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Benjamin Biolay est-il le nouveau Gainsbourg de la chanson Française ?

12 05 2010

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Dans le dernier film de Maïwen, « Le bal des actrices » Joey Starr qui joue son propre rôle fait la remarque suivante : « Il n’y a pas écrit Benjamin Biolay sur mon front. ». Cette réplique sensée être drôle est une manière pour le leader du groupe NTM de souligner qu’il est un chanteur populaire et non un chanteur confidentiel. Telle est l’image que cultivait Benjamin Biolay avant le récent succès de son dernier album LA SUPERBE qui porte bien son nom ! Les 22 chansons qui composent cet album sont autant de diamants qui constituent un diadème.

Les grands musiciens, il ne suffit pas de les écouter, il faut aussi aller les voir. C’est ce que j’ai fait récemment en assistant à un concert de Benjamin Biolay.

En 2010, Benjamin Biolay a enfin obtenu la reconnaissance et la consécration qui lui échappaient depuis 10 ans en remportant les Victoires de la musique de l’artiste interprète et de l’album de l’année avec son cinquième Opus, « La Superbe ».

Cet artiste est comparé à Serge Gainsbourg avec qui il partage de nombreux points communs :
- le génie
- le côté Pygmalion : Benjamin Biolay a également fait chanter de nombreux interprètes dont Juliette Greco, Françoise Hardy, Henri Salvador, Elodie Frégé, Dick Rivers, Coralie Clément, Keren Ann, etc…
- son attitude de dandy des grands chemins
- son goût pour les jeux de mots, sa verve, sa poésie
- son côté provocateur
- sa polyvalence : à l’instar de Gainsbourg, il est apparu au cinéma entre autres dans un second rôle (Didine de Dietschy). Il a donc plusieurs cordes à son arc !

Chateaubriant disait : « L’auteur original n’est pas celui qui n’imite personne mais celui que personne ne peut imiter. »
De deux choses l’une : soit Gainsbourg n’était pas du tout un génie car Benjamin Biolay parvient à l’imiter. Soit Benjamin Biolay est un grand génie car il réussit à imiter un artiste qui était inimitable.

Personnellement, j’opte pour la deuxième solution. Serge Gainsbourg et Benjamin Biolay ont au moins un point en commun : ils sont tous les deux hors du commun. Au passage vous noterez que Benjamin Biolay a des initiales que Serge Gainsbourg n’aurait pas reniées !

Françoise Hardy qui les a tous les deux côtoyé affirme : « Benjamin Biolay écrit des chansons intemporelles, d’hier, d’aujourd’hui, de demain. On peut imaginer des interprètes étrangers les reprendre. Par contre, ses textes sont actuels : il a un art confondant pour jouer avec les mots. »

Benjamin Biolay est un hivernal en nostalgie perpétuelle du printemps. D’où le titre de la très belle chanson qu’il a écrite avec Keren Ann : « Le sable mouvant » que Keren Ann a traduit en anglais par « End of May ». On pourrait aussi citer le fameux « Jardin d’hiver ». Grâce à sa musique, Biolay parvient même à nous donner la nostalgie de ce qu’on n’a jamais connu ! Ses chansons expriment souvent la mélancolie.

A la fin des années 90, ce jeune Lyonnais (il est né à Villefranche sur Saône) fait la rencontre de Hubert Mounier, le chanteur du groupe l’Affaire Louis Trio qui le prend sous son aile et devient son mentor. Puis Benjamin Biolay monte à Paris. C’est au début des années 2000 que sa complicité artistique avec la chanteuse Keren ANN lui permet d’accoucher d’un album qu’ils coécrivent ensemble : « La biographie de Luka Philipsen ». « Luka » fait référence au titre d’une chanson de l’idole de Keren Ann : Susan Vega. « Philipsen » est le nom de famille de sa grand-mère maternelle qui était Hollandaise. La qualité de cet album leur vaut de se faire remarquer par un producteur qui les présente à Henri Salvador. De cette rencontre va naître « Chambre avec vue » que Benjamin Biolay co-écrit avec Keren Ann. On y retrouve « Jardin d’hiver » qui apparaissait déjà dans l’album de Keren Ann. Dans le refrain de la chanson « Ma robe à fleurs… » devient dans la bouche de Henri Salvador « Ta robe à fleurs… » Tout s’enchaîne vite pour Benjamin Biolay qui sort dans la foulée son premier album « Rose Kennedy » qui rencontre un certain succès en s’écoulant à plus de 100 000 exemplaires. En 2000, Benjamin Biolay a également produit l’album qui a révélé Isabelle Boulay « Mieux qu’ici-bas ». On a donc connu ses chansons avant de le découvrir. Entre 2000 et 2002, Benjamin Biolay compose 5 albums exceptionnels qu’il écrit souvent à quatre mains avec Keren ANN : « La biographie de Luka Philipsen », « Chambre avec vue », « La disparition » (leur chef-d’œuvre), « Rose Kennedy » et « Salle des pas perdus ». A noter que dans « Rose Kennedy », Keren Ann n’apporte sa contribution que sur 4 chansons alors qu’elle ne compose que la musique du titre « Salle des pas perdus » dans l’album qui porte le même nom et que Benjamin Biolay réalise pour sa sœur, Coralie Clément. C’est donc une période féconde pour ce chanteur qui a une formation de musicien au conservatoire de Lyon. Sur le plan personnel, il épouse en 2002 Chiara Mastroiani avec qui il a une fille, Ana, née en 2003.

Il incarne alors l’image du gendre idéal de la chanson Française. A l’instar de Serge Gainsbourg à ses débuts, son image de marque est lisse et sa carrière ne souffre aucune fausse note. Ses chansons renouvellent les classiques de la variété Française. L’un de ses plus grands succès est à la hauteur de sa réputation : les Cerfs-volants. Il sort un deuxième album en 2003 dont le titre pourrait constituer un pied de nez ou une réponse cinglante faite au troisième album solo de Jean-Jacques Goldman paru en 1984 : »Positif ». Le titre de l’album de Biolay lui fait un drôle d’écho : « Négatif ».
Il s’agit d’un double album dans lequel on trouve des chefs-d’œuvre tels que « Négatif », « Nuits blanches », « Chère inconnue », etc…

Son troisième album, « A l’origine », est très sombre et marque, en 2005, une rupture avec son image de gendre modèle de la chanson française. Il est peut-être aussi marqué par sa rupture avec Chiara Mastroianni. C’est à partir de cette période que Benjamin Biolay enlève le masque pour nous faire découvrir une nouvelle facette de sa personnalité de même que sous le masque de Gainsbourg se cachait Gainsbarre. Après avoir exprimé l’idéal, ses chansons se font dorénavant l’écho du spleen qui est en lui. En 2007, son nouvel album « Trash Yéyé » est présenté comme le deuxième volet de « A l’origine ».

Benjamin Biolay devient hautain, à la limite de la misanthropie, à travers ses déclarations peu amènes dans la presse où il dénigre d’autres chanteurs. Il se dispute le succès de l’album « Chambre avec vue » avec Henri Salvador. Il a des mots durs envers Michel Polnareff, estime que le premier album de Christophe Willem est « le pire album de l’année », enfin il nourrit une querelle avec Benabar. L’arrière grand-père de Benjamin Biolay était l’inventeur de l’opinel : Joseph Opinel. Ses déclarations sont autant de poignards qu’il lance à l’attention d’autres artistes. Il est ce chanteur mal aimé qui aime mal ses congénères.

Ses déclarations fracassantes visent surtout à le démarquer de la nouvelle scène Française dans laquelle il ne se reconnaît pas et qui relève selon lui du marketing. En s’en prenant à Bénabar, il cherche avant tout à affirmer sa différence et son désir de ne pas être associé à ces chanteurs qu’on a réuni de manière arbitraire dans la même catégorie.

S’il est si peu populaire, c’est également dû au fait qu’il a surtout mis son talent au service d’autres artistes. Il écrit de nombreuses chansons pour sa sœur, Coralie Clément, dont il met en valeur la voix suave, Henri Salvador, Françoise Hardy, Elodie Frégé, Keren Ann et son charme susurrant, etc…

L’exemple d’Elodie Frégé est intéressant car il nous montre sa dimension de Pygmalion. Cette chanteuse est en effet un pur produit du Star System et de la téléréalité puisqu’elle a remporté la troisième édition de la Star Ac.

Benjamin Biolay lui a permis de rencontrer un public et de se faire connaître en dehors de la Star Ac grâce à l’album qu’il a réalisé pour elle dans lequel on retrouve des tubes tel que « la ceinture » ou « Le jeu des 7 erreurs» qui est un duo. A l’instar de Serge Gainsbourg, tout le paradoxe de Benjamin Biolay, c’est que c’est un Pygmalion qui a aussi besoin d’égéries !

On apprécie chez ce chanteur son amour de la langue Française et son goût pour les jeux de mots ou de maux. Car il a une sensibilité à fleur de mots et comme le disait si bien Gainsbourg : « C’est ma faiblesse qui fait ma force ». La force de Benjamin Biolay c’est sa grande sensibilité qu’il sublime à travers ses chansons. Comme disait Alfred de Musset : « Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur ». C’est dans ses souffrances et « ses peines de cœur » que Benjamin Biolay puise la source de son inspiration en composant des chansons introspectives.

Son dernier album commence par une chanson dont le titre (c’est la deuxième dans l’album) est « 15 Août » et s’achève par le titre « 15 Septembre ». Tout l’album est composé de chansons qui évoquent surtout la déliquescence des sentiments dans un couple. On appréciera au passage le duo entre Benjamin Biolay et Jeanne Cherhal dans lequel les deux artistes décrivent la vie d’un couple à travers les échanges de post-it qu’ils se seraient adressés sur le frigo ! C’est aussi une manière de parodier la nouvelle scène française qui empreinte les thèmes de ses chansons à notre quotidien le plus banal. Ainsi, Jeanne Cherhal nous débite une liste de commissions ou une recette de cuisine. Cet album dédié à sa fille Ana à qui il consacre une très belle chanson, « Ton héritage », met en scène les déchirements de la vie amoureuse ! Quand on tombe amoureux, comme chaque fois que l’on tombe, on se fait souvent très mal ! Tout le problème est de savoir se relever comme il commence enfin à le faire dans le dernier titre :
 » C’est pas l’heure de m’en aller
Le moment d’y passer encore
C’est pas l’heure de déranger
Les archanges et les saints, les morts « 

Benjamin Biolay est un enfant de poème qui nous rappelle un peu Serge Gainsbourg par ses influences et son talent. Mais la comparaison l’agace… On dit qu’il ressemble à Serge Gainsbourg. Lui non plus ! Ce mimétisme, est-ce de sa part une posture ou une imposture ? C’est surtout le public qui cherche à combler le vide immense que Serge Gainsbourg a laissé après sa disparition en lui désignant un successeur. Car les êtres qui nous sont chers occupent une place d’autant plus grande dans notre coeur qu’ils ne sont plus là pour l’occuper!
S’il est un fils spirituel de Serge Gainsbourg qu’il admirait plus jeune, Benjamin Biolay n’en demeure pas moins un artiste unique qui développe d’autres qualités qui font toute son originalité et qui en font un chien fou mais « un chien d’avant-garde » de la chanson française !


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4 réponses à “Benjamin Biolay est-il le nouveau Gainsbourg de la chanson Française ?”

  1. 4 05 2011
    zorro (11:54:06) :

    Article intéressant.
    Je contredis cependant -pour l’avoir vu en petit comité- « …il est hautain …pour se démarquer des autres chanteurs… ».
    Non.
    Il est hautain tout simplement car il est très vantard: c’est sa personnalité. Il est comme ca.
    Et s’il déteste les autres chanteurs ce n’est pas par amour d’autres choses. Il est tout simplement très méprisant des autres d’une manière générale.
    Continuez d’aimer ses chansons, mais s’il vous plait ! n’en faîtes pas une personne qui cherche à améliorer le sort des autres.
    Au contraire c’est le genre de personnes à qui on voudrait injecter une énorme dose d’empathie.

  2. 5 05 2011
    jacquespierre72 (23:13:52) :

    Bonjour Zorro,
    Merci de nous faire partager vos impressions sur ce chanteur que vous avez peut-être la chance de mieux connaître que moi. Benjamin Biolay me fait penser à un personnage sorti tout droit d’une pièce de théâtre d’Oscar Wilde. N’est-ce pas un dandy des grands chemins ? En tout cas Wilde écrivait en préface du seul roman qu’il ait jamais écrit :  » L’application du livre moral ou immoral ne répond à rien. Un livre est bien écrit ou mal écrit. Et c’est tout. » Il en va sûrement de la chanson comme de la littérature. Un artiste peut très bien éprouver une aversion pour le genre humain et manifester du génie dans des oeuvres qui sont malheureusement dénuées de toute morale… Et les exemples foisonnent de grands écrivains qui sont considérés comme des génies et dont la vie ou les idées ne sont pourtant pas à citer en exemple. Benjamin Biolay fait-il preuve de maladresse ou bien a-t-il été blessé par la vie au point de manquer autant de compassion comme vous le lui reprochez ? En tout cas, si on est un adepte de l’art pour l’art, il faut reconnaître que ce chanteur n’est pas dénué de talent… Un journaliste devait un jour établir un classement des 10 plus grands romans de toute l’histoire. Il interrogea Oscar Wilde qui lui répondit : « Il m’est impossible de vous répondre quels sont les 10 plus beaux romans de l’histoire de la littérature étant donné que je n’en ai écrit qu’un seul. » Chez Benjamin Biolay, cette  » vantardise  » et ce côté  » hautain  » que vous lui reprochez, constituent-ils une posture ou une imposture ?

  3. 13 05 2011
    zorro (09:11:23) :

    Bonjour,
    Merci pour ces citations et le rappel de leur contexte. Je les trouve très interessantes.
    Votre réponse a suffi à me convaincre: « Un artiste peut manifester du génie et en même temps faire preuve d’aversion pour le genre humain. »
    Alors justement à propos de ce genre d’artistes, il ne faut pas dire que leurs  » déclarations fracassantes visent surtout à le(s) démarquer de la nouvelle scène Française dans laquelle il(s) ne se reconnaî(ssen)t pas et qui relève selon lui(eux) du marketing. »
    Exactement comme je le disais: contentons nous d’apprécier ce que l’artiste a créé et ne détournons pas sa création en inventant des qualités humaines que son auteur n’a absolument pas.
    Je baisse le pouce en protestation: les fans aiment un artiste qui en fait déteste les autres (à part s’ils contribuent à son succès marketing, bien sûr: L’artiste a quand même la tête sur les épaules.)

    Le talent finalement: Vous en avez aussi: votre culture et votre style littéraire le prouvent. Vous continuez cependant de respecter les autres et ne méprisez pas les simples quidams. Vous avez raison: ils font parti de vos lecteurs.

    Je peux vous dire que ce Benjamin avait déjà le gros melon alors qu’il était encore étudiant au conservatoire, et qu’il manifestait déjà beaucoup de mépris pour les autres(musiciens ou non).

    Moi je préfère de loin Bénabar qui respecte beaucoup plus son entourage et les gens qu’il côtoit au quotidien. Il reste lui même très modeste: il est pourtant -de loin- bien plus doué pour les textes.

  4. 10 10 2016
    Diable (09:03:30) :

    Ça n’a rien à voir avec tout ce qui est dit plus haut. Ses chansons, sa façon d’articuler, de parler, sa coiffure, tout est fait pour ressembler à l’auteur inimitable de l’époque. C’est un produit marketing ni plus ni moins afin de vendre encore plus.

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