Fichier pps : « Pour écrire un seul vers… », poème de Rainer Maria Rilke

12062011


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rilke6.jpg Poème de Rainer Maria Rilke

Lors de sa tournée La superbe, Benjamin Biolay débute le concert avec une pensée de Rainer Maria Rilke qui est lue par la voix off de Michel Aumont. La musique qui accompagne ce texte est extraite de la bande originale du film Clara et moi que Benjamin Biolay a composée.

Il s’agit d’une très belle réflexion portée par le charisme de Michel Aumont qui lui donne davantage de relief. La musique qui l’accompagne est sublime.

Lors de l’interview qui a précédé le concert que Benjamin Biolay a donné à Madrid le 13 Mai 2010, le chanteur a confié au journaliste d’Europe 1, que ce très beau texte jouait le rôle d’un sas de décompression qui lui permettait de se mettre en condition en quittant sa loge pour entrer avec tous ses musiciens dans le concert.

Je vous livre le texte qui est extrait des Cahiers de Malte Laurid Briggs

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux, savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin.
Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres innatendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyages qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles, et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela.
Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre.
Il faut encore avoir été auprès des mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups.
Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs.
Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs eux-mêmes ne sont pas encore cela.
Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.
Rainer Maria Rilke Les cahiers de Malte Laurids Brigge, 1910

Il est un poète qui par l’exemple de sa vie tumultueuse contredit l’auteur de ce texte : Arthur Rimbaud. En effet, à 19 ans, toute la carrière d’écrivain d’Arthur Rimbaud était derrière lui car c’est à cet âge précis qu’il décide d’abandonner la poésie pour se lancer dans une vie d’aventures qui va lui permettre d’assouvir sa soif d’ailleurs. Mais plus jamais il n’écrira un vers. Dans Horizons lointains, Patrick Poivre d’Arvor multiplie les exemples pour nous montrer que c’est les voyages dans des contrées lointaines, parfois mêmes des contrées aussi reculées que l’imaginaire, qui amènent l’homme à devenir un écrivain. Il parle notamment de Chateaubriand dont le périple en Amérique a constitué un voyage initiatique qui a joué le rôle de détonateur dans sa carrière d’écrivain. On pourrait en dire autant de Karen Blixen dont l’expérience dans une ferme en Afrique au Kenya a inspiré sa vocation d’écrivain. Pourtant, lorsqu’il choisit Rimbaud, il se fourvoie. Car le jeune homme a d’abord écrit de grands chefs d’oeuvres de la poésie avant de se lancer dans des pérégrinations.

Si l’art est un mensonge qui dit la vérité, il doit bien y avoir tout de même une part de vérité dans ce poème de Rilke sans quoi il ne nous toucherait pas autant. Car la beauté ne se prouve pas, elle s’éprouve!







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