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[Critique du film] LooKING for ERIC : la fureur de survivre!

12 03 2018

Looking_for_Eric

Jean-Michel Larqué remarquait  » Tous les entraîneurs vous le diront : une passe est un message. » Eh bien le message de ce film… C’est précisément une passe. A la question de savoir quel est le plus beau geste dans la carrière d’Eric Cantona en Angleterre, beaucoup d’images de ses buts reviennent à l’esprit. Mais curieusement, le plus beau moment de sa carrière n’a pas été marqué par un de ses buts mais par une passe aveugle géniale à l’un de ses partenaires, IRWIN.
Dans ce film, le football devient une métaphore de la vie. Car Eric Bishop est un postier qui est en situation d’échec sur le plan sentimental et au niveau de l’éducation de ses enfants. Un jour, alors qu’il a beaucoup fumé de substances illicites, il s’adresse au poster d’Eric Cantona qui lui répond. Son idole va devenir le coach d’Eric Bishop et lui permettre de reprendre sa vie en main, de créer sa réalité au lieu de la subir. Ce film est un chef-d’oeuvre car toute sa magie est de rendre visible ce lien invisible qui existe entre un supporter de Manchester, et son idole, Eric Cantona. Si le football est une métaphore de la vie, comment Eric Bishop va-t-il pouvoir sortir de l’impasse dans la crise qu’il traverse avec ses beaux fils en s’inspirant de la brillante carrière d’Eric CANTONA ? Evidemment, ce film s’adresse en premier lieu à tous les amoureux du ballon rond qui retrouvent avec plaisir Eric Cantona, l’enfant terrible du football Français dans les années 80 et dans les années 90. Juste quelques faits qui ont contribué à bâtir sa légende :
En 1987, il traite le sélectionneur de l’équipe de France, Henri Michel de  » sac à merde  » car ce dernier ne le retient pas en équipe de France lors d’un match. Il est suspendu de l’équipe de France 1 an.
En Janvier 1989, il est remplacé avec l’OM au cours d’un match amical contre le Torpedo de Moscou. Furieux, Cantona sort en jetant le maillot de l’OM par terre. Il est sanctionné un mois avant d’être prêté à Bordeaux.
En 1991, alors qu’il évoluait avec le Nîmes Olympique contre l’AS St Etienne, une décision d’arbitrage le met hors de lui. Il jette le ballon sur la tête de l’arbitre! Il est suspendu 1 mois par la commission de discipline. Il décide alors de résilier son contrat et de s’expatrier en Angleterre à Leeds puis ensuite à Manchester. A Leeds, il conquiert son premier titre de champion d’Angleterre. Il déclara aux supporters anglais :  » Why I love you ? I don’t know why but I love you.  » A Manchester, alors qu’Aimé Jaquet, nouveau sélectionneur de l’équipe de France, en fait son capitaine, une nouvelle affaire va éclater. Lors d’un match où il est expulsé contre Crystal Palace, Cantona répond à un supporter qui l’insulte, en lui faisant une démonstration de… Kung FOOT! Inquiète sa mère contacta Guy Roux car elle craignait, non pas la sanction que risquait son fils qui encourait une peine de prison, mais la réaction de ce dernier à l’encontre de son juge. Guy Roux, l’ancien entraîneur d’Eric Cantona à Auxerre aurait même fait intervenir François Mitterand qui lui avait promis de lui rendre service un jour en cas de besoin. Au sortir du tribunal, son avocat persuade Eric Cantona de répondre aux questions des 500 journalistes qui l’attendaient en conférence de presse. Il leur déclara :  » Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Devant l’assistance médusée, Cantona dit au-revoir, se leva, et laissa les journalistes commenter sa phrase et l’analyser de 1000 façons différentes. Il est finalement exclu des terrains neuf mois. Après son retour dans l’équipe de Manchester, Aimé Jaquet ne le réintégra plus jamais en équipe de France.

Si vous n’aimez pas le football et encore moins Eric Cantona, ce film, Looking for Eric, peut quand même vous plaire. Tout simplement parce que les images d’archives qui font référence à sa brillante carrière à Manchester où il s’est quand même distingué dans le bon sens du terme sont réduites à la portion congrue. Ce film est magique car il nous montre que dans la vie c’est comme sur un terrain de football : nous avons tous un but à atteindre. Pour faire face à un problème, il y a deux solutions. Soit on mise sur ses qualités individuelles et finalement on va se retrouver en situation d’échec à l’instar d’Eric Bishop qui tente par lui-même de raisonner le voyou qui fait pression sur son beau-fils. La deuxième solution, et c’est tout le message du film : c’est de jouer avec ses partenaires, de faire confiance à ses co-équipiers. Dans la vie, il y a des gens qui sont avec nous, nos proches, nos amis, nos collègues car ils ont des intérêts communs avec nous. Ils font donc partie de la même équipe que nous. A travers ce film, Ken Loach veut nous prouver que la victoire appartient à ceux qui savent  » impliquer  » toutes les forces vives qui sont à leur disposition.

Malgré le talent individuel d’un Eric Cantona, le message de ce film est altruiste. Il vise à nous rappeler que dans une équipe de football il y a toujours 11 joueurs. Et la valeur de l’équipe est supérieure à la somme des parties qui la composent. 1+1=3. Si l’on regarde le palmarès des joueurs élus ballons d’or, on se rend compte qu’il n’ y a pas de grands joueurs en dehors d’une grande équipe.  » Nul ne s’élève trop haut, s’il vole de ses propres ailes  » disait William Blake. Les grands joueurs sont ceux qui bonifient le travail de l’équipe. Mais au final, c’est toujours un groupe qui parvient à mettre en exergue la singularité d’un grand joueur. Pourquoi Cantona a-t-il explosé en Angleterre à Manchester alors que dans les autres clubs, il était sur le banc de touche ? A Marseille, Raymond Goethals lui aurait même dit un jour :  » Si tu n’aimes pas être assis sur le banc de touche, tu peux prendre une chaise et t’asseoir à côté ».

Pour résoudre ses problèmes, Eric Bishop va donc devoir s’épancher auprès de ses collègues et de ses amis. Il va donc devoir essayer de faire appel à leur aide en s’ouvrant à eux. De même que sur un terrain de football Cantona pouvait faire confiance au talent de ses partenaires pour concrétiser une belle phase de jeu dont il était l’instigateur. Loin d’enfermer le supporter dans un microcosme du plus pur machisme, la passion du football permet à Eric Bishop de s’ouvrir aux autres et de devenir plus humain.

Personnellement, à quelques rares exceptions, je n’aimais pas du tout KEN LOACH. J’ai aimé de lui : JUST A KISS et I DANIEL BLAKE. Mais aucun autre de ses film n’avait réussi à m’accrocher. Pourtant il a obtenu deux fois la palme d’or à Cannes avec LE VENT SE LEVE et I DANIEL BLAKE.

Ce film émouvant m’a définitivement réconcilié avec Ken Loach.
LooKING for ERIC fait référence dans le titre au surnom d’Eric Cantona en Angleterre : le King ERIC. Il marque la rencontre entre un grand réalisateur anglais et l’un des joueurs cultes de Manchester United. Le résultat est impressionnant car les deux montagnes auraient pu accoucher d’une souris comme ça a d’ailleurs été le cas lorsque Emir Kusturica, mon réalisateur préféré, a fait un film sur Maradona, le plus grand joueur de football de tous les temps. Le résultat a été une énorme déception pour moi. Mais dans le cas de ce film de KEN LOACH, j’ai été très agréablement surpris. Je dis chapeau bas aux anglais car ils ont réussi avec ce film à rendre hommage à ce grand joueur de football, truculent, impétueux et sanguin qui a trouvé grâce à leurs yeux dans le championnat d’Angleterre. Seul Alex Fergusson a réussi à gérer la personnalité d’Eric Cantona à Manchester. Ce film est un véritable bijou qui nous montre tout ce qu’un joueur de football peut apporter à travers ses exploits aux supporters anonymes qui viennent l’encourager sur un terrain de football. En supportant les grands joueurs, ils nous apportent en retour ce petit supplément d’âme sans lequel les vicissitudes de la vie seraient moins supportables! On supporte les grands joueurs pour qu’ils nous aident à supporter les petitesses de la vie! Le football est peut être le nouvel opium du peuple. Les stades de football sont sûrement les temples d’une religion moderne dans laquelle les grands joueurs sont à nos yeux de veritables dieux… du stade! Le football a une fonction cathartique : on se purge de nos passions et on se purifie de nos émotions en les vivant sur le mode imaginaire. Le football est un exutoire à nos problèmes dans lequel on recherche ce petit supplément d’âme qui nous fait parfois tant défaut dans le quotidien!

A noter aux débuts des années 2000, la sortie également d’une comédie anglaise beaucoup plus légère qui a su rendre hommage d’une manière différente à un autre grand joueur anglais de Manchester (mais si! mais si!) : David Beckham. Le titre du film : JOUE-LA COMME BECKHAM. Ce film qui fait référence à Beckham, bien que moins profond, est attachant quand même, comme le prouve l’immense succès qu’il a rencontré au box-office!

Eric Cantona a été désigné récemment par un sondage en Angleterre, meilleur joueur du siècle du championnat Anglais. Cantona est l’un des seuls Français à avoir fait chanter la Marseillaise aux supporters de Manchester qui l’adulaient.

Une dernière petite anecdote pour conclure. Eric Cantona jouait avec le col de son maillot relevé. Eric Bishop par mimétisme fait pareil dans ce film. On en a fait une question esthétique alors qu’Eric Cantona essayait juste de se protéger du froid étant sujet à des torticolis!

Quinze ans après avoir déclaré aux journalistes  » Quand les mouettes suivent un chalutier c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Eric Cantona confia :  » Aujourd’hui, presque quinze ans après, je peux vous dire le vrai sens de cette phrase. Il fallait juste comprendre : “Je suis en train de ne rien vous dire du tout” ».

Pour moi Eric Cantona c’est une légende comme James Dean. C’est un James Dean qui n’est pas mort!


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