[Critique de film] Mort à Venise de Visconti : voir Venise et mourir!

30112018
death in venice tadzio

Si dans le chef-d’oeuvre de Shakespeare, le fossoyeur commence à travailler le jour de la naissance de Hamlet c’est parce que c’est en venant au monde que le jeune Prince commence à mourir. Le sablier du temps contient cette poussière que l’on deviendra tous après la mort. L’horloge du temps est en marche, et même si l’artiste tente de tuer la mort à travers sa création, c’est la mort qui a le dernier mot. Le temps est ce que l’homme essaie vainement de tuer mais qui finit par le tuer.

Dans Mort à Venise, le compositeur Von Aschenbach (qui signifie « ruisseau de cendres » en allemand) a rendez-vous avec la mort.
Son sort est scellé dès les premières images du film lorsque l’on voit une funeste fumée noire qui s’échappe du bateau qui le mène à Venise. En outre, la lourde malle qui l’accompagne dans son voyage peut apparaître comme son propre cercueil puisqu’elle en a la couleur, la forme et porte ses initiales. De plus, le batelier qui le mène vers la rive a des allures de Charon. Aschenbach finit par accepter de se laisser guider par le gondolier « passeur d’âme » qui veut lui imposer son chemin, tout comme il demeure à Venise au Lido après avoir appris l’existence de l’épidémie de choléra. Cette attitude apparaît comme l’acceptation de la fatalité annoncée d’emblée par le film.
Remarquons encore que le premier flashback nous montre Aschenbach juste après une crise cardiaque. Le personnage rencontre la mort de façon plus directe au milieu du film dans le hall de gare, quand un homme s’effondre sous ses yeux, dans l’indifférence générale.

Mort à Venise est un film de 1971 qui a remporté le Prix du 25ème anniversaire du Festival de Cannes. Il figure comme le testament philosophique de Luchino Visconti, son chant du Cygne. Le réalisateur est décédé quelques années plus tard en 1976. Adapté du roman de Thomas Mann La mort à Venise, Luchino Visconti a pris la liberté de transformer le personnage principal, Gustav Von Aschenbach, en compositeur alors qu’il campait l’alter ego de Thomas Mann dans le roman, un écrivain solitaire. Et c’est en s’inspirant librement de la vie de Gustav Malher que Visconti imagine un avatar du célèbre compositeur Autrichien. Servi par Dirk Bogarde dans l’un de ses plus grands rôles et par le jeune Bjorn Andresen, Mort à Venise apparaît comme un sommet du 7ème art.

Ce film crée une osmose parfaite entre les couleurs du Tintoret, la musique de Malher, l’écriture de Thomas Mann, la plastique de Michel Ange et le génie de Visconti.

Sur les conseils de son médecin, Aschenbach, vieux compositeur solitaire après la disparition de sa femme et de sa fille, cherche à Venise le souffle de l’inspiration. Mais c’est le souffle du Sirocco qui répand la mort que le compositeur va trouver. Aschenbach fait donc deux rencontres à Venise : la beauté et la mort. Il croise le chemin de la beauté incarnée par Tadzio, un jeune aristocrate Polonais en villégiature avec sa mère et ses soeurs à l’Hôtel des bains. Cet adolescent personnifie l’innocence, la jeunesse, la pureté et la perfection vers laquelle le musicien a essayé de tendre à travers sa musique. Le vieux musicien tente d’atteindre la Beauté, depuis toujours, dans son art, mais la découvre sur le visage innocent d’un enfant. Le choc est d’autant plus violent qu’il fait écho à une vieille querelle qu’il avait eu avec son ami Alfried sur la question préalable à toute recherche de la beauté : faut-il la chercher ou la créer?

Contrairement à son ami Alfried qui affirmait que la Beauté surgit à l’improviste et qu’elle n’est en aucun cas le fruit d’un labeur, Aschenbach pense que la Beauté ne peut être que issue du travail de l’imagination de l’artiste et qu’elle naît de ses seules facultés spirituelles.

Tout le paradoxe du film tient dans ce parallèle saisissant entre l’art de Visconti et les propos d’Aschenbach. Si le film donne raison à Alfried dans le fond, Visconti  met en application les théories d’Aschenbach dans la forme pour sublimer l’œuvre de Thomas Mann et atteindre la perfection sur le plan esthétique.

Le génie de Visconti est d’avoir su trouver le langage approprié pour exprimer la beauté indicible et les sentiments ineffables qu’elle inspire, et,  par une symbiose de l’image et du son magistralement maîtrisés, d’évoquer l’angoisse, la mélancolie, le désir jamais comblé.

Par un jeu de zooms avant et de zooms arrière, le réalisateur réussit à nous sensibiliser par ces mouvements immobiles de la caméra au magnétisme et au trouble que Tadzio suscite chez le vieux compositeur. Visconti parvient à nous montrer toutes les émotions que le personnage dissimule et se cache à lui-même. Il utilise des lents travellings pour dire la mélancolie d’une fin de vie, le bonheur de tutoyer la beauté incarnée et le malheur de ne l’atteindre jamais comme cet horizon que désigne Tadzio à la fin du film à l’instar du génie de la mer.

Les vers de Platon :

« Celui dont les yeux ont vu la Beauté

A la mort dès lors est prédestiné »

sont placés en exergue dans le film, afin de souligner l’importance de l’attrait qu’exerce la beauté physique sur le héros vieillissant, Gustav von Aschenbach. Comme si, hors de la caverne de Platon, l’illusion d’avoir été avait tué le courage d’affronter l’éblouissement de la beauté.

A Venise, Aschenbach a donc rendez-vous avec la mort dans cette ville carnavalesque où elle se dissimule derrière un masque mortuaire. Ce film est en quelque sorte la chronique d’une mort annoncée et nous parle de l’amour du beau au temps du choléra. Car si la beauté rêvée peut être dépassée par la beauté réelle, la mort devient inéluctable  pour l’artiste, convaincu de sa défaite.
Cette perfection fugitive, le temps ne pourra que l’altérer, la corrompre, la détruire, l’anéantir. Il faut mourir de manière à ce que l’image demeure  inviolée dans sa gratuité. Mort à Venise en liant dans une même étreinte du regard les ravages de l’amour et ceux de la mort nous indique une impitoyable morale : nous mourons de ce que nous aimons.
Comment échapper au feu quand on ne peut s’empêcher d’aimer si fort la lumière ?

Il y a un antagonisme entre ce vieil homme austère et ce jeune adolescent qui batifole sur la plage. Au Lido, Visconti décrit un hôtel fréquenté par une clientèle cosmopolite en 1911 avant que la guerre, symbolisée par l’épidémie du choléra, ne fasse sombrer l’Europe dans la déliquescence. Loin de montrer le désir charnel du musicien pour un jeune éphèbe, ce film met plutôt en exergue une allégorie de la beauté à travers ce jeune adolescent. Tadzio est ange, or le héros ne peut pas éprouver du désir pour un ange. Il ébranle Aschenbach dans ses convictions les plus profondes selon lesquelles la beauté ne serait pas dans la nature qui est laide et souillée mais serait plutôt le fruit du travail rigoureux et acharné de l’artiste. Or le beau ne se crée pas il se trouve. « Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir » disait Matisse. Le beau ne se prouve pas, il s’éprouve. Visconti filme Venise de l’aube au crépuscule, de la magnificence à la putréfaction. Après le cinéma muet, puis le cinéma parlant, il réinvente un cinéma silencieux dans lequel chaque plan est un tableau en mouvement. Le début du film offre une ouverture somptueuse sur la lagune façon Turner rythmée par l’adagietto de la cinquième symphonie de Malher.

Ce film est un chef-d’oeuvre car son interprétation peut-elle même faire l’objet d’une interprétation. Loin de décrire la passion folle d’un vieux compositeur qui se décompose dans une lente agonie, Visconti raconte un combat, cosmogonique, métaphysique, le combat entre Apollon et Dionysos, le combat entre l’idéal et les passions. Le combat entre l’horizontalité parfaite de la lagune — qu’accompagne à merveille la cinquième symphonie de Mahler et que vient couronner la courbe lente du soleil — et le dédale des rues sinueuses de Venise, blanchies d’une chaux nauséabonde, infestées du mal invisible, pernicieux qui ronge l’âme et le corps.

Il y a une analogie entre la beauté de la ville et l’artifice cosmétique qui donne l’illusion de la beauté et de la jeunesse retrouvée. Ils apparaissent comme un voile qui recouvre la mort. La poudre blanche qui enduit le visage du héros à la fin du film n’est pas sans rapport avec la chaux blanche utilisée pour désinfecter les rues de Venise : c’est la même dérisoire protection contre un mal qui ronge la vie.

Subjugué par la grâce du jeune Tadzio, Aschenbach a le cœur « rempli et agité d’une tendresse paternelle, de l’inclination émue de celui dont le génie se dévoue à créer la beauté envers celui qui la possède » écrit Thomas Mann. Mais lorsqu’il succombe, finalement, et qu’il meurt, affaissé sur sa chaise, le visage perlant des gouttes noires de la coquetterie, le jeune garçon, silhouette sombre sur une mer rose nacrée, lui indique le chemin de la lumière, le seul, finalement, que l’artiste a toujours voulu emprunter. Tadzio devient l’ange de la mort.
Dans la brume de Venise et le faste rococo des grands hôtels 1900, Visconti filme l’apparition du désir incandescent comme une révélation fatale.

Tadzio qui exerce un pouvoir de fascination sur Aschenbach est plutôt à considérer comme un symbole ou une prosopopée. Ce film raconte le naufrage de la vieillesse qui rêve de beauté absolue, de jeunesse, de vie. Des flashbacks font référence aux réminiscences du passé d’Aschenbach, avec sa femme et sa petite fille dont les boucles blondes ne sont pas sans évoquer celles de Tadzio. Il a d’ailleurs exposé dans sa chambre d’hôtel un portrait de sa fillette dont les traits ressemblent étrangement à ceux de Tadzio. Au seuil de l’éternité, Aschenbach pose donc sur Tadzio un regard parternel, bienveillant et affectueux. Comme celui de Alexandre dans L’Eternité et un jour lorsqu’il rencontre un jeune réfugié Albanais. Tadzio incarne une beauté androgyne, angélique qui lui rappelle son paradis perdu avec sa fille et sa femme. Il est le symbole de l’innocence et de l’enfance. Il fait des entrechats, baguenaude avec des camarades sur la plage et sa jeunesse insolente contraste avec la solitude du vieux compositeur. C’est cette vision fugace de la beauté qui arrache Aschenbach à sa déréliction.
Jamais Aschenbach n’adresse la parole à Tadzio malgré la fascination qu’il lui inspire et le jeu de regards qui s’instaure entre les deux protagonistes. Il cherche plutôt à le protéger du choléra et de l’épidémie qui décime la ville en mettant en garde la mère de l’enfant. Il l’implore de fuir la mort avec ses enfants dans un élan de tendresse paternelle.

Le cinéaste nous livre une méditation sur la nature de l’art qui trouve un point d’équilibre entre instincts dionysiaques et sérénité apollinienne.
C’est en évoquant le temps qui passe et la mort que Visconti réalise un chef d’oeuvre qui l’ouvre à l’immortalité des artistes de génie. A la fin du film Tadzio pointe le doigt en direction du firmament entre le bleu du ciel et le bleu de la mer vers cette ligne d’horizon infinie où le musicien a été en quête toute sa vie de l’inaccessible étoile.

Quand on aime le cinéma, on peut voir « Mort à venise » et mourir!




La vérité sur l’affaire Harry Quebert à la télévision

22112018

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Parfois il faut être critique à l’égard de la critique. Comme dirait Nietzsche : « On s’est mis d’accord pour considérer qu’avoir beaucoup de critiques c’est un succès ». Lorsque Telerama nous déconseille de voir l’adaptation de La vérité sur l’affaire Harry Quebert sur TF1  par Jean-Jacques Annaud en la qualifiant d’insipide et sans substance à l’image du roman, on est refroidi tant ce magazine est une référence en matière de cinéma et de littérature.

Néanmoins, le critique de Telerama enfonce des portes ouvertes : ce roman de Joël Dicker n’est pas un chef-d’oeuvre de la littérature car son style est indigent. Par contre, loin de plagier des grands auteurs comme Roth ou Nabokov, Dicker crée l’envie d’aller à leur rencontre. C’est avec ce « petit » roman sous forme de page-turner, que Dicker réussit à nous intéresser à la « grande » littérature américaine.
Si bien peu de romans fleuves sont navigables, La vérité sur l’affaire Harry Quebert offre l’avantage d’embarquer le lecteur dès les premières pages…
A l’instar du Petit Poucet, Joël Dicker a parsemé dans son roman des petits cailloux qui permettent au lecteur de remonter aux sources de son inspiration.
Et ce n’est pas un hasard si l’avocat qui défend Harry Québert, Benjamin Roth, porte le même nom que l’un des plus célèbres romanciers Américains.
Le héros de La vérité sur l’affaire Harry Québert s’appelle Marcus Goldman. Il est né à Newark, l’épicentre de l’oeuvre de Philipp Roth…
Autres points de ressemblances :
Dans La tâche de Roth comme dans La vérité sur l’affaire Harry Québert, on retrouve exactement la même trame : un jeune écrivain, qui enquête sur un homme de trente ans son aîné et pour lequel il voue une grande admiration. Marcus Goldman chez Dicker, (Nathan Zuckerman chez Roth) enquête sur son mentor qui est accusé d’un crime (chez Roth il s’agit de propos racistes) qui le voue au gémonies. Du jour au lendemain, cet illustre écrivain qui était vénéré par l’Amérique entière pour avoir publié le plus grand roman américain du XXème siècle est jeté en pâture à la vindicte publique. Après avoir demandé à des jardiniers de planter des arbres dans sa propriété, ces derniers font une macabre découverte en retrouvant le squelette d’une jeune adolescente disparue 30 ans plus tôt.
Cette jeune fille s’appelait Nola Kellerman et entretenait une liaison avec ce professeur de littérature. La différence d’âge choque d’autant plus que c’est cet amour interdit qui aurait inspiré le roman d’Harry Québert : Les origines du mal.
Evidemment, on reconnait la référence à un autre roman culte américain : Lolita de Nabokov. Car entre Nola et Lola, la différence ne tient qu’à une lettre.
Joël Dicker a rencontré un immense succès avec son roman publié en Septembre 2012 qui s’est écoulé à 3 millions d’exemplaires. Il avait à peine 27 ans à l’époque. Ce jeune auteur Suisse s’est réapproprié dans son roman les codes des plus grands best-sellers américains (tels que Harlan Coben, Mary Higgins Clarck, etc…) pour nous offrir un roman Labyrinthique dans lequel le lecteur ne sort pas indemne. Il s’agit d’un page-turner digne des meilleurs oeuvres d’un Douglas Kennedy, qui a été couronné du Prix du roman de l’académie Française et du Prix Goncourt des Lycéens.
Loin d’être une pâle resucée de La Tâche de Philipp Roth, La vérité sur l’affaire Harry Québert, fait partie de ces romans qui sont comme une porte ouverte qui ouvre des porte en nous. Si le livre est « l’indispensable matelas de l’âme » selon Daniel Pennnac, cet ouvrage de Joël Dicker est un matelas sur lequel le lecteur est garanti de passer des nuits blanches! Il nous invite à un grand voyage littéraire et nous donne envie de rencontrer des auteurs tels que Philipp Roth, Nabokov grâce à ses références qui jalonnent le récit.
En adoubant Jean-Jacques Annaud pour l’adaptation de son roman, Joël Dicker a fait confiance à l’enthousiasme que lui a montré le réalisateur de 75 ans. Son défi est de transformer ce best-seller en série de 10 épisodes afin de ne pas tronquer l’histoire. Après avoir rencontré le succès avec des paris audacieux et des adaptations telles que Coup de tête, Le nom de la rose, L’amant, 7 ans au Tibet, Deux frères, L’ours, La Guerre du Feu, Stalingrad, Jean-Jacques Annaud avait subi ces dernières années des revers sur le plan commercial. Cette série est pour lui l’occasion de renouer avec le succès en embarquant dans cette aventure Patrick Dempsey pour incarner le rôle titre de Harry Québert.
Dicker a, au passage, refusé de vendre les droits à Steven Spielberg. A la question de savoir si son choix est judicieux, nous aurons la réponse en suivant cette adaptation sous forme de feuilleton à la télévision sur TF1. Nous saurons que la vérité d’un homme, comme dirait Malraux, c’est d’abord ce qu’il cache.



[Critique de film] Un homme et une femme de Claude Lelouch

25092018

un homm et une femme

A la sortie de son premier film, en 1960, Le propre de l’homme, un critique des Cahiers du Cinéma avait déclaré : « Claude Lelouch, retenez bien ce nom, vous n’en entendrez plus jamais parler. »

Le 13 septembre 1965, Claude Lelouch est désespéré, son dernier film, Les grands moments a été un échec. Pour fuir son désespoir, il prend alors sa voiture, roule jusqu’à épuisement en allant vers Deauville où il s’arrête à 2 heures du matin avant de s’endormir dans son véhicule. Réveillé le matin par le soleil, il observe une femme depuis sa voiture, étonné de la voir marcher avec un enfant et un chien. Sa curiosité l’emporte et il commence à imaginer ce que peut faire cette femme sur cette plage, avec son enfant, à cette heure matinale. L’idée de réaliser « Un homme et une femme » est née.

Ce film qui date de 1966 illustre le thème de la résilience. Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant crèvent l’écran en incarnant deux naufragés de la vie : ils sont tous les deux veufs. Jean-Louis Trintignant incarne Jean-Louis, un pilote de course dont la femme s’est suicidée pendant qu’il participait à une compétition. Et Anouk Aimée, joue le rôle d’Anne, une script-girl inconsolable depuis que son mari, cascadeur, s’est tué sur le tournage d’un film. Un être cher tient une place d’autant plus grande dans notre coeur qu’il n’est plus là pour l’occuper. Le fils de Jean-Louis, Antoine, et la fille d’Anne, Françoise, sont tous les deux  scolarisés dans une pension à Deauville. C’est en raccompagnant leurs enfants en pension, le dimanche soir, qu’ils font connaissance. Ayant raté le dernier train pour Paris, Anne Gauthier est ramenée en voiture par Jean-Louis Duroc. En se rencontrant, ces deux personnages tentent de se reconstruire ensemble. Ils découvrent qu’il y a une vie après la mort… en tout cas pour ceux qui restent. Et puis comme dirait Yves Montand : « On ne refait pas sa vie… On la continue! » Ce film marque donc le triomphe de l’amour sur le chagrin, la victoire de l’avenir sur le souvenir et celle de la vie sur la mort! A noter que c’est dans ce film que les Français entendent les premiers airs de la Bossa Nova venue du Brésil… On doit notamment à Pierre Barouh (le mari-cascadeur de Anouk Aimé dans le film) d’avoir adapté en français un standard de la Bossa Nova, Samba Saravah, en hommage à Vinicius de Moraes. C’est lui qui a également présenté Francis Lai à Claude Lelouch. Francis Lai était alors un obscur accordéoniste Niçois. On leur doit à tous les deux la musique du film Un homme et une femme. Et Francis Lai reçut par la suite l’Oscar de la meilleure bande originale de film avec Love Story en 1970. Il a également écrit avec Pierre Barouh un des grands classiques de la variété Française, « A bicyclette » chanté par Yves Montand. Francis Lai participe au succès de Claude Lelouch en l’accompagnant dans ses films dans lesquels il lui arrive de faire une apparition de temps à autres derrière un accordéon ou un autre instrument de musique!

Disposant de très faibles moyens financiers, Claude Lelouch va faire de cette faiblesse une force. Il y a une dichotomie dans son film entre des intérieurs filmés en noir et blanc et des extérieurs en couleur. De ce qui n’était au début qu’une contrainte budgétaire, le réalisateur fait l’un des ressorts dramatiques les plus réussis du film. Le réalisateur alterne des plans en couleurs qui évoquent un passé heureux avec des scènes, qui faute de moyens, furent tournées en noir et blanc pour faire référence au présent et au deuil des personnages.

Giacometti affirmait : « Dans un incendie, entre un Rembrandt et un chat, je sauverais le chat. »

Alors pour reprendre l’interrogation de Jean-Louis dans le film citant Giacometti « Qu’est-ce que vous choisiriez : l’art ou la vie » Lelouch, n’a certainement pas choisi, ayant réussi a insufflé de l’art dans la vie de ses personnages et de la vie dans son art. Je ne sais pas si l’art est mieux que la vie, en tout cas, avec Un homme et une femme, c’est le 7ème art qui nous fait aimer la vie et Claude Lelouch qui nous fait aimer le cinéma!
Palme d’or à Cannes en 1966 et Oscar du meilleur film étranger en 1967, Un homme et une femme est le chef-d’oeuvre incontestable que Claude Lelouch a réalisé alors qu’il n’avait que 28 ans! Ce qui m’a le plus bouleversé dans ce film c’est la légèreté avec laquelle Lelouch traite un sujet grave, celui de la rencontre de ces deux amants qui ont le coeur lourd!
Ce film nous offre ce que Claude Lelouch sait faire de mieux dans son cinéma : saisir des instants de vérité en laissant toute latitude à ses acteurs pour réécrire le scénario. Des moments de spontanéité, d’authenticité qui portent le film vers les sommets.

Quand on a vu Un homme et une femme, on peut être d’accord avec les paroles de la chanson de Vincent Delerm :

« Elle repense à ce film

Qui se passe à Deauville

C’est un peu décevant

Deauville sans Trintignant  »

Cette chanson extraite de l’album Chatenay-Malabry est un hommage au film et à Jean-Louis Trintignant dont la voix off accompagne les paroles de Vincent Delerm :

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[Critique de film] The guilty : un polar Danois prenant et surprenant

2082018
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Abbas Kiarostami disait : « Il faut envisager un cinéma inachevé et incomplet pour que le spectateur puisse intervenir et combler les vides. » Avec The guilty, il a été entendu car nous avons affaire à un film qui repose sur le pouvoir de la suggestion et à une intrigue qui ne tient qu’à un (coup de) fil. En stimulant notre imagination, ce film inclut le spectateur dans le processus de scénarisation. The guilty est un thriller prenant et surprenant, pressant et oppressant, précis et précieux.

Asger Holm est un policier échoué dans un centre d’appels d’urgence de la police de Copenhague. Au Danemark, le numéro d’urgence de la police est le 112. Asger répond à des appels plus vrais que nature dans la mesure où ils sont des retranscriptions quasiment mot pour mot de vrais appels que l’équipe du tournage a écoutés dans un centre. Grace aux moyens de la technologie moderne, ses interlocuteurs à l’autre bout du fil sont identifiés, et chaque appel est géolocalisé sur son écran d’ordinateur. A la fin de sa journée de travail, un peu avant que l’équipe de nuit n’assure la relève, Asger prend un dernier appel. Au bout du fil, il entend un timbre rauque, avec de la souffrance dans la voix. Une femme s’adresse à lui en l’appelant « mon trésor ». Il faut un court instant avant qu’Asger ne réalise qu’elle parle en langage codé et simule une conversation avec sa fille. Asger rentre dans son jeu et lui demande de répondre par oui ou par non à ses questions. C’est ainsi qu’il découvre qu’elle est victime d’un kidnapping, qu’elle n’est pas seule mais en présence de son ravisseur. Elle a composé le 112 mais fait croire à ce dernier qu’elle téléphone à sa fille pour qu’elle ne s’inquiète pas de son absence. L’échange est bref. Asger arrive aussi à la localiser sur une portion d’autoroute entre Copenhague et Elseneur. Grâce à leurs échanges, il parvient à identifier le véhicule qui la transporte comme étant une camionnette blanche. L’appel est coupé.
Asger ne dispose que d’un téléphone fixe, de son portable et de sa détermination pour essayer d’aider cette femme.
A partir de cet instant, le film devient aussi tendu qu’une corde à linge.
L’originalité de ce Polar Danois est qu’il repose sur une unité de lieu, de temps et de personnage. Il est centré sur une unité de lieu, le centre d’appels de la police dans lequel le personnage est confiné dans 20 mètres carré pendant tout le film. The guilty est un huis-clos qui s’est inspiré de références en la matière (12 hommes en colères, Un après-midi de chien, Burried, Phone game, etc…) A l’instar de Douze hommes en colères de Sidney Lumet, dans lequel le spectateur transpire avec les jurés, la météo joue un rôle intéressant. C’est le clapotement de la pluie qui rythme ce polar dont chaque appel est comme une fenêtre ouverte sur le monde extérieur. Le spectateur entend la pluie tomber à travers le combiné et le bruit incessant des essuie-glaces créent une sensation unique qui viendrait à bout du tempérament le plus radieux!
L’unité de temps, c’est celle de l’action qui se déroule en temps réel. Le film dure 1H25. Ce thriller ne laisse la place à aucun temps mort! Enfin, il y a une unité de personnage : un seul acteur, Jakob Cedergren, porte le film à lui tout seul. Et ce seul acteur fait vivre une multitude de personnages sans que le spectateur ne les voit jamais à l’écran! Que ce soit Iben, la victime de l’enlèvement, Mathilde, l’enfant d’Iben qui se retrouve seule livrée à elle-même, Mickaël, le mari d’Iben, Rashid, le coéquipier d’Asger, etc…
Dans le champ de la caméra, les autres personnages, les collègues d’Asger qui travaillent dans ce centre de réception d’appels, sont des figurants qu’on ne voit que dans un flou d’arrière-plan.
The guilty est un film dans lequel le spectateur devient aussi acteur. La puissance de l’imagination pallie à merveille le manque de moyens d’un film tourné en treize jours et dont on applaudit sans retenue la prouesse de raconter beaucoup de choses en ne montrant rien!
Le réalisateur s’est lancé un défi : celui de filmer une enquête policière sans quitter une pièce, sans une seule image de ses auteurs et de ses victimes.  Hitchcock rêvait de réaliser un film se déroulant dans une cabine téléphonique.  Avec The guilty, Gustav Moller l’a en quelque sorte fait. Ce film offre une expérience immersive qui consiste à construire dans notre imagination le film qu’on ne voit pas! Le réalisateur relève le défi à travers ce huis-clos et réussit à créer de l’espace avec du son!
La narration de l’action est perçue uniquement à travers la bande son!
Dans The guilty, le spectateur est surtout réduit au rang d’auditeur, ce qui est le cas de facto du personnage principal. Son visage, souvent filmé en gros plan, devient l’écran sur lequel s’inscrit un certain nombre d’événements qui se jouent ailleurs, hors champs. Gustav Moller explique :  »Je suis intimement convaincu que les contraintes stimulent la créativité. »
The guilty est un film conceptuel, un exercice de style qui repose sur le dépouillement de tout artifice : pas de musique, pas d’effets de caméra, une réalisation minimaliste qui a l’audace d’utiliser le silence presque comme un personnage à part entière. On découvre avec Asger qu’il n’existe aucun bruit plus irritant que celui d’un téléphone qui ne sonne pas.
Moller affirme : « Et si on utilisait cette idée d’images mentales dans un film ? Au cinéma, on peut créer tout un univers à l’intérieur d’une seule pièce. Avec The Guilty, j’espère avoir réalisé un thriller haletant, qui offre à chaque spectateur une expérience qui lui est propre ». Le réalisateur réussit le pari de créer une fiction à partir du non-vu et non pas du non-dit. Et c’est un pari réussi sur toute la ligne…
Vous ne sortirez pas indemne de la salle car c’est un thriller dont les images qu’on ne voit pas restent en tête. Âmes sensibles, s’abstenir!
A mesure que l’histoire avance on comprend qu’Asger est en pénitence dans ce centre d’appels… Mais quelle faute a-t-il bien pu commettre pour devoir comparaître au tribunal le lendemain ? On découvre les fêlures qui constituent sa personnalité. C’est parce qu’il est un policier au bout du rouleau qu’il a terminé au bout du fil… dans ce centre d’appels. On entre en empathie avec ce personnage auquel on s’identifie d’autant plus facilement qu’on se retrouve dans la même position que lui : celle d’interpréter des appels, des voix, des bruits, et parfois des silences!
Le héros, fait de son mieux pour aider Iben. Il essaie même de faire mieux que son mieux. Mais parfois, le mieux est l’ennemi du bien… Il nous montre par ses décisions, ses prises de risque, que souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Avec ce premier long-métrage, Gustav Moller réussit à 30 ans un coup de maître avec un simple coup de fil. Et le résultat est un coup de coeur cet été au cinéma. Ce thriller sous tension, voir sous haute tension, parle du burnout de la police dans un monde de plus en plus violent et nous offre une ode à la repentance. Le bureau dans lequel travaille Asger est un open space. Les murs ont des oreilles, pense-t-on ? Dans un open space, il n’y a pas de murs, mais il y a beaucoup d’oreilles. Si le téléphone rapproche Asger de ceux qui sont loin, il l’éloigne de ceux qui sont juste à côté de lui. La présence de ses collègues est mise entre parenthèses quand cet open space va devenir un confessionnal au fur et à mesure que ce thriller bascule dans un huis-clos psychologique. Vous ne sortirez pas indemne de ce film car comme dirait le réalisateur : « Je crois que les images les plus fortes d’un film sont celles que l’on ne voit pas. »



[Critique de film] Quelque part dans le temps : un film culte méconnu!

25062018

Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma.

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Jean d’Ormesson a écrit : « Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. » Si l’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. Avec ce long métrage, le réalisateur nous invite à un voyage intérieur en brisant nos barrières spatio-temporelles et à explorer ce temps qui est l’image mobile de l’éternité immobile.
Le seul moment que je n’ai pas aimé dans Quelque part dans le temps, c’est quand est venu la fin. C’est un film culte à plus d’un titre.
D’abord, il existe trois films qui ont le privilège de compter un fan club dédié en leur honneur : Autant en emporte le vent, Le magicien d’Oz et Quelque part dans le temps.
Ensuite, si vous cherchez un film dans lequel l’actrice Jane Seymour a joué et que vous interrogez les cinéphiles, 9 personnes sur 10 vous répondront Quelque part dans le temps. Et la dixième, confondra sûrement cinéma et série TV en vous répondant Le Dr Quinn femme médecin. Dans Quelque part dans le temps, le personnage principal, Richard Collier, vit dans le temps présent, c’est-à-dire dans les années 80 qui coïncident avec la date de sortie du film. Il est subjugué par le portrait d’une actrice du début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. C’est cette photo de Jane Seymour en Elise Mc Kenna qui a été également utilisée en tant que portrait de Michaela Quinn  dans la série télévisée Docteur Quinn, femme médecin. On raconte que l’acteur Christopher Reeve a refusé de voir ce portrait avant de jouer la scène où il le découvre pour la première fois afin que l’effet de surprise et l’émotion suscitée par la beauté de cette femme soient totales.
Dans le film, ce portrait d’une actrice réalisé en 1912 interpelle Richard Collier en 1980 pour deux raisons très précises que le spectateur n’est pas censé savoir :
1°) Les plus belles étoiles sont celles qu’une femme a dans les yeux lorsqu’elle regarde l’homme qu’elle aime. Au moment où ce portrait est réalisé, Elise Mc Kenna regarde non pas le photographe, mais l’homme dont elle est amoureuse.
2°) Ce portrait interpelle Richard Collier, car il s’adresse à lui. Il ignore qu’au moment où la photographie est prise, l’actrice le regarde!
C’est le coup de génie du réalisateur, Jeannot Szwarc ou peut-être du scénariste, Richard Matheson, d’avoir ajouté ce détail dans le film qui ne figure pas dans le livre.
Elise Mc Kenna a un charme d’autant plus magnétique et hypnotisant pour Richard Collier, que c’est lui qu’elle regarde. Si aimer c’est savoir dire je t’aime sans parler, le portrait d’Elise Mc Kenna est une des plus belles déclarations d’amour que le cinéma nous ait offert.
Et juste avant cette scène où l’actrice prend la pause pour le photographe, elle est sur scène et joue dans une pièce de théâtre dans laquelle elle va changer le texte. En évoquant l’homme qu’elle aime, elle ne fait pas allusion à un personnage de la pièce, mais elle s’adresse à Richard Collier dans le public pour lui déclarer sa flamme.
Le souffleur a des sueurs froides, le metteur en scène est estomaqué. Le texte de la pièce est détourné. Les autres acteurs sont hébétés : ils ne savent pas quelle réplique donner à Elise Mc Kenna  qui part dans un monologue où elle évoque la douceur d’aimer et le sentiment amoureux qu’elle éprouve. Mais comme c’est une grande actrice, elle va par une pirouette retomber sur ses pattes et reprendre le fil de la pièce au grand soulagement de tous…
Le charme de cette actrice opère par ses yeux vairons : ses deux yeux ne sont pas de la même couleur. C’est un cas remarquable d’hétérochromie. Dans les Pays d’Europe de l’Est, c’est aux yeux vairons que l’on reconnaît le diable. Dans Quelque part dans le temps, Richard Collier se laisserait bien damner devant la beauté de cette actrice dont le regard l’hypnotise au point de vouloir voyager dans le temps pour la retrouver! Jane Seymour a deux yeux vairons : son oeil droit est marron et son oeil gauche est vert. Dans ce film, Jane Seymour n’est pas belle, elle est pire!
En conclusion, Jane Seymour est inoubliable dans ce rôle dont elle ne s’est jamais délivré. Quelque part dans le temps est un film culte car on associe son actrice principale, Jane Seymour au rôle qu’elle joue dans le film. L’identification est totale. Quand on voit Jean Reno, on pense au personnage de Enzo qui l’a révélé dans Le Grand Bleu et même si ce dernier film n’est pas un chef d’oeuvre, il n’en demeure pas moins un film culte dans le sens où ses acteurs à l’instar de Jean-Marc Barr ne se sont jamais délivrés des personnages qu’ils ont joué!
Quelque part dans le temps peut-être également qualifié de film culte car des lieux réels portent désormais le nom d’une réplique de ce film.
En effet, Susan French, l’actrice qui joue Elise Mc Kenna à la fin de sa vie, est morte en 2003 à l’âge de 91 ans à Santa Monica. La moitié de ses cendres sont enterrés dans l’ïle de Catalina et l’autre moitié sont inhumés dans l’île de Mackinac dans le Michigan entre les arbres où Jane Seymour a prononcé la célèbre réplique « Is it you ? » et la plaque du mémorial du film « Somewhere in time ».
Une actrice qui a donc joué un second rôle a voué un culte à ce film au point de vouloir reposer à l’endroit où son personnage rencontre pour la première fois Richard Collier dans l’histoire!
Susan French incarne donc au début du film le personnage d’Elise Mc Kenna qui, à plus de 80 ans, assiste à la première représentation d’une pièce de théâtre dont l’auteur est Richard Collier. Seule personne âgée dans un public d’étudiants, elle s’avance vers le jeune metteur en scène et lui remet une montre en lui disant : « Reviens-moi. Je t’en prie. » « Come back to me ». Richard Collier n’avait jamais vu cette femme auparavant. 8 ans plus tard, à court d’inspiration, il prend sa voiture et parcourt beaucoup de route avant de s’arrêter devant un hôtel dont le charme suranné attire son attention. Il décide d’y séjourner quelques jours. En visitant le musée de l’hôtel, il découvre ce portrait qui le bouleverse. Il demande d’abord à Arthur, le groom qui travaille dans cet hôtel depuis son plus jeune âge de lui indiquer le nom de la femme qu’il représente. Il s’agit d’une actrice célèbre au début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. Richard Collier est complètement envoûté par la beauté de cette femme au point d’aller investiguer dans une bibliothèque sur la vie de cette actrice. Au détour des pages d’un livre, il tombe sur la dernière photo qui a été prise de cette comédienne à la fin de sa vie. Il reconnaît la vieille dame qui lui avait remis la montre. Il l’avait donc déjà rencontré et le mystère d’Elise Mc Kenna s’épaissit davantage. C’est donc une synchronicité qui lui permet de démasquer l’identité de la femme qu’il avait rencontré huit ans plus tôt. C’est l’association de deux événements fortuits auquel Richard Collier donne une valeur affective qui le connectent avec le passé et avec cette femme.

Ce film est arrivé premier dans un concours de circonstances…

C’est parce que Jeannot Szwarc a remplacé au pied levé John D. Hancock dans la direction des Dents de la mer 2 après une semaine de tournage sous « haute tension » (c’est une référence au dénouement du film) et permis à UNIVERSAL que cette suite du chef d’oeuvre de Spielberg ne soit pas un naufrage… Il réussit a requin… qué financièrement la UNIVERSAL STUDIO qui en remerciement lui offrit la possibilité de produire le film de son choix. Il choisit alors d’adapter le roman de science-fiction de Richard Matheson, « Bid time return » traduit en Français sous le titre « Le jeune homme, la mort et le temps ».
C’est parce que Johh Barry était un ami de longue date de l’actrice Jane Seymour qu’il accepta de signer la bande originale de ce film…
C’est parce que Christopher Reeve souhaitait se libérer du carcan dans lequel l’avait enfermé SUPERMAN qu’il accepta de s’embarquer dans ce projet modeste… malgré l’avis de son imprésario.
C’est parce qu’il fut subjugué par le portrait de l’actrice Maud Adams que Richard Matheson, a écrit le roman Time bid return dont s’inspire le film…
Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma américain que l’on doit à une succession de heureux hasards…
C’est un film fantastique où la science-fiction est un prétexte à une histoire d’amour romantique… Il met en scène l’amour improbable entre un écrivain de pièces de théâtre à succès vivant en 1980 à Chicago, Richard Collier, et une actrice de théâtre à l’apogée de sa carrière en 1912, Elise Mac Kenna…
Ce film est porté par un trio d’acteurs au sommet de leur art : Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer.
En choisissant de tourner « Quelque part dans le temps », Christopher Reeve prouve grâce à ce rôle, qu’il est capable de séduire le public sur le terrain de l’émotion et du romantisme. Sa palette en tant qu’acteur est d’autant plus large qu’on le reverra dans d’autres films aux antipodes de Superman tels que Les vestiges d’un jour. Le destin de ce comédien révélé dans Superman en 1978 est tragique. En effet, en 1995, une chute de cheval dans un concours d’équitation le rend tétraplégique. Il meurt en 2004 à 52 ans d’un arrêt cardiaque après avoir ingéré un antibiotique pour lutter contre une infection.
C’est Richard Matheson qui écrit le scénario pour adapter son propre roman… Il s’est distingué dans le domaine de la science-fiction en écrivant également Je suis une légende, L’homme qui rétrécit ou Au-delà de nos rêves (certainement l’un des meilleurs films où joue Robin Williams). Richard Matheson apparaît dans ce film où il fait une caméo. Il interprète le client du Grand Hôtel surpris par les coupures de rasoir sur le visage de Richard Collier. Dans son roman le personnage principal incarne son alter ego : il porte le même prénom, Richard, exerce la même profession, écrivain de pièces de théâtre. C’est en découvrant le portrait de Maud Adams, que Richard Matheson a été subjugué par le charisme de cette actrice du XIXème siècle. Elle s’était distinguée notamment en interprétant Peter Pan au théâtre. Elle lui inspire le personnage d’Elise Mac Kenna.

 

JOHN BARRY
La musique est signée John Barry. Ceux qui croient qu’il n’y a eu qu’un seul grand musicien dans la vie de Jane Birkin se trompent. Avant d’être avec Serge Gainsbourg, Jane Birkin était mariée à John Barry avec lequel elle a eu une fille, Kate. Cette dernière s’est suicidée à Paris en 2013, soit deux ans après le décès de son père. Jane Birkin a donc été en quelque sorte le trait d’union entre John Barry et Serge Gainsbourg, deux immenses musiciens du XXème siècle. Interrogé sur Serge Gainsbourg, John Barry fit preuve de retenue en affirmant : « Je n’ai pas de commentaires à faire sur “monsieur Gainsbourg”. J’ai une opinion sur lui mais je la garde pour moi. »
John Barry est avec Ennio Morricone, Jerry Goldsmith, John Williams, Michel Legrand, l’un des meilleurs auteurs de bande originale de films. Les thèmes qu’il a composé pour les films James Bond, Out Of Africa ou Danse avec les loups sont mondialement connus. Sans parler du thème musical de la série britannique Amicalement Vôtre.
Un tel auteur n’aurait jamais collaboré dans un projet aussi modeste s’il n’avait pas été un ami de longue date de l’actrice principale Jane Seymour.
Les experts s’accordent à dire que c’est la bande originale de ce film qui contribue grandement à son succès. La musique de John Barry commence là où s’arrête le pouvoir des mots. Elle nous donne la nostalgie d’une époque et d’un lieu que nous n’avons jamais connus. Le grand Hôtel en 1912…

Le père de John Barry était mort quelques jours avant Noël 1979, et sa mère avait suivi son époux quatre mois plus tard, en avril 1980. C’est l’émotion née de la perte de ses parents qui a inspiré John Barry dans l’écriture de cette musique bouleversante.

Comme disait Alfred de Musset : « Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur. ». Si la musique de Quelque part dans le temps compte parmi les plus grands succès de John Barry, c’est parce qu’elle exprime l’indicible, et évoque des sentiments ineffables qui dépassent le pouvoir du langage : elle va au-delà de la frontière des mots.

Le film raconte l’histoire d’amour de deux êtres prédestinés que le destin va séparer…
Un proverbe italien dit « L’amour fait passer le temps, le temps fait passer l’amour ». Pour la jeunesse d’aujourd’hui, l’amour dure trois ans. Pour le héros de ce film l’amour est intemporel. Si la montre indique les heures, la beauté de Jane Seymour nous les fait oublier. D’ailleurs, dans ce long métrage, ce n’est pas la montre qui marque les heures, mais les battements de notre coeur. Quand on aime, on a toujours vingt ans!
Mais comment fait-on pour voyager dans le temps ? Un best seller de Jack Finney paru trois ans avant la sortie du film a inspiré l’auteur. Il est fait un clin d’oeil à cet écrivain à travers le nom du professeur de philosophie de Richard Collier. Sa méthode se base sur l’auto-suggestion. Il s’agit de pratiquer l’auto-hypnose pour voyager dans le temps par auto-suggestion. Richard Collier par dissociation avec le présent, va pratiquer cette méthode pour remonter en 1912. Il recrée les conditions les plus exactes possibles d’une période du passé pour se conditionner mentalement à y vivre. Il porte un costume de cette époque, il occulte tous les objets qui lui rappellent le présent (téléphone, magnétophone, etc…), il va chez un numismate pour y trouver des pièces de monnaies en vigueur en 1912. Dans Le voyage de Simon Morley le voyage dans le temps par autosuggestion est possible car le mental est monumental.
En fin de compte, ce principe n’est pas si éloigné de cette remarque de François Mitterrand à la fin de sa vie qui disait : « Mes chers compatriotes, je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »
Le film se démarque du roman dont il s’inspire. Traduit en Français, Bid time return, qui fait référence à une citation de Shakespeare, donne Le jeune homme, la mort et le temps. La mort et l’amour sont les deux enfants jumeaux de l’histoire et du temps. Et il y a quelque chose en eux qui parle d’un autre monde.
Dans le titre français, la mort prend une place prépondérante dans la mesure où Richard Collier est mort au début du récit et c’est son frère Robert Collier qui nous présente le manuscrit que Richard avait écrit avant de mourir. A 36 ans, Richard Collier est atteint d’une tumeur au cerveau. Il n’a jamais connu l’amour et il se sent donc trahi par la vie et le présent. C’est pour cette raison qu’il va chercher dans le passé un échappatoire à son sort funeste. Dans son histoire il n’est pas question de machine à remonter le temps mais de voyage dans le temps par son imagination. Richard Collier est un voyageur immobile. Il s’auto-persuade qu’il peut se transposer dans une autre époque par le pouvoir de sa pensée. Il choisit une époque lointaine afin de s’affranchir de la réalité. Il est fasciné par un hôtel qu’il décrit comme un monument érigé au passé. Le héros est passionné par la musique de Malher. Il découvre que c’était également le musicien favori d’Elise Mc Kenna. Dans le film, John Barry remplace Malher par Rachmaninov dont la musique romantique sert de trait d’union entre les deux personnages. Il est obsédé et subjugué par le portrait de cette actrice qui dans le roman évolue au XIXème siècle en 1896. C’est l’expression de son visage qui l’interpelle. En le contemplant, il a trouvé la femme de ses rêves. C’est une description adéquate car où pourrait-elle exister d’autre que dans ses rêves ? S’il retourne trois fois dans le sous-sol de l’hôtel pour observer ce portrait, il tente manifestement à échapper à la réalité. Son cerveau refuse d’accepter le présent en se tournant vers le passé. L’hôtel où il séjourne est comme un sanctuaire consacré à la protection du temps jadis. Dans la biographie d’Elise Mc Kenna, il découvre qu’elle avait auparavant séjourné dans cet hôtel avec son imprésario, William Fawcett Robinson. Amoureux transi, il la considérait comme inatteignable pour un homme de son espèce et consacrait tous ses efforts pour la maintenir sur un piédestal en s’assurant qu’elle serait également inaccessible pour d’autres hommes!
Avec le pouvoir de l’auto-suggestion la pensée peut déplacer les montagnes… du temps. Ce en quoi il croit devient son monde! S’il se projette dans le passé à une époque lointaine, il se retrouve dans une chambre d’hôtel qui n’est pas la sienne. Comme l’occupant a fermé la porte à clef avant de sortir, il imagine la situation cocasse où en revenant, cette même personne découvre qu’on est sorti de sa chambre par effraction!
Robinson est beaucoup plus sanguin dans le roman qu’il ne l’est dans le film. C’est un personnage prosaïque et envahissant aux antipodes de l’homme altier avec sa démarche aristocratique qu’on découvre sous les traits de Christopher Plummer. Le spectateur ne sait pas exactement s’il est amoureux d’Elise car sa personnalité est beaucoup plus complexe et subtile. Dans le roman, Richard Collier apprend que son rival meurt noyé en 1911 à bord du Lusitania. Elise Mc Kenna est également chaperonnée par sa mère alors que dans le film, elle séjourne à l’hôtel seule et son imprésario reprend à son compte cette figure tutélaire de la mère. Il s’immisce dans les affaires privés de cette actrice en la suivant en toute occasion et en veillant à ce qu’aucun importun n’approche sa protégée.
Dans le film, c’est lui qui met en garde Elise contre la rencontre d’un homme qui doit changer son existence. Alors que dans le roman, on fait allusion à une indienne diseuse de bonne aventure qui lui prédit une rencontre avec un homme dans des circonstances étranges quand elle aurait atteint l’âge de 29 ans. Cette prédiction est confirmée par la mère d’une habilleuse de sa troupe connue pour son pouvoir de divination. Elle lui annonça également une rencontre avec un homme en situant le lieu sur une plage en Novembre. C’est pour cette raison que dans le livre, comme dans le film, la première phrase qu’Elise Mc Kenna prononce lorsqu’elle croise la route de Richard Collier c’est : « Is it you ? » « Est-ce vous ? »
Cette vision est donc pour elle surnaturelle! Ce coup de foudre entre Elise Mc Kenna et Richard Collier évoque une folie lucide. Ce n’est pas à cause de l’attraction terrestre que les gens tombent amoureux. L’intérêt de la science-fiction dans cette romance est de mettre en exergue l’aspect surnaturel de l’amour. Leur rencontre est beaucoup plus extra que terrestre. Elle tombe amoureuse dans la mesure où elle a le sentiment de ressentir les choses davantage. Elle n’a plus le sentiment de zigzaguer comme une planète ayant perdu son chemin car elle a trouvé son soleil. Richard et Elise sont attirés l’un vers l’autre comme deux aimants. Comme s’ils avaient une seule âme dans deux corps différents. L’amour, c’est ce désir de posséder ce qui nous possède. En retour, Richard Collier est subjugué par son charme irrésistible, magnétique, par son aura. Richard Collier est parfois pris de vertige : il a peur de se réveiller et de se rendre compte que tout cela n’était qu’un rêve, le fruit de son imagination. Elise est pour lui une ancre qui le maintient dans le passé. A la fin du roman, Richard Collier est mort d’une tumeur au cerveau dont il se savait condamné bien avant d’entreprendre son voyage dans le passé. A sa mort, son frère a trouvé le manuscrit dans lequel il relate son voyage surnaturel et sa rencontre avec Elise. Robert Collier est le narrateur de l’histoire. A la fin du roman, il nous livre son interprétation des choses : son frère avait un besoin désespéré d’échapper à son sort. Il pense qu’il y a réussi pendant un jour et demi étendu sur le lit de sa chambre d’hôtel dans un état d’auto-hypnose, il a vécu ce voyage dans le passé. Atteint d’une maladie incurable à 36 ans sans avoir jamais connu l’amour, il lui fallait se réfugier dans le passé pour trouver du réconfort. Mais par amour pour son frère, il aurait tellement aimé que tout ce qu’il a lu soit vrai et qu’il ait réellement rencontré le grand amour! Avec cette tumeur au cerveau, le roman suggère que cette histoire extraordinaire peut être le fruit d’une hallucination. Comme disait Kalil Gibran dans le Prophète : « Si le temps n’est qu’illusion, les illusions ne durent qu’un temps. »

Dans le film, la mort ne menace pas le héros, elle n’est pas comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il n’est jamais fait mention d’une tumeur au cerveau et on le voit en bonne santé mentale et physique. Le réalisateur tente un autre pari : nous raconter une histoire tellement belle que la frontière entre l’invraisemblable et la réalité s’efface.
Ce film pose des questions philosophiques très profondes : peut-on changer le cours des choses ? Sur un point la puissance de Dieu est en défaut : il ne peut pas faire en sorte que ce qui est arrivé ne soit pas arrivé. Le temps est irréversible. Tout est écrit d’avance. Mektoub comme disent les arabes. Richard Collier connaît le destin d’Elise Mc Kenna, pourtant il est persuadé qu’il pourra le changer s’il parvient à son époque… Cette histoire raconte l’hybris de l’homme contre le temps. Les hommes passent leur vie à essayer de tuer le temps mais c’est le temps finalement qui finit par les tuer! Autre question que soulève ce film : pouvons-nous changer le monde par nos rêves ?
Ce film fut un immense succès en Orient. Son influence se retrouve dans des films récents tels que Hotel Singapura. Certains adeptes sont même persuadés que l’histoire d’amour entre Rose et Jack dans Titanic s’est fortement inspirée de Quelque part dans le temps. Les analogies entre les deux films sont nombreuses : l’époque, les personnages, les événements… Les points communs sont tellement nombreux que certains avancent l’idée que Cameron ait puisé son inspiration dans ce film.
Le réalisateur a délaissé l’hôtel del Coronado à San Diego dont il est fait mention dans le livre pour privilégier le grand Hôtel dans l’ïle de Makinac. En effet ce site offre l’avantage de restituer parfaitement l’atmosphère du début du XXème siècle. Dans cette île, on croirait que le temps s’est arrêté, car les gens se déplacent à cheval ou à vélo. Les voitures sont proscrites.
Bref, il n’y avait aucun risque d’anachronisme avec la période où se situe l’histoire!
Shakespeare écrivait dans Richard II, acte III, scène 2 : « Ô revienne le temps jadis Recule la marche du temps. »
Pour bien distinguer le temps présent du temps passé, l’image est  sublimée par une photographie utilisant deux pellicules chromatiquement différenciées, Kodak pour le présent, Fuji pour le passé. La saturation des couleurs est donc différente entre les deux époques. Le metteur en scène franco-américain, Jeannot Szwarc, a entre autre, grâce à cet effet chromatique, réalisé son seul chef d’oeuvre. Artisan de l’usine du rêve Hollywoodien, réalisateur de série TV (Kojak, Heroes, Columbo) ou de films médiocres, Quelque part dans le temps est son chef d’oeuvre, un film qui sort des sentiers battus pour nous entraîner dans une autre époque et nous raconter la plus belle histoire d’amour de tous les temps!

C’est parce que ce film est bercé par la 18e variation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini Opus 43 de Rachmaninov que vous devez absolument découvrir cette invitation au voyage… dans le temps! Grâce à ce film culte pourtant méconnu, nous apprenons que le temps est un… présent!

 




[Critique de film] La promesse de l’aube : Au nom de la mère!

30042018

promesse de laube

L’adaptation du roman autobiographique de Romain Gary, La promesse de l’aube par le réalisateur Eric Barbier est un film épique qui nous fait voyager à travers quatre continents : en Lituanie à Vilnius, où l’auteur a passé la première partie de son enfance, en France à Nice, où sa mère a essayé de joindre les deux bouts en tenant notamment une pension, puis à Londres où le jeune Romain Gary rejoint le général de Gaulle et en Afrique où il prend part à la seconde guerre mondiale comme pilote d’avion. Ce qui est remarquable dans ce film, c’est que le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire est à Mexico (alors que dans le roman c’était sur une plage près de San Francisco à Big Sur). C’est en cela que le réalisateur se réapproprie le roman sans trahir l’auteur : alors que Romain Gary est au crépuscule de sa vie et doit se faire soigner d’une tumeur au cerveau à l’hôpital, il relate à sa première femme, Lesly Blanche, le roman de sa vie : La promesse de l’aube.

Une phrase dans les vingt premières pages résume à merveille ce roman et annonce la couleur : « Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Rares sont les films qui parviennent à la hauteur des romans qu’ils adaptent. Si La promesse de l’aube… est tenue, le réalisateur Eric Barbier a relevé ce défi admirablement grâce à deux facteurs :
1°) Son film est fidèle à l’oeuvre de Romain Gary qu’il ne trahit jamais! Cependant, il s’est parfaitement réapproprié le roman qu’il restitue dans un film magistral, drôle et émouvant!
2°) A ma grande surprise, j’ai découvert que Charlotte Gainsbourg était une grande actrice. Quand Yvan Attal affirmait dans le titre d’un de ses films « Ma femme est une actrice« , je n’étais pas du tout convaincu par ce petit bout de femme frêle, qui a autant de charisme qu’un pudding anglais et dont la voix ténue ressemble à un murmure!
Et pourtant, dans La promesse de l’aube, elle est complètement métamorphosée en interprétant la mère de Romain Gary, Mina, un personnage truculent, aux antipodes de la personnalité effacée qu’elle dégage : dans le film, elle incarne avec justesse une mère volcanique, exclusive, étouffante, imprévisible, excentrique!
Charlotte Gainsbourg joue dans La promesse de l’aube son plus beau rôle au cinéma… Le succès du film repose en partie sur ses épaules!
Et que dire de l’interprétation de Pierre Niney, déja Césarisé avec le biopic sur Yves St Laurent et qui n’était pas passé inaperçu dans Frantz de François Ozon… Il est très crédible dans le rôle de Romain GARY. Les seconds rôles campés par Didier Bourdon en Paul Poiret de pacotille mais surtout Jean-Pierre Darroussin qui interprète un artiste peintre Polonais, Monsieur Zaremba, sont également intéressants!
L’écrivain fascine. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, si Yvan Attal débute son film Le brio, une pâle copie de « A voix haute » avec Daniel Auteuil et Camelia Jordana, par des images d’archives de Claude Levi-Strauss, Serge Gainsbourg, Jacques Brel et… Romain Gary. Car cet auteur, est l’un des plus grands mystificateurs de la littérature Française. Il a eu le privilège de remporter deux fois le prix Goncourt qui n’est normalement décerné qu’une seule fois à un écrivain : la première fois sous le nom de Romain Gary avec Les Racines du Ciel en 1956 et la deuxième fois sous le pseudonyme d’Emile Ajar avec La vie devant soi publié en 1975.
Le personnage fascine parce qu’il s’est suicidé en 1980.
Il a eu une vie romanesque de grand séducteur : il a été marié deux fois dont une fois avec l’actrice Jean Seberg (qu’on retrouve dans le chef-d’oeuvre de Jean-Luc Godard, A bout de souffle) avec qui il a eu un fils, Diego.
Aujourd’hui encore, le rayonnement de Romain Gary apparaît au détour des pages d’un best-seller de Katherine Pancol quand elle dédie ses romans « Les Yeux jaunes des crocodiles », « La valse lente des tortues », « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi » à un certain Roman à qui elle pense en se tournant vers la voûte étoilée. Et comme par magie, c’est ce même Roman (le vrai nom de Romain Gary est Roman Kacew) qui achève son roman, La promesse de l’aube en écrivant : «  Qu’on veuille bien regarder attentivement le firmament, après ma mort : on y verra, aux côtés d’Orion, des Pléïades ou de la Grande Ourse, une constellation nouvelle : celle du Roquet humain accroché de toutes ses dents à quelque nez céleste. » Romain Gary a été un Pygmalion pour Katherine Pancol de toute évidence en lui ouvrant les portes du monde littéraire!
Mais l’amour que lui a inspiré toutes ces femmes est bien terne en comparaison de celui qu’il a voué à sa mère! La mesure de cet amour maternel tient à la démesure!
Donc Bravo à Eric Barbier pour ce film très réussi! Du coup, on en oublierait presque qu’il y avait déjà eu une adaptation au cinéma de ce roman, en 1970, par Jules Dassin, le père de Joe, avec Melina Mercuri dans le rôle de Mina.
Enfin pour finir, Romain Gary continue de faire parler de lui en-dehors du cinéma puisque le dernier roman de François-Henri Désérable, « Un certain M. Piekielny« , part sur les traces de cet écrivain, et fait référence à un épisode de La promesse de l’aube qui est occulté dans le film.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Un-certain-M.-Piekielny

Enfin, dernière petite anecdote, Laurent Seksik qui avait écrit un livre sur « Les derniers jours de Stefan Zweig » a également publié « Romain Gary s’en va-t-en guerre. » Et en première de couverture, il annonce la couleur avec cette phrase : « On associe le génie de Gary à sa mère. L’énigme Gary, c’est son père. »




[Critique de film] Mektoub my love d’Abdellatif Kechiche : l’amour dure trois heures!

28032018
mektoub my love
Avec Mecktoub My love, Abdellatif Kechiche nous démontre une nouvelle fois que le cinéma est comme une écriture moderne dont l’encre est la lumière.
Mektoub signifie littéralement en arabe « C’est écrit » et évoque le destin.
My love veut dire « Mon amour » en anglais.
Canto Uno fait référence en Italien à La Divine Comédie de Dante.
Ce film est donc le premier volet d’un diptyque dont la date de sortie de la suite n’est pas encore annoncée.
Luis Bunuel avait marqué les esprits avec son film, Cet obscur objet du désir dans lequel il associait l’amour et le désir à la souffrance et à des scènes d’attentat.
Dans Mektoub my love, Abdellatif Kechiche évoque ce « lumineux » objet du désir. En filmant ses personnages dans des scènes d’été éblouissantes il réconcilie le désir avec la vie! Ce dernier film est une ode qui célèbre la jeunesse, l’insouciance, la beauté des corps et la sensualité. Si tout vrai regard est un désir, le dernier film de Kechiche est un regard sur le désir!
En matière de cinéma, Abdellatif Kechiche est comme le roi Midas, tout ce qu’il touche se transforme en Palme d’or, Lion d’argent, César, prix d’interprétation, etc…
Des exemples ?
Avec ses cinq précédents films il a remporté :
  • La faute à Voltaire en 2000 : meilleure première oeuvre à la Mostra de Venise
  • L’esquive en 2005 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario
  • La graine et le mulet en 2007 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario, Lion d’argent et grand prix du jury à la Mostra de Venise
  • La vie d’Adèle en 2013 : Palme d’or à Cannes

La critique est unanime et dithyrambique : son sixième opus est un chef d’oeuvre.

Néanmoins, ce film de trois heures souffre de quelques longueurs. Abdellatif Kechiche excelle dans l’art de saisir la réalité en nous la restituant de telle sorte que le spectateur devienne à son insu un voyeur, l’écran de cinéma un trou de serrure béant. Le spectateur découvre l’intimité des protagonistes sans fard. Abdellatif Kechiche adopte un point de vue naturaliste avec sa caméra.
Ce film est effectivement un hymne à l’amour : il s’inspire librement d’un roman autobiographique de François Bégaudeau, La blessure, la vraie.
Il raconte, le temps des vacances, pendant l’été 1994, les marivaudages de deux cousins de retour dans leur ville natale, Sète. L’un est actif, c’est Tony car il est très entreprenant avec les filles et s’abandonne aux jeux de l’amour et du hasard. Il est en quelque sorte volage puisque le film s’ouvre sur ses ébats amoureux avec Ophélie, une amie d’enfance dont le petit ami, Clément, est éloigné sur le porte-avion Charles de Gaulle.
Mais quelques heures plus tard, à la plage, il fait la rencontre d’une vacancière avec qui un nouvel idylle semble naître.
Son pouvoir de séduction incommensurable auprès des femmes lui permet d’avoir l’embarras du choix et quelque fois, le choix de l’embarras.
Alors que la jeunesse s’agite autour de lui, Amin est plus réservé, en retrait. « Sage est celui qui a su garder son coeur d’enfant » lui adresse-t-on en guise de compliment pendant que ses compagnons s’engagent dans une danse étourdissante. Dans ce film, la danse n’est que l’expression verticale d’un désir horizontal. Si Tony est actif en matière d’amour, Amin est passif : il adopte le point de vue du spectateur comme au début du film où il surprend son cousin et Ophélie en les observant par la fenêtre.
Apprenti scénariste sur Paris, il est passionné par la photographie. Plus qu’un simple spectateur, on comprend que Amin est l’alter-ego du réalisateur Abdellatif Kechiche qui se projette dans ce personnage. Il y a une véritable mise en abyme dans ce film quand Kechiche filme le jeune Amin tentant de photographier un agnelage.
Les deux cousins, nous entraînent dans une ronde épicurienne étourdissante et enivrante. Mais si le personnage de Tony donne l’impression d’être volage, il semble néanmoins entiché d’Ophélie. Cette dernière a un petit ami très possessif. Loin des yeux, loin du coeur pour la belle Ophélie, qui oublie Clément dans les bras de Tony.
Mais Tony est obligé de flirter avec d’autres filles pour détourner les soupçons qui pèsent sur sa relation adultérine avec Ophélie. Amin est également très proche d’Ophélie mais il développe avec elle une relation d’amitié. Il l’accompagne à la ferme où elle vit avec ses parents et ses soeurs pour filmer l’accouchement d’une brebis qui donne naissance à deux petits. C’est donc à un hymne à l’amour et à la vie que nous convie le réalisateur avec son dernier film!
Les images de l’été sont illuminées par le soleil : la critique parle à juste titre de film éblouissant et lumineux!
Mektoub my love, Canto Uno, évoque un peu par son sujet Conte d’été d’Eric Rohmer en décrivant un marivaudage d’été.
Une nouvelle fois dans ce film, Abdellatif Kechiche excelle dans la direction des acteurs. Tel un Pygmalion, il révèle le talent d’illustres inconnus, parfois d’acteurs amateurs plus vrais que nature dans les personnages qu’ils incarnent.
Comme dirait Sacha Guitry « Tous les hommes sont des comédiens à part quelques acteurs. » Kechiche l’a bien compris en révélant une nouvelle fois des actrices inconnues mais promises à un brillant avenir aux Césars telles que Ophélie Bau qui campe le rôle de… Ophélie, ou encore Lou Luttiau dans un second rôle qui incarne Céline, Alexia Chardard si juste dans le personnage de Charlotte. A noter également la performance de Shaïn Boumedine, qui joue le rôle d’Amin ou celle de Salim Kechiouche qui interprète Tony.
Kechiche a confié ses rôles principaux à des non-professionnels. Avant de s’engager sur le tournage, Ophélie Bau préparait un concours d’auxiliaire puéricultrice, Alexia Chardard venait d’arrêter la fac de théâtre, Lou Luttiau travaillait dans un McDonald’s pour financer son école de danse et Shaïn Boumedine travaillait comme plagiste après avoir raté son inscription en BTS. Tous s’étaient présentés au casting pour faire de la figuration. Finalement Kechiche les a enrôlé pour jouer les têtes d’affiche de son nouveau film.
Pour mémoire, Abdellatif Kechiche a révélé sinon sublimé dans ses films précédents des acteurs tels que Sami Bouajila dans La Faute à Voltaire, Sarra Forrestier (César du meilleur espoir féminin) dans L’Esquive, Hafsia Herzi (César du meilleur espoir féminin) ou Sabrina Ouazzani dans La graîne et le mulet ainsi que Adèle Exarchopoulos (César du meilleur espoir féminin) ou Lea Seydoux dans La vie d’Adèle
Godard disait : «La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde… » Pour toucher cette vérité dans Mektoub My love, les acteurs se sont imprégnés de leur personnages en étant logés dans les lieux de tournage eux-même. Shaïn Boumedine qui interprète Amin a vécu avec celle qui incarne sa mère (qui n’est autre que la sœur de Kechiche) dans l’appartement de leurs personnage. Ophélie BAU a été en immersion dans une ferme où elle a été hébergée par les propriétaires de la bergerie qui incarnent dans le film les parents de son double fictionnel. Elle a ainsi appris à mettre bas une brebis ou à faire du fromage.
Kechiche réussit un tour de magie en captant l’intention de ses personnages à travers sa caméra. A ce sujet, la chroniqueuse Claire Diao relate une anecdote très révélatrice du cinéma de Kechiche qu’elle tient de Salim Kechiouche sur le tournage de La Vie d’Adèle. L’acteur qui incarne Tony, tenait un rôle secondaire dans La vie d’Adèle. A la demande de KECHICHE, il lui a été demandé d’apprendre une déclaration d’amour par cœur. Il devait la réciter devant Adèle Exarchopoulos. Et au moment de la déclamer devant la caméra, Kechiche a dit : « Coupez ! ». Devant l’effarement de l’acteur qui du coup avait les jambes coupées puisqu’il a appris un texte par cœur et il n’a pas eu le temps de prononcer un seul mot, Kechiche lui rétorqua : « je voulais juste capter ton intention. Et c’est ce que ma caméra vient de saisir. »
Même si son dernier film primé à Cannes, La vie d’Adèle a soulevé une polémique en raison des conditions difficiles et des contraintes que le réalisateur imposaient à ses actrices, on reconnaît dans son désir de prendre un nombre incalculable de prises pour une même scène la marque d’un perfectionniste. Kechiche est un éternel insatisfait qui n’a de cesse de satisfaire son public!
C’est parce que le verbe filmer se conjugue toujours à l’imparfait de l’objectif qu’Abdellatif Kechiche travaille avec acharnement chaque séquence comme un long métrage autonome. Si le film s’ouvre sur une scène d’amour entre Tony et Ophélie, la deuxième séquence où Amin retrouve Ophélie et engage une longue discussion avec elle a donné lieu à plus de 100 prises.
Si les détails font la perfection, la perfection de ses films n’est pas un détail! En digne héritier de Maurice Pialat, Abdellatif Kechiche a trouvé la martingale qui crée un cinéma très exigeant mais néanmoins populaire.
Après La vie d’Adèle, et son despotisme dans la direction des acteurs, une nouvelle polémique s’est créée autour de son nouveau film, Mektoub my love où les critiques reprochent au réalisateur l’insistance de sa caméra sur les formes callipyges de son actrice principale, Ophélie Bau au point de devenir obsessionnelle. On avait déjà remarqué ce penchant dans un précédent film, La Vénus noire qui évoquait le destin singulier de la Vénus Hottentote. Mais résumer cette fresque généreuse à un regard appuyé sur des corps dénudés, c’est passer à côté de la poésie de cette ode à la jeunesse et à la séduction dans laquelle Marivaud à rendez-vous avec Renoir.
Avec ce nouveau long-métrage, on a un condensé de toute la filmographie de Kechiche. Quinze ans après L’Esquive, Mektoub my love fait référence à Marivaud par ses jeux amoureux. Ce nouvel opus évoque également La graîne et le mulet dans la mesure où l’histoire prend pour cadre la ville de Sète. L’attirance de Céline pour Ophélie est enfin un clin d’œil aux amours saphiques d’Emma et d’Adèle.
Mais si Mektoub my love pêche dans un domaine, c’est d’abord pour ses longueurs, qui donnent le sentiment que, comme au théâtre, l’unité de temps est respectée, que la durée de la scène coïncide avec la durée de l’action représentée.
La faute en revient peut être au style naturaliste des films de Kechiche. A force de vouloir être au plus près du réel, il nous fait penser à ce peintre qui s’était perdu dans le paysage qu’il avait peint…



BASIC INSTINCT I & II : les dents de l’amour!

27032018

basic intinst

Il y a eu avant Basic Instinct et après… Ce film a fait date dans l’histoire du cinéma en réinventant en 1992 le concept du thriller érotique.

Et s’il y avait une esthétique dans l’érotisme ? Basic Instinct est un des rares films à me le faire penser. En effet grâce à l’érotisme, la femme n’est pas seulement un objet (l’objet de notre regard) elle est aussi un sujet car elle se réapproprie son propre corps. Elle l’expose dans un premier temps (en cela elle est un objet) mais elle oriente le regard d’autrui, elle lui fixe des limites à travers le décolleté, la mini-jupe, et tout autre artifice qui crée le jeu érotique. On a tous en tête la scène dans Basic Instinct où Sharon Stone alias Catherine Trammell décroise ses jambes. L’érotisme est un jeu entre le visible et l’invisible. Basic Instinct est peut être le seul film érotique de toute l’histoire du cinéma dans lequel le septième art a rendez-vous avec le septième ciel.

Beaucoup de films qui portent le label EROTIQUE sont en fait des films vulgaires, obscènes dans lesquels les femmes (car ce sont souvent elles les héroïnes principales) sont confinées dans ce rôle d’objet.

Avec Basic Instinct, l’érotisme triomphe car Sharon Stone est à la fois objet et sujet…

Beaucoup de réalisateurs se sont inspirés de Basic Instinct pour nous offrir de pâles ersatz de thrillers érotiques à l’instar de Jade (avec Linda Fiorentino), Body (avec Madonna), Fatale (de Brian de Palma avec Rebecca Romijn-Stamos) et maintenant… Basic Instint II!

Eh oui le nouvel opus de Basic Instinct est loin d’égaler le premier film.

On a quand même le plaisir de retrouver une Sharon Stone proche de la cinquantaine mais au sommet de sa beauté. C’est une bombe anatomique ou une blonde atomique. Cette femme n’est pas seulement une créature de rêve, c’est aussi une récréature. Elle est dans BASIC INSTINCT II en état de garce!

Catherine Trammell a donc quitté San Francisco et l’inspecteur Nick Corran (alias Michael Douglas) pour Londres où un éminent psychologue doit faire une analyse de sa personnalité dans le cadre de la mort d’un footballeur.

Ce psychologue est incarné par David Morissey qui a autant de charisme qu’un pudding anglais.

Le film commence pourtant sur les chapeaux de roue ou plutôt à 180 kilomètres à l’heure avec une scène torride qui est la seule digne de BASIC INSTINCT I. En effet, Catherine Trammell est au volant d’un bolide avec un joueur de football qui occupe… la place du mort! Le joueur de football est incarné par l’ancienne star du championnat d’Angleterre, Stan Collymore.

Ce dernier peut à peine bouger sous l’effet de la drogue. Mais Catherine Trammell fonce à 180 à l’heure et à mesure que la vitesse augmente elle a une espèce de rapport sexuel avec son passager qui la conduit à l’orgasme. Au paroxysme du plaisir, elle fait une sortie de route et se retrouve dans la Tamise. Son passager meurt noyé. Dans le cadre de l’enquête qui doit déterminer si la mort de son compagnon est accidentelle, elle rencontre un éminent psychologue qu’elle va réussir à manipuler. Ce dernier découvre notamment son ex-femme assassinnée. A noter que l’arme du crime est moins un pic à glace qu’une ceinture dans la plupart des cas.

Comme dans Basic Instinct I, Sharon Stone incarne une femme belle comme Vénus, riche comme Crésus, mais pas aussi innocente que Dreyfus!

En Italien, BELLA DONNA, signifie une BELLE FEMME. En anglais, BELLADONNA désigne un POISON MORTEL. N’est-ce pas la preuve évidente que ces deux langues sont finalement assez proches ?

Dans BASIC INSTINCT II Sharon Stone reprend son rôle de mante religieuse dont le goût du risque et la fascination devant la mort des autres constituent peut-être ses seules raisons de vivre! Les hommes ne se méfient jamais assez des dents de l’amour! Ils courent toujours après les femmes qui les font… marcher. Catherine Trammell est experte en manipulation. Elle accepte de se faire analyser par un éminent psychologue dans le seul but d’opérer sur lui un transfert et d’inverser insidieusement les rôles patient-docteur. Son arme reste le divan où elle se confie au psychologue. Avec Catherine Trammell, gare à DIVAN LE TERRIBLE! Son psy pense l’analyser, en réalité, elle s’est déjà insinué dans son cerveau… Elle l’a littéralement subjugué avec son charme incommensurable!

On a tellement aimé le premier film qu’on peut bien être indulgent devant les grandes imperfections de cette suite qui m’a laissé franchement sur ma faim!

De toute manière comme dans le premier volet, il y a deux fins possibles…

Dans le premier volet, le grand débat était : Est-ce que c’est la blonde ou la brune ? Dans le second volet, la grande question est : est-ce que c’est Catherine Tramell ou bien…

Bon allez, j’en ai assez dit! Allez le voir vous-même si vous voulez vous faire votre propre opinion.




[Critique de film] Tout le monde debout : Plus on est debout, plus on rit!

23032018

TOUT LE MONDE DEBOUT

Tout le monde debout est le titre du premier film de Franck Dubosc en tant que réalisateur.

C’est un film dans lequel l’humoriste s’est taillé un rôle sur mesure : Jocelyn, chef d’entreprise, menteur et dragueur invétéré de 49 ans. Pour draguer la voisine de sa mère, il se fait passer pour un handicapé en chaise roulante. Mais cette dernière lui présente sa soeur, qui est elle-même handicapée sur un fauteuil roulant.
Ce film aurait pu être le gag du handicapé dans Bienvenue chez les Chtis étendu sur 1H30 s’il n’y avait pas un certain nombre d’ingrédients qui devrait garantir à cette comédie la recette du succès. C’est d’abord une comédie romantique qui, au lieu de rire des handicapés, rit avec eux. C’est cela la différence entre l’humour et l’esprit. L’esprit rit des choses, l’humour rit avec elles. Franck Dubosc fait preuve d’une grande délicatesse et d’une belle sensibilité pour éluder les maladresses inhérentes au traitement d’un tel sujet : le handicap. Il traite avec légèreté d’un sujet grave sans tomber dans l’écueuil des trémolos.
Son film se moque notamment du regard condescendant que les autres portent sur les handicapés. Au lieu de réaliser une comédie romantique qui met en scène un clivage social ou culturel, Franck Dubosc a privilégié le clivage physique. Un homme valide et une femme handicapée peuvent-ils dépasser leur différences physiques pour que leur amour triomphe ? L’amour peut-il être plus fort que la pitié ?
A la base Franck Dubosc voulait intituler son film « Lève-toi et marche ». En choisissant « Tout le monde debout », il reprend la bourde qu’avait réalisée son ami, François Feldman à l’occasion du 10ème Téléthon en 1998. En interprétant sa chanson « Joue pas » en duo avec Joniece JAMISON, il s’était adressé à un public de paraplégiques en disant « Tout le monde debout ». Puis, il s’était repris en ajoutant : « Là-haut. » Le mal était fait puisque la séquence a fait le bonheur des bêtisiers…
Franck Dubosc veut faire de cette maladresse quelque chose de positif en rappelant que le handicap est dans la tête : que des personnes assises sur un fauteuil roulant sont davantage debout que des personnes valides parce qu’elles ont un supplément d’âme en plus! A l’instar d’Alexandra Lamy qui explique à Franck Dubosc dans le film que ce qu’une partie de son corps ne peut plus ressentir, c’est dans sa tête qu’elle le vit! Elle compense son handicap physique, en ayant une vie cérébrale plus riche : elle réfléchit plus vite, elle va plus vite, elle vit chaque moment avec plus d’intensité!
De nombreux films ont rencontré le succès en évoquant ce thème délicat depuis National 7, jusqu’à Intouchables ou Patients plus récemment. Ce film dresse une passerelle entre les personnes handicapées et les personnes valides. Loin de les ostraciser, Franck Dubosc adopte une démarche d’entrer en empathie avec elles en se mettant complètement dans leur situation même si c’est à des fins de séduction (le personnage cherche à séduire sa voisine et le réalisateur à séduire le public en créant un comique de situation).
Tout le monde debout, c’est une comédie romantique sur le handicap physique qui va marcher!
D’abord parce que ce film est porté par le charisme et la grâce d’Alexandra Lamy. Cette actrice sublime son personnage par son sourire et son regard enjôleur qui ne manqueront pas de conquérir le public. Pour interpréter le rôle de Florence, cette violoniste handicapée, elle a beaucoup travaillé. Notamment avec une championne de tennis fauteuil, Emmanuelle Morch, qui a participé aux jeux paralympiques de Rio de Janeiro.
Ensuite, elle s’est exercée au violon pour donner davantage de crédibilité à son rôle. Enfin, elle a passé plusieurs mois en fauteuil roulant pour acquérir certains automatismes et donner davantage de relief à son personnage.
L’actrice de 46 ans, Alexandra Lamy, participe grandement à la réussite de ce film. Son personnage est solaire, magnifique, spontané, drôle et ne manquera pas de subjuguer le public comme elle a pu enjôler le personnage, incarné par Franck Dubosc, qui est égoïste, misogyne, menteur et arriviste! Jocelyn est un chef d’entreprise qui vend des chaussures de sports. Il est devenu cynique car à force de trop se regarder il ne voit plus les autres. Et on découvre tout au long du film que ce qu’il dissimule est plus beau que ce qu’il montre! Tout le paradoxe du personnage, c’est qu’il est beaucoup plus beau dans son mensonge et dans un fauteuil roulant, que dans la réalité et dans sa porsche rouge où il est humainement moche.
C’est le contraste entre les deux personnages, ainsi que le comique de situation qui naît de cette rencontre où Jocelyn s’englue dans un mensonge et se prend à son propre piège : faire croire qu’il est handicapé pour séduire Julie quand celle-ci lui présente sa soeur, Florence, qui est réellement handicapée!
On notera, la performance également, dans un personnage secondaire, d’Elsa Zylberstein, qui joue le rôle de l’assistante de Jocelyn. Elle est l’archétype d’une secrétaire, amoureuse transie de son patron. Par ses maladresses et son franc-parler elle égaye le film en mettant souvent les pieds dans le plat! C’est grâce à elle qu’on comprend à la fin du film que Jocelyn commence à regarder enfin les autres.
L’humour et les fous rires sont aussi garantis par l’antagonisme entre des scènes d’un romantisme débordant, un dîner aux chandelles dans une piscine, et d’autres scènes d’une réalité crue et prosaïque comme celle où Jocelyn subit une coloscopie .
Le message de ce film est de nous inviter à regarder la personne avant la différence, à ne pas considérer le vase, mais son contenu!
Malgré son succès avec Camping et de nombreuses comédies populaires, Franck Dubosc montre avec ce film que son talent va bien au-delà de l’interprétation de personnages de beaufs au coeur tendre! C’est un réalisateur en herbe qui pour un coup d’essai a réalisé un coup de maître en mettant beaucoup de lui-même dans son film. Il s’est notamment servi du handicap de sa mère comme point d’entrée!
Cet humoriste a gardé une grande simplicité, comme lorsqu’il visite à Noël, les enfants hospitalisés à Robert Debré, et distribue des jouets dans le cadre de l’association CE KE DU BONHEUR dont il est le parrain avec Omar Sy. C’est d’ailleurs la femme d’Omar Sy qui gère cette association caritative qui apporte un peu de réconfort à des enfants malades.
S’il est agréable d’être important, il est aussi important d’être agréable. Et dans ce registre, Franck Dubosc nous montre l’exemple. A l’instar du Docteur Patch, par son action, il nous rappelle que RIRE c’est la moitié de GUE-RIRE. Et même si certaines maladies sont incurables, son film fait beaucoup de bien car il nous dessille les yeux. Comme disait Gérard Jugnot : « Le comique, c’est comme les essuie-glaces, ça n’empêche pas la pluie, mais ça permet de voir plus claire pour avancer. »



[Critique du film] LooKING for ERIC : la fureur de survivre!

12032018

Looking_for_Eric

Jean-Michel Larqué remarquait  » Tous les entraîneurs vous le diront : une passe est un message. » Eh bien le message de ce film… C’est précisément une passe. A la question de savoir quel est le plus beau geste dans la carrière d’Eric Cantona en Angleterre, beaucoup d’images de ses buts reviennent à l’esprit. Mais curieusement, le plus beau moment de sa carrière n’a pas été marqué par un de ses buts mais par une passe aveugle géniale à l’un de ses partenaires, IRWIN.
Dans ce film, le football devient une métaphore de la vie. Car Eric Bishop est un postier qui est en situation d’échec sur le plan sentimental et au niveau de l’éducation de ses enfants. Un jour, alors qu’il a beaucoup fumé de substances illicites, il s’adresse au poster d’Eric Cantona qui lui répond. Son idole va devenir le coach d’Eric Bishop et lui permettre de reprendre sa vie en main, de créer sa réalité au lieu de la subir. Ce film est un chef-d’oeuvre car toute sa magie est de rendre visible ce lien invisible qui existe entre un supporter de Manchester, et son idole, Eric Cantona. Si le football est une métaphore de la vie, comment Eric Bishop va-t-il pouvoir sortir de l’impasse dans la crise qu’il traverse avec ses beaux fils en s’inspirant de la brillante carrière d’Eric CANTONA ? Evidemment, ce film s’adresse en premier lieu à tous les amoureux du ballon rond qui retrouvent avec plaisir Eric Cantona, l’enfant terrible du football Français dans les années 80 et dans les années 90. Juste quelques faits qui ont contribué à bâtir sa légende :
En 1987, il traite le sélectionneur de l’équipe de France, Henri Michel de  » sac à merde  » car ce dernier ne le retient pas en équipe de France lors d’un match. Il est suspendu de l’équipe de France 1 an.
En Janvier 1989, il est remplacé avec l’OM au cours d’un match amical contre le Torpedo de Moscou. Furieux, Cantona sort en jetant le maillot de l’OM par terre. Il est sanctionné un mois avant d’être prêté à Bordeaux.
En 1991, alors qu’il évoluait avec le Nîmes Olympique contre l’AS St Etienne, une décision d’arbitrage le met hors de lui. Il jette le ballon sur la tête de l’arbitre! Il est suspendu 1 mois par la commission de discipline. Il décide alors de résilier son contrat et de s’expatrier en Angleterre à Leeds puis ensuite à Manchester. A Leeds, il conquiert son premier titre de champion d’Angleterre. Il déclara aux supporters anglais :  » Why I love you ? I don’t know why but I love you.  » A Manchester, alors qu’Aimé Jaquet, nouveau sélectionneur de l’équipe de France, en fait son capitaine, une nouvelle affaire va éclater. Lors d’un match où il est expulsé contre Crystal Palace, Cantona répond à un supporter qui l’insulte, en lui faisant une démonstration de… Kung FOOT! Inquiète sa mère contacta Guy Roux car elle craignait, non pas la sanction que risquait son fils qui encourait une peine de prison, mais la réaction de ce dernier à l’encontre de son juge. Guy Roux, l’ancien entraîneur d’Eric Cantona à Auxerre aurait même fait intervenir François Mitterand qui lui avait promis de lui rendre service un jour en cas de besoin. Au sortir du tribunal, son avocat persuade Eric Cantona de répondre aux questions des 500 journalistes qui l’attendaient en conférence de presse. Il leur déclara :  » Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Devant l’assistance médusée, Cantona dit au-revoir, se leva, et laissa les journalistes commenter sa phrase et l’analyser de 1000 façons différentes. Il est finalement exclu des terrains neuf mois. Après son retour dans l’équipe de Manchester, Aimé Jaquet ne le réintégra plus jamais en équipe de France.

Si vous n’aimez pas le football et encore moins Eric Cantona, ce film, Looking for Eric, peut quand même vous plaire. Tout simplement parce que les images d’archives qui font référence à sa brillante carrière à Manchester où il s’est quand même distingué dans le bon sens du terme sont réduites à la portion congrue. Ce film est magique car il nous montre que dans la vie c’est comme sur un terrain de football : nous avons tous un but à atteindre. Pour faire face à un problème, il y a deux solutions. Soit on mise sur ses qualités individuelles et finalement on va se retrouver en situation d’échec à l’instar d’Eric Bishop qui tente par lui-même de raisonner le voyou qui fait pression sur son beau-fils. La deuxième solution, et c’est tout le message du film : c’est de jouer avec ses partenaires, de faire confiance à ses co-équipiers. Dans la vie, il y a des gens qui sont avec nous, nos proches, nos amis, nos collègues car ils ont des intérêts communs avec nous. Ils font donc partie de la même équipe que nous. A travers ce film, Ken Loach veut nous prouver que la victoire appartient à ceux qui savent  » impliquer  » toutes les forces vives qui sont à leur disposition.

Malgré le talent individuel d’un Eric Cantona, le message de ce film est altruiste. Il vise à nous rappeler que dans une équipe de football il y a toujours 11 joueurs. Et la valeur de l’équipe est supérieure à la somme des parties qui la composent. 1+1=3. Si l’on regarde le palmarès des joueurs élus ballons d’or, on se rend compte qu’il n’ y a pas de grands joueurs en dehors d’une grande équipe.  » Nul ne s’élève trop haut, s’il vole de ses propres ailes  » disait William Blake. Les grands joueurs sont ceux qui bonifient le travail de l’équipe. Mais au final, c’est toujours un groupe qui parvient à mettre en exergue la singularité d’un grand joueur. Pourquoi Cantona a-t-il explosé en Angleterre à Manchester alors que dans les autres clubs, il était sur le banc de touche ? A Marseille, Raymond Goethals lui aurait même dit un jour :  » Si tu n’aimes pas être assis sur le banc de touche, tu peux prendre une chaise et t’asseoir à côté ».

Pour résoudre ses problèmes, Eric Bishop va donc devoir s’épancher auprès de ses collègues et de ses amis. Il va donc devoir essayer de faire appel à leur aide en s’ouvrant à eux. De même que sur un terrain de football Cantona pouvait faire confiance au talent de ses partenaires pour concrétiser une belle phase de jeu dont il était l’instigateur. Loin d’enfermer le supporter dans un microcosme du plus pur machisme, la passion du football permet à Eric Bishop de s’ouvrir aux autres et de devenir plus humain.

Personnellement, à quelques rares exceptions, je n’aimais pas du tout KEN LOACH. J’ai aimé de lui : JUST A KISS et I DANIEL BLAKE. Mais aucun autre de ses film n’avait réussi à m’accrocher. Pourtant il a obtenu deux fois la palme d’or à Cannes avec LE VENT SE LEVE et I DANIEL BLAKE.

Ce film émouvant m’a définitivement réconcilié avec Ken Loach.
LooKING for ERIC fait référence dans le titre au surnom d’Eric Cantona en Angleterre : le King ERIC. Il marque la rencontre entre un grand réalisateur anglais et l’un des joueurs cultes de Manchester United. Le résultat est impressionnant car les deux montagnes auraient pu accoucher d’une souris comme ça a d’ailleurs été le cas lorsque Emir Kusturica, mon réalisateur préféré, a fait un film sur Maradona, le plus grand joueur de football de tous les temps. Le résultat a été une énorme déception pour moi. Mais dans le cas de ce film de KEN LOACH, j’ai été très agréablement surpris. Je dis chapeau bas aux anglais car ils ont réussi avec ce film à rendre hommage à ce grand joueur de football, truculent, impétueux et sanguin qui a trouvé grâce à leurs yeux dans le championnat d’Angleterre. Seul Alex Fergusson a réussi à gérer la personnalité d’Eric Cantona à Manchester. Ce film est un véritable bijou qui nous montre tout ce qu’un joueur de football peut apporter à travers ses exploits aux supporters anonymes qui viennent l’encourager sur un terrain de football. En supportant les grands joueurs, ils nous apportent en retour ce petit supplément d’âme sans lequel les vicissitudes de la vie seraient moins supportables! On supporte les grands joueurs pour qu’ils nous aident à supporter les petitesses de la vie! Le football est peut être le nouvel opium du peuple. Les stades de football sont sûrement les temples d’une religion moderne dans laquelle les grands joueurs sont à nos yeux de veritables dieux… du stade! Le football a une fonction cathartique : on se purge de nos passions et on se purifie de nos émotions en les vivant sur le mode imaginaire. Le football est un exutoire à nos problèmes dans lequel on recherche ce petit supplément d’âme qui nous fait parfois tant défaut dans le quotidien!

A noter aux débuts des années 2000, la sortie également d’une comédie anglaise beaucoup plus légère qui a su rendre hommage d’une manière différente à un autre grand joueur anglais de Manchester (mais si! mais si!) : David Beckham. Le titre du film : JOUE-LA COMME BECKHAM. Ce film qui fait référence à Beckham, bien que moins profond, est attachant quand même, comme le prouve l’immense succès qu’il a rencontré au box-office!

Eric Cantona a été désigné récemment par un sondage en Angleterre, meilleur joueur du siècle du championnat Anglais. Cantona est l’un des seuls Français à avoir fait chanter la Marseillaise aux supporters de Manchester qui l’adulaient.

Une dernière petite anecdote pour conclure. Eric Cantona jouait avec le col de son maillot relevé. Eric Bishop par mimétisme fait pareil dans ce film. On en a fait une question esthétique alors qu’Eric Cantona essayait juste de se protéger du froid étant sujet à des torticolis!

Quinze ans après avoir déclaré aux journalistes  » Quand les mouettes suivent un chalutier c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Eric Cantona confia :  » Aujourd’hui, presque quinze ans après, je peux vous dire le vrai sens de cette phrase. Il fallait juste comprendre : “Je suis en train de ne rien vous dire du tout” ».

Pour moi Eric Cantona c’est une légende comme James Dean. C’est un James Dean qui n’est pas mort!







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