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Didier Deschamps : le grand Bleu

30072018

Le goût de la fête, le dégoût de la défaite.

 

DD

Au lendemain de la victoire de la France en finale de la coupe du monde en Russie, la RATP a rendu hommage aux bleus en rebaptisant 6 stations de métro. La station Victor Hugo Lloris, On à deux étoiles, Nous Avron gagné, Clémenceau-Deschamps Elysées, Notre Didier Deschamps et Bercy les Bleus sont autant de clins d’œil au succès des tricolores. On n’a toujours pas croisé Zizou dans le métro. Entre la victoire de l’équipe de France en 1998 et celle en 2018, Didier Deschamps est le trait d’union entre deux générations de footballeurs surdoués.

Qui est Didier Deschamps ?

D comme Défenseur

E comme Entraineur

S comme Sélectionneur

C comme Capitaine

H comme Honneurs

A comme Amour

M comme Marseille

P comme Pays-Basque ou Punching-ball

S comme Sacre Suprême

 

Antoine de St Exupéry disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible et c’est pour ça qu’ils l’ont fait. »

Didier Deschamps est entré dans la légende du football en devenant le troisième homme à conquérir le trophée de champion du monde en tant qu’entraîneur après l’avoir déjà remporté en tant que joueur.

Seuls deux hommes avaient réalisé une telle prouesse avant lui. Mario Zagallo a été champion du monde avec le Brésil en 1958 et en 1962 en tant que joueur, puis en 1970 en tant que sélectionneur.

Franz Beckenbauer a été champion du monde avec la RFA en 1974 dans le rôle de joueur avant de soulever la coupe du monde en 1990 avec l’Allemagne réunifiée dans le rôle de sélectionneur.

Didier Deschamps est donc devenu une légende vivante du football et permet à la France de rentrer dans le club des pays à posséder deux étoiles sur son maillot avec l’Argentine (championne du monde en 1978 et en 1986) et l’Uruguay (championne du monde en 1930 et en 1950).

Seuls trois autres pays ont fait mieux : l’Allemagne, l’Italie comptent quatre étoiles, et le Brésil détient avec 5 étoiles, le record de victoires en coupe du monde.

Didier Deschamps est en quelque sorte tombé dans la potion magique du sport quand il était tout petit.

Originaire de Bayonne, il est né le mardi 15 Octobre 1968 en fin d’après-midi pendant les jeux Olympiques de Mexico.

Son père, Pierre Deschamps, évoluait troisième ligne au Biarritz Olympique, le club de rugby du légendaire Serge Blanco.

Avec un papa exerçant le métier de peintre en bâtiment à la direction départementale de l’Equipement des Pyrénées-Atlantiques et une mère commerçante en laine, Didier Deschamps passe son enfance à Anglet au Pays-Basque. A 11 ans il démontre des aptitudes physiques hors du commun en devenant champion de France scolaire sur 1000 mètres. A 12 ans, il prend une licence au club de l’Aviron Bayonnais dont le stade de 3500 places porte aujourd’hui son nom : le stade Didier Deschamps. C’est un club de football qui a formé avant lui l’insaisissable ailier gauche de St Etienne, Christian Sarramagna, et après lui, le gardien de but, Stéphane Ruffier.

Il s’inscrit dans ce club car son aversion innée pour la défaite l’incite à choisir une équipe compétitive.

Il se révèle très vite comme un joueur surdoué, qui surclasse ses adversaires. Les grands centres de formation lui font les yeux doux à l’instar de l’AJ Auxerre ou des Girondins de Bordeaux. On raconte que Claude Bez, le truculent président des Girondins de Bordeaux des années 80 se serait déplacé en personne avec son directeur sportif, Didier Couecou, pour l’enrôler. Il débarqua un jour à bord de sa Rolls Royce immatriculée 11GB33 (11 comme le nombre de joueurs d’une équipe de football, GB comme les Girondins de Bordeaux et 33 comme le département de la Gironde). L’inénarrable président des Girondins arborait souvent un Makila, ce bâton traditionnel des bergers Basques avec une dague à son extrémité. C’est lui qui tira vers le haut tout le football Français en faisant appel au début des années 80 à Raymond Goethals pour entraîner les Girondins de Bordeaux, puis à Aimé Jacquet avant de refaire appel à Raymond Goethals à la fin des années 80. Il eut le nez creux et fut un précurseur puisque quelques années plus tard, Raymond Goethals, permis à l’Olympique de Marseille de devenir le premier club Français à remporter la champion’s league avec Didier Deschamps comme capitaine. Aimé Jacquet, remporta la coupe du monde en tant que sélectionneur des Bleus, avec Didier Deschamps comme capitaine. Le grand-père de Didier Deschamps n’aurait pas apprécié les méthodes de maquignon du président Girondin. Mais la route de Didier Deschamps devait forcément croiser plus tard celle de Claude Bez…

Didier Deschamps choisit finalement le centre de Formation du FC Nantes qu’il intègre en 1983. C’est à cette époque qu’il noue un lien d’amitié très fort avec Marcel Desailly qu’il retrouve en équipe de France, à l’Olympique de Marseille, et plus tard à Chelsea.

Les deux hommes sont liés par un drame familial. Ils vont perdre leur frère aîné à quelques années d’intervalle. Le 18 Novembre 1984, Marcel Desailly perd son demi-frère Seth Adonkor dans un accident de voiture. A bord du véhicule, un autre espoir Nantais, Jean-Michel Labejof, perd la vie. Ce dernier était originaire de Longjumeau… comme Benjamin Mendy. C’est Didier Deschamps qui prend la responsabilité du haut de ses 16 ans de lui annoncer cette nouvelle puisqu’aucun dirigeant Nantais n’a eu le cran de le faire. Seth Adonkor s’était imposé dans la défense Nantaise et servait d’exemple pour son jeune frère, Marcel.

En 1987, c’est un crash d’avion dans la banlieue de Bordeaux qui coûte la vie au frère aîné de Didier Deschamps : Philippe Deschamps. Il avait 22 ans et évoluait en tant que footballeur au centre de formation de Nantes. Ce fut une épreuve douloureuse pour le Bayonnais alors âgé de 19 ans. Le chagrin envahit alors sa famille. Pour reprendre sa place aux yeux de ses parents, Didier Deschamps se consacra au football et se mit au défi de percer.

 

D comme Défenseur

En tant que joueur, Didier Deschamps a évolué au poste de milieu défensif tout au long de sa carrière. Ce n’était pas un joueur spectaculaire mais il effectuait les tâches ingrates de l’ombre, qui consistaient à faire déjouer les adversaires, à tacler. C’était un joueur besogneux, assez talentueux pour se faire obéir du ballon mais il n’avait pas le bagage technique d’un grand joueur qui lui aurait permis de faire la différence dans un match sur un simple geste.

Dans le football, il y a les architectes et les maçons. Et ce n’est pas au pied du mur qu’on juge le maçon… c’est au sommet. D’ailleurs Didier Deschamps affirmait : « Comme dans la vie ! Sur le terrain, je n’étais pas un architecte, mais cela ne me gêne pas, j’ai été un bon maçon. Quand j’étais joueur, je savais que je n’étais pas irremplaçable, mais je faisais toujours en sorte d’être indispensable. »

En tant que joueur, il s’est très vite imposé pour son charisme et ses qualités de meneur d’hommes. Il fut le premier capitaine d’un club français à soulever la champion’s league, qu’on appelle aussi la coupe aux grandes oreilles. Leader de l’équipe de France sous l’ère Aimé Jacquet, il fut le relais du sélectionneur sur le terrain. Fin stratège, il a également orienté le sélectionneur dans ses choix tactiques.

 

E comme Entraîneur

Depuis ses jeunes années au centre de formation du FC Nantes, Didier Deschamps s’est frotté aux plus grands entraîneurs du monde qui ont joué un rôle de mentors dans sa carrière. On peut citer à Nantes Jean-Claude Suaudeau et Reynald Desnoueix qui ont été les chantres du jeu à la Nantaise. Suaudeau affirmait : « C’est quoi le geste le plus important et le plus difficile dans le foot ? Platini dit que c’est le contrôle. Alors moi je dis « Non », je dis « on joue sans contrôle ». » Le jeu à la Nantaise à une touche de balle a enchanté le football Français durant les années Suaudeau et même au-delà. De ses jeunes années Nantaises, il apprendra que dans une équipe de football, la force du collectif est plus grande que le talent individuel, le tout est plus important que la somme des parties. Mais étrangement, Deschamps va davantage apprendre du réalisme de coachs tels que Raymond Goethals à l’Olympique de Marseille, Aimé Jacquet en équipe de France ou encore Marcello Lippi à la Juventus de Turin qui préféraient au romantisme du jeu à la Nantaise, un football plus pragmatique dont l’efficacité redoutable a été la marque de fabrique. L’important c’est de gagner, ce n’est pas de jouer.

Intronisé entraîneur de l’AS Monaco en 2001, il passe une première saison chaotique au cours de laquelle l’AS Monaco évite la relégation de justesse en terminant à la quinzième place. Mais dès la saison 2003, il conquiert son premier titre avec l’AS Monaco en remportant la coupe de la ligue. La saison suivante, contre toute attente, il parvient à propulser son équipe en finale de la Champion’s league contre le FC Porto de José Mourinho. Au cours de son épopée Européenne, il s’est appuyé sur une défense jeune et inexpérimentée avec Givet, Rodriguez, Squillaci ou encore Evra. Mais avec des petits moyens, il a réussi à faire de grandes choses. Il crée une saine émulation au sein de son groupe et tel un pygmalion, il révèle des talents en mettant sur orbite une nouvelle génération de joueurs. L’AS Monaco de Deschamps a réalisé un exploit mémorable en quart de finale contre le Réal de Madrid de Figo, Zidane ou Ronaldo. Après avoir été défait au match aller au Stade Bernabeu sur le score de 4 à 2, l’AS Monaco renverse la situation au match retour et se qualifie en battant les galactiques 3 buts à 1.

Plutarque écrivait : « Une armée de cerfs conduite par un lion est cent fois plus redoutable qu’une armée de lions conduite par un cerf ».

En demi-finales, alors qu’ils sont réduits à 10 contre 11 en seconde mi-temps, les Monégasques battent le Chelsea de Marcel Desailly, de John Terry ou de Franck Lampard sur le score de 3-1 en Principauté. Au match retour à Londres, l’AS Monaco assure sa qualification pour la finale en concédant un match nul 2-2.

A 35 ans, Didier Deschamps ne devient pas le plus jeune coach à remporter la Champion’s league car l’AS Monaco s’incline en finale 3-0 contre le FC Porto de José Mourinho. Il peut également nourrir le regret de ne pas intégrer le club très fermé des personnalités à avoir remporté la Champion’s league à la fois en tant que joueur et en tant qu’entraîneur.

Mais l’histoire retient qu’avec Monaco, Didier Deschamps a réalisé l’impensable, en s’offrant une finale de Champion’s league tout en disposant de moyens très modestes.

Au lendemain de la coupe du Monde 2006, la suite de sa carrière d’entraîneur se poursuit du côté de Turin où la Juventus, club avec lequel il a remporté la deuxième Champion’s league dans sa vie de joueur, l’enrôle avec pour objectif de remonter le club en Série A. Car les Turinois avaient été administrativement rétrogradé en Série B suite au scandale des matchs truqués et devaient commencer la saison avec une pénalité de 17 points. Mais le Comité Olympique Italien diminua de 8 unités la sanction qui passa de 17 à 9 points. Le 28 Octobre 2006, suite à la victoire de la Juventus le lendemain de cette décision en battant le club de Frosinone grâce à un but de Del Piero, Deschamps déclara : « Avoir onze points de plus en deux jours, cela ne m’était jamais arrivé dans ma carrière ! » A Turin il remplit son contrat en remontant le club en Série A mais il quitte subitement les bianconeri à la fin de sa première saison n’ayant pas toute latitude pour préparer la nouvelle saison et recruter.

A Marseille, le club où il a conquis dans sa carrière de joueur sa première Champion’s league, Didier Deschamps prend la lourde succession d’Eric Gerets en 2009. Avec Deschamps, l’OM renoue avec le succès en championnat de France après 17 ans de disette. Il gagne le championnat de France 2010, remporte trois années consécutives la coupe de la ligue en 2010, 2011 et 2012. Il remporte enfin deux trophées des champions en 2010 et en 2011.

Le parcours d’entraîneur de Didier Deschamps en club est jalonné de succès et de trophées. Son départ de l’OM en 2012 est concomitant avec la non reconduction de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France après l’Euro. Deschamps est nommé par Noël Le Graët pour remplacer Laurent Blanc.

Une carrière de sélectionneur s’ouvre à lui…

 

S comme Sélectionneur

Devenu sélectionneur, Didier Deschamps a compris, n’en déplaise à ses détracteurs, qu’une grande équipe ne se construisait pas avec les onze meilleurs mais avec le meilleur onze. Soucieux de créer une dynamique positive et une osmose au sein de son effectif, Didier Deschamps a toujours privilégié le groupe sur les individus.

Pour atteindre cet objectif, il a dû tenir tête depuis sa prise de fonction à la génération « why » qui correspond à une tendance générationnelle dont les stéréotypes sont : la génération du « pourquoi ? », l’interconnexion, l’impatience, la culture du lol qui pose une distance par rapport au monde et aux puissants, etc.

On l’appelle génération « why » en raison de leur remise en cause systématique des contraintes qu’on peut leur imposer.

Au lendemain de Knysna en 2010, Roselyne Bachelot évoquait au micro de l’Assemblée Nationale un « désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé  et sans autorité. » Cela donne une idée du chantier auquel Laurent Blanc puis Didier Deschamps se sont retrouvés confrontés. Est-il nécessaire de rappeler par exemple le comportement de Yann M’Vila pendant l’Euro 2012 qui a été stigmatisé. Au moment de son remplacement contre l’Espagne en quart de finale, il n’aurait ni saluer le coéquipier qui le remplaçait, Olivier Giroud, ni son coach. Pire, il s’offrit une virée nocturne le samedi 13 Octobre 2012 en plein rassemblement de l’équipe de France espoirs au Havre, afin d’aller en boîte de nuit à Paris, alors que les Bleuets avaient devant eux un match décisif à négocier en Norvège (perdu 5-3, le 16 Octobre 2012).

« Même dans le pire scénario tu te dis que ce n’est pas possible. C’est hallucinant. Je ne sais pas ce qui peut leur passer par la tête. » Car dans sa grande évasion, M’Vila était accompagné de quatre autres joueurs : Chris Mavinga, M’Baye Niang, Wissam Ben Yedder et un certain Antoine Griezmann. Sauf que fort de son statut et de son présumé rôle de « grand frère », c’est l’Amiénois M’Vila qui subit la suspension la plus longue et se retrouve ipso facto privé de Mondial au Brésil. Les quatre autres s’en sont mieux sortis, avec une suspension ramenée seulement jusqu’au 31 Décembre. On peut également citer les turpitudes nées suite à la célébration du but égalisateur contre l’Angleterre à l’Euro 2012 et des injures proférées par Samir Nasri à l’encontre des médias. Pour redorer le blason de l’équipe de France et véhiculer auprès du public une meilleure image des bleus on avait espéré mieux… Le spectre de Knysna est encore présent. C’est pour cette raison que Noël Le Graët voit en Didier Deschamps l’homme idoine pour remettre de l’ordre dans la maison bleue et relancer en ordre de bataille l’équipe de France. Devant ce conflit générationnel qui mine les Bleus depuis 2008, DidierDeschamps est confronté à la difficulté de travailler avec cette génération « why ». Il perçoit toutefois la problématique qui tient en deux mots, argent et agent. Pour un jeune joueur, ce succès rapide constitue un miroir aux alouettes…

« En équipe de France, il y a un devoir d’exemplarité. » tient à rappeler Didier Deschamps

Donner l’exemple est mieux que de le suivre. Mais en ayant réussi les deux au cours de sa carrière, Didier Deschamps dégage une certaine légitimité auprès de ses joueurs ! Comme le disait à juste titre Gustave Le Bon : « La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence. »

Avec Didier Deschamps à la tête des bleus, le public Français va très vite se réconcilier avec son équipe Nationale, grâce à un sélectionneur qui associe la compétence à l’autorité.

 

C comme Capitaine

Didier Deschamps a souvent porté le brassard de capitaine. Son leadership s’impose en dehors du terrain où il développe une certaine autorité sans être autoritaire. Il sait notamment tenir tête à Bernard Tapie qui après l’avoir enrôlé à Marseille en 1990, le prête dans un premier temps à Bordeaux. Il croise à cette occasion la route du célèbre président Bordelais, Claude Bez. Mais à son retour à Marseille, à la fin de la saison, Bernard Tapie envisage à nouveau de le prêter au PSG pour la saison 91-92. Didier Deschamps prend alors son téléphone et va montrer un trait de son caractère en défiant le président Marseillais Bernard Tapie. On découvre alors que son élan naturel est de se poser, de s’imposer et souvent de s’opposer aux autres. Face à Tapie, Deschamps expose ses arguments pour l’infléchir et le convaincre de son désir et de son aptitude à s’imposer dans l’effectif de l’OM. Bien que sceptique, Bernard Tapie, donna néanmoins les moyens à Deschamps de réussir. C’est ainsi qu’il fut le premier capitaine Français à 25 ans, d’un club Français, l’Olympique de Marseille, à brandir la Champion’s league. Il fut le premier capitaine de l’équipe de France à 30 ans à brandir la coupe du monde en 1998. Et deux ans plus tard, il remporta le championnat des nations dont il souleva le trophée.

En tant que capitaine des bleus, il porte la parole d’Aimé Jacquet au sein des joueurs. Il est son relais sur le terrain. Aimé Jacquet se rendit régulièrement à Turin à l’époque où Didier Deschamps évoluait à la Juventus pour échanger sur le plan tactique avec son capitaine. Jacquet porte une oreille attentive à son milieu de terrain. Dans « Didier Deschamps face à l’histoire », Philippe Grand nous relate ce qu’il se passa en finale de la coupe du monde 1998 quand Marcel Desailly fut expulsé à vingt minutes de la fin. La France menait 2-0 mais à 11 contre 10, les Brésiliens avaient la possibilité de se relancer dans le match. Didier Deschamps aurait alors repositionné Emmanuel Petit en défense centrale et aurait demandé à Zinedine Zidane de se décaler au milieu à gauche. C’est de sa nouvelle position en défense centrale qu’est parti Emmanuel Petit pour inscrire le troisième but qui donna naissance à la chanson « Et un, et deux et trois zéro » passé dans la postérité.

Philippe Grand explique également dans son remarquable livre que lors de la finale de l’Euro 2000, alors que l’Italie menait 1-0 et que tous les joueurs commençaient à abdiquer, Didier Deschamps y croyait toujours et était le seul à renoncer au renoncement. Alors que les médias ont encensé le coaching gagnant de Roger Lemerre, Philippe Grand explique que c’est Didier Deschamps qui interpelle Roger Lemerre pour lui faire remarquer : «  C’est sur la gauche que ça va passer. » Lemerre a le bon sens d’écouter son capitaine en faisant entrer Robert Pirès côté gauche à la surprise générale. Un instant plus tard, alors que tous les remplaçants Italiens sont debout devant leur banc de touche près à se congratuler au coup de sifflet finale, Sylvain Wiltord égalise, côté gauche. Puis, en prolongation, Robert Pirès, fait la différence… côté gauche et permet à Trezeguet de devenir définitivement Trezegol, grâce à sa reprise victorieuse. Un but en or qui offre le titre aux bleus.

Sous le capitanat de Didier Deschamps, l’équipe de France a joué à 54 reprises et n’a concédé que 4 défaites, toutes par un seul but d’écart.

 

H comme Honneurs

Didier Deschamps possède le plus beau palmarès du football Français. Son palmarès contient autant de titres que les rayonnages d’une bibliothèque.

Avec Marseille, il remporte le championnat de France en 1990 et en 1992, la champion’s league en 1993. Avec la Juventus de Turin, il gagne à nouveau la Champion’s league en 1996, puis la coupe intercontinentale et la supercoupe d’Europe cette même année. Il est champion d’Italie en 1995, 1997 et 1998, remporte la coupe d’Italie en 1995 et gagne la Supercoupe d’Italie en 1995 et en 1997. Avec Chelsea, il ajoute en 2000 la Cup dans son palmarès.

En tant que joueur de l’équipe de France, il gagne la coupe du monde en 1998 et le championnat d’Europe des nations en 2000.

Seul point noir dans sa carrière, il n’a jamais gagné la coupe de France.

Devenu entraîneur, il gagne la coupe de la Ligue avec Monaco en 2003, il gagne le championnat d’Italie de Série B avec la Juventus en 2007. Il est ensuite champion de France avec Marseille en 2010 et gagne trois années d’affilée la coupe de la ligue en 2010, 2011 et 2012. Il remporte aussi le trophée des champions en 2010 et en 2011.

Devenu sélectionneur de l’équipe de France, il est champion du monde en 2018.

Comme il le dit lui-même : « Une bonne saison, c’est d’abord gagner des trophées. »

 

A comme Amour

Au cours de cette coupe du monde 2018 en Russie, Didier Deschamps s’est rapproché de ses joueurs, en leur prodiguant des conseils. On le voit enlacer affectueusement ses joueurs tels Kylian Mbappé ou Antoine Griezmann pour les féliciter ou les encourager. Cette proximité avec son groupe participe au succès des bleus. Le coach a su se faire aimer et fédérer ses joueurs autour de son projet. Il leur a transmis sa soif de victoire. Dans le documentaire « Au cœur des bleus », on voit notamment son homme lige, Paul Pogba, visionner la finale de l’Euro 2000 et les images de liesse autour de Didier Deschamps qui brandit le trophée. Le coach sert d’exemple pour ses joueurs. En imposer pour ne pas avoir à imposer voilà en quoi consiste le charisme de Didier Deschamps à la tête de l’équipe de France !

Depuis le match de barrage remporté en Novembre 2013 sur le score de 3-0 contre l’Ukraine, alors que la France avait perdu à Kiev 2-0 au match aller, Didier Deschamps a réconcilié les Bleus avec le public.

Il a su insuffler à son groupe un nouvel état d’esprit en leur inculcant l’amour du maillot. Comme le disait Jacquet, son modèle : « Ce n’est pas le fait de porter le même maillot qui fait une équipe, c’est de transpirer ensemble. » Tout le mérite de ce sélectionneur à été de préserver la cohésion de son équipe face à des égos surdimensionnés. Ce qui fait un collier, ce n’est pas la perle mais le fil. Pour créer une osmose au sein de son groupe il a sacrifié des grands talents individuels qui n’étaient pas solubles dans le vestiaire bleu. Il a exigé de ses joueurs un engagement total envers l’équipe, une abnégation de chacun pour que la réussite du groupe prime sur les intérêts individuels.

 

M comme Marseille

Le destin de Didier Deschamps est lié à ce club où il a remporté sa première champion’s league comme joueur. L’ironie du sort, ou plutôt l’ironie du sport veut que le directeur sportif de l’OM sous l’ère Tapie, Jean-Pierre Bernès, est celui qui l’a recruté en 1990. Vingt ans plus tard, devenu l’agent de Didier Deschamps, c’est lui qui le fait revenir à Marseille comme entraîneur.

Après avoir été champion de France deux fois avec l’OM en tant que joueur, il permet à l’OM de remporter le titre de champion de France en 2010 et de mettre fin à 17 ans de disette. C’est grâce à cette ville où tout est exagéré et où la mesure de l’amour pour le football est la démesure qu’il va trouver une rampe de lancement dans sa carrière de joueur puis d’entraîneur. À Marseille comme à la Juventus Deschamps a eu à cœur de rendre à ses clubs en tant qu’entraîneur tout ce qu’ils leur avaient apporté en tant que joueur.

 

P comme Punching ball

Didier Deschamps a essuyé des critiques pour ses choix qu’il a assumé et pour le style de jeu de son équipe.

Les Bleus sont à Metz pour disputer et gagner (3-0) face à l’Ecosse leur dernière rencontre de préparation à l’Euro 2016 lorsque le sélectionneur apprend que sa maison de Concarneau a été taguée du mot « raciste ». Attaqué personnellement, et injustement, il a été également la cible de son ancien coéquipier aux Girondins de Bordeaux et en équipe de France, Christophe Dugarry. Devenu chroniqueur, Dugarry fustige le style de jeu de l’équipe de France et les choix du sélectionneur. Il lui reproche notamment de prendre en otage l’équipe de France pour régler ses comptes personnels avec certains joueurs.

Comme la plupart des journalistes, ces chroniqueurs de pacotille n’ont qu’une seule règle : « On lèche, on lâche, on lynche. » Et depuis le triomphe des bleus à la coupe du monde, ils ont même inversé l’ordre des choses…

Durant cette coupe du monde 2018, la France a plus vaincue que convaincue.

Entre la poésie du jeu à la Nantaise et la prose du football Italien, Deschamps a tranché.

Pour comprendre ses orientations, il faut remonter à ce quart de finale de la coupe du monde 1998 entre la France et l’Italie. A l’issue d’un match nul de 0-0, la France remporte au bout du suspense la séance de tirs aux buts.

La presse transalpine qualifie ce quart de finale de coupe du monde de match entre l’Italie et une sélection des meilleurs étrangers du championnat Italiens dont Desailly, Deschamps, Boghossian, Thuram, Djorkaeff, Zidane, Candela sont les représentants. Au lendemain de la victoire des bleus, la Presse Italienne titra : « On a enfanté des monstres » Deschamps confirmera plus tard : « C’est le foot Italien qui nous avait préparé à gagner enfin des titres. »

Pragmatique, Didier Deschamps commenta : « Lorsque je jouais, on n’a pas toujours été séduisants, mais à la fin je ne retiens que mes résultats et mon palmarès. » Tel est l’antagonisme dont il est l’incarnation absolue, entre le romantisme et le réalisme.

Certains reprochent son style de jeu défensif, et dans cette coupe du monde, ses détracteurs à l’instar du gardien de but Belge Thibault Courtois, ont affirmé en mauvais perdant, que la France pouvait gagner sans jouer…

Mais comme Didier Deschamps l’a déclaré lui-même : « Un bon entraîneur est un entraîneur qui gagne même en jouant mal. »

L’équipe de France championne du monde 2018 porte dans son ADN le style de ce football réaliste, défensif, qui s’appuie sur un bloc équipe et qui pratique le catenaccio.

 

S comme Sacre suprême

Cette victoire appartient aux joueurs mais le mérite de Didier Deschamps a été de permettre à des hommes ordinaires de réaliser des choses extraordinaires. Il y a deux ans, Benjamin Pavard supportait les Bleus durant l’Euro 2016 dans la fan zone de Lille où il était pris en photo avec ses amis. Qui aurait imaginé que deux ans plus tard il inscrirait avec l’équipe de France le plus beau but de cette coupe du monde en Russie?

Mais le mot de la fin revient à DD :

« Chacun d’entre vous dans les jours, les semaines, et les mois à venir, vous emprunterez des routes différentes, mais vous serez lié à vie par cette coupe-là », lance-t-il dans les vestiaires après la finale de la coupe du monde 2018 contre la Croatie. « A partir de ce soir-là vous n’êtes plus les mêmes les mecs, vous savez pourquoi ? Parce que Champiooooooooons du monde !!!!!!!! »

 

Les détracteurs de Didier Deschamps insistent sur sa chance et cette bonne étoile qui l’accompagne. Ils ont tort. Car il n’y a pas plus chanceux que celui qui croit à sa chance. Et la chance de Didier Deschamps qui se matérialise par le plus beau palmarès du football Français ne doit rien au hasard. D’ailleurs, la carrière de joueur de la Dèche nous montre qu’il n’en a pas toujours eu. Il a commencé par un échec en coupe Gambardella en 1986 à Gerland à Lyon, en levée de rideau de la finale de la coupe des vainqueurs de coupe qui opposait l’Atletico de Madrid au Dynamo de Kiev. Le FC Nantes de DD, s’est incliné ce jour-là aux tirs aux buts contre l’AJ Auxerre. En équipe de France, il a connu des échecs retentissants qui l’ont privé de deux coupes du monde. Le premier revrrs remonte en 1990, quand la France ne se qualifie pas pour le mondial en Italie, devancée dans son groupe par la Yougoslavie et l’Ecosse.

En 1993, il reste deux matchs à l’équipe de France à jouer, et un seul petit point à engranger pour valider le billet de qualification à la coupe du monde aux Etats-Unis. Ces deux matchs ont lieu en France mais les bleus perdent le premier contre Israël 3-2 alors qu’ils menaient 2-1. Et le dernier match contre la Bulgarie a défrayé la chronique avec la défaite des bleus 2-1 sur un but inscrit par Kostadinov dans les ultimes secondes. Et comme la chance n’a pas toujours souri à Didier Deschamps, est-il utile de rappeler que le but de Kostadinov était illégal… En effet, Emil Kostadinov, tout comme le passeur décisif du second but, Luboslav Penev, n’avaient pas un visa valide pour entrer sur le territoire Français. Ils ont fait appel à leurs coéquipiers Mikhailov et Georgiev qui évoluaient à Mulhouse pour passer illégalement en France en venant de l’Allemagne en voiture via un poste frontière peu sécurisé.

Didier Deschamps en tant qu’entraîneur a été également désavantagé par le destin en finale de la Champion’s League avec Monaco. Il perd dès la 21ème minute de la finale de Champion’s League contre Porto son meilleur atout offensif : le feu-follet Ludovic Giuly touché aux adducteurs.

Et ceux qui insistent à tort sur la chance de Didier Deschamps oublient également l’échec de l’équipe de France en finale de l’Euro 2016 à cause d’un poteau. « On le refait dix fois, on le gagne neuf fois, j’ai l’air malin de dire ça, mais c’est la vérité. » dira beaucoup plus tard Didier Deschamps.

La chance est bien souvent un hasard qui se provoque. Le seul endroit où le succès précède le travail est dans le dictionnaire.

Tout se passe comme si en insistant sur la prétendue chance de Didier Deschamps, ses détracteurs cherchaient à minimiser des années de travail et d’efforts tout en justifiant les inepsies qu’ils ont pu débiter sur son compte.

La chance n’a pas toujours souri à Didier Deschamps. Mais il a su faire de ses échecs le fondement de sa réussite car la chance ne sourit qu’aux audacieux !

Pour Didier Deschamps, seule la victoire est belle. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse du succès. Ce qui compte ce n’est pas de jouer, c’est de gagner.

Didier Deschamps est l’homme des records mais il n’est pas encore l’homme de tous les records. Comme le disait Michel Platini, qui en 1989, l’a adoubé en équipe de France, en étant le premier à le sélectionner contre la Yougoslavie : « Didier Deschamps gagnera plus de titres comme entraineur que comme joueur. »

Didier Deschamps n’est pas né sous une bonne étoile. C’est deux bonnes étoiles qui sont nées sous Didier Deschamps. Et le football Français lui en sera reconnaissant pour l’éternité !

Comme dirait Oscar Wilde : « Il faut viser la lune, parce qu’au moins, si vous échouez, vous finirez dans les étoiles. » À l’instar de Jacques Mayol qui repoussa avec la plongée en apnée les limites de son corps, Didier Deschamps est ce grand Bleu qui a atteint le sommet de la montagne et qui continue de grimper.




Au Brésil, le ballon est une femme…

5072018

Le football a un royaume : il s’agit du Brésil. Le Brésil, c’est la patrie du football. Depuis que la coupe du monde existe, le Brésil n’a raté aucune édition. 21 participations en 21 coupes du monde. De plus, il détient le record de victoires en coupe du monde avec 5 étoiles sur son maillot, la seleçao a remporté les éditions de 1958, 1962, 1970, 1994 et 2002. Pelé est le seul joueur de l’histoire à avoir remporté 3 coupes du monde. Mario Zagallo est avec Franz Beckenbauer le seul à avoir remporté la coupe du monde d’abord en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. Le football s’inscrit dans le roman national de ce pays.

C’est tout le paradoxe du football au Brésil d’avoir été importé par les Anglais qui voyaient le reste du monde comme une île gigantesque qu’il fallait civiliser. Né dans les Public School Anglaises et pratiqué par une élite sociale, le football est d’abord l’apanage de l’aristocratie anglaise. Mais il devient populaire et se démocratise car il ne nécessite pas d’équipements, ou d’investissements pour le pratiquer. C’est donc les descendants d’esclaves noirs et les populations des favelas qui se réapproprièrent le football. Ce sport devient très vite un moyen d’ascension sociale et d’intégration pour la société Brésilienne.

Qui connaît Charles Miller au Brésil ?

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Fils de John Miller, un ingénieur Ecossais arrivé au Brésil pour travailler pour la Sao Paulo Railway Company et de Carlotta Fox, une Brésilienne d’origine Anglaise, Charles Miller part en Angleterre à Southampton suivre ses études. Il y découvre le Rugby, le Cricket et le Football dans lequel il se distingue pour ses qualités d’attaquant au Corinthian FC puis au Southampton St Mary’s FC. A la fin de ses études, il retourne au Brésil pour travailler pour la Railway Company. Dans ses valises, il apporte deux ballons usés, une paire de crampons, un livre sur les règles de la football Association, des vieux maillots et une bombe pour regonfler les ballons. Il organise le 18 Avril 1894 le premier match de football qui oppose la Gas Work Team à la Sao Paulo Railway Team.
Avec le Sao Paulo Athletic Club, Charles Miller remporte les trois premiers championnats du Brésil en 1902, 1903 et 1904. Il se distingue pour ses qualités de buteur. Mort le 30 Juin 1953 à Sao Paulo dans sa ville natale, Charles Miller a pu assister à la coupe du monde organisée par son pays en 1950 et à l’engouement suscité par ce sport qu’il a introduit au Brésil. Mais aujourd’hui, qui connaît ou qui se souvient de Charles Miller au Brésil ? Car tous le génie des footballeurs Brésiliens a été d’avoir tué le père fondateur de ce sport en intégrant des éléments propres à la culture Brésilienne.
Charles Miller a proposé aux Brésiliens un football avec des règles, circonscrites dans les limites d’un terrain. Le peuple des favelas l’a transformé en sport sans terrain dont toutes les limites sont imaginaires. Au défi physique qu’imposait les anglais, les métis et les descendants d’esclaves moins bien nourris, ont proposé un jeu où l’intelligence, la feinte et la ruse triomphent de la force physique. Ils transformèrent un sport Britannique « appolinien » et rugueux qui a trouvé son accomplissement dans le « kick and rush » en danse dionysiaque où le principe de plaisir triomphe de l’âpreté de la réalité. C’est le malandro, cet archétype du vaurien au Brésil avec sa démarche chaloupée et son irrévérence qui se réapproprie les codes du football et trouve dans ce sport son expression la plus singulière. Le football est ce qui a permis à un petit pays de devenir grand. Dans le feu de ces actions de génie, est-ce le Brésil qui réinvente le football ou bien le football qui invente le Brésil ? Ce qui marque l’observateur c’est la nonchalance des joueurs Brésiliens dont l’art du dribble se substitue à la puissance et au défi physique qui caractérise le jeu des équipes Européennes.

La coupe du monde perdue en 1950, alors que le Brésil était le pays organisateur hante les esprits. Un match nul aurait permis aux Brésiliens d’être champions du monde.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, le Brésil évolue en blanc. Le 16 juillet 1950, il dispute la finale de la Coupe du monde. Mais les Brésiliens s’inclinent face à l’Uruguay (2-1). Le blanc est alors associé à la défaite, « un Waterloo des tropiques ». « Chacun s’en souvient comme de la perte d’un être cher », dit Pelé. Le gardien de but noir de l’époque, Barbosa est voué aux gémonies par tout un peuple.

En 1952, l’équipe rejoue des matchs internationaux lors des Jeux panaméricains. Elle porte alors un maillot jaune à liseré vert et un short bleu, en référence au drapeau national. Comme dans le football tout est affaire de superstition, le Brésil remporte la compétition et adopte définitivement ces couleurs.

Le mérite revient au journaliste, Olivier Guez, grand passionné de ballon rond, de s’être penché sur le phénomène du football dans son essai : « Eloge de l’esquive ». Lauréat du prix Renaudot avec son ouvrage La disparition de Josef Mengele, le grand public est peut-être passé à côté de ce livre remarquable écrit 4 ans plus tôt qui prouve son intérêt pour l’Amérique Latine mais dans un tout autre registre : le football dont il est féru.

S’il est un joueur qui est l’emblème du football Brésilien selon lui, c’est Mané Garrincha. Rongé par l’alcool, Garrincha meurt à 49 ans en 1983 d’une cirrhose du foi. En alignant Pelé et Garrincha, le Brésil n’a jamais perdu un match. Ce petit ailier de 1 mètre 69 comme Messi, métis de sang noir et indien incarne ce Brésil qui a fait du football sa vitrine. Il doit son surnom de troglodyte a une colonne vertébrale tordue en forme de S et à des jambes biscornues.  Il souffrait d’une déformation de la colonne vertébrale. Ses jambes étaient arquées, la droite est plus longue que la gauche. Malgré un Pelé blessé, c’est lui qui est le grand artisan de la victoire du Brésil en coupe du monde en 1962 au Chili. « Garrincha est une victoire de l’intuition sur la raison » proclame le réalisateur Brésilien Walter Salles. Malgré ses jambes de guingois, il fut le roi du dribble avec un coup de rein phénoménal. Sur la pelouse, il apparaissait comme un guignol débonnaire. L’écrivain Luis Antezana a décrit les minuscules labyrinthes que Garrincha dessinait sur le terrain et dans lesquels il égarait ses adversaires. Les footballeurs brésiliens sont tous des héritiers de cet artiste qui cajolait le ballon comme s’il dansait avec la plus belle femme du monde. Au Brésil, le ballon est une femme rapporte d’ailleurs l’écrivain Uruguayen Eduardo Galeano. Pour expliquer cette esthétique du football Brésilien, Olivier Guez remonte au début du XXème siècle quand Rio de Janeiro était le navire amiral d’un Brésil qui se rêvait Blanc, Européen et civilisé. « Ordre et progrés » était sa devise. Adepte d’une philosophie positiviste, les élites sont francophiles et anglophiles. Le football est un sport importé par les anglais qui fédère les élites. Ce sport devient très vite populaire car il ne nécessite pas d’équipements plus élaboré qu’un ballon pour y jouer. Mais les théories racialistes de Gobineau font florès à l’époque. Les élites tentent de préserver des îlots blancs et excluent une partie de la population de sang mêlé. L’introduction du football au Brésil en 1894 intervient peu après l’abolition de l’esclavage en 1888. Néanmoins, une ségrégation de fait perdure dans une société où l’antagonisme entre les blancs et les noirs se manifeste dans ce sport qui est pratiqué exclusivement par les élites blanches. Les noirs doivent au départ paraître plus blancs que blancs en s’enduisant le visage de poudre de riz ou en lissant leurs cheveux. Pour pouvoir prendre part aux festivités du jeu, ils doivent se travestir. Mais une fois sur le terrain, il fallait faire face au défi physique imposé par les blancs beaucoup plus forts car mieux nourris que les descendants d’esclaves et qui bénéficiaient des faveurs de l’arbitrage. Au lieu de répondre à la force physique par la force physique, ces joueurs métis ont développés des trésors de malices, de ruses et de créativité pour prendre l’ascendant et éviter les charges et les tacles des joueurs blancs. Le dribble, essence du Brésil, est né dans lequel les joueurs noirs excellent dans l’art de la simulation et de la dissimulation. Avec les premiers joueurs métis, le football Brésilien est devenu une poésie dont les figures de styles sont les dribbles et vont se décliner sous forme d’Elastico (geste connu également sous le nom de flip-flap), de pedalada (les passements de jambes), de chapeu (le coup du sombrero), d’embaixadinha (ou jonglages), de foca (jonglage avec le ballon sur la tête du joueur qui évoque une otarie), le drible da vaca (ou grand pont), la caneta (ou le petit pont), etc… Ancré dans les racines culturelles du Brésil, les joueurs vont s’inspirer de la Capoeira, cet art martial pratiqué par les anciens esclaves d’origine africaine et qui devait se dissimuler en danse pour être toléré. C’est une philosophie du corps dans laquelle le relâchement et l’intelligence valent plus que la masse musculaire. Les principes de cette discipline se retrouvent chez les premiers attaquants les plus talentueux chez qui le dribble remplace l’esquive. Son expression la plus belle fut la bicyclette réalisée par Leonidas avec le Brésil à la coupe du monde organisée en France en 1938 où le Brésil atteint les demi-finales.

La première star du football Brésilien, Arthur Friedenreich, est né en 1892 d’un père immigré Allemand et d’une mère lavandière de sang noir. C’est un mûlatre aux yeux verts. Il lissait dans le vestiaire ses cheveux crépus avec de la brillantine. C’est la raison pour laquelle il entrait sur le terrain en retard par rapport à ses coéquipiers. Avec 1329 buts, c’est le buteur le plus prolifique de l’histoire.  A Fluminense, les joueurs de football noirs devaient s’enduire le visage de poudre de riz pour pouvoir pratiquer ce sport. « Poudre de riz » est le surnom du club de Fluminense où il est coutume de jeter du talc avant les grandes rencontres.

L’art du dribble est donc né de stratégies d’évitements, de feintes et d’esquives de ces joueurs de couleur qui n’avaient pas le droit de toucher les blancs sous peine d’être rossés. Avec l’art du dribble les joueurs brésiliens ont inventé un nouveau langage corporel. Il est né du désir d’éviter les charges des adversaires blancs, rarement sanctionnées, et les insultes des supporters. L’art du dribble a pour origine le désir de ces joueurs de couleur de sauver leur peau dans un sport où ils sont stigmatisés. L’art de l’esquive permet donc à ces joueurs de préserver leur intégrité physique.

Le dribble est le reflet de l’ethos afro-brésilien dans lequel transparaît deux traits de caractère: le goût du prestige personnel et plus encore la malandrade, c’est à dire la roublardise. D’où cette ruse offensive constitutive d’un football flamboyant qui valorise le beau geste et associe le panache à la ruse du malandro. Le malandro est une figure populaire au Brésil caractérisé par sa démarche chaloupée. Il est reconnu pour triompher de plus fort que lui, en privilégiant la ruse et son esprit plutôt que la force brute. Il y a une connexion entre le fait de tromper un défenseur sur le terrain ou être malin dans la vie réelle pour se sortir des situations les plus inextricables et dribbler ainsi les difficultés de la vie.

L’archétype du joueur Brésilien est donc le malandro qui serait sur les terrains de football du monde entier ce dandy des grands chemins. Le Brésil a donc trouvé dans le football un outil d’intégration sociale et le fédérateur d’une nation arc-en-ciel qui a commencé par faire sa révolution culturelle quand le club de Vasco de Gama fondé par des commerçants Portugais a été le premier a imposé des joueurs de couleurs dans les années 30. Son écusson composé de blanc, de rouge et de noir résume à lui tout seul les trois composantes de ce pays multi-culturel qui a brassé plusieurs cultures et intégré beaucoup d’immigrants au début du XXème siècle.

En 1800, la moitié de la population au Brésil était composée d’esclaves. La traite d’esclaves a constitué le moteur de l’économie Brésilienne et a vu au cours du XIXème siècle l’arrivée de 4 millions d’Africains dans le pays. A la fin du XIXème siècle, Arthur de Gobineau représente la France au Brésil dans une fonction diplomatique et son essai sur l’inégalité des races humaines trouve chez l’empereur Pedro II un lecteur enthousiaste. Il estimait que le sous-développement d’un pays comme le Brésil découlait du métissage de sa population. Contre la miscégénation qui s’opérait au Brésil, il prônait de stimuler l’immigration des Blancs Européens qu’il considérait comme une race supérieure.  C’est pour cette raison, que malgré l’abolition de l’esclavage, la société Brésilienne est au début du XXème siècle sous l’emprise de cette idéologie. Quand le football arrive au Brésil, il est l’apanage d’une certaine élite sociale et il est interdit aux noirs. Les premiers clubs à faire appel à des joueurs de couleur les obligeaient à se blanchir la peau avec de la poudre de riz et à se travestir. Ce n’est qu’à partir des années 30 que le football se professionnalise et qu’on juge un joueur en fonction de son talent et non en fonction de sa couleur de peau. Le gouvernement de Getulio Vargas essaie de transformer le football en sport national. Le football commence à devenir un ascenseur social et un facteur d’intégration raciale. A ce sujet, le sociologue Brésilien Gilberto Freyre remarquait : « Le football est le pharmacon prodigieux, le poison remède qui convertit la violence, la désagrégation sociale, le primitivisme, l’opportunisme vicieux et stérile, en art et en perspective d’affirmation du pays. »

Le football a donc été le terrain d’affirmation de l’identité du peuple Brésilien. Il a permis de créer le sentiment d’appartenance à la collectivité.

Si vous êtes trop jeunes pour avoir suivi les exploits de Pelé ou de Mané Garrincha, les images d’archives nous montrent des gestes sublimes mais qui constituent des échecs comme le fameux but que Pelé a marqué mais que Gordon Banks, le gardien de but Anglais, a arrêté au stade de Guadalajarra à la coupe du monde 1970. Ou encore ce lob génial de Pelé mais qui n’est pas courroné d’un but contre la Tchécoslovaquie. Et que dire de ce grand pont réussi sur le gardien de but Uruguayen en demi-finales sans même toucher le ballon, qui permet à Pelé de contourner le dernier rempart Uruguayen. Mais le tir de Pelé vient mourir à quelques centimètres du poteau de Mazurkiewicz. Dans ce geste, il y a tout l’art de l’esquive des joueurs Brésiliens hérité de cette époque où les noirs évitaient par des trésors de malices les charges de leurs adversaires blancs.

 

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Le stade Maracana avec ses 200 000 places est devenu à Rio de Janeiro le temple d’une religion moderne qui voue un culte au Football.  Et savez-vous comment on épelle le mot « Dieu » au Brésil ? P-E-L-E.

 

 

 

 







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