[Critique de film] Quelque part dans le temps : un film culte méconnu!

25062018

Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma.

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Jean d’Ormesson a écrit : « Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. » Si l’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. Avec ce long métrage, le réalisateur nous invite à un voyage intérieur en brisant nos barrières spatio-temporelles et à explorer ce temps qui est l’image mobile de l’éternité immobile.
Le seul moment que je n’ai pas aimé dans Quelque part dans le temps, c’est quand est venu la fin. C’est un film culte à plus d’un titre.
D’abord, il existe trois films qui ont le privilège de compter un fan club dédié en leur honneur : Autant en emporte le vent, Le magicien d’Oz et Quelque part dans le temps.
Ensuite, si vous cherchez un film dans lequel l’actrice Jane Seymour a joué et que vous interrogez les cinéphiles, 9 personnes sur 10 vous répondront Quelque part dans le temps. Et la dixième, confondra sûrement cinéma et série TV en vous répondant Le Dr Quinn femme médecin. Dans Quelque part dans le temps, le personnage principal, Richard Collier, vit dans le temps présent, c’est-à-dire dans les années 80 qui coïncident avec la date de sortie du film. Il est subjugué par le portrait d’une actrice du début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. C’est cette photo de Jane Seymour en Elise Mc Kenna qui a été également utilisée en tant que portrait de Michaela Quinn  dans la série télévisée Docteur Quinn, femme médecin. On raconte que l’acteur Christopher Reeve a refusé de voir ce portrait avant de jouer la scène où il le découvre pour la première fois afin que l’effet de surprise et l’émotion suscitée par la beauté de cette femme soient totales.
Dans le film, ce portrait d’une actrice réalisé en 1912 interpelle Richard Collier en 1980 pour deux raisons très précises que le spectateur n’est pas censé savoir :
1°) Les plus belles étoiles sont celles qu’une femme a dans les yeux lorsqu’elle regarde l’homme qu’elle aime. Au moment où ce portrait est réalisé, Elise Mc Kenna regarde non pas le photographe, mais l’homme dont elle est amoureuse.
2°) Ce portrait interpelle Richard Collier, car il s’adresse à lui. Il ignore qu’au moment où la photographie est prise, l’actrice le regarde!
C’est le coup de génie du réalisateur, Jeannot Szwarc ou peut-être du scénariste, Richard Matheson, d’avoir ajouté ce détail dans le film qui ne figure pas dans le livre.
Elise Mc Kenna a un charme d’autant plus magnétique et hypnotisant pour Richard Collier, que c’est lui qu’elle regarde. Si aimer c’est savoir dire je t’aime sans parler, le portrait d’Elise Mc Kenna est une des plus belles déclarations d’amour que le cinéma nous ait offert.
Et juste avant cette scène où l’actrice prend la pause pour le photographe, elle est sur scène et joue dans une pièce de théâtre dans laquelle elle va changer le texte. En évoquant l’homme qu’elle aime, elle ne fait pas allusion à un personnage de la pièce, mais elle s’adresse à Richard Collier dans le public pour lui déclarer sa flamme.
Le souffleur a des sueurs froides, le metteur en scène est estomaqué. Le texte de la pièce est détourné. Les autres acteurs sont hébétés : ils ne savent pas quelle réplique donner à Elise Mc Kenna  qui part dans un monologue où elle évoque la douceur d’aimer et le sentiment amoureux qu’elle éprouve. Mais comme c’est une grande actrice, elle va par une pirouette retomber sur ses pattes et reprendre le fil de la pièce au grand soulagement de tous…
Le charme de cette actrice opère par ses yeux vairons : ses deux yeux ne sont pas de la même couleur. C’est un cas remarquable d’hétérochromie. Dans les Pays d’Europe de l’Est, c’est aux yeux vairons que l’on reconnaît le diable. Dans Quelque part dans le temps, Richard Collier se laisserait bien damner devant la beauté de cette actrice dont le regard l’hypnotise au point de vouloir voyager dans le temps pour la retrouver! Jane Seymour a deux yeux vairons : son oeil droit est marron et son oeil gauche est vert. Dans ce film, Jane Seymour n’est pas belle, elle est pire!
En conclusion, Jane Seymour est inoubliable dans ce rôle dont elle ne s’est jamais délivré. Quelque part dans le temps est un film culte car on associe son actrice principale, Jane Seymour au rôle qu’elle joue dans le film. L’identification est totale. Quand on voit Jean Reno, on pense au personnage de Enzo qui l’a révélé dans Le Grand Bleu et même si ce dernier film n’est pas un chef d’oeuvre, il n’en demeure pas moins un film culte dans le sens où ses acteurs à l’instar de Jean-Marc Barr ne se sont jamais délivrés des personnages qu’ils ont joué!
Quelque part dans le temps peut-être également qualifié de film culte car des lieux réels portent désormais le nom d’une réplique de ce film.
En effet, Susan French, l’actrice qui joue Elise Mc Kenna à la fin de sa vie, est morte en 2003 à l’âge de 91 ans à Santa Monica. La moitié de ses cendres sont enterrés dans l’ïle de Catalina et l’autre moitié sont inhumés dans l’île de Mackinac dans le Michigan entre les arbres où Jane Seymour a prononcé la célèbre réplique « Is it you ? » et la plaque du mémorial du film « Somewhere in time ».
Une actrice qui a donc joué un second rôle a voué un culte à ce film au point de vouloir reposer à l’endroit où son personnage rencontre pour la première fois Richard Collier dans l’histoire!
Susan French incarne donc au début du film le personnage d’Elise Mc Kenna qui, à plus de 80 ans, assiste à la première représentation d’une pièce de théâtre dont l’auteur est Richard Collier. Seule personne âgée dans un public d’étudiants, elle s’avance vers le jeune metteur en scène et lui remet une montre en lui disant : « Reviens-moi. Je t’en prie. » « Come back to me ». Richard Collier n’avait jamais vu cette femme auparavant. 8 ans plus tard, à court d’inspiration, il prend sa voiture et parcourt beaucoup de route avant de s’arrêter devant un hôtel dont le charme suranné attire son attention. Il décide d’y séjourner quelques jours. En visitant le musée de l’hôtel, il découvre ce portrait qui le bouleverse. Il demande d’abord à Arthur, le groom qui travaille dans cet hôtel depuis son plus jeune âge de lui indiquer le nom de la femme qu’il représente. Il s’agit d’une actrice célèbre au début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. Richard Collier est complètement envoûté par la beauté de cette femme au point d’aller investiguer dans une bibliothèque sur la vie de cette actrice. Au détour des pages d’un livre, il tombe sur la dernière photo qui a été prise de cette comédienne à la fin de sa vie. Il reconnaît la vieille dame qui lui avait remis la montre. Il l’avait donc déjà rencontré et le mystère d’Elise Mc Kenna s’épaissit davantage. C’est donc une synchronicité qui lui permet de démasquer l’identité de la femme qu’il avait rencontré huit ans plus tôt. C’est l’association de deux événements fortuits auquel Richard Collier donne une valeur affective qui le connectent avec le passé et avec cette femme.

Ce film est arrivé premier dans un concours de circonstances…

C’est parce que Jeannot Szwarc a remplacé au pied levé John D. Hancock dans la direction des Dents de la mer 2 après une semaine de tournage sous « haute tension » (c’est une référence au dénouement du film) et permis à UNIVERSAL que cette suite du chef d’oeuvre de Spielberg ne soit pas un naufrage… Il réussit a requin… qué financièrement la UNIVERSAL STUDIO qui en remerciement lui offrit la possibilité de produire le film de son choix. Il choisit alors d’adapter le roman de science-fiction de Richard Matheson, « Bid time return » traduit en Français sous le titre « Le jeune homme, la mort et le temps ».
C’est parce que Johh Barry était un ami de longue date de l’actrice Jane Seymour qu’il accepta de signer la bande originale de ce film…
C’est parce que Christopher Reeve souhaitait se libérer du carcan dans lequel l’avait enfermé SUPERMAN qu’il accepta de s’embarquer dans ce projet modeste… malgré l’avis de son imprésario.
C’est parce qu’il fut subjugué par le portrait de l’actrice Maud Adams que Richard Matheson, a écrit le roman Time bid return dont s’inspire le film…
Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma américain que l’on doit à une succession de heureux hasards…
C’est un film fantastique où la science-fiction est un prétexte à une histoire d’amour romantique… Il met en scène l’amour improbable entre un écrivain de pièces de théâtre à succès vivant en 1980 à Chicago, Richard Collier, et une actrice de théâtre à l’apogée de sa carrière en 1912, Elise Mac Kenna…
Ce film est porté par un trio d’acteurs au sommet de leur art : Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer.
En choisissant de tourner « Quelque part dans le temps », Christopher Reeve prouve grâce à ce rôle, qu’il est capable de séduire le public sur le terrain de l’émotion et du romantisme. Sa palette en tant qu’acteur est d’autant plus large qu’on le reverra dans d’autres films aux antipodes de Superman tels que Les vestiges d’un jour. Le destin de ce comédien révélé dans Superman en 1978 est tragique. En effet, en 1995, une chute de cheval dans un concours d’équitation le rend tétraplégique. Il meurt en 2004 à 52 ans d’un arrêt cardiaque après avoir ingéré un antibiotique pour lutter contre une infection.
C’est Richard Matheson qui écrit le scénario pour adapter son propre roman… Il s’est distingué dans le domaine de la science-fiction en écrivant également Je suis une légende, L’homme qui rétrécit ou Au-delà de nos rêves (certainement l’un des meilleurs films où joue Robin Williams). Richard Matheson apparaît dans ce film où il fait une caméo. Il interprète le client du Grand Hôtel surpris par les coupures de rasoir sur le visage de Richard Collier. Dans son roman le personnage principal incarne son alter ego : il porte le même prénom, Richard, exerce la même profession, écrivain de pièces de théâtre. C’est en découvrant le portrait de Maud Adams, que Richard Matheson a été subjugué par le charisme de cette actrice du XIXème siècle. Elle s’était distinguée notamment en interprétant Peter Pan au théâtre. Elle lui inspire le personnage d’Elise Mac Kenna.

 

JOHN BARRY
La musique est signée John Barry. Ceux qui croient qu’il n’y a eu qu’un seul grand musicien dans la vie de Jane Birkin se trompent. Avant d’être avec Serge Gainsbourg, Jane Birkin était mariée à John Barry avec lequel elle a eu une fille, Kate. Cette dernière s’est suicidée à Paris en 2013, soit deux ans après le décès de son père. Jane Birkin a donc été en quelque sorte le trait d’union entre John Barry et Serge Gainsbourg, deux immenses musiciens du XXème siècle. Interrogé sur Serge Gainsbourg, John Barry fit preuve de retenue en affirmant : « Je n’ai pas de commentaires à faire sur “monsieur Gainsbourg”. J’ai une opinion sur lui mais je la garde pour moi. »
John Barry est avec Ennio Morricone, Jerry Goldsmith, John Williams, Michel Legrand, l’un des meilleurs auteurs de bande originale de films. Les thèmes qu’il a composé pour les films James Bond, Out Of Africa ou Danse avec les loups sont mondialement connus. Sans parler du thème musical de la série britannique Amicalement Vôtre.
Un tel auteur n’aurait jamais collaboré dans un projet aussi modeste s’il n’avait pas été un ami de longue date de l’actrice principale Jane Seymour.
Les experts s’accordent à dire que c’est la bande originale de ce film qui contribue grandement à son succès. La musique de John Barry commence là où s’arrête le pouvoir des mots. Elle nous donne la nostalgie d’une époque et d’un lieu que nous n’avons jamais connus. Le grand Hôtel en 1912…

Le père de John Barry était mort quelques jours avant Noël 1979, et sa mère avait suivi son époux quatre mois plus tard, en avril 1980. C’est l’émotion née de la perte de ses parents qui a inspiré John Barry dans l’écriture de cette musique bouleversante.

Comme disait Alfred de Musset : « Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur. ». Si la musique de Quelque part dans le temps compte parmi les plus grands succès de John Barry, c’est parce qu’elle exprime l’indicible, et évoque des sentiments ineffables qui dépassent le pouvoir du langage : elle va au-delà de la frontière des mots.

Le film raconte l’histoire d’amour de deux êtres prédestinés que le destin va séparer…
Un proverbe italien dit « L’amour fait passer le temps, le temps fait passer l’amour ». Pour la jeunesse d’aujourd’hui, l’amour dure trois ans. Pour le héros de ce film l’amour est intemporel. Si la montre indique les heures, la beauté de Jane Seymour nous les fait oublier. D’ailleurs, dans ce long métrage, ce n’est pas la montre qui marque les heures, mais les battements de notre coeur. Quand on aime, on a toujours vingt ans!
Mais comment fait-on pour voyager dans le temps ? Un best seller de Jack Finney paru trois ans avant la sortie du film a inspiré l’auteur. Il est fait un clin d’oeil à cet écrivain à travers le nom du professeur de philosophie de Richard Collier. Sa méthode se base sur l’auto-suggestion. Il s’agit de pratiquer l’auto-hypnose pour voyager dans le temps par auto-suggestion. Richard Collier par dissociation avec le présent, va pratiquer cette méthode pour remonter en 1912. Il recrée les conditions les plus exactes possibles d’une période du passé pour se conditionner mentalement à y vivre. Il porte un costume de cette époque, il occulte tous les objets qui lui rappellent le présent (téléphone, magnétophone, etc…), il va chez un numismate pour y trouver des pièces de monnaies en vigueur en 1912. Dans Le voyage de Simon Morley le voyage dans le temps par autosuggestion est possible car le mental est monumental.
En fin de compte, ce principe n’est pas si éloigné de cette remarque de François Mitterrand à la fin de sa vie qui disait : « Mes chers compatriotes, je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »
Le film se démarque du roman dont il s’inspire. Traduit en Français, Bid time return, qui fait référence à une citation de Shakespeare, donne Le jeune homme, la mort et le temps. La mort et l’amour sont les deux enfants jumeaux de l’histoire et du temps. Et il y a quelque chose en eux qui parle d’un autre monde.
Dans le titre français, la mort prend une place prépondérante dans la mesure où Richard Collier est mort au début du récit et c’est son frère Robert Collier qui nous présente le manuscrit que Richard avait écrit avant de mourir. A 36 ans, Richard Collier est atteint d’une tumeur au cerveau. Il n’a jamais connu l’amour et il se sent donc trahi par la vie et le présent. C’est pour cette raison qu’il va chercher dans le passé un échappatoire à son sort funeste. Dans son histoire il n’est pas question de machine à remonter le temps mais de voyage dans le temps par son imagination. Richard Collier est un voyageur immobile. Il s’auto-persuade qu’il peut se transposer dans une autre époque par le pouvoir de sa pensée. Il choisit une époque lointaine afin de s’affranchir de la réalité. Il est fasciné par un hôtel qu’il décrit comme un monument érigé au passé. Le héros est passionné par la musique de Malher. Il découvre que c’était également le musicien favori d’Elise Mc Kenna. Dans le film, John Barry remplace Malher par Rachmaninov dont la musique romantique sert de trait d’union entre les deux personnages. Il est obsédé et subjugué par le portrait de cette actrice qui dans le roman évolue au XIXème siècle en 1896. C’est l’expression de son visage qui l’interpelle. En le contemplant, il a trouvé la femme de ses rêves. C’est une description adéquate car où pourrait-elle exister d’autre que dans ses rêves ? S’il retourne trois fois dans le sous-sol de l’hôtel pour observer ce portrait, il tente manifestement à échapper à la réalité. Son cerveau refuse d’accepter le présent en se tournant vers le passé. L’hôtel où il séjourne est comme un sanctuaire consacré à la protection du temps jadis. Dans la biographie d’Elise Mc Kenna, il découvre qu’elle avait auparavant séjourné dans cet hôtel avec son imprésario, William Fawcett Robinson. Amoureux transi, il la considérait comme inatteignable pour un homme de son espèce et consacrait tous ses efforts pour la maintenir sur un piédestal en s’assurant qu’elle serait également inaccessible pour d’autres hommes!
Avec le pouvoir de l’auto-suggestion la pensée peut déplacer les montagnes… du temps. Ce en quoi il croit devient son monde! S’il se projette dans le passé à une époque lointaine, il se retrouve dans une chambre d’hôtel qui n’est pas la sienne. Comme l’occupant a fermé la porte à clef avant de sortir, il imagine la situation cocasse où en revenant, cette même personne découvre qu’on est sorti de sa chambre par effraction!
Robinson est beaucoup plus sanguin dans le roman qu’il ne l’est dans le film. C’est un personnage prosaïque et envahissant aux antipodes de l’homme altier avec sa démarche aristocratique qu’on découvre sous les traits de Christopher Plummer. Le spectateur ne sait pas exactement s’il est amoureux d’Elise car sa personnalité est beaucoup plus complexe et subtile. Dans le roman, Richard Collier apprend que son rival meurt noyé en 1911 à bord du Lusitania. Elise Mc Kenna est également chaperonnée par sa mère alors que dans le film, elle séjourne à l’hôtel seule et son imprésario reprend à son compte cette figure tutélaire de la mère. Il s’immisce dans les affaires privés de cette actrice en la suivant en toute occasion et en veillant à ce qu’aucun importun n’approche sa protégée.
Dans le film, c’est lui qui met en garde Elise contre la rencontre d’un homme qui doit changer son existence. Alors que dans le roman, on fait allusion à une indienne diseuse de bonne aventure qui lui prédit une rencontre avec un homme dans des circonstances étranges quand elle aurait atteint l’âge de 29 ans. Cette prédiction est confirmée par la mère d’une habilleuse de sa troupe connue pour son pouvoir de divination. Elle lui annonça également une rencontre avec un homme en situant le lieu sur une plage en Novembre. C’est pour cette raison que dans le livre, comme dans le film, la première phrase qu’Elise Mc Kenna prononce lorsqu’elle croise la route de Richard Collier c’est : « Is it you ? » « Est-ce vous ? »
Cette vision est donc pour elle surnaturelle! Ce coup de foudre entre Elise Mc Kenna et Richard Collier évoque une folie lucide. Ce n’est pas à cause de l’attraction terrestre que les gens tombent amoureux. L’intérêt de la science-fiction dans cette romance est de mettre en exergue l’aspect surnaturel de l’amour. Leur rencontre est beaucoup plus extra que terrestre. Elle tombe amoureuse dans la mesure où elle a le sentiment de ressentir les choses davantage. Elle n’a plus le sentiment de zigzaguer comme une planète ayant perdu son chemin car elle a trouvé son soleil. Richard et Elise sont attirés l’un vers l’autre comme deux aimants. Comme s’ils avaient une seule âme dans deux corps différents. L’amour, c’est ce désir de posséder ce qui nous possède. En retour, Richard Collier est subjugué par son charme irrésistible, magnétique, par son aura. Richard Collier est parfois pris de vertige : il a peur de se réveiller et de se rendre compte que tout cela n’était qu’un rêve, le fruit de son imagination. Elise est pour lui une ancre qui le maintient dans le passé. A la fin du roman, Richard Collier est mort d’une tumeur au cerveau dont il se savait condamné bien avant d’entreprendre son voyage dans le passé. A sa mort, son frère a trouvé le manuscrit dans lequel il relate son voyage surnaturel et sa rencontre avec Elise. Robert Collier est le narrateur de l’histoire. A la fin du roman, il nous livre son interprétation des choses : son frère avait un besoin désespéré d’échapper à son sort. Il pense qu’il y a réussi pendant un jour et demi étendu sur le lit de sa chambre d’hôtel dans un état d’auto-hypnose, il a vécu ce voyage dans le passé. Atteint d’une maladie incurable à 36 ans sans avoir jamais connu l’amour, il lui fallait se réfugier dans le passé pour trouver du réconfort. Mais par amour pour son frère, il aurait tellement aimé que tout ce qu’il a lu soit vrai et qu’il ait réellement rencontré le grand amour! Avec cette tumeur au cerveau, le roman suggère que cette histoire extraordinaire peut être le fruit d’une hallucination. Comme disait Kalil Gibran dans le Prophète : « Si le temps n’est qu’illusion, les illusions ne durent qu’un temps. »

Dans le film, la mort ne menace pas le héros, elle n’est pas comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il n’est jamais fait mention d’une tumeur au cerveau et on le voit en bonne santé mentale et physique. Le réalisateur tente un autre pari : nous raconter une histoire tellement belle que la frontière entre l’invraisemblable et la réalité s’efface.
Ce film pose des questions philosophiques très profondes : peut-on changer le cours des choses ? Sur un point la puissance de Dieu est en défaut : il ne peut pas faire en sorte que ce qui est arrivé ne soit pas arrivé. Le temps est irréversible. Tout est écrit d’avance. Mektoub comme disent les arabes. Richard Collier connaît le destin d’Elise Mc Kenna, pourtant il est persuadé qu’il pourra le changer s’il parvient à son époque… Cette histoire raconte l’hybris de l’homme contre le temps. Les hommes passent leur vie à essayer de tuer le temps mais c’est le temps finalement qui finit par les tuer! Autre question que soulève ce film : pouvons-nous changer le monde par nos rêves ?
Ce film fut un immense succès en Orient. Son influence se retrouve dans des films récents tels que Hotel Singapura. Certains adeptes sont même persuadés que l’histoire d’amour entre Rose et Jack dans Titanic s’est fortement inspirée de Quelque part dans le temps. Les analogies entre les deux films sont nombreuses : l’époque, les personnages, les événements… Les points communs sont tellement nombreux que certains avancent l’idée que Cameron ait puisé son inspiration dans ce film.
Le réalisateur a délaissé l’hôtel del Coronado à San Diego dont il est fait mention dans le livre pour privilégier le grand Hôtel dans l’ïle de Makinac. En effet ce site offre l’avantage de restituer parfaitement l’atmosphère du début du XXème siècle. Dans cette île, on croirait que le temps s’est arrêté, car les gens se déplacent à cheval ou à vélo. Les voitures sont proscrites.
Bref, il n’y avait aucun risque d’anachronisme avec la période où se situe l’histoire!
Shakespeare écrivait dans Richard II, acte III, scène 2 : « Ô revienne le temps jadis Recule la marche du temps. »
Pour bien distinguer le temps présent du temps passé, l’image est  sublimée par une photographie utilisant deux pellicules chromatiquement différenciées, Kodak pour le présent, Fuji pour le passé. La saturation des couleurs est donc différente entre les deux époques. Le metteur en scène franco-américain, Jeannot Szwarc, a entre autre, grâce à cet effet chromatique, réalisé son seul chef d’oeuvre. Artisan de l’usine du rêve Hollywoodien, réalisateur de série TV (Kojak, Heroes, Columbo) ou de films médiocres, Quelque part dans le temps est son chef d’oeuvre, un film qui sort des sentiers battus pour nous entraîner dans une autre époque et nous raconter la plus belle histoire d’amour de tous les temps!

C’est parce que ce film est bercé par la 18e variation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini Opus 43 de Rachmaninov que vous devez absolument découvrir cette invitation au voyage… dans le temps! Grâce à ce film culte pourtant méconnu, nous apprenons que le temps est un… présent!

 







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