El Pibe De Oro : l’histoire d’un gamin en chair et en or!

10042016

 

Dans les années 80, je n’étais pas spécialement fan de Diego Armando Maradona car il était un joueur populaire, vulgaire, et il représentait à mes yeux la caricature de tout ce que le football ne devait pas devenir. Il faisait en effet autant parler de lui sur un terrain de football pour ses exploits qu’en dehors pour ses turpitudes. Il défrayait la chronique autant pour ses succès que pour ses excès ! Son explication sur le premier but inscrit de la main lors du quart de finale de la coupe du monde contre l’Angleterre (il a parlé de « but d’équipe » et de « main de Dieu »), n’ont fait que ternir son image en mettant en exergue son manque de fair-play sur un terrain de football.

 

J’aurai pu me réconcilier avec ce joueur après avoir vu le documentaire qu’Emir Kusturica lui a consacré. Mais si Emir Kusturica est au cinéma ce que Diego Armando Maradona est au football, c’est-à-dire un génie absolu (il a remporté deux fois la Palme d’or à Cannes en 1985 et en 1995), la rencontre de ces deux montagnes a accouché d’une souris. J’ai toujours pensé que Diego Armando Maradona aurait pu être un personnage truculent tout droit sorti d’un film d’Emir Kusturica pour ses qualités de joueurs hors norme, ses facéties et ses talents de prestidigitateur balle au pied.  Emir Kusturica et Diego Maradona ont tous les deux quelque chose en commun : ils sont hors du commun. J’ai été d’autant plus déçu du résultat de cette rencontre que Kusturica est mon réalisateur fétiche. Si je devais partir sur une île déserte avec 3 films en DVD, j’emporterais n’importe lequel de ses chefs-d’œuvres… sauf le film sur le joueur argentin.

 

C’est un autre documentaire, de Jean-Christophe Rosé, qui m’a dessillé les yeux et m’a permis de voir ce prodige du football sous un autre jour. Diego Maradona n’est pas un personnage sorti tout droit d’un film de Kusturica, c’est un héros digne de la tragédie grecque qui met en scène des Dieux et des hommes et je pense qu’il rappelle davantage un personnage de Sophocle.

La magie de ce documentaire, « Maradona, un gamin en or », est de nous permettre d’entrer en empathie avec ce joueur. Même si on n’approuve pas son attitude sur le but de la main infligé aux anglais, le réalisateur a le mérite de nous faire comprendre ce qui se passe dans la tête de Maradona au moment où il marque le but. Maradona est décrit dans ce film comme une sorte de Robin des Bois qui vole les riches pour donner aux pauvres !

En toute objectivité, ce film est l’un des meilleurs documentaires consacré à un joueur de football. Mais il n’y a rien de plus subjectif que l’objectif d’une caméra. Et celle de Jean-Christophe Rosé nous montre un Diego Armando Maradona dans le camp des défavorisés, des culs terreux, des damnés de la terre et de tous ceux pour qui la coupe du monde est un moyen d’oublier que la coupe est pleine. Il est difficile de décrocher après avoir vu les cinq premières minutes de ce film. On est happé par les images, fasciné par le personnage de Maradona, envoûté par la verve du narrateur et bercé par les airs de tango argentin. La performance de ce long métrage est de conquérir un public qui va bien au-delà des amoureux du ballon rond.

Jean Hamburger disait : « Le grand destin de l’homme c’est de refuser son destin. »

Ce documentaire nous montre un homme, digne d’un personnage de Sophocle (Œdipe pour ne pas le nommer) dont la grande tragédie, c’est de ne pas avoir su échapper à son destin et dont la plus grande gloire, c’est de l’avoir assumé !

On y voit un gamin de quinze ans, déclarer à la télévision locale argentine, tel un oracle de Delphe, que son rêve est de porter un jour le maillot de la sélection nationale et de remporter  la coupe du monde.

Ce documentaire ne fait aucune concession à Maradona en montrant autant son côté lumineux que ses zones d’ombres (problèmes de cocaïne, mauvaises fréquentations, frasques extraconjugales, etc )

Mais si Maradona a autant marqué les esprits c’est parce qu’il était un symbole. Et un symbole confère cette part de divinité que n’auront jamais de très grands joueurs après lui. Le symbole est un pont entre le visible et l’invisible. Maradona incarne la promesse d’une revanche pour tous ceux que la vie a mis à genou. Il est un symbole de ce que le football peut être : une guerre sans les armes. Le mondial a remplacé la guerre mondiale. Ses origines modestes ont fait de lui le général d’une armée de sans-grades, de défavorisés qui ont trouvé dans le football un exutoire à leur malheur. Grâce à Maradona, le football est devenu le moyen d’expression privilégié de ceux qu’on n’entend jamais.  Le sport en général et le football en particulier sont une catharsis dans laquelle l’homme se purge de ses passions et de ses émotions en les vivant sur le mode imaginaire. L’Argentine, meurtrie par l’échec des Malouines et exsangue du fait de son marasme économique, a retrouvé sa fierté perdue grâce aux exploits del Pibe de Oro sur un terrain de football. Ce n’est pas étonnant que ce joueur soit aussi populaire et compte beaucoup pour tous ceux que la crise économique a laissé pour compte !

Maradona a toujours représenté les démunis comme à Boca Junior, le club des quartiers pauvres de Buenos Aires dont la rivalité avec River Plate, le club des quartiers huppés ne faisait qu’accroitre l’antagonisme entre les deux équipes.

Il n’a pas gardé un souvenir impérissable de son passage à Barcelone où il ne s’est jamais tellement épanoui. Il y a découvert un football européen rugueux et les mauvais traitements des défenseurs (Gentile à la coupe du monde 1982, Andoni Goikotxea, le boucher de Bilbao qui a transformé sa cheville en lambeaux). Devant le jeu âpre de ses adversaires qui ne comprenaient décidément rien à son football, Maradona apparaît davantage comme une victime. La finale de la coupe du roi entre Barcelone et l’Atletico de Bilbao se transforma en règlement de compte et en pugilat sous les yeux de Juan Carlos et de son épouse atterrés qui ne savaient plus comment donner le change. Tel un mauvais garnement repenti, Maradona a du présenter ses excuses au roi en compagnie de son agent.  Mais c’est à Naples, que Maradona va briller en redonnant leur fierté aux  « culs terreux », pour reprendre ce surnom méprisant que les Italiens du Nord donnent aux habitants du sud de l’Italie.

Juste après avoir remporté la finale de la coupe du Monde en Argentine, c’est sur un terrain boueux dans un village du sud de l’Italie que Maradona dispute un match dont les bénéfices sont reversés à un enfant malade en vue de le sauver ! Il disputa ce match avec la même fougue et la même envie. C’est autant son attitude que son aptitude qui ont déterminé son altitude ! Grâce à Maradona, les « culs terreux » ont pu toucher le firmament et le toit du monde !

Maradona est donc un symbole : c’est pour cette raison qu’il a été instrumentalisé par les différents régimes politiques qui ont essayé de se réapproprier les signes de son pouvoir et de sa gloire. On se souvient de Carlos Menem se prêtant au jeu devant la télévision de jongler avec un ballon et d’arborer le maillot numéro 10 de la sélection argentine. Les princes du pouvoir politique avaient donc besoin d’être adoubés par ce footballeur de génie pour acquérir une certaine légitimité et toucher un peu de sa notoriété. Dommage qu’Emir Kusturica n’ait retenu que le message politique que le footballeur aurait délivré à travers ses gestes de génie ! Le tort de Kusturica est d’avoir transformé Maradona en Che Guevarra du ballon rond ! Maradona se plaisait à rappeler que la différence entre un homme politique et lui, c’est qu’un homme politique est publique alors que lui est populaire. Malgré la dimension sociale du personnage, el Pibe de Oro demeure un artiste dont les gestes, avant de faire l’objet d’une récupération politique, sont surtout désintéressés, gratuits comme sur cette action où Maradona chambre un gardien, et, alors que le but lui est grand ouvert, il attend le retour d’un dernier défenseur, pour le dribbler…  uniquement pour la beauté du geste !

 

Oui, Maradona est un héros digne de Sophocle et d’Œdipe. Si la RAI a consacré une émission en prime time pour révéler,  avec un détecteur de mensonges à l’appui, qu’une femme avait mis au monde un enfant né d’une relation adultère avec Maradona, c’est la rançon du succès, le revers de la médaille ou de… la coupe du monde. El Pibe de Oro, à l’instar d’Œdipe, n’a pas su échapper à son destin : pour régner sur la planète foot, il a du renier sa paternité, et épouser sa mère… patrie, l’Argentine ! Cette Argentine qu’il a tellement chérie au point que le narrateur du film s’interroge si le disque que Maradona enregistre au milieu des années 80, une chanson d’amour, ne s’adresse pas à son pays qu’il personnifie dans les paroles.

Un grand entraîneur Italien, Arigo Sacchi, a dit un jour à Marco Van Basten : « Quand tu marques des buts, tu entres dans les statistiques. Quand tu joues bien, tu entres dans les mémoires ».

La magie de ce documentaire, à l’instar de toute œuvre d’art, est d’exprimer l’invisible par le visible. Il nous permet d’effleurer le mystère d’un très grand joueur qui a régné sur la planète foot dans les années 80 et dont le nom a fait plus que rentrer dans le livre des records : il a laissé une trace indélébile dans les cœurs et dans la mémoire des hommes.

 







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