[Critique de film] The guilty : un polar Danois prenant et surprenant

2082018
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Abbas Kiarostami disait : « Il faut envisager un cinéma inachevé et incomplet pour que le spectateur puisse intervenir et combler les vides. » Avec The guilty, il a été entendu car nous avons affaire à un film qui repose sur le pouvoir de la suggestion et à une intrigue qui ne tient qu’à un (coup de) fil. En stimulant notre imagination, ce film inclut le spectateur dans le processus de scénarisation. The guilty est un thriller prenant et surprenant, pressant et oppressant, précis et précieux.

Asger Holm est un policier échoué dans un centre d’appels d’urgence de la police de Copenhague. Au Danemark, le numéro d’urgence de la police est le 112. Asger répond à des appels plus vrais que nature dans la mesure où ils sont des retranscriptions quasiment mot pour mot de vrais appels que l’équipe du tournage a écoutés dans un centre. Grace aux moyens de la technologie moderne, ses interlocuteurs à l’autre bout du fil sont identifiés, et chaque appel est géolocalisé sur son écran d’ordinateur. A la fin de sa journée de travail, un peu avant que l’équipe de nuit n’assure la relève, Asger prend un dernier appel. Au bout du fil, il entend un timbre rauque, avec de la souffrance dans la voix. Une femme s’adresse à lui en l’appelant « mon trésor ». Il faut un court instant avant qu’Asger ne réalise qu’elle parle en langage codé et simule une conversation avec sa fille. Asger rentre dans son jeu et lui demande de répondre par oui ou par non à ses questions. C’est ainsi qu’il découvre qu’elle est victime d’un kidnapping, qu’elle n’est pas seule mais en présence de son ravisseur. Elle a composé le 112 mais fait croire à ce dernier qu’elle téléphone à sa fille pour qu’elle ne s’inquiète pas de son absence. L’échange est bref. Asger arrive aussi à la localiser sur une portion d’autoroute entre Copenhague et Elseneur. Grâce à leurs échanges, il parvient à identifier le véhicule qui la transporte comme étant une camionnette blanche. L’appel est coupé.
Asger ne dispose que d’un téléphone fixe, de son portable et de sa détermination pour essayer d’aider cette femme.
A partir de cet instant, le film devient aussi tendu qu’une corde à linge.
L’originalité de ce Polar Danois est qu’il repose sur une unité de lieu, de temps et de personnage. Il est centré sur une unité de lieu, le centre d’appels de la police dans lequel le personnage est confiné dans 20 mètres carré pendant tout le film. The guilty est un huis-clos qui s’est inspiré de références en la matière (12 hommes en colères, Un après-midi de chien, Burried, Phone game, etc…) A l’instar de Douze hommes en colères de Sidney Lumet, dans lequel le spectateur transpire avec les jurés, la météo joue un rôle intéressant. C’est le clapotement de la pluie qui rythme ce polar dont chaque appel est comme une fenêtre ouverte sur le monde extérieur. Le spectateur entend la pluie tomber à travers le combiné et le bruit incessant des essuie-glaces créent une sensation unique qui viendrait à bout du tempérament le plus radieux!
L’unité de temps, c’est celle de l’action qui se déroule en temps réel. Le film dure 1H25. Ce thriller ne laisse la place à aucun temps mort! Enfin, il y a une unité de personnage : un seul acteur, Jakob Cedergren, porte le film à lui tout seul. Et ce seul acteur fait vivre une multitude de personnages sans que le spectateur ne les voit jamais à l’écran! Que ce soit Iben, la victime de l’enlèvement, Mathilde, l’enfant d’Iben qui se retrouve seule livrée à elle-même, Mickaël, le mari d’Iben, Rashid, le coéquipier d’Asger, etc…
Dans le champ de la caméra, les autres personnages, les collègues d’Asger qui travaillent dans ce centre de réception d’appels, sont des figurants qu’on ne voit que dans un flou d’arrière-plan.
The guilty est un film dans lequel le spectateur devient aussi acteur. La puissance de l’imagination pallie à merveille le manque de moyens d’un film tourné en treize jours et dont on applaudit sans retenue la prouesse de raconter beaucoup de choses en ne montrant rien!
Le réalisateur s’est lancé un défi : celui de filmer une enquête policière sans quitter une pièce, sans une seule image de ses auteurs et de ses victimes.  Hitchcock rêvait de réaliser un film se déroulant dans une cabine téléphonique.  Avec The guilty, Gustav Moller l’a en quelque sorte fait. Ce film offre une expérience immersive qui consiste à construire dans notre imagination le film qu’on ne voit pas! Le réalisateur relève le défi à travers ce huis-clos et réussit à créer de l’espace avec du son!
La narration de l’action est perçue uniquement à travers la bande son!
Dans The guilty, le spectateur est surtout réduit au rang d’auditeur, ce qui est le cas de facto du personnage principal. Son visage, souvent filmé en gros plan, devient l’écran sur lequel s’inscrit un certain nombre d’événements qui se jouent ailleurs, hors champs. Gustav Moller explique :  »Je suis intimement convaincu que les contraintes stimulent la créativité. »
The guilty est un film conceptuel, un exercice de style qui repose sur le dépouillement de tout artifice : pas de musique, pas d’effets de caméra, une réalisation minimaliste qui a l’audace d’utiliser le silence presque comme un personnage à part entière. On découvre avec Asger qu’il n’existe aucun bruit plus irritant que celui d’un téléphone qui ne sonne pas.
Moller affirme : « Et si on utilisait cette idée d’images mentales dans un film ? Au cinéma, on peut créer tout un univers à l’intérieur d’une seule pièce. Avec The Guilty, j’espère avoir réalisé un thriller haletant, qui offre à chaque spectateur une expérience qui lui est propre ». Le réalisateur réussit le pari de créer une fiction à partir du non-vu et non pas du non-dit. Et c’est un pari réussi sur toute la ligne…
Vous ne sortirez pas indemne de la salle car c’est un thriller dont les images qu’on ne voit pas restent en tête. Âmes sensibles, s’abstenir!
A mesure que l’histoire avance on comprend qu’Asger est en pénitence dans ce centre d’appels… Mais quelle faute a-t-il bien pu commettre pour devoir comparaître au tribunal le lendemain ? On découvre les fêlures qui constituent sa personnalité. C’est parce qu’il est un policier au bout du rouleau qu’il a terminé au bout du fil… dans ce centre d’appels. On entre en empathie avec ce personnage auquel on s’identifie d’autant plus facilement qu’on se retrouve dans la même position que lui : celle d’interpréter des appels, des voix, des bruits, et parfois des silences!
Le héros, fait de son mieux pour aider Iben. Il essaie même de faire mieux que son mieux. Mais parfois, le mieux est l’ennemi du bien… Il nous montre par ses décisions, ses prises de risque, que souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Avec ce premier long-métrage, Gustav Moller réussit à 30 ans un coup de maître avec un simple coup de fil. Et le résultat est un coup de coeur cet été au cinéma. Ce thriller sous tension, voir sous haute tension, parle du burnout de la police dans un monde de plus en plus violent et nous offre une ode à la repentance. Le bureau dans lequel travaille Asger est un open space. Les murs ont des oreilles, pense-t-on ? Dans un open space, il n’y a pas de murs, mais il y a beaucoup d’oreilles. Si le téléphone rapproche Asger de ceux qui sont loin, il l’éloigne de ceux qui sont juste à côté de lui. La présence de ses collègues est mise entre parenthèses quand cet open space va devenir un confessionnal au fur et à mesure que ce thriller bascule dans un huis-clos psychologique. Vous ne sortirez pas indemne de ce film car comme dirait le réalisateur : « Je crois que les images les plus fortes d’un film sont celles que l’on ne voit pas. »



[Critique de film] Quelque part dans le temps : un film culte méconnu!

25062018

Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma.

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Jean d’Ormesson a écrit : « Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. » Si l’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. Avec ce long métrage, le réalisateur nous invite à un voyage intérieur en brisant nos barrières spatio-temporelles et à explorer ce temps qui est l’image mobile de l’éternité immobile.
Le seul moment que je n’ai pas aimé dans Quelque part dans le temps, c’est quand est venu la fin. C’est un film culte à plus d’un titre.
D’abord, il existe trois films qui ont le privilège de compter un fan club dédié en leur honneur : Autant en emporte le vent, Le magicien d’Oz et Quelque part dans le temps.
Ensuite, si vous cherchez un film dans lequel l’actrice Jane Seymour a joué et que vous interrogez les cinéphiles, 9 personnes sur 10 vous répondront Quelque part dans le temps. Et la dixième, confondra sûrement cinéma et série TV en vous répondant Le Dr Quinn femme médecin. Dans Quelque part dans le temps, le personnage principal, Richard Collier, vit dans le temps présent, c’est-à-dire dans les années 80 qui coïncident avec la date de sortie du film. Il est subjugué par le portrait d’une actrice du début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. C’est cette photo de Jane Seymour en Elise Mc Kenna qui a été également utilisée en tant que portrait de Michaela Quinn  dans la série télévisée Docteur Quinn, femme médecin. On raconte que l’acteur Christopher Reeve a refusé de voir ce portrait avant de jouer la scène où il le découvre pour la première fois afin que l’effet de surprise et l’émotion suscitée par la beauté de cette femme soient totales.
Dans le film, ce portrait d’une actrice réalisé en 1912 interpelle Richard Collier en 1980 pour deux raisons très précises que le spectateur n’est pas censé savoir :
1°) Les plus belles étoiles sont celles qu’une femme a dans les yeux lorsqu’elle regarde l’homme qu’elle aime. Au moment où ce portrait est réalisé, Elise Mc Kenna regarde non pas le photographe, mais l’homme dont elle est amoureuse.
2°) Ce portrait interpelle Richard Collier, car il s’adresse à lui. Il ignore qu’au moment où la photographie est prise, l’actrice le regarde!
C’est le coup de génie du réalisateur, Jeannot Szwarc ou peut-être du scénariste, Richard Matheson, d’avoir ajouté ce détail dans le film qui ne figure pas dans le livre.
Elise Mc Kenna a un charme d’autant plus magnétique et hypnotisant pour Richard Collier, que c’est lui qu’elle regarde. Si aimer c’est savoir dire je t’aime sans parler, le portrait d’Elise Mc Kenna est une des plus belles déclarations d’amour que le cinéma nous ait offert.
Et juste avant cette scène où l’actrice prend la pause pour le photographe, elle est sur scène et joue dans une pièce de théâtre dans laquelle elle va changer le texte. En évoquant l’homme qu’elle aime, elle ne fait pas allusion à un personnage de la pièce, mais elle s’adresse à Richard Collier dans le public pour lui déclarer sa flamme.
Le souffleur a des sueurs froides, le metteur en scène est estomaqué. Le texte de la pièce est détourné. Les autres acteurs sont hébétés : ils ne savent pas quelle réplique donner à Elise Mc Kenna  qui part dans un monologue où elle évoque la douceur d’aimer et le sentiment amoureux qu’elle éprouve. Mais comme c’est une grande actrice, elle va par une pirouette retomber sur ses pattes et reprendre le fil de la pièce au grand soulagement de tous…
Le charme de cette actrice opère par ses yeux vairons : ses deux yeux ne sont pas de la même couleur. C’est un cas remarquable d’hétérochromie. Dans les Pays d’Europe de l’Est, c’est aux yeux vairons que l’on reconnaît le diable. Dans Quelque part dans le temps, Richard Collier se laisserait bien damner devant la beauté de cette actrice dont le regard l’hypnotise au point de vouloir voyager dans le temps pour la retrouver! Jane Seymour a deux yeux vairons : son oeil droit est marron et son oeil gauche est vert. Dans ce film, Jane Seymour n’est pas belle, elle est pire!
En conclusion, Jane Seymour est inoubliable dans ce rôle dont elle ne s’est jamais délivré. Quelque part dans le temps est un film culte car on associe son actrice principale, Jane Seymour au rôle qu’elle joue dans le film. L’identification est totale. Quand on voit Jean Reno, on pense au personnage de Enzo qui l’a révélé dans Le Grand Bleu et même si ce dernier film n’est pas un chef d’oeuvre, il n’en demeure pas moins un film culte dans le sens où ses acteurs à l’instar de Jean-Marc Barr ne se sont jamais délivrés des personnages qu’ils ont joué!
Quelque part dans le temps peut-être également qualifié de film culte car des lieux réels portent désormais le nom d’une réplique de ce film.
En effet, Susan French, l’actrice qui joue Elise Mc Kenna à la fin de sa vie, est morte en 2003 à l’âge de 91 ans à Santa Monica. La moitié de ses cendres sont enterrés dans l’ïle de Catalina et l’autre moitié sont inhumés dans l’île de Mackinac dans le Michigan entre les arbres où Jane Seymour a prononcé la célèbre réplique « Is it you ? » et la plaque du mémorial du film « Somewhere in time ».
Une actrice qui a donc joué un second rôle a voué un culte à ce film au point de vouloir reposer à l’endroit où son personnage rencontre pour la première fois Richard Collier dans l’histoire!
Susan French incarne donc au début du film le personnage d’Elise Mc Kenna qui, à plus de 80 ans, assiste à la première représentation d’une pièce de théâtre dont l’auteur est Richard Collier. Seule personne âgée dans un public d’étudiants, elle s’avance vers le jeune metteur en scène et lui remet une montre en lui disant : « Reviens-moi. Je t’en prie. » « Come back to me ». Richard Collier n’avait jamais vu cette femme auparavant. 8 ans plus tard, à court d’inspiration, il prend sa voiture et parcourt beaucoup de route avant de s’arrêter devant un hôtel dont le charme suranné attire son attention. Il décide d’y séjourner quelques jours. En visitant le musée de l’hôtel, il découvre ce portrait qui le bouleverse. Il demande d’abord à Arthur, le groom qui travaille dans cet hôtel depuis son plus jeune âge de lui indiquer le nom de la femme qu’il représente. Il s’agit d’une actrice célèbre au début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. Richard Collier est complètement envoûté par la beauté de cette femme au point d’aller investiguer dans une bibliothèque sur la vie de cette actrice. Au détour des pages d’un livre, il tombe sur la dernière photo qui a été prise de cette comédienne à la fin de sa vie. Il reconnaît la vieille dame qui lui avait remis la montre. Il l’avait donc déjà rencontré et le mystère d’Elise Mc Kenna s’épaissit davantage. C’est donc une synchronicité qui lui permet de démasquer l’identité de la femme qu’il avait rencontré huit ans plus tôt. C’est l’association de deux événements fortuits auquel Richard Collier donne une valeur affective qui le connectent avec le passé et avec cette femme.

Ce film est arrivé premier dans un concours de circonstances…

C’est parce que Jeannot Szwarc a remplacé au pied levé John D. Hancock dans la direction des Dents de la mer 2 après une semaine de tournage sous « haute tension » (c’est une référence au dénouement du film) et permis à UNIVERSAL que cette suite du chef d’oeuvre de Spielberg ne soit pas un naufrage… Il réussit a requin… qué financièrement la UNIVERSAL STUDIO qui en remerciement lui offrit la possibilité de produire le film de son choix. Il choisit alors d’adapter le roman de science-fiction de Richard Matheson, « Bid time return » traduit en Français sous le titre « Le jeune homme, la mort et le temps ».
C’est parce que Johh Barry était un ami de longue date de l’actrice Jane Seymour qu’il accepta de signer la bande originale de ce film…
C’est parce que Christopher Reeve souhaitait se libérer du carcan dans lequel l’avait enfermé SUPERMAN qu’il accepta de s’embarquer dans ce projet modeste… malgré l’avis de son imprésario.
C’est parce qu’il fut subjugué par le portrait de l’actrice Maud Adams que Richard Matheson, a écrit le roman Time bid return dont s’inspire le film…
Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma américain que l’on doit à une succession de heureux hasards…
C’est un film fantastique où la science-fiction est un prétexte à une histoire d’amour romantique… Il met en scène l’amour improbable entre un écrivain de pièces de théâtre à succès vivant en 1980 à Chicago, Richard Collier, et une actrice de théâtre à l’apogée de sa carrière en 1912, Elise Mac Kenna…
Ce film est porté par un trio d’acteurs au sommet de leur art : Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer.
En choisissant de tourner « Quelque part dans le temps », Christopher Reeve prouve grâce à ce rôle, qu’il est capable de séduire le public sur le terrain de l’émotion et du romantisme. Sa palette en tant qu’acteur est d’autant plus large qu’on le reverra dans d’autres films aux antipodes de Superman tels que Les vestiges d’un jour. Le destin de ce comédien révélé dans Superman en 1978 est tragique. En effet, en 1995, une chute de cheval dans un concours d’équitation le rend tétraplégique. Il meurt en 2004 à 52 ans d’un arrêt cardiaque après avoir ingéré un antibiotique pour lutter contre une infection.
C’est Richard Matheson qui écrit le scénario pour adapter son propre roman… Il s’est distingué dans le domaine de la science-fiction en écrivant également Je suis une légende, L’homme qui rétrécit ou Au-delà de nos rêves (certainement l’un des meilleurs films où joue Robin Williams). Richard Matheson apparaît dans ce film où il fait une caméo. Il interprète le client du Grand Hôtel surpris par les coupures de rasoir sur le visage de Richard Collier. Dans son roman le personnage principal incarne son alter ego : il porte le même prénom, Richard, exerce la même profession, écrivain de pièces de théâtre. C’est en découvrant le portrait de Maud Adams, que Richard Matheson a été subjugué par le charisme de cette actrice du XIXème siècle. Elle s’était distinguée notamment en interprétant Peter Pan au théâtre. Elle lui inspire le personnage d’Elise Mac Kenna.

 

JOHN BARRY
La musique est signée John Barry. Ceux qui croient qu’il n’y a eu qu’un seul grand musicien dans la vie de Jane Birkin se trompent. Avant d’être avec Serge Gainsbourg, Jane Birkin était mariée à John Barry avec lequel elle a eu une fille, Kate. Cette dernière s’est suicidée à Paris en 2013, soit deux ans après le décès de son père. Jane Birkin a donc été en quelque sorte le trait d’union entre John Barry et Serge Gainsbourg, deux immenses musiciens du XXème siècle. Interrogé sur Serge Gainsbourg, John Barry fit preuve de retenue en affirmant : « Je n’ai pas de commentaires à faire sur “monsieur Gainsbourg”. J’ai une opinion sur lui mais je la garde pour moi. »
John Barry est avec Ennio Morricone, Jerry Goldsmith, John Williams, Michel Legrand, l’un des meilleurs auteurs de bande originale de films. Les thèmes qu’il a composé pour les films James Bond, Out Of Africa ou Danse avec les loups sont mondialement connus. Sans parler du thème musical de la série britannique Amicalement Vôtre.
Un tel auteur n’aurait jamais collaboré dans un projet aussi modeste s’il n’avait pas été un ami de longue date de l’actrice principale Jane Seymour.
Les experts s’accordent à dire que c’est la bande originale de ce film qui contribue grandement à son succès. La musique de John Barry commence là où s’arrête le pouvoir des mots. Elle nous donne la nostalgie d’une époque et d’un lieu que nous n’avons jamais connus. Le grand Hôtel en 1912…

Le père de John Barry était mort quelques jours avant Noël 1979, et sa mère avait suivi son époux quatre mois plus tard, en avril 1980. C’est l’émotion née de la perte de ses parents qui a inspiré John Barry dans l’écriture de cette musique bouleversante.

Comme disait Alfred de Musset : « Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur. ». Si la musique de Quelque part dans le temps compte parmi les plus grands succès de John Barry, c’est parce qu’elle exprime l’indicible, et évoque des sentiments ineffables qui dépassent le pouvoir du langage : elle va au-delà de la frontière des mots.

Le film raconte l’histoire d’amour de deux êtres prédestinés que le destin va séparer…
Un proverbe italien dit « L’amour fait passer le temps, le temps fait passer l’amour ». Pour la jeunesse d’aujourd’hui, l’amour dure trois ans. Pour le héros de ce film l’amour est intemporel. Si la montre indique les heures, la beauté de Jane Seymour nous les fait oublier. D’ailleurs, dans ce long métrage, ce n’est pas la montre qui marque les heures, mais les battements de notre coeur. Quand on aime, on a toujours vingt ans!
Mais comment fait-on pour voyager dans le temps ? Un best seller de Jack Finney paru trois ans avant la sortie du film a inspiré l’auteur. Il est fait un clin d’oeil à cet écrivain à travers le nom du professeur de philosophie de Richard Collier. Sa méthode se base sur l’auto-suggestion. Il s’agit de pratiquer l’auto-hypnose pour voyager dans le temps par auto-suggestion. Richard Collier par dissociation avec le présent, va pratiquer cette méthode pour remonter en 1912. Il recrée les conditions les plus exactes possibles d’une période du passé pour se conditionner mentalement à y vivre. Il porte un costume de cette époque, il occulte tous les objets qui lui rappellent le présent (téléphone, magnétophone, etc…), il va chez un numismate pour y trouver des pièces de monnaies en vigueur en 1912. Dans Le voyage de Simon Morley le voyage dans le temps par autosuggestion est possible car le mental est monumental.
En fin de compte, ce principe n’est pas si éloigné de cette remarque de François Mitterrand à la fin de sa vie qui disait : « Mes chers compatriotes, je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »
Le film se démarque du roman dont il s’inspire. Traduit en Français, Bid time return, qui fait référence à une citation de Shakespeare, donne Le jeune homme, la mort et le temps. La mort et l’amour sont les deux enfants jumeaux de l’histoire et du temps. Et il y a quelque chose en eux qui parle d’un autre monde.
Dans le titre français, la mort prend une place prépondérante dans la mesure où Richard Collier est mort au début du récit et c’est son frère Robert Collier qui nous présente le manuscrit que Richard avait écrit avant de mourir. A 36 ans, Richard Collier est atteint d’une tumeur au cerveau. Il n’a jamais connu l’amour et il se sent donc trahi par la vie et le présent. C’est pour cette raison qu’il va chercher dans le passé un échappatoire à son sort funeste. Dans son histoire il n’est pas question de machine à remonter le temps mais de voyage dans le temps par son imagination. Richard Collier est un voyageur immobile. Il s’auto-persuade qu’il peut se transposer dans une autre époque par le pouvoir de sa pensée. Il choisit une époque lointaine afin de s’affranchir de la réalité. Il est fasciné par un hôtel qu’il décrit comme un monument érigé au passé. Le héros est passionné par la musique de Malher. Il découvre que c’était également le musicien favori d’Elise Mc Kenna. Dans le film, John Barry remplace Malher par Rachmaninov dont la musique romantique sert de trait d’union entre les deux personnages. Il est obsédé et subjugué par le portrait de cette actrice qui dans le roman évolue au XIXème siècle en 1896. C’est l’expression de son visage qui l’interpelle. En le contemplant, il a trouvé la femme de ses rêves. C’est une description adéquate car où pourrait-elle exister d’autre que dans ses rêves ? S’il retourne trois fois dans le sous-sol de l’hôtel pour observer ce portrait, il tente manifestement à échapper à la réalité. Son cerveau refuse d’accepter le présent en se tournant vers le passé. L’hôtel où il séjourne est comme un sanctuaire consacré à la protection du temps jadis. Dans la biographie d’Elise Mc Kenna, il découvre qu’elle avait auparavant séjourné dans cet hôtel avec son imprésario, William Fawcett Robinson. Amoureux transi, il la considérait comme inatteignable pour un homme de son espèce et consacrait tous ses efforts pour la maintenir sur un piédestal en s’assurant qu’elle serait également inaccessible pour d’autres hommes!
Avec le pouvoir de l’auto-suggestion la pensée peut déplacer les montagnes… du temps. Ce en quoi il croit devient son monde! S’il se projette dans le passé à une époque lointaine, il se retrouve dans une chambre d’hôtel qui n’est pas la sienne. Comme l’occupant a fermé la porte à clef avant de sortir, il imagine la situation cocasse où en revenant, cette même personne découvre qu’on est sorti de sa chambre par effraction!
Robinson est beaucoup plus sanguin dans le roman qu’il ne l’est dans le film. C’est un personnage prosaïque et envahissant aux antipodes de l’homme altier avec sa démarche aristocratique qu’on découvre sous les traits de Christopher Plummer. Le spectateur ne sait pas exactement s’il est amoureux d’Elise car sa personnalité est beaucoup plus complexe et subtile. Dans le roman, Richard Collier apprend que son rival meurt noyé en 1911 à bord du Lusitania. Elise Mc Kenna est également chaperonnée par sa mère alors que dans le film, elle séjourne à l’hôtel seule et son imprésario reprend à son compte cette figure tutélaire de la mère. Il s’immisce dans les affaires privés de cette actrice en la suivant en toute occasion et en veillant à ce qu’aucun importun n’approche sa protégée.
Dans le film, c’est lui qui met en garde Elise contre la rencontre d’un homme qui doit changer son existence. Alors que dans le roman, on fait allusion à une indienne diseuse de bonne aventure qui lui prédit une rencontre avec un homme dans des circonstances étranges quand elle aurait atteint l’âge de 29 ans. Cette prédiction est confirmée par la mère d’une habilleuse de sa troupe connue pour son pouvoir de divination. Elle lui annonça également une rencontre avec un homme en situant le lieu sur une plage en Novembre. C’est pour cette raison que dans le livre, comme dans le film, la première phrase qu’Elise Mc Kenna prononce lorsqu’elle croise la route de Richard Collier c’est : « Is it you ? » « Est-ce vous ? »
Cette vision est donc pour elle surnaturelle! Ce coup de foudre entre Elise Mc Kenna et Richard Collier évoque une folie lucide. Ce n’est pas à cause de l’attraction terrestre que les gens tombent amoureux. L’intérêt de la science-fiction dans cette romance est de mettre en exergue l’aspect surnaturel de l’amour. Leur rencontre est beaucoup plus extra que terrestre. Elle tombe amoureuse dans la mesure où elle a le sentiment de ressentir les choses davantage. Elle n’a plus le sentiment de zigzaguer comme une planète ayant perdu son chemin car elle a trouvé son soleil. Richard et Elise sont attirés l’un vers l’autre comme deux aimants. Comme s’ils avaient une seule âme dans deux corps différents. L’amour, c’est ce désir de posséder ce qui nous possède. En retour, Richard Collier est subjugué par son charme irrésistible, magnétique, par son aura. Richard Collier est parfois pris de vertige : il a peur de se réveiller et de se rendre compte que tout cela n’était qu’un rêve, le fruit de son imagination. Elise est pour lui une ancre qui le maintient dans le passé. A la fin du roman, Richard Collier est mort d’une tumeur au cerveau dont il se savait condamné bien avant d’entreprendre son voyage dans le passé. A sa mort, son frère a trouvé le manuscrit dans lequel il relate son voyage surnaturel et sa rencontre avec Elise. Robert Collier est le narrateur de l’histoire. A la fin du roman, il nous livre son interprétation des choses : son frère avait un besoin désespéré d’échapper à son sort. Il pense qu’il y a réussi pendant un jour et demi étendu sur le lit de sa chambre d’hôtel dans un état d’auto-hypnose, il a vécu ce voyage dans le passé. Atteint d’une maladie incurable à 36 ans sans avoir jamais connu l’amour, il lui fallait se réfugier dans le passé pour trouver du réconfort. Mais par amour pour son frère, il aurait tellement aimé que tout ce qu’il a lu soit vrai et qu’il ait réellement rencontré le grand amour! Avec cette tumeur au cerveau, le roman suggère que cette histoire extraordinaire peut être le fruit d’une hallucination. Comme disait Kalil Gibran dans le Prophète : « Si le temps n’est qu’illusion, les illusions ne durent qu’un temps. »

Dans le film, la mort ne menace pas le héros, elle n’est pas comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il n’est jamais fait mention d’une tumeur au cerveau et on le voit en bonne santé mentale et physique. Le réalisateur tente un autre pari : nous raconter une histoire tellement belle que la frontière entre l’invraisemblable et la réalité s’efface.
Ce film pose des questions philosophiques très profondes : peut-on changer le cours des choses ? Sur un point la puissance de Dieu est en défaut : il ne peut pas faire en sorte que ce qui est arrivé ne soit pas arrivé. Le temps est irréversible. Tout est écrit d’avance. Mektoub comme disent les arabes. Richard Collier connaît le destin d’Elise Mc Kenna, pourtant il est persuadé qu’il pourra le changer s’il parvient à son époque… Cette histoire raconte l’hybris de l’homme contre le temps. Les hommes passent leur vie à essayer de tuer le temps mais c’est le temps finalement qui finit par les tuer! Autre question que soulève ce film : pouvons-nous changer le monde par nos rêves ?
Ce film fut un immense succès en Orient. Son influence se retrouve dans des films récents tels que Hotel Singapura. Certains adeptes sont même persuadés que l’histoire d’amour entre Rose et Jack dans Titanic s’est fortement inspirée de Quelque part dans le temps. Les analogies entre les deux films sont nombreuses : l’époque, les personnages, les événements… Les points communs sont tellement nombreux que certains avancent l’idée que Cameron ait puisé son inspiration dans ce film.
Le réalisateur a délaissé l’hôtel del Coronado à San Diego dont il est fait mention dans le livre pour privilégier le grand Hôtel dans l’ïle de Makinac. En effet ce site offre l’avantage de restituer parfaitement l’atmosphère du début du XXème siècle. Dans cette île, on croirait que le temps s’est arrêté, car les gens se déplacent à cheval ou à vélo. Les voitures sont proscrites.
Bref, il n’y avait aucun risque d’anachronisme avec la période où se situe l’histoire!
Shakespeare écrivait dans Richard II, acte III, scène 2 : « Ô revienne le temps jadis Recule la marche du temps. »
Pour bien distinguer le temps présent du temps passé, l’image est  sublimée par une photographie utilisant deux pellicules chromatiquement différenciées, Kodak pour le présent, Fuji pour le passé. La saturation des couleurs est donc différente entre les deux époques. Le metteur en scène franco-américain, Jeannot Szwarc, a entre autre, grâce à cet effet chromatique, réalisé son seul chef d’oeuvre. Artisan de l’usine du rêve Hollywoodien, réalisateur de série TV (Kojak, Heroes, Columbo) ou de films médiocres, Quelque part dans le temps est son chef d’oeuvre, un film qui sort des sentiers battus pour nous entraîner dans une autre époque et nous raconter la plus belle histoire d’amour de tous les temps!

C’est parce que ce film est bercé par la 18e variation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini Opus 43 de Rachmaninov que vous devez absolument découvrir cette invitation au voyage… dans le temps! Grâce à ce film culte pourtant méconnu, nous apprenons que le temps est un… présent!

 




[Critique de film] La promesse de l’aube : Au nom de la mère!

30042018

promesse de laube

L’adaptation du roman autobiographique de Romain Gary, La promesse de l’aube par le réalisateur Eric Barbier est un film épique qui nous fait voyager à travers quatre continents : en Lituanie à Vilnius, où l’auteur a passé la première partie de son enfance, en France à Nice, où sa mère a essayé de joindre les deux bouts en tenant notamment une pension, puis à Londres où le jeune Romain Gary rejoint le général de Gaulle et en Afrique où il prend part à la seconde guerre mondiale comme pilote d’avion. Ce qui est remarquable dans ce film, c’est que le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire est à Mexico (alors que dans le roman c’était sur une plage près de San Francisco à Big Sur). C’est en cela que le réalisateur se réapproprie le roman sans trahir l’auteur : alors que Romain Gary est au crépuscule de sa vie et doit se faire soigner d’une tumeur au cerveau à l’hôpital, il relate à sa première femme, Lesly Blanche, le roman de sa vie : La promesse de l’aube.

Une phrase dans les vingt premières pages résume à merveille ce roman et annonce la couleur : « Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Rares sont les films qui parviennent à la hauteur des romans qu’ils adaptent. Si La promesse de l’aube… est tenue, le réalisateur Eric Barbier a relevé ce défi admirablement grâce à deux facteurs :
1°) Son film est fidèle à l’oeuvre de Romain Gary qu’il ne trahit jamais! Cependant, il s’est parfaitement réapproprié le roman qu’il restitue dans un film magistral, drôle et émouvant!
2°) A ma grande surprise, j’ai découvert que Charlotte Gainsbourg était une grande actrice. Quand Yvan Attal affirmait dans le titre d’un de ses films « Ma femme est une actrice« , je n’étais pas du tout convaincu par ce petit bout de femme frêle, qui a autant de charisme qu’un pudding anglais et dont la voix ténue ressemble à un murmure!
Et pourtant, dans La promesse de l’aube, elle est complètement métamorphosée en interprétant la mère de Romain Gary, Mina, un personnage truculent, aux antipodes de la personnalité effacée qu’elle dégage : dans le film, elle incarne avec justesse une mère volcanique, exclusive, étouffante, imprévisible, excentrique!
Charlotte Gainsbourg joue dans La promesse de l’aube son plus beau rôle au cinéma… Le succès du film repose en partie sur ses épaules!
Et que dire de l’interprétation de Pierre Niney, déja Césarisé avec le biopic sur Yves St Laurent et qui n’était pas passé inaperçu dans Frantz de François Ozon… Il est très crédible dans le rôle de Romain GARY. Les seconds rôles campés par Didier Bourdon en Paul Poiret de pacotille mais surtout Jean-Pierre Darroussin qui interprète un artiste peintre Polonais, Monsieur Zaremba, sont également intéressants!
L’écrivain fascine. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, si Yvan Attal débute son film Le brio, une pâle copie de « A voix haute » avec Daniel Auteuil et Camelia Jordana, par des images d’archives de Claude Levi-Strauss, Serge Gainsbourg, Jacques Brel et… Romain Gary. Car cet auteur, est l’un des plus grands mystificateurs de la littérature Française. Il a eu le privilège de remporter deux fois le prix Goncourt qui n’est normalement décerné qu’une seule fois à un écrivain : la première fois sous le nom de Romain Gary avec Les Racines du Ciel en 1956 et la deuxième fois sous le pseudonyme d’Emile Ajar avec La vie devant soi publié en 1975.
Le personnage fascine parce qu’il s’est suicidé en 1980.
Il a eu une vie romanesque de grand séducteur : il a été marié deux fois dont une fois avec l’actrice Jean Seberg (qu’on retrouve dans le chef-d’oeuvre de Jean-Luc Godard, A bout de souffle) avec qui il a eu un fils, Diego.
Aujourd’hui encore, le rayonnement de Romain Gary apparaît au détour des pages d’un best-seller de Katherine Pancol quand elle dédie ses romans « Les Yeux jaunes des crocodiles », « La valse lente des tortues », « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi » à un certain Roman à qui elle pense en se tournant vers la voûte étoilée. Et comme par magie, c’est ce même Roman (le vrai nom de Romain Gary est Roman Kacew) qui achève son roman, La promesse de l’aube en écrivant : «  Qu’on veuille bien regarder attentivement le firmament, après ma mort : on y verra, aux côtés d’Orion, des Pléïades ou de la Grande Ourse, une constellation nouvelle : celle du Roquet humain accroché de toutes ses dents à quelque nez céleste. » Romain Gary a été un Pygmalion pour Katherine Pancol de toute évidence en lui ouvrant les portes du monde littéraire!
Mais l’amour que lui a inspiré toutes ces femmes est bien terne en comparaison de celui qu’il a voué à sa mère! La mesure de cet amour maternel tient à la démesure!
Donc Bravo à Eric Barbier pour ce film très réussi! Du coup, on en oublierait presque qu’il y avait déjà eu une adaptation au cinéma de ce roman, en 1970, par Jules Dassin, le père de Joe, avec Melina Mercuri dans le rôle de Mina.
Enfin pour finir, Romain Gary continue de faire parler de lui en-dehors du cinéma puisque le dernier roman de François-Henri Désérable, « Un certain M. Piekielny« , part sur les traces de cet écrivain, et fait référence à un épisode de La promesse de l’aube qui est occulté dans le film.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Un-certain-M.-Piekielny

Enfin, dernière petite anecdote, Laurent Seksik qui avait écrit un livre sur « Les derniers jours de Stefan Zweig » a également publié « Romain Gary s’en va-t-en guerre. » Et en première de couverture, il annonce la couleur avec cette phrase : « On associe le génie de Gary à sa mère. L’énigme Gary, c’est son père. »




[Critique de film] Mektoub my love d’Abdellatif Kechiche : l’amour dure trois heures!

28032018
mektoub my love
Avec Mecktoub My love, Abdellatif Kechiche nous démontre une nouvelle fois que le cinéma est comme une écriture moderne dont l’encre est la lumière.
Mektoub signifie littéralement en arabe « C’est écrit » et évoque le destin.
My love veut dire « Mon amour » en anglais.
Canto Uno fait référence en Italien à La Divine Comédie de Dante.
Ce film est donc le premier volet d’un diptyque dont la date de sortie de la suite n’est pas encore annoncée.
Luis Bunuel avait marqué les esprits avec son film, Cet obscur objet du désir dans lequel il associait l’amour et le désir à la souffrance et à des scènes d’attentat.
Dans Mektoub my love, Abdellatif Kechiche évoque ce « lumineux » objet du désir. En filmant ses personnages dans des scènes d’été éblouissantes il réconcilie le désir avec la vie! Ce dernier film est une ode qui célèbre la jeunesse, l’insouciance, la beauté des corps et la sensualité. Si tout vrai regard est un désir, le dernier film de Kechiche est un regard sur le désir!
En matière de cinéma, Abdellatif Kechiche est comme le roi Midas, tout ce qu’il touche se transforme en Palme d’or, Lion d’argent, César, prix d’interprétation, etc…
Des exemples ?
Avec ses cinq précédents films il a remporté :
  • La faute à Voltaire en 2000 : meilleure première oeuvre à la Mostra de Venise
  • L’esquive en 2005 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario
  • La graine et le mulet en 2007 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario, Lion d’argent et grand prix du jury à la Mostra de Venise
  • La vie d’Adèle en 2013 : Palme d’or à Cannes

La critique est unanime et dithyrambique : son sixième opus est un chef d’oeuvre.

Néanmoins, ce film de trois heures souffre de quelques longueurs. Abdellatif Kechiche excelle dans l’art de saisir la réalité en nous la restituant de telle sorte que le spectateur devienne à son insu un voyeur, l’écran de cinéma un trou de serrure béant. Le spectateur découvre l’intimité des protagonistes sans fard. Abdellatif Kechiche adopte un point de vue naturaliste avec sa caméra.
Ce film est effectivement un hymne à l’amour : il s’inspire librement d’un roman autobiographique de François Bégaudeau, La blessure, la vraie.
Il raconte, le temps des vacances, pendant l’été 1994, les marivaudages de deux cousins de retour dans leur ville natale, Sète. L’un est actif, c’est Tony car il est très entreprenant avec les filles et s’abandonne aux jeux de l’amour et du hasard. Il est en quelque sorte volage puisque le film s’ouvre sur ses ébats amoureux avec Ophélie, une amie d’enfance dont le petit ami, Clément, est éloigné sur le porte-avion Charles de Gaulle.
Mais quelques heures plus tard, à la plage, il fait la rencontre d’une vacancière avec qui un nouvel idylle semble naître.
Son pouvoir de séduction incommensurable auprès des femmes lui permet d’avoir l’embarras du choix et quelque fois, le choix de l’embarras.
Alors que la jeunesse s’agite autour de lui, Amin est plus réservé, en retrait. « Sage est celui qui a su garder son coeur d’enfant » lui adresse-t-on en guise de compliment pendant que ses compagnons s’engagent dans une danse étourdissante. Dans ce film, la danse n’est que l’expression verticale d’un désir horizontal. Si Tony est actif en matière d’amour, Amin est passif : il adopte le point de vue du spectateur comme au début du film où il surprend son cousin et Ophélie en les observant par la fenêtre.
Apprenti scénariste sur Paris, il est passionné par la photographie. Plus qu’un simple spectateur, on comprend que Amin est l’alter-ego du réalisateur Abdellatif Kechiche qui se projette dans ce personnage. Il y a une véritable mise en abyme dans ce film quand Kechiche filme le jeune Amin tentant de photographier un agnelage.
Les deux cousins, nous entraînent dans une ronde épicurienne étourdissante et enivrante. Mais si le personnage de Tony donne l’impression d’être volage, il semble néanmoins entiché d’Ophélie. Cette dernière a un petit ami très possessif. Loin des yeux, loin du coeur pour la belle Ophélie, qui oublie Clément dans les bras de Tony.
Mais Tony est obligé de flirter avec d’autres filles pour détourner les soupçons qui pèsent sur sa relation adultérine avec Ophélie. Amin est également très proche d’Ophélie mais il développe avec elle une relation d’amitié. Il l’accompagne à la ferme où elle vit avec ses parents et ses soeurs pour filmer l’accouchement d’une brebis qui donne naissance à deux petits. C’est donc à un hymne à l’amour et à la vie que nous convie le réalisateur avec son dernier film!
Les images de l’été sont illuminées par le soleil : la critique parle à juste titre de film éblouissant et lumineux!
Mektoub my love, Canto Uno, évoque un peu par son sujet Conte d’été d’Eric Rohmer en décrivant un marivaudage d’été.
Une nouvelle fois dans ce film, Abdellatif Kechiche excelle dans la direction des acteurs. Tel un Pygmalion, il révèle le talent d’illustres inconnus, parfois d’acteurs amateurs plus vrais que nature dans les personnages qu’ils incarnent.
Comme dirait Sacha Guitry « Tous les hommes sont des comédiens à part quelques acteurs. » Kechiche l’a bien compris en révélant une nouvelle fois des actrices inconnues mais promises à un brillant avenir aux Césars telles que Ophélie Bau qui campe le rôle de… Ophélie, ou encore Lou Luttiau dans un second rôle qui incarne Céline, Alexia Chardard si juste dans le personnage de Charlotte. A noter également la performance de Shaïn Boumedine, qui joue le rôle d’Amin ou celle de Salim Kechiouche qui interprète Tony.
Kechiche a confié ses rôles principaux à des non-professionnels. Avant de s’engager sur le tournage, Ophélie Bau préparait un concours d’auxiliaire puéricultrice, Alexia Chardard venait d’arrêter la fac de théâtre, Lou Luttiau travaillait dans un McDonald’s pour financer son école de danse et Shaïn Boumedine travaillait comme plagiste après avoir raté son inscription en BTS. Tous s’étaient présentés au casting pour faire de la figuration. Finalement Kechiche les a enrôlé pour jouer les têtes d’affiche de son nouveau film.
Pour mémoire, Abdellatif Kechiche a révélé sinon sublimé dans ses films précédents des acteurs tels que Sami Bouajila dans La Faute à Voltaire, Sarra Forrestier (César du meilleur espoir féminin) dans L’Esquive, Hafsia Herzi (César du meilleur espoir féminin) ou Sabrina Ouazzani dans La graîne et le mulet ainsi que Adèle Exarchopoulos (César du meilleur espoir féminin) ou Lea Seydoux dans La vie d’Adèle
Godard disait : «La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde… » Pour toucher cette vérité dans Mektoub My love, les acteurs se sont imprégnés de leur personnages en étant logés dans les lieux de tournage eux-même. Shaïn Boumedine qui interprète Amin a vécu avec celle qui incarne sa mère (qui n’est autre que la sœur de Kechiche) dans l’appartement de leurs personnage. Ophélie BAU a été en immersion dans une ferme où elle a été hébergée par les propriétaires de la bergerie qui incarnent dans le film les parents de son double fictionnel. Elle a ainsi appris à mettre bas une brebis ou à faire du fromage.
Kechiche réussit un tour de magie en captant l’intention de ses personnages à travers sa caméra. A ce sujet, la chroniqueuse Claire Diao relate une anecdote très révélatrice du cinéma de Kechiche qu’elle tient de Salim Kechiouche sur le tournage de La Vie d’Adèle. L’acteur qui incarne Tony, tenait un rôle secondaire dans La vie d’Adèle. A la demande de KECHICHE, il lui a été demandé d’apprendre une déclaration d’amour par cœur. Il devait la réciter devant Adèle Exarchopoulos. Et au moment de la déclamer devant la caméra, Kechiche a dit : « Coupez ! ». Devant l’effarement de l’acteur qui du coup avait les jambes coupées puisqu’il a appris un texte par cœur et il n’a pas eu le temps de prononcer un seul mot, Kechiche lui rétorqua : « je voulais juste capter ton intention. Et c’est ce que ma caméra vient de saisir. »
Même si son dernier film primé à Cannes, La vie d’Adèle a soulevé une polémique en raison des conditions difficiles et des contraintes que le réalisateur imposaient à ses actrices, on reconnaît dans son désir de prendre un nombre incalculable de prises pour une même scène la marque d’un perfectionniste. Kechiche est un éternel insatisfait qui n’a de cesse de satisfaire son public!
C’est parce que le verbe filmer se conjugue toujours à l’imparfait de l’objectif qu’Abdellatif Kechiche travaille avec acharnement chaque séquence comme un long métrage autonome. Si le film s’ouvre sur une scène d’amour entre Tony et Ophélie, la deuxième séquence où Amin retrouve Ophélie et engage une longue discussion avec elle a donné lieu à plus de 100 prises.
Si les détails font la perfection, la perfection de ses films n’est pas un détail! En digne héritier de Maurice Pialat, Abdellatif Kechiche a trouvé la martingale qui crée un cinéma très exigeant mais néanmoins populaire.
Après La vie d’Adèle, et son despotisme dans la direction des acteurs, une nouvelle polémique s’est créée autour de son nouveau film, Mektoub my love où les critiques reprochent au réalisateur l’insistance de sa caméra sur les formes callipyges de son actrice principale, Ophélie Bau au point de devenir obsessionnelle. On avait déjà remarqué ce penchant dans un précédent film, La Vénus noire qui évoquait le destin singulier de la Vénus Hottentote. Mais résumer cette fresque généreuse à un regard appuyé sur des corps dénudés, c’est passer à côté de la poésie de cette ode à la jeunesse et à la séduction dans laquelle Marivaud à rendez-vous avec Renoir.
Avec ce nouveau long-métrage, on a un condensé de toute la filmographie de Kechiche. Quinze ans après L’Esquive, Mektoub my love fait référence à Marivaud par ses jeux amoureux. Ce nouvel opus évoque également La graîne et le mulet dans la mesure où l’histoire prend pour cadre la ville de Sète. L’attirance de Céline pour Ophélie est enfin un clin d’œil aux amours saphiques d’Emma et d’Adèle.
Mais si Mektoub my love pêche dans un domaine, c’est d’abord pour ses longueurs, qui donnent le sentiment que, comme au théâtre, l’unité de temps est respectée, que la durée de la scène coïncide avec la durée de l’action représentée.
La faute en revient peut être au style naturaliste des films de Kechiche. A force de vouloir être au plus près du réel, il nous fait penser à ce peintre qui s’était perdu dans le paysage qu’il avait peint…



BASIC INSTINCT I & II : les dents de l’amour!

27032018

basic intinst

Il y a eu avant Basic Instinct et après… Ce film a fait date dans l’histoire du cinéma en réinventant en 1992 le concept du thriller érotique.

Et s’il y avait une esthétique dans l’érotisme ? Basic Instinct est un des rares films à me le faire penser. En effet grâce à l’érotisme, la femme n’est pas seulement un objet (l’objet de notre regard) elle est aussi un sujet car elle se réapproprie son propre corps. Elle l’expose dans un premier temps (en cela elle est un objet) mais elle oriente le regard d’autrui, elle lui fixe des limites à travers le décolleté, la mini-jupe, et tout autre artifice qui crée le jeu érotique. On a tous en tête la scène dans Basic Instinct où Sharon Stone alias Catherine Trammell décroise ses jambes. L’érotisme est un jeu entre le visible et l’invisible. Basic Instinct est peut être le seul film érotique de toute l’histoire du cinéma dans lequel le septième art a rendez-vous avec le septième ciel.

Beaucoup de films qui portent le label EROTIQUE sont en fait des films vulgaires, obscènes dans lesquels les femmes (car ce sont souvent elles les héroïnes principales) sont confinées dans ce rôle d’objet.

Avec Basic Instinct, l’érotisme triomphe car Sharon Stone est à la fois objet et sujet…

Beaucoup de réalisateurs se sont inspirés de Basic Instinct pour nous offrir de pâles ersatz de thrillers érotiques à l’instar de Jade (avec Linda Fiorentino), Body (avec Madonna), Fatale (de Brian de Palma avec Rebecca Romijn-Stamos) et maintenant… Basic Instint II!

Eh oui le nouvel opus de Basic Instinct est loin d’égaler le premier film.

On a quand même le plaisir de retrouver une Sharon Stone proche de la cinquantaine mais au sommet de sa beauté. C’est une bombe anatomique ou une blonde atomique. Cette femme n’est pas seulement une créature de rêve, c’est aussi une récréature. Elle est dans BASIC INSTINCT II en état de garce!

Catherine Trammell a donc quitté San Francisco et l’inspecteur Nick Corran (alias Michael Douglas) pour Londres où un éminent psychologue doit faire une analyse de sa personnalité dans le cadre de la mort d’un footballeur.

Ce psychologue est incarné par David Morissey qui a autant de charisme qu’un pudding anglais.

Le film commence pourtant sur les chapeaux de roue ou plutôt à 180 kilomètres à l’heure avec une scène torride qui est la seule digne de BASIC INSTINCT I. En effet, Catherine Trammell est au volant d’un bolide avec un joueur de football qui occupe… la place du mort! Le joueur de football est incarné par l’ancienne star du championnat d’Angleterre, Stan Collymore.

Ce dernier peut à peine bouger sous l’effet de la drogue. Mais Catherine Trammell fonce à 180 à l’heure et à mesure que la vitesse augmente elle a une espèce de rapport sexuel avec son passager qui la conduit à l’orgasme. Au paroxysme du plaisir, elle fait une sortie de route et se retrouve dans la Tamise. Son passager meurt noyé. Dans le cadre de l’enquête qui doit déterminer si la mort de son compagnon est accidentelle, elle rencontre un éminent psychologue qu’elle va réussir à manipuler. Ce dernier découvre notamment son ex-femme assassinnée. A noter que l’arme du crime est moins un pic à glace qu’une ceinture dans la plupart des cas.

Comme dans Basic Instinct I, Sharon Stone incarne une femme belle comme Vénus, riche comme Crésus, mais pas aussi innocente que Dreyfus!

En Italien, BELLA DONNA, signifie une BELLE FEMME. En anglais, BELLADONNA désigne un POISON MORTEL. N’est-ce pas la preuve évidente que ces deux langues sont finalement assez proches ?

Dans BASIC INSTINCT II Sharon Stone reprend son rôle de mante religieuse dont le goût du risque et la fascination devant la mort des autres constituent peut-être ses seules raisons de vivre! Les hommes ne se méfient jamais assez des dents de l’amour! Ils courent toujours après les femmes qui les font… marcher. Catherine Trammell est experte en manipulation. Elle accepte de se faire analyser par un éminent psychologue dans le seul but d’opérer sur lui un transfert et d’inverser insidieusement les rôles patient-docteur. Son arme reste le divan où elle se confie au psychologue. Avec Catherine Trammell, gare à DIVAN LE TERRIBLE! Son psy pense l’analyser, en réalité, elle s’est déjà insinué dans son cerveau… Elle l’a littéralement subjugué avec son charme incommensurable!

On a tellement aimé le premier film qu’on peut bien être indulgent devant les grandes imperfections de cette suite qui m’a laissé franchement sur ma faim!

De toute manière comme dans le premier volet, il y a deux fins possibles…

Dans le premier volet, le grand débat était : Est-ce que c’est la blonde ou la brune ? Dans le second volet, la grande question est : est-ce que c’est Catherine Tramell ou bien…

Bon allez, j’en ai assez dit! Allez le voir vous-même si vous voulez vous faire votre propre opinion.




[Critique de film] Tout le monde debout : Plus on est debout, plus on rit!

23032018

TOUT LE MONDE DEBOUT

Tout le monde debout est le titre du premier film de Franck Dubosc en tant que réalisateur.

C’est un film dans lequel l’humoriste s’est taillé un rôle sur mesure : Jocelyn, chef d’entreprise, menteur et dragueur invétéré de 49 ans. Pour draguer la voisine de sa mère, il se fait passer pour un handicapé en chaise roulante. Mais cette dernière lui présente sa soeur, qui est elle-même handicapée sur un fauteuil roulant.
Ce film aurait pu être le gag du handicapé dans Bienvenue chez les Chtis étendu sur 1H30 s’il n’y avait pas un certain nombre d’ingrédients qui devrait garantir à cette comédie la recette du succès. C’est d’abord une comédie romantique qui, au lieu de rire des handicapés, rit avec eux. C’est cela la différence entre l’humour et l’esprit. L’esprit rit des choses, l’humour rit avec elles. Franck Dubosc fait preuve d’une grande délicatesse et d’une belle sensibilité pour éluder les maladresses inhérentes au traitement d’un tel sujet : le handicap. Il traite avec légèreté d’un sujet grave sans tomber dans l’écueuil des trémolos.
Son film se moque notamment du regard condescendant que les autres portent sur les handicapés. Au lieu de réaliser une comédie romantique qui met en scène un clivage social ou culturel, Franck Dubosc a privilégié le clivage physique. Un homme valide et une femme handicapée peuvent-ils dépasser leur différences physiques pour que leur amour triomphe ? L’amour peut-il être plus fort que la pitié ?
A la base Franck Dubosc voulait intituler son film « Lève-toi et marche ». En choisissant « Tout le monde debout », il reprend la bourde qu’avait réalisée son ami, François Feldman à l’occasion du 10ème Téléthon en 1998. En interprétant sa chanson « Joue pas » en duo avec Joniece JAMISON, il s’était adressé à un public de paraplégiques en disant « Tout le monde debout ». Puis, il s’était repris en ajoutant : « Là-haut. » Le mal était fait puisque la séquence a fait le bonheur des bêtisiers…
Franck Dubosc veut faire de cette maladresse quelque chose de positif en rappelant que le handicap est dans la tête : que des personnes assises sur un fauteuil roulant sont davantage debout que des personnes valides parce qu’elles ont un supplément d’âme en plus! A l’instar d’Alexandra Lamy qui explique à Franck Dubosc dans le film que ce qu’une partie de son corps ne peut plus ressentir, c’est dans sa tête qu’elle le vit! Elle compense son handicap physique, en ayant une vie cérébrale plus riche : elle réfléchit plus vite, elle va plus vite, elle vit chaque moment avec plus d’intensité!
De nombreux films ont rencontré le succès en évoquant ce thème délicat depuis National 7, jusqu’à Intouchables ou Patients plus récemment. Ce film dresse une passerelle entre les personnes handicapées et les personnes valides. Loin de les ostraciser, Franck Dubosc adopte une démarche d’entrer en empathie avec elles en se mettant complètement dans leur situation même si c’est à des fins de séduction (le personnage cherche à séduire sa voisine et le réalisateur à séduire le public en créant un comique de situation).
Tout le monde debout, c’est une comédie romantique sur le handicap physique qui va marcher!
D’abord parce que ce film est porté par le charisme et la grâce d’Alexandra Lamy. Cette actrice sublime son personnage par son sourire et son regard enjôleur qui ne manqueront pas de conquérir le public. Pour interpréter le rôle de Florence, cette violoniste handicapée, elle a beaucoup travaillé. Notamment avec une championne de tennis fauteuil, Emmanuelle Morch, qui a participé aux jeux paralympiques de Rio de Janeiro.
Ensuite, elle s’est exercée au violon pour donner davantage de crédibilité à son rôle. Enfin, elle a passé plusieurs mois en fauteuil roulant pour acquérir certains automatismes et donner davantage de relief à son personnage.
L’actrice de 46 ans, Alexandra Lamy, participe grandement à la réussite de ce film. Son personnage est solaire, magnifique, spontané, drôle et ne manquera pas de subjuguer le public comme elle a pu enjôler le personnage, incarné par Franck Dubosc, qui est égoïste, misogyne, menteur et arriviste! Jocelyn est un chef d’entreprise qui vend des chaussures de sports. Il est devenu cynique car à force de trop se regarder il ne voit plus les autres. Et on découvre tout au long du film que ce qu’il dissimule est plus beau que ce qu’il montre! Tout le paradoxe du personnage, c’est qu’il est beaucoup plus beau dans son mensonge et dans un fauteuil roulant, que dans la réalité et dans sa porsche rouge où il est humainement moche.
C’est le contraste entre les deux personnages, ainsi que le comique de situation qui naît de cette rencontre où Jocelyn s’englue dans un mensonge et se prend à son propre piège : faire croire qu’il est handicapé pour séduire Julie quand celle-ci lui présente sa soeur, Florence, qui est réellement handicapée!
On notera, la performance également, dans un personnage secondaire, d’Elsa Zylberstein, qui joue le rôle de l’assistante de Jocelyn. Elle est l’archétype d’une secrétaire, amoureuse transie de son patron. Par ses maladresses et son franc-parler elle égaye le film en mettant souvent les pieds dans le plat! C’est grâce à elle qu’on comprend à la fin du film que Jocelyn commence à regarder enfin les autres.
L’humour et les fous rires sont aussi garantis par l’antagonisme entre des scènes d’un romantisme débordant, un dîner aux chandelles dans une piscine, et d’autres scènes d’une réalité crue et prosaïque comme celle où Jocelyn subit une coloscopie .
Le message de ce film est de nous inviter à regarder la personne avant la différence, à ne pas considérer le vase, mais son contenu!
Malgré son succès avec Camping et de nombreuses comédies populaires, Franck Dubosc montre avec ce film que son talent va bien au-delà de l’interprétation de personnages de beaufs au coeur tendre! C’est un réalisateur en herbe qui pour un coup d’essai a réalisé un coup de maître en mettant beaucoup de lui-même dans son film. Il s’est notamment servi du handicap de sa mère comme point d’entrée!
Cet humoriste a gardé une grande simplicité, comme lorsqu’il visite à Noël, les enfants hospitalisés à Robert Debré, et distribue des jouets dans le cadre de l’association CE KE DU BONHEUR dont il est le parrain avec Omar Sy. C’est d’ailleurs la femme d’Omar Sy qui gère cette association caritative qui apporte un peu de réconfort à des enfants malades.
S’il est agréable d’être important, il est aussi important d’être agréable. Et dans ce registre, Franck Dubosc nous montre l’exemple. A l’instar du Docteur Patch, par son action, il nous rappelle que RIRE c’est la moitié de GUE-RIRE. Et même si certaines maladies sont incurables, son film fait beaucoup de bien car il nous dessille les yeux. Comme disait Gérard Jugnot : « Le comique, c’est comme les essuie-glaces, ça n’empêche pas la pluie, mais ça permet de voir plus claire pour avancer. »



[Critique du film] LooKING for ERIC : la fureur de survivre!

12032018

Looking_for_Eric

Jean-Michel Larqué remarquait  » Tous les entraîneurs vous le diront : une passe est un message. » Eh bien le message de ce film… C’est précisément une passe. A la question de savoir quel est le plus beau geste dans la carrière d’Eric Cantona en Angleterre, beaucoup d’images de ses buts reviennent à l’esprit. Mais curieusement, le plus beau moment de sa carrière n’a pas été marqué par un de ses buts mais par une passe aveugle géniale à l’un de ses partenaires, IRWIN.
Dans ce film, le football devient une métaphore de la vie. Car Eric Bishop est un postier qui est en situation d’échec sur le plan sentimental et au niveau de l’éducation de ses enfants. Un jour, alors qu’il a beaucoup fumé de substances illicites, il s’adresse au poster d’Eric Cantona qui lui répond. Son idole va devenir le coach d’Eric Bishop et lui permettre de reprendre sa vie en main, de créer sa réalité au lieu de la subir. Ce film est un chef-d’oeuvre car toute sa magie est de rendre visible ce lien invisible qui existe entre un supporter de Manchester, et son idole, Eric Cantona. Si le football est une métaphore de la vie, comment Eric Bishop va-t-il pouvoir sortir de l’impasse dans la crise qu’il traverse avec ses beaux fils en s’inspirant de la brillante carrière d’Eric CANTONA ? Evidemment, ce film s’adresse en premier lieu à tous les amoureux du ballon rond qui retrouvent avec plaisir Eric Cantona, l’enfant terrible du football Français dans les années 80 et dans les années 90. Juste quelques faits qui ont contribué à bâtir sa légende :
En 1987, il traite le sélectionneur de l’équipe de France, Henri Michel de  » sac à merde  » car ce dernier ne le retient pas en équipe de France lors d’un match. Il est suspendu de l’équipe de France 1 an.
En Janvier 1989, il est remplacé avec l’OM au cours d’un match amical contre le Torpedo de Moscou. Furieux, Cantona sort en jetant le maillot de l’OM par terre. Il est sanctionné un mois avant d’être prêté à Bordeaux.
En 1991, alors qu’il évoluait avec le Nîmes Olympique contre l’AS St Etienne, une décision d’arbitrage le met hors de lui. Il jette le ballon sur la tête de l’arbitre! Il est suspendu 1 mois par la commission de discipline. Il décide alors de résilier son contrat et de s’expatrier en Angleterre à Leeds puis ensuite à Manchester. A Leeds, il conquiert son premier titre de champion d’Angleterre. Il déclara aux supporters anglais :  » Why I love you ? I don’t know why but I love you.  » A Manchester, alors qu’Aimé Jaquet, nouveau sélectionneur de l’équipe de France, en fait son capitaine, une nouvelle affaire va éclater. Lors d’un match où il est expulsé contre Crystal Palace, Cantona répond à un supporter qui l’insulte, en lui faisant une démonstration de… Kung FOOT! Inquiète sa mère contacta Guy Roux car elle craignait, non pas la sanction que risquait son fils qui encourait une peine de prison, mais la réaction de ce dernier à l’encontre de son juge. Guy Roux, l’ancien entraîneur d’Eric Cantona à Auxerre aurait même fait intervenir François Mitterand qui lui avait promis de lui rendre service un jour en cas de besoin. Au sortir du tribunal, son avocat persuade Eric Cantona de répondre aux questions des 500 journalistes qui l’attendaient en conférence de presse. Il leur déclara :  » Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Devant l’assistance médusée, Cantona dit au-revoir, se leva, et laissa les journalistes commenter sa phrase et l’analyser de 1000 façons différentes. Il est finalement exclu des terrains neuf mois. Après son retour dans l’équipe de Manchester, Aimé Jaquet ne le réintégra plus jamais en équipe de France.

Si vous n’aimez pas le football et encore moins Eric Cantona, ce film, Looking for Eric, peut quand même vous plaire. Tout simplement parce que les images d’archives qui font référence à sa brillante carrière à Manchester où il s’est quand même distingué dans le bon sens du terme sont réduites à la portion congrue. Ce film est magique car il nous montre que dans la vie c’est comme sur un terrain de football : nous avons tous un but à atteindre. Pour faire face à un problème, il y a deux solutions. Soit on mise sur ses qualités individuelles et finalement on va se retrouver en situation d’échec à l’instar d’Eric Bishop qui tente par lui-même de raisonner le voyou qui fait pression sur son beau-fils. La deuxième solution, et c’est tout le message du film : c’est de jouer avec ses partenaires, de faire confiance à ses co-équipiers. Dans la vie, il y a des gens qui sont avec nous, nos proches, nos amis, nos collègues car ils ont des intérêts communs avec nous. Ils font donc partie de la même équipe que nous. A travers ce film, Ken Loach veut nous prouver que la victoire appartient à ceux qui savent  » impliquer  » toutes les forces vives qui sont à leur disposition.

Malgré le talent individuel d’un Eric Cantona, le message de ce film est altruiste. Il vise à nous rappeler que dans une équipe de football il y a toujours 11 joueurs. Et la valeur de l’équipe est supérieure à la somme des parties qui la composent. 1+1=3. Si l’on regarde le palmarès des joueurs élus ballons d’or, on se rend compte qu’il n’ y a pas de grands joueurs en dehors d’une grande équipe.  » Nul ne s’élève trop haut, s’il vole de ses propres ailes  » disait William Blake. Les grands joueurs sont ceux qui bonifient le travail de l’équipe. Mais au final, c’est toujours un groupe qui parvient à mettre en exergue la singularité d’un grand joueur. Pourquoi Cantona a-t-il explosé en Angleterre à Manchester alors que dans les autres clubs, il était sur le banc de touche ? A Marseille, Raymond Goethals lui aurait même dit un jour :  » Si tu n’aimes pas être assis sur le banc de touche, tu peux prendre une chaise et t’asseoir à côté ».

Pour résoudre ses problèmes, Eric Bishop va donc devoir s’épancher auprès de ses collègues et de ses amis. Il va donc devoir essayer de faire appel à leur aide en s’ouvrant à eux. De même que sur un terrain de football Cantona pouvait faire confiance au talent de ses partenaires pour concrétiser une belle phase de jeu dont il était l’instigateur. Loin d’enfermer le supporter dans un microcosme du plus pur machisme, la passion du football permet à Eric Bishop de s’ouvrir aux autres et de devenir plus humain.

Personnellement, à quelques rares exceptions, je n’aimais pas du tout KEN LOACH. J’ai aimé de lui : JUST A KISS et I DANIEL BLAKE. Mais aucun autre de ses film n’avait réussi à m’accrocher. Pourtant il a obtenu deux fois la palme d’or à Cannes avec LE VENT SE LEVE et I DANIEL BLAKE.

Ce film émouvant m’a définitivement réconcilié avec Ken Loach.
LooKING for ERIC fait référence dans le titre au surnom d’Eric Cantona en Angleterre : le King ERIC. Il marque la rencontre entre un grand réalisateur anglais et l’un des joueurs cultes de Manchester United. Le résultat est impressionnant car les deux montagnes auraient pu accoucher d’une souris comme ça a d’ailleurs été le cas lorsque Emir Kusturica, mon réalisateur préféré, a fait un film sur Maradona, le plus grand joueur de football de tous les temps. Le résultat a été une énorme déception pour moi. Mais dans le cas de ce film de KEN LOACH, j’ai été très agréablement surpris. Je dis chapeau bas aux anglais car ils ont réussi avec ce film à rendre hommage à ce grand joueur de football, truculent, impétueux et sanguin qui a trouvé grâce à leurs yeux dans le championnat d’Angleterre. Seul Alex Fergusson a réussi à gérer la personnalité d’Eric Cantona à Manchester. Ce film est un véritable bijou qui nous montre tout ce qu’un joueur de football peut apporter à travers ses exploits aux supporters anonymes qui viennent l’encourager sur un terrain de football. En supportant les grands joueurs, ils nous apportent en retour ce petit supplément d’âme sans lequel les vicissitudes de la vie seraient moins supportables! On supporte les grands joueurs pour qu’ils nous aident à supporter les petitesses de la vie! Le football est peut être le nouvel opium du peuple. Les stades de football sont sûrement les temples d’une religion moderne dans laquelle les grands joueurs sont à nos yeux de veritables dieux… du stade! Le football a une fonction cathartique : on se purge de nos passions et on se purifie de nos émotions en les vivant sur le mode imaginaire. Le football est un exutoire à nos problèmes dans lequel on recherche ce petit supplément d’âme qui nous fait parfois tant défaut dans le quotidien!

A noter aux débuts des années 2000, la sortie également d’une comédie anglaise beaucoup plus légère qui a su rendre hommage d’une manière différente à un autre grand joueur anglais de Manchester (mais si! mais si!) : David Beckham. Le titre du film : JOUE-LA COMME BECKHAM. Ce film qui fait référence à Beckham, bien que moins profond, est attachant quand même, comme le prouve l’immense succès qu’il a rencontré au box-office!

Eric Cantona a été désigné récemment par un sondage en Angleterre, meilleur joueur du siècle du championnat Anglais. Cantona est l’un des seuls Français à avoir fait chanter la Marseillaise aux supporters de Manchester qui l’adulaient.

Une dernière petite anecdote pour conclure. Eric Cantona jouait avec le col de son maillot relevé. Eric Bishop par mimétisme fait pareil dans ce film. On en a fait une question esthétique alors qu’Eric Cantona essayait juste de se protéger du froid étant sujet à des torticolis!

Quinze ans après avoir déclaré aux journalistes  » Quand les mouettes suivent un chalutier c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Eric Cantona confia :  » Aujourd’hui, presque quinze ans après, je peux vous dire le vrai sens de cette phrase. Il fallait juste comprendre : “Je suis en train de ne rien vous dire du tout” ».

Pour moi Eric Cantona c’est une légende comme James Dean. C’est un James Dean qui n’est pas mort!




Coup de tête : les recettes d’un film culte sur le ballon rond

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Coup de tête est un film incontournable pour les amoureux du ballon rond car il évoque l’épopée d’un club amateur dans une petite ville de province sur fond de satire sociale. Ce film marque la rencontre d’un scénariste de génie dont les personnages fétiches ont baigné notre enfance,  Francis WEBER, avec un grand réalisateur à succès, Jean-Jacques Annaud.

La bande originale du film composée par Pierre BACHELET, participe au succès de Coup de tête. Pierre Bachelet est considéré en 1979 comme un illustrateur sonore qui collabore dans différents projets publicitaires.

Ce film est porté par un excellent Patrick Dewaere dans le rôle de François Perrin accompagné par une pléiade de seconds rôles : Michel Aumont, Jean Bouise (dans une caricature de Noël Le Graët), Bernard-Pierre Donnadieu, Gérard Hernandez (qu’on a le plaisir de retrouver actuellement dans Scènes de ménage), Jean-Pierre Daroussin, Robert Dalban, Maurice Barrier, etc…

Mais quels sont les ingrédients d’un tel succès qui flirta avec le million d’entrées en salles en 1979 ?

 

Un personnage emblématique des comédies Françaises : François Perrin

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François Perrin est un personnage que le public Français connaît bien, sorti tout droit de l’imagination de Francis Weber (auteur à succès de pièces de théâtre et de comédies Françaises). Ce nom ne vous dit vraiment rien ?

Si vous n’avez pas vu Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud, dont François Perrin est le personnage principal, vous avez sûrement rencontré ce héros au détour d’un autre film…

Le Grand Blond avec une chaussure noire, Le retour du grand blond avec une chaussure noire, La chèvre, Le jaguar, Le jouet, etc… ça ne vous dit vraiment rien ?

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François Perrin, qui est un cousin proche de François Pignon, représente un personnage récurrent dans les films où Francis Weber intervient en tant que scénariste.

Il a été incarné par Jean-Pierre Marielle (Cause toujours tu m’intéresses), Pierre Richard (le Jouet, Le grand Blond avec une chaussure noire, le retour du grand blond avec une chaussure noire, la Chèvre, On aura tout vu), Patrick Bruel (le Jaguar) ou Patrick Dewaere (Coup de tête).

Le point commun entre ces personnages, qui font désormais partie du folklore des comédies populaires Françaises, est de se retrouver dans une situation qui les dépasse, voire dont ils n’ont même pas conscience; dans un certain nombre de cas, les Pignon/Perrin se démarquent par leur candeur (parfois à la limite de l’idiotie), leur grande naïveté et leur gentillesse. C’est toujours le même petit homme dans la foule, plongé dans une situation qui le dépasse et dont il parvient à se sortir en toute inconscience.

Qu’ils soient cons (dans le Dîner de con), suicidaire (dans l’emmerdeur) ou malchanceux (dans la Chèvre), les François Perrin/François Pignon incarnent de grands naïfs!

Mais ils ont aussi la faculté de se rebeller et de se venger car comme dirait Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Et c’est le ressort de bon nombre de comédies de Francis Weber.

Dans Coup de Tête, François Perrin passe pour le dindon de la farce jusqu’à ce que le vent tourne. Car si François Perrin a conscience que dans une réception mondaine, il ne se situe pas du bon côté du buffet, il est un garçon plutôt qu’un monsieur, il va, grâce à la magie du football et de la coupe de France être porter au pinacle par toute une ville alors que quelques heures plus tôt, il était voué aux gémonies et croupissait en prison.

 

Jean-Jacques ANNAUD

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Coup de tête, c’est la rencontre d’un scénariste populaire, Francis Weber et d’un grand cinéaste qui va connaître une longue histoire d’amour avec le public à partir de ce film : il s’agit de Jean-Jacques Annaud. Pour se convaincre du succès de ce réalisateur, il suffit de regarder les chiffres du box-office qui couronnent des films ambitieux, audacieux, qui restituent la conquête du feu durant la préhistoire dans la Guerre du feu, ou qui se passe au Moyen-Âge (dans l’adaptation du roman éponyme de Umberto Eco, le Nom de la rose), dont les héros sont des animaux comme dans L’ours ou dans 2 Frères. Ses films nous font voyager dans le temps et dans l’espace comme en chine dans l’Amant (l’adaptation du roman de Marguerite Duras), au Tibet dans 7 ans au Tibet, en Russie pendant la seconde guerre mondiale dans Stalingrad, etc….

Coup de tête et le seul film contemporain de Jean-Jacques Annaud et qui se passe en France.

C’est la seule comédie franchouillarde dans la filmographie de Jean-Jacques Annaud.

1977 : La victoire en chantant : fiasco au box-office français mais succès aux Etats-Unis avec l’oscar du meilleur film étranger

1979 : Coup de tête 902 144 entrées

1981 : La guerre du feu 4 951 574 entrées

1986 : Le nom de la rose 4 955 664 entrées

1988 : L’Ours  9 136 266 entrées (le film détient le record d’audience d’un film de fiction en attirant le 23 février 1992 lors de sa première diffusion en France sur la chaîne TF1 16,4 millions de téléspectateurs)

1992 : l’Amant  3 156 124 entrées

1997 : 7 ans au Tibet 2 798 490 entrées

2001 : Stalingrad 1 110 380 entrées

2004 : 2 frères 3 326 113 entrées

2007 : Sa majesté minor 139 521 entrées

2011 : L’or noir 215 640 entrées

2015 : Le dernier loup 1 277 584

Au cours de ses 11 derniers films, Jean-Jacques Annaud a rassemblé 31 969 500 spectateurs dans les salles. Peu de réalisateurs français peuvent se vanter d’avoir une telle côte d’amour auprès du grand public. Sans compter les entrées réalisées dans les différents pays où ses films se sont exportés. Le dernier loup a réalisé 16 millions d’entrées en Chine par exemple.

De 1979 à 2004, Jean-Jacques Annaud a toujours franchi la barre du million d’entrées en salles pour chacun de ses films. Il connaît son premier revers en 2007 suite à la sortie de Sa majesté Minor. En 2011, il connaît un nouvel échec cuisant avec Or Noir. Mais tel un phénix qui renaît de ses cendres, il retrouve le chemin du succès en 2015 dans le cadre d’une superproduction franco-chinoise. Après avoir été banni par la Chine suite à la sortie de son film 7 ans au Tibet, ce pays lui déroule le tapis rouge pour adapter l’un des romans chinois les plus populaires sorti en 2004 : le totem du loup.

Jean-Jacques Annaud, membre de l’académie des beaux arts se définit comme un Français de l’étranger. Ce réalisateur a donc trois caractéristiques :

1/ Il est populaire comme en atteste son succès au box-office

2/ Il tente des paris cinématographiques ambitieux, audacieux qui permettent au spectateur de voyager dans le temps et dans l’espace.

3/ Il a dirigé de grands acteurs étrangers tels que Sean Connery ou Christian Slater dans Le Nom de la rose, ou Brad Pitt dans 7 ans au Tibet, ou Jude Law et Rachel Weisz dans Stalingrad, Guy Pearce dans Deux Frères, Jane March ou Tony Leung Ka Fai dans l’Amant, etc…

 

L’épopée de l’En Avant Guingamp en 1972-1973 a inspiré le film

Trincamp, la ville dans laquelle habite François Perrin a un nom qui sonne un peu comme Guingamp… Et pour cause ! C’est bien au parcours de l’En Avant Guingamp dont le film fait allusion. Et Jean Bouise qui incarne le président de Trincamp, Monsieur Sivardière, est une caricature de Noël Le Graët.

Le club amateur évolue en 1972 en Division supérieure régionale (DSR) et terrasse six équipes de niveau supérieur en coupe de France, dont quatre professionnelles (Laval, Brest, Le Mans et Lorient). Avant d’être sévèrement battu par Rouen, en 8e de finale.

Cette épopée avait débuté deux ans plus tôt avec les juniors qui ont atteint les quarts de finale de la Gambardella, face à Saint-Etienne  de Christian Sarramagna, Jacques Santini, Patrick Revelli, Christian Lopez, Christian Synaeghel (défaite 1-0).

L’échec est le fondement de la réussite. Et c’est sur cet échec en coupe Gambardella, suivi deux ans plus tard par un échec en 8ème de finale de la coupe de France que Guingamp va poser les fondements de ses futurs succès et de son irrésistible ascension vers le monde professionnel. Suite à l’épopée de Guingamp en coupe de France, le club ramassa un pactole de 800 000 francs qui lui permit  de construire l’avenir. Avec le même noyau de joueurs, l’équipe va passer de la division supérieure régionale en 1972 à la deuxième division en 1977.

Noël Le Graët a tout juste 30 ans quand il reprend les rênes de l’En Avant Guingamp au début des années 70. Il est grossiste en électro-ménager.

Coup de tête c’est d’abord un grand coup de pied dans la fourmilière du football.

 

Anecdotes

Le but égalisateur de Trincamp n’avait pas du tout été prévu comme dans le film, mais Patrick Dewaere était tellement maladroit au foot que lorsque le corner a été tiré, il s’est tourné par peur de recevoir le ballon sur la figure. Il l’a finalement pris sur le talon et a marqué. La scène a été conservée pour son aspect comique.

Parmi le casting, on trouve bon nombre de comédiens spécialistes du doublage, aussi bien avant qu’après. Citons Patrick Floersheim (Michael Douglas, Robin Williams, …), Jacques Frantz (Robert De Niro, Mel Gibson, …), Dorothée Jemma (Jennifer Aniston, Melanie Griffith, …), Michel Fortin (Danny De Vito, John Voight, …), Robert Dalban (Clark Gable), Gérard Hernandez (Grand Schtroumpf) ou encore Bernard-Pierre Donnadieu (Harvey Keitel, Brendan Gleeson, …).

 

Critique du film

François Perrin : « Je vais essayer de vous faire rire. C’est l’histoire d’un mec qui viole une fille, et comme on a besoin de lui pour jouer au foot, on accuse un pauvre connard. Vous la connaissez, président, oui? Je peux la raconter ? Asseyez-vous ; vous serez mieux pour rigoler ! ASSEYEZ-VOUS !! On ne bouge pas ! S’il y en a un qui se lève, je raconte tout à la presse, tout ce que je sais ! On se tait ! C’est moi qui parle, maintenant. »

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Dans Coup de tête, Patrick Dewaere interprète le rôle de François Perrin, ce footballeur ostracisé par la ville de Trincamp en raison d’un viol qu’il n’a pas commis, avant d’être érigé en héros pour un but marqué involontairement.

Pour passer du banc de touche au ban de la société, il n’y a que l’espace d’un faux pas que François Perrin franchit bien à son insu au début du film. En effet, lors d’un entrainement qui met en confrontation l’équipe A à l’équipe réserve de Trincamp, François Perrin a un contact viril mais régulier avec la star de l’équipe, Berthier, qui le prend en grippe et qui décrète qu’il ne veut plus voir Perrin sur un terrain de football.

Après avoir été renvoyé de l’équipe de football, il ne faut que trois semaines pour que Perrin perde sa place dans l’usine où il travaille et dont le patron n’est autre que le président du club de football de la ville.

Ne retrouvant plus du travail dans sa ville, François Perrin décide de quitter Trincamp, où seule Marie, l’épouse d’un représentant de commerce souvent absent, le retient encore. Mais le soir où il vient faire ses adieux à Marie, tout va basculer.

Une notable de la ville est agressée sexuellement devant deux dirigeants du club, et une voisine qui identifient formellement Perrin comme étant le coupable idéal.

Il est donc jeté aux gémonies et emprisonné pour un viol qu’il n’a pas commis. Mais si François Perrin est innocent, dans ce cas-là, quel est le coupable ? Le spectateur découvre grâce à ce film que dans le milieu du football, il y a des coups de tête qui partent de plus bas!

Ce film dénonce la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Perrin contre Berthier. Trincamp contre une équipe professionnelle.

Patrick Dewaere s’est suicidé trois ans après la sortie du film, le 16 Juillet 1982 en se tirant une balle dans la bouche en regardant son miroir avec le pistolet que lui avait offert son ami, Coluche. C’est lui qui illumine ce film en interprétant le rôle de Perrin. Il joue le rôle de Monsieur Tout le Monde, mais comme personne !

Ce film dénonce aussi la lutte du pot de terre contre le pot de vin. Dans le milieu du football, où l’enjeu prend le dessus sur le jeu, il y a des passe-droits.

Il dénonce la versatilité des foules manipulées sans vergogne par des dirigeants cyniques qui ont parfaitement compris qu’entre le football et la politique, la ligne de démarcation est mince car ils constituent tous les deux une bonne façon d’agiter le peuple avant de s’en servir !

Nietzsche disait : « La démence chez un individu est quelque chose de rare. Chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c’est la règle. »

 

Citations cultes extraites du film

François Perrin : Moi aussi j’ai beaucoup voyagé pendant ces quelques mois de chômage. Je connais bien l’Afrique maintenant. Avec un balai et sans quitter Trincamp, j’ai découvert le Sénégal, le Togo, le Mali, le Tchad… Le nombre de tribus que j’ai pu croiser ! J’en arrivais à me demander ce que foutaient les missionnaires dans la brousse alors qu’il y a tant de boulot dans nos caniveaux ! J’ai fait l’Afrique Noire dans la voirie, l’Afrique du Nord dans les Travaux Publics, les Antilles et l’île Maurice dans les restaurants, à la plonge. Je suis allé là où l’homme blanc ne s’aventure plus. Et tout ça sans passeport, avec juste une carte de chômeur.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je me suis dit : j’ai réussi à être le dernier à Trincamp. Avec un peu d’ambition, j’arriverai à être le dernier à Paris.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière : J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qu’attendent qu’une occasion pour s’agiter.

Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je reviendrai !

Le directeur de la prison : Sûrement pas !

Patrick Dewaere et Hubert Deschamps, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Mais… ce soir-là… y a eu viol ?

Stéphanie : Non, tentative, seulement.

François Perrin : Ah ben c’est peut-être moi, alors !

Patrick Dewaere et France Dougnac, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je suis un bébé dans la foule. J’plaisante pas. Quand j’étais petit, on m’a foutu à la crèche. Une grande crèche avec plein d’mômes, et moi au milieu. Pour pas nous confondre ils nous avait mis des petits bracelets, au poignets. Mais un jour y a une grande bagarre de bébé, on a été trois-quatre à perdre notre bracelet.

Alors la voisine, la pauvre quand elle est venue me rechercher, elle savait p’us trop où elle en était. Elle en a pris un au hasard. J’plaisante pas. C’est peut être pas moi qui vous parle, maintenant.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Brochard : Hé Spivac, tu sais ce qu’il a dit le numéro 10 ? Les Polacks, il leur chie sur la gueule.

Langlumey (l’entraineur) : C’ui là, il touche plus un ballon.

Michel Aumont et Michel Fortin, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Brochard : On marque pas avec ses pieds, on marque avec ses couilles !

Sivardière: On ne gagne pas avec sa technique, on gagne avec sa haine.

 

Michel Aumont et Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Langlumey (l’entraineur) : La technique elle est simple, on va leur taper dans l’chou à ces merdeux, ils nous ont traités de gonzesses, on va leur faire voir si on a des p’tites bites.

Alors Berthier, Morillotet et Spivac, je veux que vous me les dé-fon-ciez.

Michel Fortin, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière (déchirant des billets de 100 francs et les distribuant au joueurs pendant la mi-temps) : L’autre moitié à la fin du match si on gagne.

 

Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

François Perrin : Je vais essayer de vous faire rire. C’est l’histoire d’un mec qui viole une fille, et comme on a besoin de lui pour jouer au foot, on accuse un pauvre connard. Vous la connaissez, président, oui? Je peux la raconter ? Asseyez-vous ; vous serez mieux pour rigoler ! ASSEYEZ-VOUS !! On ne bouge pas ! S’il y en a un qui se lève, je raconte tout à la presse, tout ce que je sais ! On se tait ! C’est moi qui parle, maintenant.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière : Mais qu’est ce qu’on va bien pouvoir lui trouver à cet abruti ?

Brochard : Bah à la piscine municipale, ils ont parlé d’engager un maitre-nageur.

Sivardière : C’est d’accord, il est maître-nageur à la piscine municipale !

Lozerand : Il sait nager ?

Brochard : Complique pas, toi !

Jean Bouise, Michel Aumont et Paul Le Person, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Au service militaire y avait un adjudant chef qui s’appelait Colombelle, on l’appelait la Colombe. Il m’a emmerdé pendant 13 mois tu peux pas savoir… Et pendant 13 mois je me suis dit, toi mon pote si je te recroise dans le civil , je t’écrase la gueule!

Le routier : Ouais et alors?

François Perrin : Alors, y a pas longtemps dans un Prisunic qui je recroise…? La Colombe!

Il était là avec son petit caddie, il s’approche de moi en souriant et puis il me dit : Ooh ça va? Tu sais ce que j’ai fait?

Le routier :Non!

François Perrin :Je lui ai répondu ça va…

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

J’ai compris qu’il y avait 2 façons de porter une veste blanche Comme un homme ou comme un garçon

Patrick Dewaere




Critique de La guerre est déclarée : c’est le film de l’année!

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Quel est donc ce film dont la critique est dithyrambique et qui vient d’être proposé récemment par le CNC pour représenter la France aux Oscars 2012 ? La guerre est déclarée raconte l’histoire de Roméo et de Juliette dans le Paris d’aujourd’hui. Dès leur première rencontre, ils savent que leur amour est voué à un destin tragique. Quelques temps plus tard, le fruit de leur amour, Adam, a 18 mois et ne marche toujours pas. De plus, il développe une dissymétrie faciale et vomit de manière spectaculaire. Le scanner révèle qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. La Guerre est déclarée est une grande réussite car il part d’un sujet glauque, le cancer d’un enfant, pour nous proposer l’un des films les plus jubilatoires de l’année 2011. Valérie Donzelli, la réalisatrice, traite un sujet dramatique sur le mode de la comédie. Toute la magie et l’originalité de cette réalisatrice est de nous offrir un film jouissif, positif, drôle, émouvant, optimiste dans lequel l’amour de Roméo et Juliette est plus fort que la mort. Elle traite avec légèreté de choses graves et avec gravité de choses légères. L’humour, c’est la politesse du désespoir comme dans cette scène où Roméo explique à son banquier pourquoi il est en découvert. Cette scène nous démontre aussi la volonté de la réalisatrice de ne pas sombrer dans le pathos.
Dans une situation de crise, le cancer de leur enfant, la difficulté va éprouver l’amour de Juliette et de Roméo. C’est dans cette terrible épreuve que le couple s’épanouit et se renforce. Comme dirait Alfred de Musset, L’homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. L’une des répliques cultes est peut-être lorsque Roméo dit à la fin de l’histoire : « Tu me fais bien du bien Juliette. Je n’aurai jamais pu vivre ça avec quelqu’un d’autre que toi. » Ce film est autobiographique car les deux acteurs, qui ont écrit le scénario à quatre mains, Valérie Donzelli et Jérémy Elkaïm, se sont inspirés de leur propre histoire. Ils ont eu ensemble deux enfant avant de se séparer. Leur couple se reforme donc devant la caméra. Ils sont d’autant plus crédibles que leur grande complicité sur le plan artistique crève l’écran. La guerre est déclarée a été salué par la semaine de la critique au dernier festival de Cannes. Valérie Donzelli est la grande révélation de cette année 2011. Je connaissais déjà sa voix pour l’avoir entendue dans la chanson 15 Août dans l’album La Superbe de Benjamin Biolay. C’est également au côté de Benjamin Biolay que Valérie Donzelli a joué récemment le rôle d’Anna dans le film Pourquoi tu pleures ? Avec La Guerre est déclarée, Valérie Donzelli et Jérémy Elkaïm font une belle déclaration d’amour à leur fils Gabriel… La souffrance de l’enfant est occultée par l’histoire d’amour entre Roméo et Juliette. En choisissant ces prénoms, Valérie Donzelli voulait que ses deux principaux protagonistes incarnent l’archétype du couple amoureux. Leur fils s’appelle Adam, comme le premier homme, ce qui est assez logique dans la mesure où il est le fruit de l’amour avec un grand A. Et ce film n’est rien d’autre qu’une belle histoire d’amour entre deux êtres qui doivent faire face à la maladie de leur enfant. Il décortique la relation amoureuse depuis l’ivresse des premiers jours jusqu’au désenchantement du quotidien. Mais loin de révéler des problèmes latents dans le couple, ce drame va permettre de créer davantage de complicité et de liens entre les amoureux qui sortent grandis de leur expérience. Leur plus belle arme contre le cancer de leur fils Adam, c’est leur bonheur contagieux qui éclabousse ce film. Et le bonheur ne se multiplie qu’en se divisant… C’est donc en ayant tenu un journal, une sorte carnet de bord, pendant cette période de sa vie où elle a été confrontée à la tumeur au cerveau de son fils, que Valérie Donzelli a puisé l’inspiration de cette autofiction. Ce film est donc une catharsis dans laquelle ses deux co-auteurs, se purgent de leurs émotions en les re-vivant sous le mode de la fiction. De tout ce qui a pu être dit ou écrit sur ce chef-d’oeuvre, qui est le grand évènement cinématographique de l’année, je ne retiendrai que ce commentaire, un tantinet chauvin d’un critique dans Télérama. Il nous dit que le cinéma américain a ses super-héros aux pouvoirs multiples. Le cinéma Français nous propose à travers ce film des héros du quotidien qui élèvent modestement l’humanité à défaut de la sauver. Si ce film est légèrement influencé par des virtuoses du septième art tels que Jacques Demy (ne serait-ce que lorsque les deux acteurs interprètent la chanson Ton grain de beauté sur des arrangements de Benjamin Biolay) vous ne serez pas déçu non plus par l’écclectisme de la bande originale dans laquelle Sébastien Tellier ou Peter Von Poehl y cotoient Vivaldi, Georges Delerue ou Jacno y cotoient Jean Sébastien Bach… C’est à Jérémie Elkaïm que l’on doit ce patchwork musical qui fait également le charme de La guerre est déclarée.

Pour conclure, Valérie Donzelli nous prouve grâce à cette autofiction qu’un vrai couple, c’est quand l’ensemble est plus résistant que chacun de ceux qui le composent. Et ça tombe bien car dans cette histoire, notre couple d’amoureux entre en résistance en déclarant la guerre à la mort. Ce film est un hymne à la vie, il nous délivre un message d’espoir et une leçon de courage!




Critique du film LA FILLE DU PUISATIER de Daniel Auteuil

25042011

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Un proverbe dit : « En avril, ne te découvre pas d’un film. » Et si vous craignez d’attraper un coup de froid, rien de tel qu’un film qui vous transporte sous le soleil de Provence… Après Jean de Florette, Manon des sources ou encore La Gloire de mon père et Le château de ma mère, Daniel Auteuil nous offre une nouvelle adaptation au cinéma d’un roman de Marcel Pagnol.
Avant de briller dans Jean de Florette et dans Manon des sources, Daniel Auteuil a longtemps été associé à des comédies populaires et légères (Les sous-doués notamment).
C’est dans ces deux films que Daniel Auteuil a pris toute sa dimension de comédien dramatique en incarnant Ugolin et en raflant le césar du meilleur acteur en 1986.
C’est donc dans l’univers de Marcel Pagnol que l’acteur se lance pour sa première réalisation en tant que metteur en scène avec une nouvelle adaptation de La fille du puisatier.
Daniel Auteuil est à la fois derrière et devant la caméra en incarnant le puisatier. Son film est servi par de bons acteurs : Nicolas Duvauchelle, Jean-Pierre Daroussin, Sabine Azéma, Kad Merad, Astrid Berges-Frisbey dans le rôle éponyme ou encore Marie-Anne Chazel. Avec de tels acteurs, la mayonnaise, ou plutôt, l’aïoli, ne pouvait que prendre…
L’histoire se déroule peu avant la seconde guerre mondiale à Salon de Provence où la fille d’un modeste puisatier est séduite par le fils d’une famille bourgeoise dont le père tient un bazar.
Suite à leurs brèves rencontres, Patricia, la fille du Puisatier, tombe enceinte de Jacques. Mais son amant est enrôlé à la dernière minute dans l’armée et doit donc rejoindre le front sans avoir le temps de la revoir ou de lui expliquer son départ.
La fille révèle son chagrin à son père qui décide de rendre visite à la famille de Jacques Mazel. Bien que rustre, ce puisatier est aussi orgueilleux et plein d’honneur. C’est un personnage digne d’une pièce de Corneille car il est prêt à sacrifier l’amour qu’il voue à sa fille sur l’autel de son honneur. Si la famille du jeune homme qui l’a mise enceinte n’accepte pas sa fille, cette dernière deviendra une fille-mère et son enfant sans père sera un bâtard.
Le puisatier estime que sa fille l’a trahi et déshonoré. Il envisage de l’abandonner et de la renier. Pascal Amoretti, le puisatier que Daniel Auteuil joue, est un personnage intègre qui est peut-être pauvre parce qu’il travaille au fond d’un puit et que sa condition sociale est basse, mais il a des valeurs morales très élevées. Daniel Auteuil incarne un puit de conscience ! On appréciera dans ce film l’humanité et la simplicité de l’acteur-réalisateur qui restitue toute la justesse de l’œuvre de l’écrivain. Pour s’attaquer à un tel projet après la première version de Pagnol en 1940 avec Raimu et Fernandel, il fallait avoir beaucoup d’audace !
Daniel Auteuil signe un film à la fois sensible, pleins d’émotions et fidèle à l’esprit de Marcel Pagnol. Tous les acteurs ont adopté l’accent provençal incontournable chez cet auteur. Grâce à leurs accents, ils parlent de cette région du midi de la France même lorsqu’ils n’en parlent pas. Est-il possible d’adapter un roman de cet auteur sans cet accent qui nous fait respirer les parfums de la lavande et du romarin, entendre le chant des cigales et nous éclaire avec le soleil de la Provence ? Un film inspiré d’une œuvre de Pagnol sans un tel accent serait comme une anchoïade sans anchois ! Le personnage principal, le puisatier, est un héros haut en couleur. Il est truculent car lorsqu’il rend visite à Madame et Monsieur Mazel en vue de marier Patricia, il présente toutes ses autres filles comme un fermier montrerait la bonne santé de ses bêtes dans le but de les vendre. Mais derrière la truculence du personnage, il y a la noblesse de ses sentiments qui prend le dessus et qui l’élève au-dessus de sa modeste condition matérielle. Ce n’est pas parce qu’il passe le plus clair de son temps au fond d’un puit, qu’il est un… sot. D’ailleurs un proverbe dit : « Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que des sotes gens. » Et ce puisatier parvient à faire passer pour des sots, cette famille et cette mère dont la soif de réussite sociale qu’elle nourrit pour son fils parvient à corrompre les sentiments et les actions… Au contraire, Pascal Amoretti, grâce à ses valeurs morales qui font toute sa richesse, est encore plus profond que les puits dans lesquelles il gagne sa vie!
Daniel Auteuil s’est à ce point impliqué dans la réalisation de ce film, qu’il en tient le rôle clef et que c’est son fils, Zachary Auteuil, qui joue le rôle du fils de La fille du puisatier.
Si c’est une oeuvre de Marcel Pagnol adaptée par Claude Berri qui nous avait révélé le talent d’acteur de Daniel Auteuil, c’est encore une oeuvre de Marcel Pagnol qui nous révèle aujourd’hui le grand réalisateur qui sommeillait en Daniel Auteuil…







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