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Amy Winehouse ou le paradoxe d’une auto-destruction créatrice!

2 08 2011

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Pourquoi courons nous tous après la beauté ? Parce que ce monde est laid à vômir. Quand Amy Winehouse chantait ses succès, ce monde était un petit peu moins laid. Si 33 ans est un chiffre clé dans la religion car il correspond à l’âge de la mort du Christ, 27 ans est devenu un nombre symbolique dans la mythologie pop et rock. Ce nombre évoque de grands artistes talentueux fauchés dans la fleur de l’âge à l’instar des 3 J qui ont donné corps à ce mythe en disparaissant au début des années 70 à quelques mois d’intervalles : Jim Morrison, Jimmy Hendrix, et Janis Joplin. En se suicidant en 1994, à l’âge de 27 ans, Curt Cobain, le leader du groupe Nirvana, a intégré le club des 27. Les grandes stars du rock ont pris l’habitude de se congratuler en fêtant leur 28ème anniversaire. Ce ne fut pas le cas de Amy Winehouse qui a rejoint le 23 Juillet dernier, à l’âge de 27 ans, le panthéon de ces stars au destin tragique… Si Amy Winehouse meurt riche de tout ce qu’elle a fait, ses fans restent pauvres de tout ce qu’elle n’a pas fait. Ses plus belles chansons sont peut-être celles qu’elle n’a pas encore eu le temps d’écrire. Mais elle laisse un héritage qui lui assure la postérité. Back to Black, son deuxième opus, bien plus que Franck qui l’a révélé, s’inscrit dans la lignée de ces albums de légendes qui sont devenus incontournables. Amy Winehouse avait une tessiture de voix qui lui conférait une signature vocale. Au milieu de ses musiciens noirs, elle apparaissait telle une négresse blanche. A l’instar de Janis Joplin à qui on la comparait, elle était une rare blanche à chanter comme les plus grandes chanteuses noires de soul. Sa voix puissante rivalisait avec celles des plus grandes comme Dinah Washington que son père écoutait quand elle était plus jeune ou Aretha Franklin. Sa voix rauque et cette signature vocale qu’elle imprimait dans chacune de ses chansons faisait d’elle une chanteuse originale : non seulement parce qu’elle n’imitait personne, mais parce qu’elle faisait en sorte que personne ne puisse l’imiter. Tous les candidats aux télé crochets tels que la Star Academy ou la Nouvelle Star qui se sont essayés dans l’interprétation d’une de ses chansons (Rehab, You know I’m no good) se sont lancés un défi insurmontable à la hauteur de l’Everest : essayer d’imiter une chanteuse inimitable. Et je me souviens encore des commentaires de Manoukian en train de souligner aux candidats que pour interpréter You Know I’m no Good, il faut avoir quelque chose de vénéneux dans la voix… Souvent imitée, jamais égalée, Amy Winehouse a bâti sa gloire autour de deux albums exceptionnels dont le deuxième surtout, Back to Black, qui lui a été inspiré par un chagrin amoureux : sa rupture avec Blake Fielder-Civil. « L’homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. » écrivait le poète Alfred de Musset. C’est grâce à ses peines de coeur, que la diva va tirer l’énergie pour écrire et composer les chansons de ce qui deviendra son album majeur, celui qui lui vaudra la reconnaissance du grand public et la propulsera sous les feux de la rampe avec 5 grammy Awards remportés en 2008. Love is a loosing game… en tout cas, pas pour sa maison de disques. Cette rencontre avec Blake, son future mari est peut-être ce qui peut expliquer les deux visages de Amy Winehouse. Docteur Jekyll au début de sa carrière en 2003. Et Miss Hyde depuis sa rencontre avec Blake Fielder-Civil. En effet, cet assistant caméraman fut le grand amour de sa vie au point qu’ils furent ensemble puis séparés, d’où son inspiration dans l’écriture de son album « Back to black » en 2006 qui s’adresse à Blake, puis mariés sur un coup de tête en 2007 avant de divorcer en 2009. Elle a noué avec cet homme qui a hanté sa vie tel un démon un pacte digne de Faust : elle lui a offert son âme en échange de l’immortalité qui découle de son succès et de sa postérité. C’est cet amour destructeur qui lui a permis de créer sa légende. Suite à leur rupture, elle trouve l’inspiration pour écrire et composer les chansons de cet album qui s’est vendu à 11 millions d’exemplaires. Mais en contrepartie, elle est tombée dans la spirale infernale de l’addiction qui a fini par l’emporter. Etait-elle trop jeune pour gérer ce succès rapide ? En tout cas, la Amy grassouillette et pleine de joie de vivre que nous avions découvert avec son premier opus Franck, a cédé la place à une fille anorexique qui a sombré dans la dépendance à la drogue et à l’alcool. Elle aimait les mauvais garçons, et c’est son compagnon, Blake Fielder-Civil qui l’aurait initié aux drogues dures dont elle ne se libéra jamais. Elle va depuis la sortie de son deuxième album Back to Black tenter de noyer son désespoir dans l’alcool et la drogue. Malheureusement le désespoir n’est pas soluble dans l’alcool. C’est donc peut être à force de boire à la santé des autres que la chanteuse a foutu en l’air la sienne. Elle déclara : « L’alcool ne résout pas les problèmes, mais l’eau et le lait non plus. » La suite de sa carrière va surtout défrayer la chronique dans la rubrique des faits divers : de cures de désintoxication en cures de désintoxication, Amy Winehouse fait davantage parler d’elle pour ses excés que pour ses succès. Elle devient une diva destroy. Les paradis artificiels vont l’aider à fuir les enfers naturels. Ce monde est peut-être laid à vômir… Mais seule Amy Winehouse avait le charme de nous le faire oublier lorsqu’elle chantait et nous enchantait en nous entraînant dans son univers musical si envoûtant.

Ces derniers mois, elle n’était plus en état de chanter sur scène. Sa dernière prestation à Belgrade a été un cuisant échec : ses musiciens la soutenaient à bout de bras pour l’empêcher de s’écrouler, et elle avait oublié les paroles de ses propres chansons. Elle avait déjà une voix d’outre tombe car elle était presque devenue aphone. C’est sous les huées qu’elle a donc donné ce dernier concert le 18 Juin 2011 avant d’annuler sa tournée en Europe. Son micro lui servait presque de béquille. Les spectateurs de ses derniers concerts ont donc vu le fantôme d’Amy Winehouse sur scène avant même qu’elle ne soit morte. C’est un sentiment d’énorme gâchis qui nous vient à l’esprit quand on pense au talent incommensurable de cette chanteuse et à sa capacité de réaliser de véritables performances vocales sur la scène. Elle était peut-être douée d’un don, ce timbre de voix exceptionnel qui nous ennivrait avec sa musique soul. On se souvient de sa performance exceptionnelle aux Eurockéennes de Belfort en 2007 où elle a donné son meilleur concert. 52 minutes de pur bonheur.

Les raisons de sa mort restent un mystère. Aucune trace de drogue ou d’alcool n’a été trouvée dans son appartement de Camden Square, un quartier au nord de Londres. Certains avancent l’hypothèse qu’en arrêtant brutalement de consommer de l’alcool, son organisme n’aurait pas supporter le choc. Elle serait donc morte d’un sevrage d’alcool…

Une étoile est morte. Mais telles les étoiles qui continuent de briller des millions d’années après leur mort, Amy Winehouse n’a pas fini de faire parler d’elle. Dans deux siècles, lorsque toute trace de notre existence aura disparue de la mémoire des hommes, je fais le pari que les gens continueront de parler des chansons d’Amy Winehouse, certaines seront reprises, elles influenceront de nouvelles générations… Back to Black devrait devenir un album culte de la musique soul. Mon seul regret est qu’Amy Winehouse ait été une étoile filante. A star is dead, mais en s’éteignant à l’âge de 27 ans, elle n’a pas fini de briller de tout son éclat pour les décennies à venir…. Avant de partir, la chanteuse a laissé suffisamment de matériaux pour l’élaboration d’un troisième album posthume qui devrait voir le jour dans six mois…

Quand d’autres suivent la mode, Amy Winehouse la précédait en s’écartant des stéréotypes. C’était une icône du jazz avec son look rétro-rock : un petit brin de femme avec un grain de voix incroyable. On gardera le souvenir d’une chanteuse maigre, petite, avec des tatouages de pin-ups sur tout le corps et le prénom de sa grand-mère Cynthia inscrit sur son avant-bras droit. Son visage était autant maquillé qu’un camion volé avec un piercing Monroe pour accentuer la référence aux années 60. Un énorme chignon sur la tête… Elle usait du trait d’eye-liner façon oeil de biche qu’elle épaississait jusqu’à l’étirer en forme de virgule au-delà de la paupière supérieure. Son style complètement déjanté n’a pas laissé indifférent Karl Lagerfeld qui en fit presque son égérie et qui comparait sa coiffure en forme de choucroute à celle de Brigitte Bardot dans les années 50. D’ailleurs, pour Karl Lagerfeld, la nouvelle Brigitte Bardot, c’était elle! Mais elle ressemblait davantage à une Brigitte Bardot passée du côté obscure de la force.

C’est dans l’intimité que se sont déroulées ses obsèques en ce 26 Juillet 2011 au cimetière Edgarebury de Londres. Au moment de l’incinération de la grande diva soul de ce troisième millénaire, difficile de ne pas penser à cette phrase de Curt Cobain : « Mieux vaut brûler franchement que de fâner lentement. » Sa vie, elle l’a peut-être brûlé dans l’alcool et dans la drogue. Mais son mal de vivre lui a inspiré ses plus belles chansons dont notamment son plus grand tube, Rehab, dans lequel elle parle de ses cures de désintoxications. C’est la souffrance qui inspire au poète ses chants les plus émouvants. C’est son désespoir amoureux et son mal de vivre qui nous a offert les plus belles chansons d’Amy Winehouse…

Le clip de Back to black met en scène la chanteuse en train d’assister aux funérailles de son compagnon. Cette situation est d’autant plus prémonitoire que ce fut le dernier clip de Amy Winehouse.

« We only said good-bye with words
I died a hundred times
You go back to her
And I go back to black.

On s’est seulement dit au-revoir avec des mots
Je suis morte des centaines de fois
Tu es retourné vers elle
Et je vais à nouveau sombrer. »

Quand on tombe amoureux, il est très difficile de se relever. La chute a peut-être été fatale à Amy Winehouse dont l’oeuvre musicale est là pour nous rappeler combien cette chanteuse est tombée bien… haut!


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Une réponse à “Amy Winehouse ou le paradoxe d’une auto-destruction créatrice!”

  1. 24 12 2012
    Marnad (18:44:17) :

    jamais commentaire n’aura été autant juste sur cette chanteuse exceptionnelle! pour la première fois j’écoute une chanteuse sans me lasser: vidéos, audio! et pour la première j’ai pleuré parce q’un artiste avait gâché sa vie!

    prière me répondre, car dans mon entourage personne n’apprécie sa musique et je suis si triste de ne pas pouvoir la partager!

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