merci de m’avoir attendu.

Merci de m’honorer de votre confiance.

Merci d’être aussi adorable.

En personnalisant vos remerciements, vous évitez l’écueil de formules de politesses stéréotypées et éculées qui font de vous une machine qui débite une litanie impersonnelle. Au contraire, vous êtes beaucoup plus humain en répondant à ce que les autres attendent le plus souvent de vous : le besoin de reconnaissance.

 

Les amener à penser « nous » (au lieu de « tu » vs « je »)

On a vu qu’il fallait parsemer sa conversation de « TU » et de « VOUS » pour que vos interlocuteurs la trouve savoureuse. De la même manière, il s’agit d’introduire le « NOUS » dans vos propos pour créer avec autrui un sentiment de proximité et d’appartenance. En utilisant « NOUS » vous atteignez le plus haut niveau d’intimité avec les autres et vous ferez surtout en sorte que votre interlocuteur se sente concerné par ce que vous dites.

Niveau 1 : des clichés

Deux personnes qui ne se connaissent pas vont commencer par échanger des clichés.

Niveau 2 : des faits

Deux personnes qui se connaissent mais sans être intimes discutent souvent de faits.

Niveau 3 : des sentiments et des questions plus personnelles

Quand deux personnes développent des liens d’amitié, elles échangent leurs impressions et leurs sentiments, même sur un sujet aussi insignifiant que le temps qu’il fait.

Niveau 4 : l’utilisation de la première personne du pluriel

Nous en arrivons au plus haut degré d’intimité, caractérisé par davantage de faits et par des liens, au-delà des sentiments. Deux bons amis qui discutent du temps diront par exemple : « Si on continue à avoir un temps comme ça, on va passer un été formidable. »

« Penses-tu que sa politique sera bonne pour nous ? »

Attachez-vous à formuler des phrases à la première personne du pluriel, le genre de phrase que les gens réservent instinctivement à leurs intimes : « Je pense que sa politique ne nous affectera pas outre mesure. »

Le mot NOUS favorise la proximité. Il incite l’interlocuteur à se sentir concerné et à rester attentif. Il convoie un sentiment subliminal que l’on pourrait formuler ainsi : « Toi et moi contre ce monde hostile. »

Quand le mot « nous » est utilisé de façon prématurée, même avec un inconnu, il rapproche les individus de façon subconsciente.

 

Savoir flatter (sans passer pour un lèche-bottes)

Il y a pire que que les lèche-culs, ce sont les suspects. Et le premiers, à force de flatteries, passent très vite pour les seconds! Alors comment éviter de passer pour l’un ou l’autre ? Thomas Fuller écrivait quelque chose à propos d’un ami qui disait du bien de lui dans son dos. « Nous sommes plus disposés à croire celui qui dit du bien de nous quand nous ne sommes pas là pour l’entendre, que celui qui nous le dit en face. »

Essayez le bouche-à-oreille

Un compliment n’est jamais aussi bien perçu que lorsqu’il parvient à son destinataire par le bouche-à-oreille. Ce que vous avez à exprimer, dites-le à un proche de la personne concernée. Cela vous permettra d’éviter que celle-ci vous soupçonne d’être un flatteur, un flagorneur ou un lécheur. Par ailleurs, cette personne aura l’agréable impression que vous chercher à donner une bonne image d’elle au monde entier.

 

Se faire le messager de l’agréable. Transmettez la bonne nouvelle.

Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles. Quel profit en tirerez-vous ? Tout le monde aime celui qui apporte une bonne nouvelle. En vous faisant l’écho d’un compliment, vous vous faites apprécier tout autant que le complimenteur.

Les gens ont généralement une forte propension à colporter des informations parfois douteuses (on appelle cela les ragots). Devenez, pour votre part, porteur d’informations aussi fiables qu’agréables. Chaque fois que vous entendrez un commentaire élogieux sur quelqu’un, transmettez la nouvelle à l’intéressé.

 

Comment communiquer au téléphone ?

Au téléphone, nous passons plus de temps à nous dire au-revoir qu’à nous voir. Vous seriez surpris de découvrir que lorsque vous vous adressez à un public, votre auditoire est intéressé à 55% par votre langage non verbal, c’est-à-dire votre apparence, vos gestes, votre habillement, le langage de votre corps, vous mouvements, etc… 38% de l’attention de votre auditoire se focalise sur votre langage para-verbal, c’est-à-dire la tonalité de votre voix, son rythme, sa musicalité, etc… Et seulement 7% de l’attention de votre auditoire s’intéresse à votre langage verbale. En claire, les gens s’intéressent moins à ce que vous dites qu’à la façon dont vous le dites. Avec le téléphone, les codes sont bouleversés car le langage non verbal est occulté. Au téléphone, vous allez devoir remplacer vos gestes et vos sourires par des mots, et les regards par la mention du nom de votre interlocuteur. Vous utiliserez donc la technique que j’appelle le geste dans la parole.

Il faut que votre interlocuteur entende vos émotions. Car le sourire, ça s’entend au téléphone.

L’art de bien communiquer au téléphone est de sembler proche même à longue distance.

Comment faire passer des sentiments par voie téléphonique, quand on ne peut pas s’embrasser ni se tapoter l’épaule ? La réponse est simple : utilisez le nom de votre interlocuteur plus souvent que si vous étiez en sa présence. Quand votre interlocuteur entend son propre nom, c’est comme s’il recevait une caresse verbale.

« Merci, Sam »

« Faisons comme ça, Betty. »

« Dimitri, pourquoi pas ? »

Si vous entendiez prononcer votre nom même au milieu d’une foule, vous seriez aussitôt aux aguets. De même, au téléphone, dès que votre interlocuteur vous entend prononcer son propre nom, il ne peut qu’être attentif. Vous recréez ainsi la proximité dont le téléphone vous prive. C’est comme si vous le rameniez dans la pièce où vous vous trouvez.

Attendez de savoir qui vous appelle pour sourire et faire passer votre sourire dans votre voix. Ainsi, votre interlocuteur aura l’impression que votre sourire chaleureux lui est réservé.

De quelle couleur est votre temps ?

Quel que soit le degré d’urgence de votre appel, commencez toujours par demander à votre correspondant dans quelle mesure il est disponible. Utilisez le système « De quelle couleur est votre temps ? » ou demandez-lui tout simplement si vous ne le dérangez pas. En procédant ainsi, vous évitez d’indisposer votre correspondant. Celui-ci n’ira jamais vous opposer un « non » cassant sous prétexte que vous tombez mal. Cette question est d’autant plus primordiale qu’il ne vous viendrait pas l’esprit de demander votre chemin sur une autoroute… De la même manière, votre message sera comme un coup d’épée dans l’eau si vous ne choisissez pas le bon moment pour vous adresser à votre interlocuteur.

« Comme d’habitude » est une technique pour passer le barrage de la secrétaire au téléphone.

Au lieu de mentionner le nom de votre correspondant, utilisez l’air de rien le pronom (il ou elle). Oubliez « Euh, pourrais-je parler à M. Grossehuile, s’il vous plaît ? » et dites simplement : « Bonjour, (votre nom) à l’appareil, est-ce qu’il est à son bureau ? » Un « il » familier donnera l’impression à la secrétaire que son patron et vous êtes de vieux amis. Une autre façon de créer l’illusion que vous et votre interlocuteur vous connaissez bien est de demander à parler à Patrick Grossehuile. L’emploi du prénom indique à la secrétaire que vous le connaissez bien. Si vous connaissez son prénom, elle peut croire que vous êtes un ami de son patron.

 

Le score inscrit au-dessus des têtes

Napoléon Bonaparte disait : « Les hommes sont comme les chiffres,  ils n’acquièrent de valeur que par leur position. » Dès que deux personnes se rencontrent ou discutent, un score invisible évolue au-dessus de leurs têtes. La position relative de chacun peut changer, mais une règle demeure : le joueur dont le score est le moins élevé doit faire preuve de déférence envers l’autre joueur. S’il néglige cette règle, la pénalité est l’exclusion du jeu. A titre définitif. Il y a donc un droit de préséance, qui impose par exemple à un candidat de se conformer à l’emploi du temps de celui qu’il sollicite. Négliger cette règle élémentaire de savoir-vivre peut être rédhibitoire!

 

Ce livre est donc intéressant car sans en avoir l’air, il dépoussière les classiques du développements personnels en nous montrant leurs applications dans la vie de tous les jours dans nos relations avec les autres. Ce livre formalise les règles élémentaires du savoir-vivre comme par exemple de ne pas demander son chemin sur une autoroute. Mais il nous rappelle en même temps que sur l’autoroute de l’excellence, il n’y a pas de limitation de vitesse.

Bonne route!

 




[Critique de film] La promesse de l’aube : Au nom de la mère!

30042018

promesse de laube

L’adaptation du roman autobiographique de Romain Gary, La promesse de l’aube par le réalisateur Eric Barbier est un film épique qui nous fait voyager à travers quatre continents : en Lituanie à Vilnius, où l’auteur a passé la première partie de son enfance, en France à Nice, où sa mère a essayé de joindre les deux bouts en tenant notamment une pension, puis à Londres où le jeune Romain Gary rejoint le général de Gaulle et en Afrique où il prend part à la seconde guerre mondiale comme pilote d’avion. Ce qui est remarquable dans ce film, c’est que le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire est à Mexico (alors que dans le roman c’était sur une plage près de San Francisco à Big Sur). C’est en cela que le réalisateur se réapproprie le roman sans trahir l’auteur : alors que Romain Gary est au crépuscule de sa vie et doit se faire soigner d’une tumeur au cerveau à l’hôpital, il relate à sa première femme, Lesly Blanche, le roman de sa vie : La promesse de l’aube.

Une phrase dans les vingt premières pages résume à merveille ce roman et annonce la couleur : « Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Rares sont les films qui parviennent à la hauteur des romans qu’ils adaptent. Si La promesse de l’aube… est tenue, le réalisateur Eric Barbier a relevé ce défi admirablement grâce à deux facteurs :
1°) Son film est fidèle à l’oeuvre de Romain Gary qu’il ne trahit jamais! Cependant, il s’est parfaitement réapproprié le roman qu’il restitue dans un film magistral, drôle et émouvant!
2°) A ma grande surprise, j’ai découvert que Charlotte Gainsbourg était une grande actrice. Quand Yvan Attal affirmait dans le titre d’un de ses films « Ma femme est une actrice« , je n’étais pas du tout convaincu par ce petit bout de femme frêle, qui a autant de charisme qu’un pudding anglais et dont la voix ténue ressemble à un murmure!
Et pourtant, dans La promesse de l’aube, elle est complètement métamorphosée en interprétant la mère de Romain Gary, Mina, un personnage truculent, aux antipodes de la personnalité effacée qu’elle dégage : dans le film, elle incarne avec justesse une mère volcanique, exclusive, étouffante, imprévisible, excentrique!
Charlotte Gainsbourg joue dans La promesse de l’aube son plus beau rôle au cinéma… Le succès du film repose en partie sur ses épaules!
Et que dire de l’interprétation de Pierre Niney, déja Césarisé avec le biopic sur Yves St Laurent et qui n’était pas passé inaperçu dans Frantz de François Ozon… Il est très crédible dans le rôle de Romain GARY. Les seconds rôles campés par Didier Bourdon en Paul Poiret de pacotille mais surtout Jean-Pierre Darroussin qui interprète un artiste peintre Polonais, Monsieur Zaremba, sont également intéressants!
L’écrivain fascine. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, si Yvan Attal débute son film Le brio, une pâle copie de « A voix haute » avec Daniel Auteuil et Camelia Jordana, par des images d’archives de Claude Levi-Strauss, Serge Gainsbourg, Jacques Brel et… Romain Gary. Car cet auteur, est l’un des plus grands mystificateurs de la littérature Française. Il a eu le privilège de remporter deux fois le prix Goncourt qui n’est normalement décerné qu’une seule fois à un écrivain : la première fois sous le nom de Romain Gary avec Les Racines du Ciel en 1956 et la deuxième fois sous le pseudonyme d’Emile Ajar avec La vie devant soi publié en 1975.
Le personnage fascine parce qu’il s’est suicidé en 1980.
Il a eu une vie romanesque de grand séducteur : il a été marié deux fois dont une fois avec l’actrice Jean Seberg (qu’on retrouve dans le chef-d’oeuvre de Jean-Luc Godard, A bout de souffle) avec qui il a eu un fils, Diego.
Aujourd’hui encore, le rayonnement de Romain Gary apparaît au détour des pages d’un best-seller de Katherine Pancol quand elle dédie ses romans « Les Yeux jaunes des crocodiles », « La valse lente des tortues », « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi » à un certain Roman à qui elle pense en se tournant vers la voûte étoilée. Et comme par magie, c’est ce même Roman (le vrai nom de Romain Gary est Roman Kacew) qui achève son roman, La promesse de l’aube en écrivant : «  Qu’on veuille bien regarder attentivement le firmament, après ma mort : on y verra, aux côtés d’Orion, des Pléïades ou de la Grande Ourse, une constellation nouvelle : celle du Roquet humain accroché de toutes ses dents à quelque nez céleste. » Romain Gary a été un Pygmalion pour Katherine Pancol de toute évidence en lui ouvrant les portes du monde littéraire!
Mais l’amour que lui a inspiré toutes ces femmes est bien terne en comparaison de celui qu’il a voué à sa mère! La mesure de cet amour maternel tient à la démesure!
Donc Bravo à Eric Barbier pour ce film très réussi! Du coup, on en oublierait presque qu’il y avait déjà eu une adaptation au cinéma de ce roman, en 1970, par Jules Dassin, le père de Joe, avec Melina Mercuri dans le rôle de Mina.
Enfin pour finir, Romain Gary continue de faire parler de lui en-dehors du cinéma puisque le dernier roman de François-Henri Désérable, « Un certain M. Piekielny« , part sur les traces de cet écrivain, et fait référence à un épisode de La promesse de l’aube qui est occulté dans le film.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Un-certain-M.-Piekielny

Enfin, dernière petite anecdote, Laurent Seksik qui avait écrit un livre sur « Les derniers jours de Stefan Zweig » a également publié « Romain Gary s’en va-t-en guerre. » Et en première de couverture, il annonce la couleur avec cette phrase : « On associe le génie de Gary à sa mère. L’énigme Gary, c’est son père. »




Qui adaptera LES YEUX JAUNES DES CROCODILES de Katherine Pancol au cinéma ?

25032011

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« Claude Lelouch, retenez-bien ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler. » voilà ce que disait Les Cahiers du cinéma à la sortie de son premier film en 1960 : Le Propre de l’homme.
Le cinéaste avait tellement été marqué par l’échec cuisant de ce film qu’il avait détruit les négatifs. Cinquante ans plus tard, Claude Lelouch continue de faire parler de lui car il était pressenti en Janvier 2010 pour adapter au cinéma Les yeux jaunes des crocodiles avant d’annoncer en Juin 2010 qu’il abandonnait ce projet. Avec Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues ou Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi, Katherine Pancol a remporté un immense succès qui l’a propulsé en tête des meilleures ventes de livres. Avec un brin de jalousie, car il ne vendra jamais autant de livres qu’elle, Patrick Besson suggère à Katherine Pancol d’intituler son prochain roman : Les haricots ne cuisent pas tout seuls dans la casserole. Et il faut reconnaître que le jour où Patrick Besson vendra autant de livres que Katherine Pancol, alors les carottes seront vraiment cuites pour la littérature Française !
Le premier volet de sa trilogie, Les yeux jaunes des crocodiles raconte l’histoire de deux soeurs, Joséphine et Iris que tout oppose. L’une habite en banlieue à Courbevoie, est passionnée par le XIIème siècle et par les livres sur le Moyen-Âge, et s’est fait plaquer par son mari. Elle doit donc faire face toute seule aux dettes que lui a laissé son mari pour élever ses deux filles, Hortense et Zoé. La deuxième soeur, Iris, a réussi dans la vie car elle a fait un beau mariage avec un brillant avocat et elle vit à Paris avec leur fils Alexandre. Mais passée la quarantaine, elle rêve d’épater son mari en écrivant un livre afin de mettre du piment dans sa vie de couple. Après avoir lancé l’idée dans un dîner, un éditeur la prend au pied de la lettre et lui demande de lui remettre les premiers feuillets de son manuscrit. Iris demande à sa soeur d’écrire le livre à sa place. En contrepartie, Iris usera de son charme pour assurer la promotion du bouquin sur les plateaux télé. Tout ce qui intéresse Iris Dupin, c’est les feux de la rampe. Elle est prête à céder tous les droits d’auteurs et les revenus engrangés par la vente de ce livre à sa soeur qui en a davantage besoin qu’elle.

Le nom de Claude Lelouch s’imposait dans la mesure où il s’est déjà distingué en réalisant des films choral (à l’instar de Robert Altman ou plus récemment de Alejandro Gonzalez Inarritu), d’où sa légitimité sur ce projet. Donc il n’aurait pas dû être déstabilisé par cet exercice de style qui consiste à mettre en scène une histoire dans laquelle gravite une quinzaine de personnages… Mais attention, la dernière fois qu’il a adapté un roman au cinéma c’était… Les misérables et on se souvient qu’il avait choisi Jean-Paul Belmondo dans le rôle de Jean Valjean et qu’il avait transposé l’histoire de Victor Hugo durant la seconde guerre mondiale!
En tout cas, il avait pris de l’avance dans l’adaptation de la saga de Katherine Pancol puisque des scènes du second volet étaient déjà tournées : La valse lente des tortues. En effet, dans le rôle de Philippe, il avait choisi Jean-Louis Trintignant et dans celui de Joséphine, Anouk Aimé. Chabadabada. A moins que ce ne soit Un homme et une femme qui ait inspiré la scène à la fin du livre de Katherine Pancol, dans laquelle Philippe retrouve Joséphine à Deauville un soir d’orage…
Mais la musique qui retentit dans le coeur de Joséphine est celle de Sinatra : DOUBIDOUBIDOU, Strangers in the night… Exchanging glances, lovers at first sight, in love for ever, doubidoubidou…
Le troisième volet de la trilogie s’intitule : Les Écureuils de Central Park sont tristes le Lundi. C’est pour cette raison qu’il faut lire ce livre un dimanche pour pouvoir apprécier toute la gaieté qui en émane! En tout cas, le reproche qui a été fait à ce roman, c’est qu’il met en valeur Hortense au détriment d’autres personnages qui seraient plus attachants! Paradoxalement, beaucoup de gens s’imaginent que Katherine Pancol se met en scène dans ses romans à travers le personnage de Joséphine qui est gauche, altruiste, cultivée, lettrée et qui écrit des livres qui rencontrent un immense succès. Eh bien, ils ont tort. Katherine Pancol n’aime pas beaucoup Joséphine même si elle en a fait un personnage sympathique et attachant qui a contribué au succès de sa trilogie. En réalité, Katherine Pancol aime davantage la personnalité de battante d’Hortense. Cette fille a une personnalité arriviste et opportuniste : elle a beaucoup de courage et elle veut tout mettre en oeuvre pour réussir. Les émotions sont pour elle un frein au succès, donc elle les refoule. Ça ne l’empêche pas d’avoir des idées et une sensibilité artistique qui lui permettent de faire la différence dans le milieu de la mode. Katherine Pancol l’a reconnu au cours d’interviews. Comme par hasard, Hortense est amoureuse de GARY, un personnage dont le prénom évoque le nom d’un très grand Écrivain. Dans La valse lente des tortues, Katherine Pancol a semé des cailloux comme le petit Poucet afin de permettre au lecteur de retrouver la trace qui mène à son père spirituel. Romain Gary a joué un rôle très important dans la carrière de Katherine Pancol : il a été comme un mentor… Ce grand mystificateur a remporté deux fois le prix Goncourt avec Les racines du Ciel (sous le nom de Romain Gary) et La vie devant soi (sous le pseudonyme d’Emile Ajar). Il a inspiré le personnage de GARY avec qui il entretient des similitudes : il a été élevé seul par sa mère qui a joué également un rôle de père pour lui. Pour Mina, la mère de Romain Gary, son fils était un prince…. Pour Shirley, Gary est le petit-fils de la reine d’Angleterre. On relèvera au passage que La valse lente des tortues est dédiée à Roman (le prénom de Roman Kacew alias Romain Gary). La citation qui figure en exergue du roman est de Romain Gary :
« C’est horrible de vivre une époque où au mot sentiment, on vous répond sentimentalisme. Il faudra bien pourtant q’un jour vienne où l’affectivité sera reconnue comme le plus grand des sentiments et rejettera l’intellect dominateur. »
Et Katherine Pancol cite plusieurs fois des passages de Clair de femme de Romain Gary au cours de son roman.
« Il irait jusqu’à la Serpentine et remonterait sur Bayswater. Ou il s’allongerait dans l’herbe et finirait son livre. Clair de femme de Romain Gary. J’aurais à lire des mots de Gary au Crapaud. Lui dire qu’un homme, un vrai, n’est pas celui qui claque les femmes ou se fait sucer par des anonymes goulues, mais celui qui écrit : « Je ne sais pas ce que c’est, la féminité. Peut-être est-ce seulement une façon d’être un homme. »"
Plus loin, on peut encore lire :
« Il referma Le Monde et sortit de sa poche le roman de Romain Gary. Il l’ouvrit au hasard et lut cette phrase :
« Aimer est la seule richesse qui croît avec la prodigalité. Plus on en donne et plus il vous en reste. »"
Enfin, dans ses remerciements à la fin du livre, elle fait allusion À Hildegarde (de Bingen? en référence au Moyen-Âge), Jean-Marie, et… Romain qui veillent sur elle, posés là -haut dans les Étoiles! C’est amusant de penser que Romain Gary qui est posé là -haut dans les étoiles est celui qui l’a mise sur orbite dans sa carrière d’écrivain!
Romain Gary a été le Pygmalion de Katherine Pancol car c’est lui qui lui a ouvert les portes de la littérature et qui l’a encouragé à publier son premier roman Moi d’abord alors qu’elle avait embrassé une carrière de journaliste à Paris-Match. C’est au cours de cette carrière de journaliste qu’elle a interviewé de nombreuses personnalités : Ronald Reagan, Meryl Streep, Louise Brooks et… Cary Grant!
Après le succès rencontré par Moi d’abord (il s’est quand même vendu À 300 000 exemplaires), elle est partie au Etats-Unis où elle a suivi un stage d’écriture qui lui a permis d’apprendre des techniques (du genre  » tout personnage doit avoir un secret « , etc…) Et d’écrire aujourd’hui des romans qui s’inscrivent dans une tradition anglo-saxonne de  » page-turners « …
A ceux qui se demandent à quoi ressemblent les trois derniers romans de Katherine Pancol j’aurai envie de répondre : « c’est un film de Lelouch adapté en roman à l’eau de rose par Frédéric Dard! » En effet, on retrouve la verve de Frédéric Dard dans la description de certains personnages truculents (notamment Marcel Grobz et sa choupette que l’auteur de San-Antonio n’aurait pas rénié!). La lecture Des yeux jaunes des crocodiles est jouissive.

A l’instar de Katherine Pancol qui, dans ses remerciements se tourne vers la voûte étoilée pour remercier les bonnes étoiles qui veillent sur elle, Joséphine, le personnage principal de son roman, scrute le ciel afin de communiquer avec son père qui veille là-haut sur elle… S’il y a beaucoup d’étoiles qui gravitent autour des romans à succès de Katherine Pancol, il ne manque plus que des stars pour incarner ses personnages au cinéma.
A la fin de son chef-d’œuvre, La promesse de l’aube, un récit autobiographique, Romain Gary a écrit : « qu’on veuille bien regarder attentivement le firmament, après ma mort : on y verra, aux côtés d’Orion, des Pléïades ou de la Grande Ourse, une constellation nouvelle : celle du Roquet humain accroché de toutes ses dents à quelque nez céleste. »




Le goût de vivre d’André Comte-Sponville

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André Comte-Sponville est un philosophe de la génération de Mai 68 qui s’est distingué auprès du grand public au début des années 2000 avec des best-sellers qui ont remis la philosophie au goût du jour : Le petit traité des grandes vertus, Le bonheur désespérément, Le capitalisme est-il moral, etc…
Le goût de vivre et cent autres propos, est son dernier ouvrage qui s’inspire Des propos d’Alain.
Il y est question de sujets philosophiques mais également de thèmes qui traitent de l’actualité au jour le jour, comme s’il s’agissait des pages de son journal intime. Ainsi, il évoque autant l’existence de Dieu qu’il continue de nier, que l’éclipse du soleil en 1999 ou encore l’euthanasie, l’amour, Beethoven, etc…
On a donc autant d’occasions de découvrir ou de redécouvrir ce philosophe matérialiste, athée, humaniste, libéral, démocrate, et fervent lecteur de Spinoza!
Il appartient à la même génération de philosophes que Luc Ferry dont il est l’ami. Pourtant l’un a fait Mai 68 quand l’autre a condamné la pensée 68 dans un ouvrage co-écrit avec Alain Renaut.
Le goût de vivre et 100 autres propos est donc un recueil de 100 articles que le philosophe a publié dans la presse entre 1988 et 2010. Pour vous donner juste un avant-goût, voici quelques réflexions fortes qu’il développe dans cet ouvrage.

Je suis athée… Dieu merci! (Bunuel)

Dans une récente interview au magazine Le pèlerin, André Comte-Sponville se définit comme un fidèle athée. Car le mot fidèle fait référence au latin fides qui signife la foi. Il trouve dans son ouvrage Le goût de vivre trois bonnes raisons de ne pas croire en dieu. La première consiste à dire que le monde est plein d’horreurs, de catastrophes naturelles, de souffrances… Donc soit Dieu n’est pas bon, soit il n’est pas tout-puissant. Mais s’il manque de puissance ou de bonté, il est donc imparfait et ne peut plus être considéré comme un Dieu.
Il puise son deuxième argument dans un sentiment d’humilité qui consiste à dire qu’il se trouve lui-même trop imparfait en tant qu’être humain pour prétendre que Dieu existe et que ce serait ce Dieu qui l’aurait créé. Enfin, sa troisième raison de ne pas croire en Dieu, c’est que cette idée de Dieu est trop belle pour être vraie. La religion correspond à nos désirs les plus chers : ne pas mourir et être aimés. Or, c’est parce qu’elle est la plus désirable, que l’existence de Dieu doit être tenue pour suspecte puisqu’elle relève de l’illusion qui consiste à prendre nos désirs pour la réalité. Il conclut donc ce chapitre en disant : « Bref, j’ai trois raisons de ne pas croire en Dieu, et ce sont trois vertus : la compassion, l’humilité, la lucidité. » Mais s’il se définit comme un « fidèle athée », c’est peut être parce que l’athéisme est une croyance comme une autre. Etre athée, ce n’est pas savoir que Dieu n’existe pas, mais c’est croire qu’il n’existe pas. Le dogmatique croit qu’il sait, le sage, sait qu’il croit.

Doit-on avoir peur de la mort ?

C’est donc à la fois en tant que philosophe, homme et citoyen que André Comte-Sponville nous livre ses pensées. La Toussaint, lui inspire par exemple un chapitre sur la mort où il fait référence à Montaigne et surtout à Epicure qui estimait que la mort n’est rien pour nous : lorsque je suis, la mort n’est pas, et lorsque la mort est, je ne suis plus. Mais il rejoint Luc Ferry lorsqu’il conclut que « Philosopher c’est apprendre à vivre, non à mourir. » Pour Luc Ferry, la philosophie est une sériotologie, c’est-à-dire une doctrine du salut sans Dieu. Elle est apparue durant l’Antiquité pour apporter des réponses à nos angoisses existentielles et à notre peur de la mort. André Comte-Sponville estime qu’on ne peut pas vivre heureux sans accepter l’idée de la mort et sans l’apprivoiser. Il cite une nouvelle fois Montaigne qui écrivait dans ses Essais : « Tu ne meurs pas de ce que tu es malade; tu meurs de ce que tu es vivant. » Ce n’est pas la vie qui est le contraire de la mort, mais la naissance. » La mort, « c’est le seul examen, remarquait un vieil enseignant, que personne n’ait jamais raté! » A quoi bon apprendre à mourir, puisqu’on est certain d’y parvenir. Par contre, nous devrions apprendre davantage à vivre… La mort, comme disait Montaigne, c’est le bout, non le but de la vie. « Nul ne peut être libre, montrait Hegel, s’il n’est prêt à affronter la mort. Mais nul ne peut l’affronter, s’il ne sait pour quoi vivre. »

Qu’est-ce que la philosophie ?

La philosophie répond aux trois questions que se posait l’abbé Moreux : d’où venons-nous ? Qui sommes nous ? Où allons nous ? « Quelle différence faites-vous, me demande une lectrice, entre la philosophie et la sagesse ? La réponse est assez simple, que l’étymologie suggère : philosophia, en grec, c’est l’amour ou la quête de la sagesse. La philosophie est le chemin; la sagesse, son but. Mais quel chemin ? Et pour quel but ? »
Pour les anciens, la philosophie était une médecine : c’était la médecine de l’âme. Dans un chapitre consacré à la philosophie, André Comte-Sponville nous livre sa définition de la philosophie : « Philosopher, l’ai-je dit lors du débat, c’est penser sa vie et vivre sa pensée. » C’est ce qui le rapproche de Bergson dont la devise était : »Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action. »
« La vérité, c’est que nous aurons toujours besoin de politique, pour transformer la société. Et de philosophie, pour nous transformer nous-mêmes. »

Qu’est-ce qui distingue la philosophie Française ?

L’exception culturelle si cher aux Français fonctionne également dans le domaine de la philosophie comme le démontre André Comte-Sponville au cours d’un chapitre intitulé « Philosopher à la française ».
Il commence par citer trois grands ouvrages qui sont les plus représentatifs selon lui de la pensée Française : il s’agit de trois chefs-d’oeuvres absolus et incontournables de la philosophie française. Il y a d’abord Les Essais de Montaigne, Les Méditations métaphysiques de Descartes et Les Pensées de Pascal.
Qu’est-ce qui caractérisent ces trois ouvrages ? André Comte-Sponville voit trois caractères communs à ces trois sommets de la philosophie Française.
Premièrement, ces trois philosophes s’expriment à la première personne. « C’est en parlant d’eux-même qu’ils parlent de tout et de tous. » Cette démarche philosophique s’inscrit dans le cadre du fameux précepte Socratique « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux ». La deuxième caractéristique c’est ce rapport intrinsèque à la littérature qui existe chez ces trois auteurs. Il y a en effet un style littéraire qui fait bien défaut à d’autres philosophes étrangers qui sont peut être de grands penseurs mais de piètres écrivains!
Enfin, le troisième dénominateur commun à ces trois oeuvres c’est qu’elles s’adressent au grand public en ayant la volonté d’être compris par le plus grand nombre. D’où la réflexion de Bergson : « Il n’y a pas d’idée philosophique, si profonde ou si subtile soit-elle, qui ne puisse et ne doive s’exprimer dans la langue de tout le monde. Les philosophes français n’écrivent pas pour un cercle restreint d’initiés; ils s’adressent à l’humanité en général. »
Chez ces trois philosophes, le jargon et le vocabulaire abscons que l’on trouve chez d’autres auteurs est absent. Nous avons pourtant affaire à trois penseurs différents : un dogmatique, un sceptique et un croyant.

L’amour et le bonheur existent-t-ils ?

Dans le chapitre intitulé Le bonheur de désirer, il s’interroge sur le bonheur ? Etre heureux, c’est jouir et se réjouir. Il reprend les grands axes de la réflexion qu’il avait développés dans Le bonheur désespérément. Le désir, c’est ce qui nous fait défaut. Comme disait Platon, « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. » Si le désir est un manque, alors le bonheur, c’est à dire sa satisfaction, est forcément manqué. « Tantôt, donc, nous désirons ce que nous n’avons pas, et nous souffrons de ce manque; tantôt nous avons ce que dès lors nous ne désirons plus, et nous nous ennuyons. C’est où l’on passe de Platon à Schopenhauer. » Schopenhauer résumait bien cette idée : « Ainsi toute notre vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui. » L’homme en quête du bonheur a donc une alternative : « Il faut désirer ce qui manque, et souffrir. Ou bien désirer ce qui est, et se réjouir. Cette souffrance est amour. Cette joie est amour. Mais ce sont deux amours différents : l’amour selon Platon (la passion, le manque : eros), l’amour selon Spinoza (l’action, la joie : philia).
C’est dans un chapitre consacré à l’amour qu’il énonce ses trois définitions de l’amour. Contrairement à La Rochefoucauld qui suggérait que l’amour n’existe que pour autant qu’on en parle, Comte-Sponville a trois conceptions différentes de l’amour.
Il y a d’abord l’amour selon Aristote : aimer c’est pouvoir jouir et se réjouir de quelqu’un ou de quelque chose. Et puis il y a la conception Platonicienne de l’amour : l’amour s’exprime dans la souffrance que nous procure le manque et le désir de quelqu’un ou de quelque chose. C’est en cela que Aragon disait : « Il n’y a pas d’amour heureux. » Ces deux définitions de l’amour correspondent à deux amours différents que les Grecs désignaient par deux noms distincts : philia, pour la joie d’aimer, et éros, pour le manque. L’amour-action d’un côté, celui qu’on fait et qu’on construit, et l’amour-passion, celui qui nous fait ou nous défait et nous détruit. Pour bien différencier ces deux types d’amour, il prend l’exemple d’une mère qui donne son sein à son petit. Cette image nous suggère l’amour du petit qui prend ce sein goulument dans sa bouche pour le téter. Et l’amour de la mère qui donne son sein à son petit pour le nourrir. L’amour qui prend, c’est eros, le désir. L’amour qui donne, c’est philia, l’amour maternel. Entre éros et philia, il y a la même différence qu’entre les verbes donner et recevoir. Avant d’être une mère, elle a été un enfant, et elle a également reçu le sein d’une autre femme. Mais maintenant, son amour se transforme en don de soi… Eros devient philia. Comte-Sponville évoque enfin un troisième type d’amour : « Donner sans prendre ? Se réjouir sans vouloir posséder ni garder ? Ce serait philia libérée d’éros, l’amour libéré du moi, la joie libérée du manque, et c’est ce que les premiers chrétiens – quand il fallut traduire en grec le message du Christ – ont appelé Agapè, qui est l’amour de charité. [...] C’est l’amour du prochain, celui qui est là, quel qu’il soit et quoi qu’il fasse. C’est l’amour libéré de l’ego… »
Dans un autre chapitre consacré à la jalousie, on retrouve l’auteur Du petit traité des grandes vertus. Il s’applique à bien différencier la jalousie de l’envie. L’envie porte sur ce qu’on n’a pas alors que la jalousie porte sur ce qu’on a. L’envie exprime un manque quand la jalousie signifie la peur de perdre. La jalousie est positive dans le sens où elle traduit un attachement à ce qu’on a. Et il conclut ce chapitre en écrivant : « Saint Thomas distinguait l’amour de bienveillance (qui aime l’autre pour son bien à lui) de l’amour de concupiscence, qui n’aime l’autre, disait-il, que pour son bien à soi. La jalousie relève évidemment du second, et c’est ce qui interdit d’en faire une vertu. »
« Qu’il faille s’aimer soi-même, c’est une évidence. Comment pourrions-nous autrement être heureux ? Et pourquoi nous demanderait-on, relisez les Evangiles, d’aimer notre prochain « comme nous-mêmes » ?
C’est ce qui m’a longtemps rendue inacceptable la fameuse formule de Pascal selon laquelle « le moi est haïssable ». Si c’est vrai, me disais-je, un chrétien cohérent devrait donc haïr son prochain : voilà qui me semble bien peu évangélique! »
Pour André Comte-Sponville, Pascal ne stigmatise pas le moi de l’individu, mais son moi égoïste que l’on pourrait nommer par le narcissisme ou l’amour-propre. L’amour-propre, ce n’est pas le fait de s’aimer soi, mais le fait de n’aimer que soi. Comme dirait Pierre Dac, l’amour-propre ne le reste jamais très longtemps! Et il n’y a rien de plus sale que l’amour propre!

La vie a-t-elle un sens ?

Certains de ses propos portent la marque de l’impuissance : « Que peut votre amour contre les chauffards ? Contre les virus ? Et quel vaccin contre le malheur ?  » Faire des enfants, me disait mon père, c’est donner des otages au destin. » On m’a assuré que la formule était de Victor Hugo. »
La vie est une maladie héréditaire, sexuellement transmissible, incurable et mortelle.
Le goût de vivre pose la question de savoir si la vie a un sens ? Mais que faut-il entendre par le mot « sens » ? Car il recouvre trois définitions différentes. Le sens fait d’abord référence à nos cinq sens qui sont autant de fenêtres ouvertes sur le monde. Le sens évoque également une direction comme dans l’expression « un sens unique ». Quelle est donc la direction ou l’orientation qu’il faut donner à notre vie ? Enfin, le mot sens nous fait penser à la signification de quelque chose. Ainsi, lorsque le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt car le sens ou la signification de ce doigt lui échappe… Lorsqu’on parle du sens de la vie, on joue également sur cette confusion avec ces trois définitions du mot. Mais si le sens de la vie reste pour beaucoup une énigme, André Comte-Sponville lui a trouvé une réponse dans Le goût de vivre. Donner un sens à sa vie c’est aussi donner de la vie à ses sens!

L’éternité, c’est long… Surtout vers la fin! (Kafka)

Dans un autre chapitre dont le titre est Recommencer ?, il s’interroge sur le temps et l’espace :
« Le temps, disait Lagneau, est la marque de mon impuissance; l’espace, de ma puissance. » Il conclut ce chapitre : « L’espace nous porte, le temps nous emporte, et l’action se reconnait à cette articulation efficace des deux : agir, c’est toujours mettre notre puissance au service de notre impuissance, et choisir l’avenir, autant que nous pouvons, en modifiant le présent. »
La question du temps pose un problème difficile au philosophe… Qu’est-ce que le temps ? Spencer répondrait que le temps, c’est ce que les hommes essaient de tuer mais qui finit toujours par les tuer. Pour le philosophe, le temps, c’est la succession du passé, du présent et du futur. Or le passé n’est plus, le futur n’est pas encore, et le présent ne dure pas… Car s’il durait, le présent ne serait plus du temps, mais de l’éternité. D’où le paradoxe qu’énonce Saint Augustin : « Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus. » Et d’où la conclusion de Comte-Sponville : « Le temps ne serait qu’un anéantissement (le présent) entre deux néants (le passé et l’avenir). C’est pour ça qu’on parle de la fuite du temps : cette fuite, qui le rend insaisissable, serait le temps même. »
Mais, si Comte-Sponville, énonce cette hypothèse c’est pour mieux la réfuter. Car il n’est pas d’accord avec Saint Augustin lorsqu’il écrit : « Le présent ne peut être qu’en cessant d’être. » En fait, depuis qu’on est venu au monde, le présent n’a jamais cessé d’être. Même lorsqu’on mourra, le présent ne cessera d’être, contrairement à nous… D’où le distique génial de Ronsard :
« Le temps s’en va, le temps s’en va, Madame…
Las! Le temps non, mais nous nous en allons! »
André Comte-Sponville en vient logiquement à la conclusion :
« Un souvenir qui n’est plus présent, ce n’est pas un souvenir : c’est un oubli. Un espoir qui n’est plus présent, ce n’est pas un espoir : c’est une déception ou un bonheur. Ils ne sont pas encore ? Ce ne sont que des possibilités d’espoir ou de souvenir. Seul le présent existe; tout ce qui existe est présent. »
Mais si le présent restait toujours présent, objecterait Saint Augustin, il ne serait pas du temps, il serait l’éternité. C’est opposer ce qui ne doit pas l’être selon Comte-Sponville, car l’éternité, c’est un présent qui est toujours présent. L’éternité c’est le présent même.
« Etre, c’est être maintenant. C’est ce que Christian Bobin appelle joliment « le huitième jour de la semaine ».
« Le huitième jour de la semaine, c’est aujourd’hui : non pas un jour de plus, mais l’éternité de chaque. »

Qu’est-ce que la liberté ? Est-on libre de vouloir ce qu’on veut ?

Si la volonté est libre par définition (je veux ce que je veux), tout le paradoxe est de savoir si on est libre de vouloir ce qu’on veut ? Car si l’on ne peut pas vouloir ce qu’on ne veut pas, et on ne peut vouloir que ce qu’on veut, comment serait-on libre totalement puisque par définition on ne peut pas vouloir autre chose que ce qu’on veut… Donc on n’a pas vraiment le choix… D’où la formule lumineuse de Sartre : « Etre libre, ce n’est pas pouvoir faire ce que l’on veut, mais c’est vouloir ce que l’on peut. »
Pour Sartre et Descartes, une volonté n’est vraiment libre que si elle a un pouvoir indéterminé de choix et qu’elle peut vouloir autre chose que ce qu’elle veut. C’est ce qu’on appelle le libre-arbitre. D’où d’ailleurs le sujet de philosophie au bac d’Arielle Dombasles dont ne parle pas André Comte-Sponville dans son livre : « Peut-on vouloir ce qu’on ne veut pas ? »

Faut-il être optimiste ou pessimiste ?

Dans un autre texte, il s’intéresse à nos humeurs, car l’optimisme et le pessimisme, ne sont qu’affaire d’humeurs! Il commence par raconter une histoire qu’il me semble avoir déjà entendu dans un film Yougoslave No man’s land de Danis Tanovic :
« Un pessimiste rencontre un optimiste. « Tout va mal, se lamente le pessimiste, ça ne pourrait pas être pire! » Et l’optimiste de répondre : « Mais si, mais si… » Lequel est le plus inquiétant des deux ? »
Plus loin il relate une autre histoire drôle sur le même sujet :
« Cela me fait penser à cette devinette, qui nous vient d’Europe centrale :
« Sais-tu quelle différence il y a entre un optimiste et un pessimiste ?
- ?…
- Le pessimiste est un optimiste bien informé. »
Difficile de ne pas rappeler la belle formule d’Alain : « Le pessimisme est d’humeur et l’optimisme de volonté. » Ou encore Gramsci, qui a trouvé la formule la plus juste : « Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. »

Le goût de vivre est un livre qui nous donne un avant-goût de la sagesse!




Le jeu de l’ange de Carlos Ruiz Zafon : et la chair s’est fait verbe!

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Quand on veut tuer le temps, rien de tel qu’un bon livre dans lequel il n’y a aucun temps morts. Carlos Ruiz Zafon est un auteur espagnol à la mode dont les deux romans ont été des grands best sellers ces dix dernières années. Son dernier roman, Le jeu de l’ange, nous fait pénétrer une nouvelle fois dans l’univers gothique du Barcelone des années 20. Certains écrivains mettent des livres dans leur bibliothèque. Carlos Ruiz Zafon met sa bibliothèque dans ses livres. En effet, on retrouve le cimetière des livres oubliés dans ce nouvel opus. C’est un lieu magique qu’on avait déjà découvert dans son précédent roman, L’ombre du vent. Le cimetière des livres oubliés n’est pas tout à fait un cimetière car il permet aux livres de ne jamais entièrement disparaître de la mémoire des hommes. Ce livre est un thriller ésotérique qui est écrit dans la même veine que le roman de Arturo Perez-Reverte : Club Dumas.
Le jeu de l’ange fait référence à ce personnage mystérieux, Andréas Corelli, qui propose au jeune héros de cette histoire un marché : écrire un livre spécial en échange de 100 000 Francs. Ce personnage étrange, que le héros, David Martin, appelle aussi le Patron, porte une broche qui représente un ange. Cet homme va même aller jusqu’à guérir le jeune écrivain d’une tumeur au cerveau pour lui donner les moyens de se consacrer à l’écriture de ce livre qui doit selon ses propres termes fonder une nouvelle religion. Ce marché évoque évidemment Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde ou encore Faust de Goethe car dans ces deux romans, le héros conclut un pacte et vend son âme au diable. Dans le roman d’Oscar Wilde, Dorian Gray reste éternellement jeune pendant que son portrait vieillit à sa place. Dans l’histoire de Zafon, le héros découvre que les livres ont une âme : celle de ceux qui les ont écrit, et celle de ceux qui les ont lu. Ce roman constitue un thriller fantastique qui a pour cadre Barcelone, et dans lequel le héros se bat pour vivre un amour impossible avec Cristina, la fille du chauffeur de son bienfaiteur, Don Pedro Vidal. En effet, cet homme riche est le mentor de David Martin car il l’initie au métier de journaliste et lui permet de mettre le pied à l’étrier dans sa carrière d’écrivain. Ce roman raconte plusieurs histoires, celle de Diego Marlasca, un avocat qui a conclu le même pacte avec l’ange plusieurs années auparavant : consacrer un an de sa vie à écrire une oeuvre spéciale afin de retrouver l’âme de son enfant défunt. La sorcière du Sorromostro avait raconté à Diego Marlasca un sortilège, une vieille légende de pêcheurs selon laquelle quand un homme perd son chemin dans la vie et sent que la mort a mis son âme à prix, il lui faut trouver une âme pure qui souhaite se sacrifier pour lui. Il peut alors y camoufler son coeur noir, et la mort, aveugle, l’oublie.
David Martin, habite la maison que Diego Marlasca a habité avant de mourir dans un mystérieux accident. Il écrivait également un roman pour le patron sur la même machine à écrire Underwood.
Le Patron, cet étrange éditeur parisien, Andreas Corelli, dont les cils ne battent jamais, évoque l’image de lucifer. Car le diable, est un ange déchu. En latin, Lucifer fait référence étymologiquement au porteur de lumière (lux = lumière). Le diable exige donc l’écriture d’un livre spécial qui devra fonder une nouvelle religion et s’inspirer de textes sacrés comme la Bible.
Ce roman est comme un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous. On appréciera l’épanadiplose dans les dernières pages. En effet, au début de l’histoire, David Martin a toutes les peines du monde pour identifier l’homme qui donne la main à Cristina sur une vieille photo qui a été prise quand elle avait à peine 5 ans. C’est à la fin du livre, que David parvient à mettre un nom sur cet homme qu’on aperçoit de dos… car il le rencontre au moment précis où la photo est prise. C’est la magie du conte dont use et abuse Carlos Ruiz Zafon pour nous entraîner dans ce labyrinthe d’histoires où le lecteur se perd mais retrouve le plaisir de la lecture… Grâce au Jeu de l’ange, Carlos Ruiz Zafon reprend du poil de la bête. Ce roman est encore une fois envoûtant et nous réconcilie avec la lecture dont le but est souvent de rendre visible l’invisible! Car la plus grande ruse du diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas.







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