Critique de La guerre est déclarée : c’est le film de l’année!

8102011

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Quel est donc ce film dont la critique est dithyrambique et qui vient d’être proposé récemment par le CNC pour représenter la France aux Oscars 2012 ? La guerre est déclarée raconte l’histoire de Roméo et de Juliette dans le Paris d’aujourd’hui. Dès leur première rencontre, ils savent que leur amour est voué à un destin tragique. Quelques temps plus tard, le fruit de leur amour, Adam, a 18 mois et ne marche toujours pas. De plus, il développe une dissymétrie faciale et vomit de manière spectaculaire. Le scanner révèle qu’il est atteint d’une tumeur au cerveau. La Guerre est déclarée est une grande réussite car il part d’un sujet glauque, le cancer d’un enfant, pour nous proposer l’un des films les plus jubilatoires de l’année 2011. Valérie Donzelli, la réalisatrice, traite un sujet dramatique sur le mode de la comédie. Toute la magie et l’originalité de cette réalisatrice est de nous offrir un film jouissif, positif, drôle, émouvant, optimiste dans lequel l’amour de Roméo et Juliette est plus fort que la mort. Elle traite avec légèreté de choses graves et avec gravité de choses légères. L’humour, c’est la politesse du désespoir comme dans cette scène où Roméo explique à son banquier pourquoi il est en découvert. Cette scène nous démontre aussi la volonté de la réalisatrice de ne pas sombrer dans le pathos.
Dans une situation de crise, le cancer de leur enfant, la difficulté va éprouver l’amour de Juliette et de Roméo. C’est dans cette terrible épreuve que le couple s’épanouit et se renforce. Comme dirait Alfred de Musset, L’homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. L’une des répliques cultes est peut-être lorsque Roméo dit à la fin de l’histoire : « Tu me fais bien du bien Juliette. Je n’aurai jamais pu vivre ça avec quelqu’un d’autre que toi. » Ce film est autobiographique car les deux acteurs, qui ont écrit le scénario à quatre mains, Valérie Donzelli et Jérémy Elkaïm, se sont inspirés de leur propre histoire. Ils ont eu ensemble deux enfant avant de se séparer. Leur couple se reforme donc devant la caméra. Ils sont d’autant plus crédibles que leur grande complicité sur le plan artistique crève l’écran. La guerre est déclarée a été salué par la semaine de la critique au dernier festival de Cannes. Valérie Donzelli est la grande révélation de cette année 2011. Je connaissais déjà sa voix pour l’avoir entendue dans la chanson 15 Août dans l’album La Superbe de Benjamin Biolay. C’est également au côté de Benjamin Biolay que Valérie Donzelli a joué récemment le rôle d’Anna dans le film Pourquoi tu pleures ? Avec La Guerre est déclarée, Valérie Donzelli et Jérémy Elkaïm font une belle déclaration d’amour à leur fils Gabriel… La souffrance de l’enfant est occultée par l’histoire d’amour entre Roméo et Juliette. En choisissant ces prénoms, Valérie Donzelli voulait que ses deux principaux protagonistes incarnent l’archétype du couple amoureux. Leur fils s’appelle Adam, comme le premier homme, ce qui est assez logique dans la mesure où il est le fruit de l’amour avec un grand A. Et ce film n’est rien d’autre qu’une belle histoire d’amour entre deux êtres qui doivent faire face à la maladie de leur enfant. Il décortique la relation amoureuse depuis l’ivresse des premiers jours jusqu’au désenchantement du quotidien. Mais loin de révéler des problèmes latents dans le couple, ce drame va permettre de créer davantage de complicité et de liens entre les amoureux qui sortent grandis de leur expérience. Leur plus belle arme contre le cancer de leur fils Adam, c’est leur bonheur contagieux qui éclabousse ce film. Et le bonheur ne se multiplie qu’en se divisant… C’est donc en ayant tenu un journal, une sorte carnet de bord, pendant cette période de sa vie où elle a été confrontée à la tumeur au cerveau de son fils, que Valérie Donzelli a puisé l’inspiration de cette autofiction. Ce film est donc une catharsis dans laquelle ses deux co-auteurs, se purgent de leurs émotions en les re-vivant sous le mode de la fiction. De tout ce qui a pu être dit ou écrit sur ce chef-d’oeuvre, qui est le grand évènement cinématographique de l’année, je ne retiendrai que ce commentaire, un tantinet chauvin d’un critique dans Télérama. Il nous dit que le cinéma américain a ses super-héros aux pouvoirs multiples. Le cinéma Français nous propose à travers ce film des héros du quotidien qui élèvent modestement l’humanité à défaut de la sauver. Si ce film est légèrement influencé par des virtuoses du septième art tels que Jacques Demy (ne serait-ce que lorsque les deux acteurs interprètent la chanson Ton grain de beauté sur des arrangements de Benjamin Biolay) vous ne serez pas déçu non plus par l’écclectisme de la bande originale dans laquelle Sébastien Tellier ou Peter Von Poehl y cotoient Vivaldi, Georges Delerue ou Jacno y cotoient Jean Sébastien Bach… C’est à Jérémie Elkaïm que l’on doit ce patchwork musical qui fait également le charme de La guerre est déclarée.

Pour conclure, Valérie Donzelli nous prouve grâce à cette autofiction qu’un vrai couple, c’est quand l’ensemble est plus résistant que chacun de ceux qui le composent. Et ça tombe bien car dans cette histoire, notre couple d’amoureux entre en résistance en déclarant la guerre à la mort. Ce film est un hymne à la vie, il nous délivre un message d’espoir et une leçon de courage!




Critique du film LA FILLE DU PUISATIER de Daniel Auteuil

25042011

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Un proverbe dit : « En avril, ne te découvre pas d’un film. » Et si vous craignez d’attraper un coup de froid, rien de tel qu’un film qui vous transporte sous le soleil de Provence… Après Jean de Florette, Manon des sources ou encore La Gloire de mon père et Le château de ma mère, Daniel Auteuil nous offre une nouvelle adaptation au cinéma d’un roman de Marcel Pagnol.
Avant de briller dans Jean de Florette et dans Manon des sources, Daniel Auteuil a longtemps été associé à des comédies populaires et légères (Les sous-doués notamment).
C’est dans ces deux films que Daniel Auteuil a pris toute sa dimension de comédien dramatique en incarnant Ugolin et en raflant le césar du meilleur acteur en 1986.
C’est donc dans l’univers de Marcel Pagnol que l’acteur se lance pour sa première réalisation en tant que metteur en scène avec une nouvelle adaptation de La fille du puisatier.
Daniel Auteuil est à la fois derrière et devant la caméra en incarnant le puisatier. Son film est servi par de bons acteurs : Nicolas Duvauchelle, Jean-Pierre Daroussin, Sabine Azéma, Kad Merad, Astrid Berges-Frisbey dans le rôle éponyme ou encore Marie-Anne Chazel. Avec de tels acteurs, la mayonnaise, ou plutôt, l’aïoli, ne pouvait que prendre…
L’histoire se déroule peu avant la seconde guerre mondiale à Salon de Provence où la fille d’un modeste puisatier est séduite par le fils d’une famille bourgeoise dont le père tient un bazar.
Suite à leurs brèves rencontres, Patricia, la fille du Puisatier, tombe enceinte de Jacques. Mais son amant est enrôlé à la dernière minute dans l’armée et doit donc rejoindre le front sans avoir le temps de la revoir ou de lui expliquer son départ.
La fille révèle son chagrin à son père qui décide de rendre visite à la famille de Jacques Mazel. Bien que rustre, ce puisatier est aussi orgueilleux et plein d’honneur. C’est un personnage digne d’une pièce de Corneille car il est prêt à sacrifier l’amour qu’il voue à sa fille sur l’autel de son honneur. Si la famille du jeune homme qui l’a mise enceinte n’accepte pas sa fille, cette dernière deviendra une fille-mère et son enfant sans père sera un bâtard.
Le puisatier estime que sa fille l’a trahi et déshonoré. Il envisage de l’abandonner et de la renier. Pascal Amoretti, le puisatier que Daniel Auteuil joue, est un personnage intègre qui est peut-être pauvre parce qu’il travaille au fond d’un puit et que sa condition sociale est basse, mais il a des valeurs morales très élevées. Daniel Auteuil incarne un puit de conscience ! On appréciera dans ce film l’humanité et la simplicité de l’acteur-réalisateur qui restitue toute la justesse de l’œuvre de l’écrivain. Pour s’attaquer à un tel projet après la première version de Pagnol en 1940 avec Raimu et Fernandel, il fallait avoir beaucoup d’audace !
Daniel Auteuil signe un film à la fois sensible, pleins d’émotions et fidèle à l’esprit de Marcel Pagnol. Tous les acteurs ont adopté l’accent provençal incontournable chez cet auteur. Grâce à leurs accents, ils parlent de cette région du midi de la France même lorsqu’ils n’en parlent pas. Est-il possible d’adapter un roman de cet auteur sans cet accent qui nous fait respirer les parfums de la lavande et du romarin, entendre le chant des cigales et nous éclaire avec le soleil de la Provence ? Un film inspiré d’une œuvre de Pagnol sans un tel accent serait comme une anchoïade sans anchois ! Le personnage principal, le puisatier, est un héros haut en couleur. Il est truculent car lorsqu’il rend visite à Madame et Monsieur Mazel en vue de marier Patricia, il présente toutes ses autres filles comme un fermier montrerait la bonne santé de ses bêtes dans le but de les vendre. Mais derrière la truculence du personnage, il y a la noblesse de ses sentiments qui prend le dessus et qui l’élève au-dessus de sa modeste condition matérielle. Ce n’est pas parce qu’il passe le plus clair de son temps au fond d’un puit, qu’il est un… sot. D’ailleurs un proverbe dit : « Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que des sotes gens. » Et ce puisatier parvient à faire passer pour des sots, cette famille et cette mère dont la soif de réussite sociale qu’elle nourrit pour son fils parvient à corrompre les sentiments et les actions… Au contraire, Pascal Amoretti, grâce à ses valeurs morales qui font toute sa richesse, est encore plus profond que les puits dans lesquelles il gagne sa vie!
Daniel Auteuil s’est à ce point impliqué dans la réalisation de ce film, qu’il en tient le rôle clef et que c’est son fils, Zachary Auteuil, qui joue le rôle du fils de La fille du puisatier.
Si c’est une oeuvre de Marcel Pagnol adaptée par Claude Berri qui nous avait révélé le talent d’acteur de Daniel Auteuil, c’est encore une oeuvre de Marcel Pagnol qui nous révèle aujourd’hui le grand réalisateur qui sommeillait en Daniel Auteuil…




Critique du film MA PART DU GATEAU de Cédric Klapisch : la crise sur le gâteau

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Si l’argent ne fait pas le bonheur, le manque d’argent le fait encore moins! J’ai été déçu par Ma part du gâteau, le dernier film de Cédric Klapisch. En partant du constat que nous vivons dans un monde qui fabrique de plus en plus de profits et où de moins en moins de gens en profitent, le réalisateur de L’auberge Espagnole, des Poupées Russes ou de Paris s’est attaqué à une comédie sociale à l’humour grinçant sur fond de crise économique. Ce film met en exergue l’antagonisme entre la France d’en haut, incarnée par Gilles Lellouche et la France d’en bas représentée par Karin Viard. Il met en scène l’opposition entre Steve, un trader sans foi ni loi qui évolue à la Défense et France, sa femme de ménage, une ancienne ouvrière du nord licenciée suite à la délocalisation de son entreprise en Chine. Ma part du gâteau a autant pour but de divertir que d’avertir. En trouvant un ressort comique dans une situation tragique, Cédric Klapisch atteind son premier objectif grâce à des scènes d’anthologie servies par une Karin Viard au sommet de son art. On se rappelle au passage que c’est Cédric Klapisch, ce grand Pygmalion du cinéma Français, qui avait révélé Karin Viard dans son premier long métrage Riens du tout en 1992. En revanche, ce film n’atteind pas son deuxième objectif car il sombre dans les clichés et nous propose une vision manichéenne de la société : il enfonce des portes ouvertes. Le réalisateur pose à travers ce film la question de savoir si le capitalisme est moral. Autrefois à la Bourse, on avait des valeurs, maintenant, on a des voleurs! Le personnage de Steve est perverti par un système dans lequel les hommes ne travaillent plus les uns avec les autres mais les uns contre les autres. Le metteur en scène sombre dans les lieux communs en opposant l’individualisme des riches à l’action collective des pauvres. Les uns sont solitaires, les autres sont solidaires. Ma part du gâteau se laisse néanmoins manger avec délice car Cédric Klapisch applique la recette des comédies populaires à base de dialogues savoureux qui a bâti son succès depuis le début de sa carrière même si la fin du film vous laissera sûrement sur votre faim. Ma part du gâteau fait plusieurs clins d’oeil à Pretty Woman car c’est une comédie sur la mixité sociale. La femme de ménage incarnée par Karin Viard évoque la Cendrillon que campait Julia Roberts. Mais Gilles Lellouche incarne un personnage cynique qui est aux antipodes de l’archétype du prince charmant. Si le malheur des pauvres est de voir le bonheur dans les richesses, le malheur des riches est de ne pas l’y trouver. Avec Ma part du gâteau, Cédric Klapisch nous rappelle que l’argent n’est que la fausse monnaie du bonheur.




Au-delà : le film le plus abouti de l’introspecteur Harry!

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Le dernier long-métrage de Clint Eastwood Au-delà est un film choral dans lequel trois histoires différentes ont un dénominateur commun : les personnages sont confrontés à l’expérience de la mort.
Il se passe sur trois continents : en Asie où le film commence par nous relater le drame du Tsunami dont échappe in extremis une journaliste Française incarnée par Cécile de France. Un autre drame se noue à Londres en Europe où deux frères jumeaux sont élevés par leur mère qui est sous la dépendance de la drogue. Les deux enfants essaient de protéger leur mère contre l’assistance publique qui la surveille et qui menace de lui retirer leur garde. Ils sont très solidaires l’un de l’autre mais un jour, un des jumeaux, Jason, est agressé alors qu’il voulait acheter des médicaments pour sa mère. Enfin, la troisième histoire met en scène Matt Damon dans le rôle d’un médium qui vit aux Etats-Unis. Cet homme possède un don qu’il considère comme une malédiction. Il a des visions qui lui permettent de transmettre aux gens les propos que leur proches n’ont pas eu le temps de leur dire avant de mourir. Loin de lui faciliter la vie, ce contact avec l’au-delà nuit à sa relation avec les vivants et notamment avec les femmes car il ne peut avoir un rapport d’égal à égal avec elles. Vivre pour les morts, ce n’est pas vivre…
Le destin de ces trois héros, George le médium américain, Marie, la journaliste Française et Marcus l’enfant anglais vont se croiser à la fin du film. Au-delà pose la question de savoir s’il y a une vie après la mort ? Après tout, il existe bien une mort après la vie… Comment donner un sens à sa vie, quand le sens de la mort nous échappe ? C’est la question que se pose la journaliste incarnée par Cécile de France. J’ai adoré ce film d’une rare sensibilité où Clint Eastwood nous gratifie d’un extraordinaire numéro de haute voltige dans lequel il évite à la fois de tomber dans le piège d’un film mièvre et dans les écueils du mélo-drame.
Evidemment, Clint Eastwood, à plus de 80 ans, s’interroge sur la mort. Lorsque nous perdons un être proche, un être qui nous est cher, à l’instar de Marcus, qui voit son frère jumeau Jason disparaître, on est extrêmement choqué. On a tellement besoin de faire un travail de deuil que la plupart des gens se raccrochent aux voyants et aux charlatans qui leur promettent d’entrer en contact avec l’au-delà. Chassez le surnaturel, il revient au grand galop. Ce film se présente comme un conte philosophique qui pose deux questions :
Y’a t-t-il une vie après la mort ? Comment vaincre notre angoisse de la mort ?
A la première question, il répond qu’il y a une vie après la mort… surtout pour ceux qui restent. Le médium incarné par Matt Damon, George, délivre à la fin du film un très joli message à Marcus : « Ton frère n’est pas mort puisqu’il continue de vivre en toi et toi tu continues de vivre en lui. » Ce film évoque par son côté fantastique La ligne verte car George possède un don qui constitue comme un pouvoir surnaturel et qui lui permet en l’occurrence de servir de moyen de communication entre les morts et les vivants. On dit que le monde est davantage peuplé de morts que de vivants. Et ce n’est pas faux car les morts continuent d’influencer nos vies à travers leur héritage et tout ce qu’ils nous ont transmis à travers les âges. Face à une expérience de mort imminente, Marie, la journaliste incarnée par Cécile de France va voir sa vie bouleversée. La réussite professionnelle qu’elle connait perd toute valeur face au choc d’une telle expérience. Si haut qu’on monte, on finit toujours par des… cendres.
J’ai adoré ce film car le réalisateur, Clint Eastwood nous propose une réflexion très personnelle sur le sujet de la mort qui le touche. Jusqu’à maintenant, Clint Eastwood avait exalté une morale puritaine dans ses films en sondant les frontières qui séparent le bien et le mal. Le spectateur, peut se sentir mal à l’aise comme dans Million Dollars Baby, où loin de voir un film sur le sport, le dépassement de soi et l’amour de la boxe, il se retrouve à son insu confronté au problème de l’euthanasie. Telle une tarte à la crème, Clint Eastwood a également abordé le thème de la peine de mort dans Jugé coupable. Les personnages de ses films sont souvent psycho-rigides à l’image du réalisateur dont la personnalité de perfectionniste saute aux yeux. Il compare toujours ce qui est à ce qui devrait être et il propose des histoires souvent manichéennes qui mettent en scène l’antagonisme entre le bien et le mal. Dans Impitoyable, il évoque aussi des thèmes chers à la morale puritaine tels que la rédemption d’un cow-boy qui renie la vie de débauche qu’il avait mené avant de se marier.
Culpabilité, rédemption, sacrifice, limites entre le bien et le mal, sont les thèmes récurrents dans le cinéma de Clint Eastwood. Mais malgré le côté moralisateur de ses films, il faut reconnaître qu’il a un talent fou qui parvient malgré tout à capter l’attention du spectateur devant l’écran à travers des chef-d’oeuvres tels que Gran Torino, Sur la route de Madison, etc… Avec son nouveau film, Clint Eastwood va  » au-delà  » de ce qu’il fait habituellement pour nous proposer une oeuvre magnifique dignes des meilleurs films chorals de Alejandro Gonzalez Inarritu tels que 21 grammes ou Babel. Dans Au-delà, on trouve même des analogies avec le thème abordé par Biutiful et le héros incarné par Javier Bardem ressemble un peu à Matt Damon grâce à son don de voyance. Mais ce pouvoir est comme un sortilège et Georges troquerait bien la mort et le para-normal pour avoir une vie normale. Telle une fable philosophique, Au-delà nous enseigne que c’est lorsque Georges rencontre la femme de sa vie qu’il se délivre de ce mauvais sort car aimer, c’est tuer la mort.
Lorsqu’on meurt, on lègue son corps à l’absence. Quand nous perdons un être cher, on dit qu’il disparaît. Mais c’est comme les bateaux qui s’éloignent à l’horizon. Ce n’est pas parce qu’on ne les voit plus et qu’ils quittent notre champ de vision qu’ils n’existent plus. Ils continuent de vivre en nous à travers notre mémoire et en même temps ils existent dans un au-delà dont on ignore tout à l’instar du médium qui ne sait pas du tout à quoi il ressemble. Les êtres qui nous sont chers occupent une place d’autant plus grande dans notre coeur qu’ils ne sont plus là pour l’occuper.
Beaucoup de critiques reprochent à ce film son manque d’action, ses longueurs, il dure plus de deux heures, et il y a beaucoup de temps… morts. Après avoir longtemps exploré les frontières qui séparent le bien et le mal, Clint Eastwood s’intéresse maintenant à la frontière qui sépare la vie et la mort. « Partir, c’est mourir un peu, mais mourir, c’est partir beaucoup. » remarquait Alphonse Allais. Existe-t-il une passerelle entre notre monde et l’au-delà ?
Y a-t-il une vie après la mort ? Qui mourra verra!




L’homme qui voulait vivre sa vie d’Eric Lartigau

28102010

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L’homme qui voulait vivre sa vie est un film qui va sortir le 3 Novembre avec Niels Arestrup, Marina Foïs (la compagne du réalisateur : Eric Lartigau), Romain Duris et Catherine Deneuve.

Ce film est l’adaptation d’un roman de Douglas Kennedy qui porte le même titre. Comme tous ses romans qui se lisent d’une traite au cours d’une nuit d’insomnie, il s’inscrit dans la lignée de ce qu’on appelle aujourd’hui « un page-turner » car l’auteur excelle dans l’art de donner envie à son lecteur de tourner au plus vite la page suivante. Douglas Kennedy est fidèle à son habitude de décrire la descente aux enfers de son personnage principal. Quand Ben Bradford, le héros de ce roman, a touché le fond, il continue de creuser… Ses romans appartiennent à une tradition anglo-saxonne dans laquelle l’histoire est plus importante que le style. L’homme qui voulait vivre sa vie raconte l’histoire d’un avocat de Wall Street qui mène une vie paisible en apparence avec sa femme et ses deux enfants. Mais tous deux ont renoncé à leur rêve : lui, celui de devenir photographe et elle, celui de publier un roman.

La naissance de leur deuxième enfant, Josh, qui les réveille au milieu de la nuit avec ses cris, est le prétexte de leurs disputes fréquentes. Le nourrisson ne dort jamais plus de 5 heures d’affilée. Sa femme se détache de son mari progressivement, jusqu’au jour où il soupçonne qu’elle mène peut-être une double vie…

Le début du roman ressemble étrangement à un film américain sorti en 2002, avec Richard Gere et Diane Lane, d’Adrian Lyne : Infidèle.

En fait, le scénario du livre est pratiquement identique à celui de ce film jusqu’à la fameuse rencontre entre Richard Gere et Olivier Martinez (l’amant de sa femme) et au moment où le mari trompé perd le contrôle de lui-même et commet l’irréparable.

C’est à ce moment précis, que le roman de Douglas Kennedy va se rapprocher d’un deuxième film : Plein Soleil de René Clément avec Alain Delon ou si vous préférez, Le talentueux Monsieur Ripley d’Anthony Minghela qui est une version plus récente du roman de Patricia Highsmith avec entre autres Jude Law et Matt Damon…

L’homme qui voulait vivre sa vie, nous relate l’histoire d’un homme qui découvre que sa femme a une double vie. En voulant vivre sa vie, le héros, va vivre, en fait, la vie de quelqu’un d’autre… (comme dans le talentueux Mr Ripley). Il va usurper une identité qui n’est pas la sienne.

Donc je pars avec des a priori très négatifs sur le film car l’histoire a déjà été traitée plusieurs fois au cinéma.

Dans la vie de tous les jours on joue tous un personnage (en latin, persona signifie le masque). C’est pour cette raison que Sacha Guitry remarquait :  » Tous les hommes naissent comédiens sauf quelques acteurs.  » Entre ce que nous voulons être, ce que les autres veulent que l’on soit, ce que l’on croit être et ce que l’on est vraiment, il y a toujours une différence. Le héros du roman de Douglas Kennedy, joue un rôle, celui que d’autres ont déterminé à sa place (son père notamment) afin qu’il ait un certain prestige social. Mais il a renoncé à son rêve : exprimer son âme d’artiste à travers la photographie. La réussite sociale ne suffit pas à son épanouissement car l’argent n’est que la fausse monnaie du bonheur. Sa femme se détache de lui et il est malheureux. Que de temps perdu à vouloir gagner sa vie. C’est parce que nous passons davantage de temps à vouloir gagner notre vie qu’à la vivre que de plus en plus de gens, aujourd’hui, décident de tout abandonner pour recommencer à zéro. Les exemples foisonnent autour de nous et on pourrait d’ailleurs se demander pourquoi Eric Lartigau n’est pas aller chercher François-Xavier Demaisons pour jouer le rôle principal puisque ce roman de Douglas Kennedy raconte un peu sa vie : celle d’un golden boy à Wall Street qui a tout plaqué pour mener une existence de saltimbanque et d’artiste. Il est plus important de réussir sa vie que de réussir dans la vie… De plus en plus de gens, rêvent de quitter le confort d’une vie sédentaire et de mener une existence nomade en s’exilant dans des contrées lointaines aux antipodes : en Australie par exemple… Donc la thématique de ce film peut les interpeller. Car c’est lorsqu’on s’éloigne de tout que l’on se rapproche de l’essentiel. Le roman de Douglas Kennedy est intéressant car il pose une problématique : sommes-nous les acteurs de notre propre vie ou de simples spectateurs ? Comment peut-on créer sa propre réalité au lieu de la subir ? Peut-t-on renoncer au renoncement ? Comme dirait le poète Thorau :  » Si tu n’es pas toi-même, qui donc le sera ? »




Critique du film : L’âge de raison

7082010

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La première partie de notre vie est gâchée par nos parents, et la seconde par nos enfants. Je préférais davantage Sophie Marceau quand elle avait l’âge de déraison et qu’elle incarnait ce personnage d’adolescente dans La boom. Mais l’actrice a grandi et aujourd’hui les réalisateurs prennent un malin plaisir à lui donner des rôles où elle est confrontée à des adolescents comme celle qu’elle était dans La boom. En fait, Sophie Marceau est passée dans le camp des parents, comme dans LOL, et cela ne nous rajeunit pas du tout en tant que spectateur.
Elle découvre ainsi qu’être parent, ce n’est pas un jeu d’enfants, surtout quand on est face à des adolescents qui ne savent pas ce qu’ils veulent mais qui le veulent à tout prix…
Dans L’âge de raison, Sophie Marceau incarne le personnage de Margaret qui reçoit le jour de son anniversaire une lettre qu’une petite fille de 7 ans lui a écrite. Il s’avère que cette fillette s’appelle Marguerite et n’est autre que la petite fille qu’elle était quand elle avait 7 ans et qu’elle était pleine de rêves. Elle avait rédigé des lettres et demandé à un notaire de les lui adresser quand elle serait plus grande. Un dialogue se noue entre Margaret, l’adulte qui est devenue une businesswoman, et Marguerite, l’enfant, qui est une enfant insouciante qui rêve de devenir pâtissière pour mariés, exploratrice sur Mars, princesse ou vétérinaire pour Baleine. Toutes ces lettres commencent par « Chère moi-même… » Ce film met donc en scène l’antagonisme entre la petite fille qu’elle était et qu’elle est un petit peu restée malgré sa carapace, et la femme qu’elle est devenue. L’une utilise le rêve comme un exutoire pour fuir sa condition d’enfant dépendante du monde des adultes. L’autre, est une femme d’affaires qui utilise des mots tels que « rentabilité », « prévisionnel », « marge », etc… C’est une négociatrice qui ne laisse pas de place à ses sentiments ou à ses émotions. Mais elle est amoureuse d’un de ses collègues qui partage sa vie. Au fond, Marguerite, en grandissant, est devenue Margaret, afin de dissimuler ses origines provinciales, et de créer un personnage et une vie en adéquation avec son ambition professionnelle. Mais si Maragaret est devenue une princesse dans le domaine du business où elle joue de son charme pour conquérir ses clients et leur vendre des centrales nucléaires, elle rêve de redevenir la petite fille qu’elle était quand elle rêvait de devenir la femme qu’elle est devenue. Le notaire, qui joue le rôle de second père pour elle, lui cite une phrase de Picasso : « Deviens celui que tu es. » C’est en fait une phrase de Pindare qui nous invite à nous remettre en question afin de réaliser notre destin.
Ce film de Yann Samuell est très onirique et il nous entraîne dans l’univers de l’enfance que le réalisateur avait déjà exploré avec son précédent long-métrage : Jeu d’enfants. Il nous rappelle le film de Michel Gondry : La science des rêves. Shakespeare écrivait : « Nous sommes tous de l’étoffe dont les rêves sont faits. »
Il est tout à fait épatant de se rendre compte que le film qui démarre sur les chapeaux de roue en ce moment, Inception, aborde également le thème du rêve mais sans l’associer au thème de l’enfance. Car dans Inception, Leonardo Di Caprio, réalise de l’espionnage industriel en habitant les rêves d’hommes d’affaires dans le but d’introduire insidieusement une idée dans leur cerveau. Le spectateur a de plus en plus de mal à discerner quelle est la frontière qui sépare le rêve du réel. Dans Inception, quand un protagoniste meurt, c’est qu’il est en train de se réveiller. Pascal avait raison de se demander : « Qui sait si la vie n’est pas un rêve dont nous nous réveillerons tous à la mort? » La vie est un rêve, c’est le réveil qui nous tue. C’est parce que son épouse, incarnée par Marion Cotillard, était persuadée que sa vie était un rêve qu’elle a choisi de se suicider. Or en mourant, elle finit par hanter les cauchemars de son mari, Léonardo Di Caprio.
C’est également dans le domaine des rêves que nous transporte L’âge de raison, mais avec les effets spéciaux en moins. Dans ce dernier film, il s’agit d’un rêve éveillé que l’héroïne fait en nouant ce dialogue interne avec la petite fille qu’elle était et en nous ouvrant les portes de son imaginaire d’enfant. Ce film de Yann Samuell nous enseigne qu’il faut avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit.
Si le compagnon de Margaret rêvait plus jeune de devenir pilote de course, il imagine à l’âge adulte que les contrats qu’il remporte sont autant de moyens de doubler la concurrence et de terminer premier dans la course qu’il a engagé avec ses adversaires dans le monde des affaires!
Son compagnon lui offre pour son anniversaire une bague avec laquelle il a joint sur un petit morceau de papier la liste de tous les prénoms des enfants qu’il rêve d’avoir avec elle. Mais avant d’avoir des enfants et de devenir mère, Margaret doit se réconcilier avec l’enfant qui est en elle et qui lui adresse tous les ans des lettres. Si elle n’est ni devenue princesse, ni vétérinaire pour baleine, ni exploratrice sur Mars, ni pâtissière pour mariés, c’est qu’elle est devenue quelqu’un d’autre. Mais qui ? Pour savoir où l’on va, il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. Or Margaret a oublié sa famille et rompu avec son frère les liens qui les unissaient dans l’enfance. En se remettant en cause, Margaret découvre qu’il est plus important de réussir sa vie que de réussir dans la vie. La dernière leçon que je retiendrai de ce film, c’est que l’âge véritable, celui qui compte, ce n’est pas le nombre des années que nous avons vécu, mais le nombre des années qu’il nous reste à vivre.




L’Italien : critique du film d’Olivier Baroux avec Kad Merad

23072010

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J’ai vu récemment au cinéma la comédie d’Olivier Baroux avec son complice de toujours, Kad Merad dans le rôle titre.
Ce film m’a agréablement surpris car il a une dimension sociale intéressante au moment où le débat sur l’identité nationale est exacerbé par les médias. Qu’on s’appelle Dino ou Mourad, on est tous égaux. Surtout quand on s’appelle Dino.
Ce film nous relate la double vie de Dino Fabrizzi qui travaille dans une concession Masserati, à Nice où il brigue un poste de directeur. A quarante ans, il sort avec une femme qui a succombé à son charme. Mais aux yeux de sa famille qui vit à Marseille, il s’appelle toujours Mourad Ben Saoud. Sa vie est compartimentée entre son travail et sa vie amoureuse d’un côté où tout le monde le connaît sous sa fausse identité de Dino Fabrizzi et son cercle familial où on le connaît sous son vrai nom de Mourad Ben Saoud. Il fait croire à sa famille qu’il vit en Italie à Rome afin de la tenir éloignée de sa vie professionnelle. Un jour, son père a une crise cardiaque et sur son lit d’hôpital, il demande à son fils, Mourad, de faire le Ramadan à sa place.
Ce dernier se retrouve dans une situation inextricable : faire croire à ses collègues qu’il ne fait pas le ramadan tout en leur faisant croire qu’il est Italien.
Ce film traite du délit de faciès et nous met en face de nos propres préjugés. Dino Fabrizzi aurait-il eu les mêmes chances pour trouver un emploi et un logement s’il s’était présenté sous son identité de Mourad Ben Saoud ?
Le Ramadan, va être pour Dino Fabrizzi, l’occasion de réaliser une quête spirituelle et de se révéler aux autres…
En révélant sa véritable identité, Dino ou plutôt Mourad perd tout : son travail car il démissionne, sa compagne car celle-ci se sent trahie… Mais le message de ce film c’est qu’il vaut mieux tout perdre que se perdre. Il nous enseigne également que pour savoir où l’on va, il faut toujours se rappeler d’où l’on vient…
Les acteurs sont tous plus attachants les uns que les autres, de Guillaume Galienne, en passant par Valérie Benguigui ou Kad Merad qui est très convaincant dans la peau de ce personnage. On appréciera au passage la prestation de Saphia Azzedine, cette jeune femme écrivain dont les livres ont obtenu un bon accueuil notamment auprès des critiques les plus acérées (Naulleau et Zemmour). Elle incarne la soeur de Mourad Ben Saoud.
Ce film est une comédie populaire qui, sous le prétexte de nous divertir, nous entraîne sur un terrain plus profond… Il nous interroge : « Qui sommes-nous vraiment ? » Au fond, nous ressemblons tous un peu à Dino Fabrizzi car la vie de tous les jours met en scène le conflit permanent qui existe entre celui que nous sommes vraiment et celui que nous désirons être. Dans le monde du travail nous jouons tous un rôle ou un personage qui nous éloigne de ce que nous sommes vraiment ou de ce que nous croyons au plus profond de nous. Le paraître prend le dessus sur l’être. Entre ce que nous sommes et ce que nous croyons être, il y a toujours un décalage…
J’ai beaucoup aimé ce film : Kad Merad est épatant de douceur virile. Il est vendeur dans une concession Masseratti et il joue sur tous les clichés positifs que nous avons des Italiens. Le colisée, l’accent chantant, le côté séducteur et macho. Il appelle son amie « Mi Regazza ». Jean Cocteau écrivait : « Les italiens sont des Français de bonne humeur. » Même s’il joue un personnage et il triche, il n’en reste pas moins un employé modèle qui a réussi dans son métier sans forcément marcher sur les pieds de ses collègues qu’il essaie de mettre en valeur. Son personnage est attachant et on entre en empathie avec lui. La PNL (programmation neuro-linguistique) nous incite à pratiquer la synchronisation verbale et non verbale afin de mieux communiquer avec les autres. Pour transformer la résistances des autres en assistance, il faut leur donner l’impression qu’on leur ressemble car comme dit le proverbe « qui s’assemble se ressemble »… Le racisme ou la peur de l’autre naît souvent du rejet de nos différences. Dino Fabrizzi, pratique la PNL comme Mr Jourdain faisait de la prose dans le savoir. Il gomme ses différences avec les autres : il s’est inventé un personnage afin de mieux ressembler aux autres. Il est européen, et ses clients qui lui achètent des voitures italiennes ont un a priori positif sur l’Italie. Ce film évoque aussi la difficulté de s’intégrer en France pour des étrangers à qui on demandait juste de se faire assez petit pour ne pas déranger… Mais ce film porte un message oecuménique car il nous rappelle à l’instar d’Antoine de Saint-Exupéry que « Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. »
Si l’origine de la haine, c’est la haine des origines… L’origine de l’amour, se trouve dans l’amour de ses origines…
Qu’il s’appelle Dino ou Mourad, l’amour n’a pas de frontières et le film nous offre une happy end. Ce n’est pas les lieux qu’on habite mais son coeur!







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