Comment parler à tout le monde.

26052018

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Devenir un as de la communication pour réussir dans la vie et se faire des amis.

Vous désirez maîtriser les techniques pour parler à tout le monde mais comme personne ? Ce livre est fait pour vous car il comprend 92 chapitres qui présentent chacun une technique de communication. Derrière ce titre aguicheur ce livre remet au goût du jour Dale Carnegie dont le best seller Comment se faire des amis ? datant de 1936 sert toujours de référence.

Parmi ces 96 chapitres beaucoup présentent des techniques qui sont davantage des règles de savoir-vivre. Car pour devenir un as de la communication, il faut se rappeler que quatre savoirs gouvernent le monde : le savoir, le savoir-vivre, le savoir-faire et le faire-savoir!

Ce livre évoque aussi un classique de la littérature espagnole de Baltasar Gracian qui foisonne de bons conseils L’homme de cour. Cet ouvrage est destiné à développer les vertus nécessaires à la réussite en société de l’homme mondain. Cette oeuvre qui date de 1647 érige la prudence parmi les vertus indispensables à l’homme de cour en plein âge d’or. Avec Leil Lowndes on est passé de l’âge d’or à l’âge des règles d’or de la communication. Avec cet ouvrage vous allez accroître votre entregent car à l’ère moderne de l’internet, l’art de communiquer est une mine d’or. Alors si vous ne voulez pas devenir persona non… data, charge à vous d’assimiler ces méthodes qui vous permettront d’offrir aux autres la meilleure image de vous même.

A l’instar de Leil Lowndes, les auteurs américains ont cette particularité d’être davantage pragmatiques que théoriques. Ils délaissent les belles théories au profit de techniques, de recettes qui s’appuient sur une expérience concrète. Ils sont terre à terre, réalistes et aiment moins le savoir, que le savoir-faire. Un exemple pour illustrer cette idée : la PNL. Derrière ce sigle barbare (PNL = Programmation Neuro-linguistique) deux hommes, Grinder, docteur en linguistique et Bandler, un psychologue, les créateurs de cette méthode, ont visionné des kilomètres de vidéos dans le but d’identifier chez les meilleurs thérapeutes qui exercent une influence positive sur leurs patients quels sont leurs secrets et leurs techniques d’une communication efficace. La PNL peut donc se définir comme la grammaire du succès, la modélisation de l’excellence. Il n’y a pas de recette du succès, seuls les succès font les recettes. Et pour la petite anecdote, sur les 96 techniques qu’aborde Leil Lowndes, plusieurs sont empruntées à la PNL même si elle ne la nomme jamais comme par exemple au chapitre 45 où la technique « se faire l’écho de l’autre : On se ressemble comme deux gouttes d’eau » fait référence à la synchronisation prônée par les PNListes. En effet, un proverbe en PNL dit : « Pour attraper une souris, il faut imiter le bruit du gruyère. » En clair, il faut s’adapter à son interlocuteur, être caméléon car « qui se ressemble s’assemble ». Il s’agit donc de procéder à une sorte de mimétisme avec son interlocuteur pour se synchroniser avec lui sur le plan verbal, para-verbal et non verbal. En l’occurrence, dans ce chapitre 45, Leil Lowndes évoque la synchronisation verbale lorsqu’elle conclut : « Cette technique linguistique est très simple, mais son effet est déterminant. Retenez bien les termes (verbes, prépositions, adjectifs) qu’utilise votre interlocuteur, même si leur choix peut vous paraître arbitraire, et employez-les à votre tour. Quand ils entendront leurs propres mots sortir de votre bouche, cela créera dans leur subconscient un sentiment de proximité avec vous. Ils auront l’impression que vous partagez les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes centres d’intérêt et la même expérience. »

Dans le chapitre 44, l’auteur conclut même :  » Observez-bien les gens. Etudiez leurs gestes. Petits mouvements ou grands mouvements ? Rapides ou lents ? Fluides ou empruntés ? Traînants ou vifs ? Elégants ou vulgaires ? Imaginez que votre interlocuteur soit votre professeur de danse. Observez bien son corps et ses mouvements, puis imitez son style. Dès lors, inconsciemment, il se sentira plus à l’aise avec vous. »

D’une certaine manière, pour créer inconsciemment un lien profond avec vos interlocuteurs, il faut leur donner l’illusion qu’en vous regardant, ils observent leur miroir. Les extrêmes ne s’attirent pas… Il faut ressembler à l’autre. De la même manière, si vous êtes sur le quai d’une gare et que vous essayez d’attraper un train en marche, il vous faudra vous synchroniser avec la vitesse du train pour pouvoir le rattraper et monter dedans!

Un autre exemple édifiant qui dénote qu’on fait tous de la PNL comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir : la technique de l’empathie anatomiquement correcte au chapitre 48 :

A travers quelle partie de son anatomie votre interlocuteur parle-t-il ? Ses yeux ? Ses oreilles ? Ses tripes ? Si vous avez affaire à un « visuel », employez des images visuelles afin qu’il ait le sentiment que vous partagez sa vision du monde. Si c’est une personne qui utilise davantage ses oreilles, utilisez des images en rapport avec le son, pour lui montrer que vous entendez les choses comme elle. Si votre interlocuteur fonctionne plutôt par sensations, montrez-lui que vous ressentez les choses comme lui-même les ressent. »

Sans y faire référence, Leil Lowndes évoque une nouvelle fois une technique développée par la PNL qui consiste à identifier chez votre interlocuteur quel est son canal de perception privilégié du monde. Si nous sommes tous pourvus de 5 sens, il y a un sens que nous privilégions davantage que les autres pour appréhender le monde, filtrer la multitude d’informations que nous recevons chaque jour. En général, nous trahissons notre systhème de représentation du monde (visuel, auditif ou kinestésique) dans notre langage par l’emploi d’expression qui relèvent davantage d’un sens plutôt que des autres. Les visuels utilisent des expressions telles que « Tu vois ce que je veux dire ? », « Tu m’as ébloui… », « C’est une idée lumineuse! », les auditifs qui privilégient l’ouïe préférerons des expressions telles que « Tu entends ce que je veux dire ? », « Je n’ai pas perçu le même son de cloche », « C’est inouï », et enfin, les kinestésiques, qui appréhendent le monde à travers tous les autres sens (le goût, le touché, ou l’odorat) diront plutôt : « Je sens qu’on ne s’est pas compris. », « C’est une nouvelle sensationnelle », « Tes parole me touchent », etc…

Identifier dans quelle catégorie s’inscrit votre interlocuteur vous permet de calibrer votre communication pour utiliser des prédicats en rapport avec leur représentation du monde. Le succès de la chanson d’Edith Piaf, La vie en rose, relève de ce concept. Si la chanson a eu autant de succès, c’est parce qu’elle a touché autant les visuels, que les auditifs ou les kinestésiques à travers ses paroles dont un court extrait vous éclairera :

« Quand il me prend dans ses bras
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose »

Pour atteindre l’excellence, à l’instar de Leil Lowndes, la PNL nous enseigne à être caméléon, à nous adapter à notre environnement, et à notre interlocuteur par des techniques qui relèvent de la synchronisation et d’une communication protéiforme.

Donc cet ouvrage de vulgarisation de la PNL et des grands classiques du développement personnel s’adresse essentiellement aux personnes en quête d’efficacité sur le plan professionnel.  Car « Notre réussite dépend à 85% de notre aptitude à communiquer. » Et quand il est question de réussite, cela est aussi valable sur le plan professionnel que sur le plan personnel. La question n’étant pas de savoir s’il est plus important de réussir sa vie que de réussir dans la vie. La question c’est « comment réussir ? » quelque soit votre objectif : décrocher le job de votre vie, ou conquérir la future femme de votre vie! Cet ouvrage fait penser également aux manuels qui développent les techniques de ventes même si en l’occurrence le produit que Leil Lowndes souhaite vous apprendre à vendre c’est… VOUS! Donc ce livre de développement personnel est d’une certaine manière un manuel de séduction dans le sens où le mot « séduire » vient du latin « se aducere » qui signifie « amener vers soi ». Il s’agit de développer son charisme, son influence sur les autres grâce à un certain nombre de règles simples, de trucs ou d’astuces dont raffolent les auteurs américains. Comment transformer la résistance de l’autre en assistance, sa défiance en confiance ? Comment atteindre l’excellence grâce à la communication ? Appliquez-vous à respecter la règle des trois « C » : confiance, clarté et crédibilité. » Mais comment inspirer confiance aux autres quand on manque de confiance en soi ? On ne naît pas un bon vendeur, on le devient… Ce livre recense les méthodes qui vont vous permettre de développer la confiance qui vous fait parfois défaut car comme le dit Lowndes en conclusion :

 » N’oubliez pas que c’est en répétant une action que l’on prend une habitude. Vos habitudes façonnent votre personnage. Votre personnage, c’est votre destinée. Que votre destinée soit votre réussite. »

Et cette confiance se transmet à travers le regard car dans notre société, pour la plupart des gens, un regard profond est un signe de confiance et de connaissance, il signifie : « C’est pour vous que je suis là. »

Mais pour vous donner un avant-goût de ce best-seller, abordons quelques techniques intéressantes exposées dans ce livre…

 

L’empathie

Si  4 savoirs gouvernent le monde, vous n’aurez aucun levier sur les autres quelque soit votre niveau de connaissance si vous n’avez pas créé le contact avec votre interlocuteur et instauré une ambiance favorable en suscitant l’empathie. On a vu que pour briser la glace, il était important d’utiliser des marques d’empathie anatomiquement correctes comme le suggère le chapitre 48.

Un jour, un homme très avisé, Zig Ziglar, disait : « Les gens ne se soucient pas de ce que vous pouvez savoir, tant qu’ils ne savent pas combien vous vous souciez d’eux. »

L’empathie c’est l’art de pouvoir se mettre à la place des autres, de mieux les comprendre, de leurs montrer que vous ressentez ce qu’ils éprouvent.

De même, avant de délivrer une information, pensez à son destinataire. Annoncez-lui la nouvelle avec le sourire, avec tristesse ou avec désolation, en fonction non pas de l’effet que vous procure cette information mais de l’effet qu’elle va produire chez votre interlocuteur.

 

Aborder l’ordinaire avec passion

Le plus beau mot de la langue française est peut-être le mot « enthousiasme » qui signifie littéralement en grec « avoir un dieu en soi » ( « en » – dedans « , « Theos » – Dieu et « Asthma » – « Souffle », éthymologiquement, c’est un souffle d’inspiration divine). Et rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion… Leil Lowndes ne nous dit pas autre chose :

« Au cours d’une réception, j’avais remarqué un homme entouré d’une cour d’admirateurs qui buvaient ses paroles. Il souriait, il gesticulait, et visiblement, il les captivait. Je m’étais approchée pour prêter l’oreille pendant une minute ou deux. J’avais dû me rendre à l’évidence : il débitait les choses les plus banales du monde! Son discours était d’une platitude totale. Mais avec quelle passion il y allait! Et c’est ainsi qu’il envoûtait tout son entourage. Ce jour-là, j’ai compris que ce qui compte, c’est moins ce que vous dites, que la façon dont vous le dites. »

 

Mettez l’autre au centre de vos préoccuppations

Marcel Pagnol disait : « Les bavards sont ceux qui vous parlent des autres. Les raseurs sont ceux qui vous parlent d’eux-mêmes. Ceux qui vous parlent de vous sont de brillants causeurs. » Comment mettre votre interlocuteur au centre de la discussion ? C’est le but de la technique que propose l’auteur au chapitre 26 « Mettre l’autre en avant pour gagner respect et affection ». Il s’agit d’une méthode que tout bon commercial doit adopter s’il veut réussir à vendre un frigidaire à un esquimau ou bien un stick déodorant à la Vénus de Milo.

« Pour réussir une vente, il vaut mieux braquer le projecteur sur le prospect plutôt que sur le produit. »

Messieurs, préférez-vous qu’une femme vous dise « J’aime ton costume », ou « TU es magnifique dans ce costume ? » Les as de la communication savent utiliser cette technique à leur avantage. Si un de vos auditeurs vous pose une question, il trouvera sans doute agréable de vous entendre dire « c’est une bonne question », mais il trouvera plus agréable encore de vous entendre dire « VOUS avez posé une bonne question. »

Un bon vendeur ne dira pas à son prospect « Il est important que… » mais plutôt « VOUS constaterez l’importance de… »

De même, plutôt que « le résultat sera… », dites « VOUS verrez le résultat… ».

Parsemez votre conversation de TU, de TOI ou de VOUS comme vous répandriez du sel ou du poivre, et vos interlocuteurs lui trouveront un goût irrésistible. »

 

Comment demander avec tact comment votre interlocuteur gagne sa vie ?

« évitez de demander aux gens ce qu’ils font dans la vie. Vous pouvez bien entendu chercher à le savoir, mais pas en posant cette question grossière avec laquelle vous passeriez pour un vulgaire intriguant, pour un arriviste, pour quelqu’un qui est prêt à tout pour trouver un bon parti, ou pour un plébéien qui n’a pas l’habitude de fréquenter la haute société. Ainsi donc, comment allez-vous faire pour savoir quel est le métier d’une personne ? (J’ai cru que vous ne me le demanderiez-pas). C’est pourtant facile. Entraînez-vous à prononcer à la suite les dix mots suivants : « Comment… occupez-… vous… la… plus… grande… partie… de… votre… temps ? »

« Comment occupez-vous la plus grande partie de votre temps ?  » Voilà un moyen élégant de ménager un découpeur de cadavres, un fonctionnaire des impôts ou une personne qui est au chômage.

 

Le disque rayé

Dès que quelqu’un persiste à vouloir vous poser des questions sur un sujet indésirable, répétez tout simplement votre réponse initiale. Répétez exactement les mêmes mots, sur le même ton exactement. En général, cela suffit à calmer votre interlocuteur. Même s’il s’accroche, chaque répétition ne peut que briser un peu plus sa détermination.

 

L’art de remercier

Chaque fois que l’occasion justifie autre chose qu’une vague reconnaissance machinale et inconsciente, habillez votre merci en précisant la raison pour laquelle vous remerciez :

Merci d’être venu.

Merci de vous montrer aussi compréhensif.

Merci de m’avoir attendu.

Merci de m’honorer de votre confiance.

Merci d’être aussi adorable.

En personnalisant vos remerciements, vous évitez l’écueil de formules de politesses stéréotypées et éculées qui font de vous une machine qui débite une litanie impersonnelle. Au contraire, vous êtes beaucoup plus humain en répondant à ce que les autres attendent le plus souvent de vous : le besoin de reconnaissance.

 

Les amener à penser « nous » (au lieu de « tu » vs « je »)

On a vu qu’il fallait parsemer sa conversation de « TU » et de « VOUS » pour que vos interlocuteurs la trouve savoureuse. De la même manière, il s’agit d’introduire le « NOUS » dans vos propos pour créer avec autrui un sentiment de proximité et d’appartenance. En utilisant « NOUS » vous atteignez le plus haut niveau d’intimité avec les autres et vous ferez surtout en sorte que votre interlocuteur se sente concerné par ce que vous dites.

Niveau 1 : des clichés

Deux personnes qui ne se connaissent pas vont commencer par échanger des clichés.

Niveau 2 : des faits

Deux personnes qui se connaissent mais sans être intimes discutent souvent de faits.

Niveau 3 : des sentiments et des questions plus personnelles

Quand deux personnes développent des liens d’amitié, elles échangent leurs impressions et leurs sentiments, même sur un sujet aussi insignifiant que le temps qu’il fait.

Niveau 4 : l’utilisation de la première personne du pluriel

Nous en arrivons au plus haut degré d’intimité, caractérisé par davantage de faits et par des liens, au-delà des sentiments. Deux bons amis qui discutent du temps diront par exemple : « Si on continue à avoir un temps comme ça, on va passer un été formidable. »

« Penses-tu que sa politique sera bonne pour nous ? »

Attachez-vous à formuler des phrases à la première personne du pluriel, le genre de phrase que les gens réservent instinctivement à leurs intimes : « Je pense que sa politique ne nous affectera pas outre mesure. »

Le mot NOUS favorise la proximité. Il incite l’interlocuteur à se sentir concerné et à rester attentif. Il convoie un sentiment subliminal que l’on pourrait formuler ainsi : « Toi et moi contre ce monde hostile. »

Quand le mot « nous » est utilisé de façon prématurée, même avec un inconnu, il rapproche les individus de façon subconsciente.

 

Savoir flatter (sans passer pour un lèche-bottes)

Il y a pire que que les lèche-culs, ce sont les suspects. Et le premiers, à force de flatteries, passent très vite pour les seconds! Alors comment éviter de passer pour l’un ou l’autre ? Thomas Fuller écrivait quelque chose à propos d’un ami qui disait du bien de lui dans son dos. « Nous sommes plus disposés à croire celui qui dit du bien de nous quand nous ne sommes pas là pour l’entendre, que celui qui nous le dit en face. »

Essayez le bouche-à-oreille

Un compliment n’est jamais aussi bien perçu que lorsqu’il parvient à son destinataire par le bouche-à-oreille. Ce que vous avez à exprimer, dites-le à un proche de la personne concernée. Cela vous permettra d’éviter que celle-ci vous soupçonne d’être un flatteur, un flagorneur ou un lécheur. Par ailleurs, cette personne aura l’agréable impression que vous chercher à donner une bonne image d’elle au monde entier.

 

Se faire le messager de l’agréable. Transmettez la bonne nouvelle.

Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles. Quel profit en tirerez-vous ? Tout le monde aime celui qui apporte une bonne nouvelle. En vous faisant l’écho d’un compliment, vous vous faites apprécier tout autant que le complimenteur.

Les gens ont généralement une forte propension à colporter des informations parfois douteuses (on appelle cela les ragots). Devenez, pour votre part, porteur d’informations aussi fiables qu’agréables. Chaque fois que vous entendrez un commentaire élogieux sur quelqu’un, transmettez la nouvelle à l’intéressé.

 

Comment communiquer au téléphone ?

Au téléphone, nous passons plus de temps à nous dire au-revoir qu’à nous voir. Vous seriez surpris de découvrir que lorsque vous vous adressez à un public, votre auditoire est intéressé à 55% par votre langage non verbal, c’est-à-dire votre apparence, vos gestes, votre habillement, le langage de votre corps, vous mouvements, etc… 38% de l’attention de votre auditoire se focalise sur votre langage para-verbal, c’est-à-dire la tonalité de votre voix, son rythme, sa musicalité, etc… Et seulement 7% de l’attention de votre auditoire s’intéresse à votre langage verbale. En claire, les gens s’intéressent moins à ce que vous dites qu’à la façon dont vous le dites. Avec le téléphone, les codes sont bouleversés car le langage non verbal est occulté. Au téléphone, vous allez devoir remplacer vos gestes et vos sourires par des mots, et les regards par la mention du nom de votre interlocuteur. Vous utiliserez donc la technique que j’appelle le geste dans la parole.

Il faut que votre interlocuteur entende vos émotions. Car le sourire, ça s’entend au téléphone.

L’art de bien communiquer au téléphone est de sembler proche même à longue distance.

Comment faire passer des sentiments par voie téléphonique, quand on ne peut pas s’embrasser ni se tapoter l’épaule ? La réponse est simple : utilisez le nom de votre interlocuteur plus souvent que si vous étiez en sa présence. Quand votre interlocuteur entend son propre nom, c’est comme s’il recevait une caresse verbale.

« Merci, Sam »

« Faisons comme ça, Betty. »

« Dimitri, pourquoi pas ? »

Si vous entendiez prononcer votre nom même au milieu d’une foule, vous seriez aussitôt aux aguets. De même, au téléphone, dès que votre interlocuteur vous entend prononcer son propre nom, il ne peut qu’être attentif. Vous recréez ainsi la proximité dont le téléphone vous prive. C’est comme si vous le rameniez dans la pièce où vous vous trouvez.

Attendez de savoir qui vous appelle pour sourire et faire passer votre sourire dans votre voix. Ainsi, votre interlocuteur aura l’impression que votre sourire chaleureux lui est réservé.

De quelle couleur est votre temps ?

Quel que soit le degré d’urgence de votre appel, commencez toujours par demander à votre correspondant dans quelle mesure il est disponible. Utilisez le système « De quelle couleur est votre temps ? » ou demandez-lui tout simplement si vous ne le dérangez pas. En procédant ainsi, vous évitez d’indisposer votre correspondant. Celui-ci n’ira jamais vous opposer un « non » cassant sous prétexte que vous tombez mal. Cette question est d’autant plus primordiale qu’il ne vous viendrait pas l’esprit de demander votre chemin sur une autoroute… De la même manière, votre message sera comme un coup d’épée dans l’eau si vous ne choisissez pas le bon moment pour vous adresser à votre interlocuteur.

« Comme d’habitude » est une technique pour passer le barrage de la secrétaire au téléphone.

Au lieu de mentionner le nom de votre correspondant, utilisez l’air de rien le pronom (il ou elle). Oubliez « Euh, pourrais-je parler à M. Grossehuile, s’il vous plaît ? » et dites simplement : « Bonjour, (votre nom) à l’appareil, est-ce qu’il est à son bureau ? » Un « il » familier donnera l’impression à la secrétaire que son patron et vous êtes de vieux amis. Une autre façon de créer l’illusion que vous et votre interlocuteur vous connaissez bien est de demander à parler à Patrick Grossehuile. L’emploi du prénom indique à la secrétaire que vous le connaissez bien. Si vous connaissez son prénom, elle peut croire que vous êtes un ami de son patron.

 

Le score inscrit au-dessus des têtes

Napoléon Bonaparte disait : « Les hommes sont comme les chiffres,  ils n’acquièrent de valeur que par leur position. » Dès que deux personnes se rencontrent ou discutent, un score invisible évolue au-dessus de leurs têtes. La position relative de chacun peut changer, mais une règle demeure : le joueur dont le score est le moins élevé doit faire preuve de déférence envers l’autre joueur. S’il néglige cette règle, la pénalité est l’exclusion du jeu. A titre définitif. Il y a donc un droit de préséance, qui impose par exemple à un candidat de se conformer à l’emploi du temps de celui qu’il sollicite. Négliger cette règle élémentaire de savoir-vivre peut être rédhibitoire!

 

Ce livre est donc intéressant car sans en avoir l’air, il dépoussière les classiques du développements personnels en nous montrant leurs applications dans la vie de tous les jours dans nos relations avec les autres. Ce livre formalise les règles élémentaires du savoir-vivre comme par exemple de ne pas demander son chemin sur une autoroute. Mais il nous rappelle en même temps que sur l’autoroute de l’excellence, il n’y a pas de limitation de vitesse.

Bonne route!

 




[Critique de film] La promesse de l’aube : Au nom de la mère!

30042018

promesse de laube

L’adaptation du roman autobiographique de Romain Gary, La promesse de l’aube par le réalisateur Eric Barbier est un film épique qui nous fait voyager à travers quatre continents : en Lituanie à Vilnius, où l’auteur a passé la première partie de son enfance, en France à Nice, où sa mère a essayé de joindre les deux bouts en tenant notamment une pension, puis à Londres où le jeune Romain Gary rejoint le général de Gaulle et en Afrique où il prend part à la seconde guerre mondiale comme pilote d’avion. Ce qui est remarquable dans ce film, c’est que le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire est à Mexico (alors que dans le roman c’était sur une plage près de San Francisco à Big Sur). C’est en cela que le réalisateur se réapproprie le roman sans trahir l’auteur : alors que Romain Gary est au crépuscule de sa vie et doit se faire soigner d’une tumeur au cerveau à l’hôpital, il relate à sa première femme, Lesly Blanche, le roman de sa vie : La promesse de l’aube.

Une phrase dans les vingt premières pages résume à merveille ce roman et annonce la couleur : « Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Rares sont les films qui parviennent à la hauteur des romans qu’ils adaptent. Si La promesse de l’aube… est tenue, le réalisateur Eric Barbier a relevé ce défi admirablement grâce à deux facteurs :
1°) Son film est fidèle à l’oeuvre de Romain Gary qu’il ne trahit jamais! Cependant, il s’est parfaitement réapproprié le roman qu’il restitue dans un film magistral, drôle et émouvant!
2°) A ma grande surprise, j’ai découvert que Charlotte Gainsbourg était une grande actrice. Quand Yvan Attal affirmait dans le titre d’un de ses films « Ma femme est une actrice« , je n’étais pas du tout convaincu par ce petit bout de femme frêle, qui a autant de charisme qu’un pudding anglais et dont la voix ténue ressemble à un murmure!
Et pourtant, dans La promesse de l’aube, elle est complètement métamorphosée en interprétant la mère de Romain Gary, Mina, un personnage truculent, aux antipodes de la personnalité effacée qu’elle dégage : dans le film, elle incarne avec justesse une mère volcanique, exclusive, étouffante, imprévisible, excentrique!
Charlotte Gainsbourg joue dans La promesse de l’aube son plus beau rôle au cinéma… Le succès du film repose en partie sur ses épaules!
Et que dire de l’interprétation de Pierre Niney, déja Césarisé avec le biopic sur Yves St Laurent et qui n’était pas passé inaperçu dans Frantz de François Ozon… Il est très crédible dans le rôle de Romain GARY. Les seconds rôles campés par Didier Bourdon en Paul Poiret de pacotille mais surtout Jean-Pierre Darroussin qui interprète un artiste peintre Polonais, Monsieur Zaremba, sont également intéressants!
L’écrivain fascine. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, si Yvan Attal débute son film Le brio, une pâle copie de « A voix haute » avec Daniel Auteuil et Camelia Jordana, par des images d’archives de Claude Levi-Strauss, Serge Gainsbourg, Jacques Brel et… Romain Gary. Car cet auteur, est l’un des plus grands mystificateurs de la littérature Française. Il a eu le privilège de remporter deux fois le prix Goncourt qui n’est normalement décerné qu’une seule fois à un écrivain : la première fois sous le nom de Romain Gary avec Les Racines du Ciel en 1956 et la deuxième fois sous le pseudonyme d’Emile Ajar avec La vie devant soi publié en 1975.
Le personnage fascine parce qu’il s’est suicidé en 1980.
Il a eu une vie romanesque de grand séducteur : il a été marié deux fois dont une fois avec l’actrice Jean Seberg (qu’on retrouve dans le chef-d’oeuvre de Jean-Luc Godard, A bout de souffle) avec qui il a eu un fils, Diego.
Aujourd’hui encore, le rayonnement de Romain Gary apparaît au détour des pages d’un best-seller de Katherine Pancol quand elle dédie ses romans « Les Yeux jaunes des crocodiles », « La valse lente des tortues », « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi » à un certain Roman à qui elle pense en se tournant vers la voûte étoilée. Et comme par magie, c’est ce même Roman (le vrai nom de Romain Gary est Roman Kacew) qui achève son roman, La promesse de l’aube en écrivant : «  Qu’on veuille bien regarder attentivement le firmament, après ma mort : on y verra, aux côtés d’Orion, des Pléïades ou de la Grande Ourse, une constellation nouvelle : celle du Roquet humain accroché de toutes ses dents à quelque nez céleste. » Romain Gary a été un Pygmalion pour Katherine Pancol de toute évidence en lui ouvrant les portes du monde littéraire!
Mais l’amour que lui a inspiré toutes ces femmes est bien terne en comparaison de celui qu’il a voué à sa mère! La mesure de cet amour maternel tient à la démesure!
Donc Bravo à Eric Barbier pour ce film très réussi! Du coup, on en oublierait presque qu’il y avait déjà eu une adaptation au cinéma de ce roman, en 1970, par Jules Dassin, le père de Joe, avec Melina Mercuri dans le rôle de Mina.
Enfin pour finir, Romain Gary continue de faire parler de lui en-dehors du cinéma puisque le dernier roman de François-Henri Désérable, « Un certain M. Piekielny« , part sur les traces de cet écrivain, et fait référence à un épisode de La promesse de l’aube qui est occulté dans le film.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Un-certain-M.-Piekielny

Enfin, dernière petite anecdote, Laurent Seksik qui avait écrit un livre sur « Les derniers jours de Stefan Zweig » a également publié « Romain Gary s’en va-t-en guerre. » Et en première de couverture, il annonce la couleur avec cette phrase : « On associe le génie de Gary à sa mère. L’énigme Gary, c’est son père. »




PSG : Thomas Tuchel va-t-il réussir à imposer ses idées au vestiaire Parisien ?

17042018
Thomas Tuchel est-il un bon choix pour le PSG ?
TUCHEL

Le PSG avait besoin d’un homme à son image : un entraîneur qui n’a pas de palmarès ronflant, mais qui va grandir avec ce club en imposant une identité de jeu très forte et des méthodes drastiques.

Tuchel, (il faut prononcer en Allemand « Tomasse Toureul ») est réputé pour avoir des convictions et vouloir les imposer. C’est une tête à clash comme le prouve le conflit qui l’a opposé à Pierre-Aymerick Aubameyang par exemple. Pour avoir fait la fête, le joueur a été écarté du groupe de Dortmund qui se déplaçait à Stuttgard pour raison disciplinaire.
Mais sera-t-il l’homme de la situation pour sermonner MBappé quand il n’aura pas fait un repli défensif, faire accepter à Neymar l’idée que c’est Cavani qui va tirer un pénalty, demander à Mbappé d’arrêter de manger des pizzas après les matchs ou d’interdire à Verratti de sortir en boite de nuit avant un match important ?
Car le bonhomme a la réputation d’être autant un ascète qu’un esthète.
Il est certes partisan du beau jeu, c’est-à-dire d’un jeu offensif qui favorise la verticalité, mais il marque ses joueur à la culotte au point d’apparaître intrusif.
Matts Hummels ne souhaite plus travailler avec lui car il lui a imposé un régime strict : pas de blé, pas de céréales, pas de sucres. C’est ce même régime qui a permis à Ilkay Gundongan de perdre 4 kilos!
Fini les sucreries, le coca-cola ou les pizzas car pour Tuchel, ce qui est dans l’assiette est décisif! Les joueurs du PSG vont donc devoir se mettre à la diète!
Alors que Unaï Emery imposait un inamovible 4-3-3, Tuchel en disciple de GUARDIOLA, propose une tactique protéiforme : il est capable de modifier son schéma plusieurs fois dans le même match.
Mais il devrait reconduire un 4-3-3 dans les phases offensives capable de se muer en 3-4-3 dans les phases défensives.
Son palmarès ne casse pas trois pattes à un canard. A 44 ans, Thomas Tuchel a entraîné trois clubs : Augsbourg, Mayence et le Borussia Dortmund où il a pris la succession de Jurgen Klopp de 2015 à 2017.
A deux reprises, il a achoppé au stade des quarts de finale d’une coupe d’Europe. En ligue Europa, Dortmund a été éliminé par Liverpool, coaché par son ancien entraîneur, Klopp, à l’issue d’un match Dantesque.
En Avril 2016, Dortmund avait concédé le match nul 1-1 sur sa pelouse face aux Red Devils. Au match retour, Dortmund mène en Angleterre 2-0 après 9 minutes de jeu grâce à Aubameyang (9e) et Mkytharian (2e). Liverpool réduit le score à la 48ème minute par Divock Origi, mais Marco Reus permet à Dortmund de faire le break à la 57e (1-3). Puis Coutinho réduit le score à la 66e avant que Mamadou Sackho n’egalise à la 77e. C’est finalement dans les arrêts de jeu à la 91e que Dejan Lovren qualifie Liverpool!
Le deuxième quart de finale remonte à l’épisode de l’attentat qui visait le car du Borussia Dortmund en marge du match de Champion’s league contre l’AS Monaco. Tuchel s’était opposé à ses dirigeants car il ne voulait pas que ses joueurs disputent la rencontre!
Son autre fait d’arme, c’est une coupe d’Allemagne remportée en 2017 un an après avoir été finaliste en 2016.
Sous l’ère Tuchel, le Borussia Dortmund a terminé second de Bundesliga en totalisant 78 points, ce qui constitue un record pour un dauphin!
Donc finalement, ce que Tuchel a de plus que Unai Emery c’est son aura : il est considéré comme le meilleur entraîneur d’Allemagne car avec lui, le Borussia Dortmund avait un taux de victoire de 63,75%. En 80 matchs disputés, il a enregistré 51 victoires. A titre de comparaison, Klopp avait un taux de victoire avec Dortmund de 57,84%. Mais il faut nuancer cette statistique puisqu’il était resté 8 ans à Dortmund quand Tuchel n’a entraîné le Borussia que pendant 2 ans. Tuchel était dans le viseur du Bayern de Munich alors que Unai Emery n’a jamais intéressé les grands d’Espagne (Barcelone ou le Real Madrid).
Il est évidemment bancal de reprocher à un entraîneur son manque d’expérience de joueur de haut niveau ou l’absence d’un grand palmarès d’entraîneur car il y aura toujours des contre-exemples :
- Arsène Wenger n’a pas connu une grande carrière de joueur
- Arrigo Sacchi était un illustre inconnu avant d’officier sur le banc de touche du Milan AC
- On peut en dire autant de Mourinho
Néanmoins, Tuchel arrive à Paris en terrain miné si on se réfère aux conditions rocambolesques de sa nomination. En effet, sa venue au PSG délégitime le rôle du directeur sportif Antero Henrique, qui selon les médias, n’aurait pas été consultés sur le choix sportif le plus important du club. Il ne serait pas non plus le choix du président du PSG Nasser El Kelhaifi.
C’est en fait le consul du Qatar en Allemagne qui aurait soufflé le nom de Tuchel à l’oreille de Joan, le jeune frère de l’émir Tamim al-Thani, propriétaire du club.
Les discussions étaient bien avancées avec Antonio Conte ou Luis Enrique dont la venue était souhaitée par une partie du vestiaire Parisien (Neymar ou Dani Alves par exemple, les anciens Barcelonais) avant que Tuchel ne soit imposé par le propriétaire du club.
Tuchel n’a pas l’expérience de gérer une équipe de VIP et d’égos surdimensionnés. Il apprécie davantage les joueurs « malléables » qui pourront s’adapter à son haut niveau d’exigence, à ses schémas tactiques à géométrie variable.
Choisir Tuchel c’est donc faire un pari sur un entraîneur dogmatique, jusqu’au boutiste, et perfectionniste!
Si cet entraîneur n’a pas de palmarès, le PSG non plus. Thomas Tuchel a besoin du PSG pour grandir et franchir un pallier supplémentaire dans sa carrière. De même, le PSG a besoin d’un Thomas TUCHEL pour devenir un grand d’Europe et imposer un style de jeu flamboyant…
Tuchel aime beaucoup donner leur chance à de jeunes joueurs comme ce fut le cas avec André Schurlé, Emre Mor ou Julian Weigl. Il pourra donc exploiter au mieux les pépites qui sortent du centre de formation comme l’avait fait avant lui Laurent Blanc (avec Rabiot) ou Unai Emery (avec Kimpembe, Nkunku, ou Areola).
Le PSG se dote donc d’un fin tacticien adepte des schémas de jeu de Guardiola. Thomas Tuchel est un chef d’orchestre qui estime que même si on a les plus grands solistes, si chacun joue sa partition dans son coin, cela sonne faux! Mais réussir à imposer ses idées aux joueurs Parisiens sera une toute autre musique!

 




[Critique de film] Mektoub my love d’Abdellatif Kechiche : l’amour dure trois heures!

28032018
mektoub my love
Avec Mecktoub My love, Abdellatif Kechiche nous démontre une nouvelle fois que le cinéma est comme une écriture moderne dont l’encre est la lumière.
Mektoub signifie littéralement en arabe « C’est écrit » et évoque le destin.
My love veut dire « Mon amour » en anglais.
Canto Uno fait référence en Italien à La Divine Comédie de Dante.
Ce film est donc le premier volet d’un diptyque dont la date de sortie de la suite n’est pas encore annoncée.
Luis Bunuel avait marqué les esprits avec son film, Cet obscur objet du désir dans lequel il associait l’amour et le désir à la souffrance et à des scènes d’attentat.
Dans Mektoub my love, Abdellatif Kechiche évoque ce « lumineux » objet du désir. En filmant ses personnages dans des scènes d’été éblouissantes il réconcilie le désir avec la vie! Ce dernier film est une ode qui célèbre la jeunesse, l’insouciance, la beauté des corps et la sensualité. Si tout vrai regard est un désir, le dernier film de Kechiche est un regard sur le désir!
En matière de cinéma, Abdellatif Kechiche est comme le roi Midas, tout ce qu’il touche se transforme en Palme d’or, Lion d’argent, César, prix d’interprétation, etc…
Des exemples ?
Avec ses cinq précédents films il a remporté :
  • La faute à Voltaire en 2000 : meilleure première oeuvre à la Mostra de Venise
  • L’esquive en 2005 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario
  • La graine et le mulet en 2007 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario, Lion d’argent et grand prix du jury à la Mostra de Venise
  • La vie d’Adèle en 2013 : Palme d’or à Cannes

La critique est unanime et dithyrambique : son sixième opus est un chef d’oeuvre.

Néanmoins, ce film de trois heures souffre de quelques longueurs. Abdellatif Kechiche excelle dans l’art de saisir la réalité en nous la restituant de telle sorte que le spectateur devienne à son insu un voyeur, l’écran de cinéma un trou de serrure béant. Le spectateur découvre l’intimité des protagonistes sans fard. Abdellatif Kechiche adopte un point de vue naturaliste avec sa caméra.
Ce film est effectivement un hymne à l’amour : il s’inspire librement d’un roman autobiographique de François Bégaudeau, La blessure, la vraie.
Il raconte, le temps des vacances, pendant l’été 1994, les marivaudages de deux cousins de retour dans leur ville natale, Sète. L’un est actif, c’est Tony car il est très entreprenant avec les filles et s’abandonne aux jeux de l’amour et du hasard. Il est en quelque sorte volage puisque le film s’ouvre sur ses ébats amoureux avec Ophélie, une amie d’enfance dont le petit ami, Clément, est éloigné sur le porte-avion Charles de Gaulle.
Mais quelques heures plus tard, à la plage, il fait la rencontre d’une vacancière avec qui un nouvel idylle semble naître.
Son pouvoir de séduction incommensurable auprès des femmes lui permet d’avoir l’embarras du choix et quelque fois, le choix de l’embarras.
Alors que la jeunesse s’agite autour de lui, Amin est plus réservé, en retrait. « Sage est celui qui a su garder son coeur d’enfant » lui adresse-t-on en guise de compliment pendant que ses compagnons s’engagent dans une danse étourdissante. Dans ce film, la danse n’est que l’expression verticale d’un désir horizontal. Si Tony est actif en matière d’amour, Amin est passif : il adopte le point de vue du spectateur comme au début du film où il surprend son cousin et Ophélie en les observant par la fenêtre.
Apprenti scénariste sur Paris, il est passionné par la photographie. Plus qu’un simple spectateur, on comprend que Amin est l’alter-ego du réalisateur Abdellatif Kechiche qui se projette dans ce personnage. Il y a une véritable mise en abyme dans ce film quand Kechiche filme le jeune Amin tentant de photographier un agnelage.
Les deux cousins, nous entraînent dans une ronde épicurienne étourdissante et enivrante. Mais si le personnage de Tony donne l’impression d’être volage, il semble néanmoins entiché d’Ophélie. Cette dernière a un petit ami très possessif. Loin des yeux, loin du coeur pour la belle Ophélie, qui oublie Clément dans les bras de Tony.
Mais Tony est obligé de flirter avec d’autres filles pour détourner les soupçons qui pèsent sur sa relation adultérine avec Ophélie. Amin est également très proche d’Ophélie mais il développe avec elle une relation d’amitié. Il l’accompagne à la ferme où elle vit avec ses parents et ses soeurs pour filmer l’accouchement d’une brebis qui donne naissance à deux petits. C’est donc à un hymne à l’amour et à la vie que nous convie le réalisateur avec son dernier film!
Les images de l’été sont illuminées par le soleil : la critique parle à juste titre de film éblouissant et lumineux!
Mektoub my love, Canto Uno, évoque un peu par son sujet Conte d’été d’Eric Rohmer en décrivant un marivaudage d’été.
Une nouvelle fois dans ce film, Abdellatif Kechiche excelle dans la direction des acteurs. Tel un Pygmalion, il révèle le talent d’illustres inconnus, parfois d’acteurs amateurs plus vrais que nature dans les personnages qu’ils incarnent.
Comme dirait Sacha Guitry « Tous les hommes sont des comédiens à part quelques acteurs. » Kechiche l’a bien compris en révélant une nouvelle fois des actrices inconnues mais promises à un brillant avenir aux Césars telles que Ophélie Bau qui campe le rôle de… Ophélie, ou encore Lou Luttiau dans un second rôle qui incarne Céline, Alexia Chardard si juste dans le personnage de Charlotte. A noter également la performance de Shaïn Boumedine, qui joue le rôle d’Amin ou celle de Salim Kechiouche qui interprète Tony.
Kechiche a confié ses rôles principaux à des non-professionnels. Avant de s’engager sur le tournage, Ophélie Bau préparait un concours d’auxiliaire puéricultrice, Alexia Chardard venait d’arrêter la fac de théâtre, Lou Luttiau travaillait dans un McDonald’s pour financer son école de danse et Shaïn Boumedine travaillait comme plagiste après avoir raté son inscription en BTS. Tous s’étaient présentés au casting pour faire de la figuration. Finalement Kechiche les a enrôlé pour jouer les têtes d’affiche de son nouveau film.
Pour mémoire, Abdellatif Kechiche a révélé sinon sublimé dans ses films précédents des acteurs tels que Sami Bouajila dans La Faute à Voltaire, Sarra Forrestier (César du meilleur espoir féminin) dans L’Esquive, Hafsia Herzi (César du meilleur espoir féminin) ou Sabrina Ouazzani dans La graîne et le mulet ainsi que Adèle Exarchopoulos (César du meilleur espoir féminin) ou Lea Seydoux dans La vie d’Adèle
Godard disait : «La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde… » Pour toucher cette vérité dans Mektoub My love, les acteurs se sont imprégnés de leur personnages en étant logés dans les lieux de tournage eux-même. Shaïn Boumedine qui interprète Amin a vécu avec celle qui incarne sa mère (qui n’est autre que la sœur de Kechiche) dans l’appartement de leurs personnage. Ophélie BAU a été en immersion dans une ferme où elle a été hébergée par les propriétaires de la bergerie qui incarnent dans le film les parents de son double fictionnel. Elle a ainsi appris à mettre bas une brebis ou à faire du fromage.
Kechiche réussit un tour de magie en captant l’intention de ses personnages à travers sa caméra. A ce sujet, la chroniqueuse Claire Diao relate une anecdote très révélatrice du cinéma de Kechiche qu’elle tient de Salim Kechiouche sur le tournage de La Vie d’Adèle. L’acteur qui incarne Tony, tenait un rôle secondaire dans La vie d’Adèle. A la demande de KECHICHE, il lui a été demandé d’apprendre une déclaration d’amour par cœur. Il devait la réciter devant Adèle Exarchopoulos. Et au moment de la déclamer devant la caméra, Kechiche a dit : « Coupez ! ». Devant l’effarement de l’acteur qui du coup avait les jambes coupées puisqu’il a appris un texte par cœur et il n’a pas eu le temps de prononcer un seul mot, Kechiche lui rétorqua : « je voulais juste capter ton intention. Et c’est ce que ma caméra vient de saisir. »
Même si son dernier film primé à Cannes, La vie d’Adèle a soulevé une polémique en raison des conditions difficiles et des contraintes que le réalisateur imposaient à ses actrices, on reconnaît dans son désir de prendre un nombre incalculable de prises pour une même scène la marque d’un perfectionniste. Kechiche est un éternel insatisfait qui n’a de cesse de satisfaire son public!
C’est parce que le verbe filmer se conjugue toujours à l’imparfait de l’objectif qu’Abdellatif Kechiche travaille avec acharnement chaque séquence comme un long métrage autonome. Si le film s’ouvre sur une scène d’amour entre Tony et Ophélie, la deuxième séquence où Amin retrouve Ophélie et engage une longue discussion avec elle a donné lieu à plus de 100 prises.
Si les détails font la perfection, la perfection de ses films n’est pas un détail! En digne héritier de Maurice Pialat, Abdellatif Kechiche a trouvé la martingale qui crée un cinéma très exigeant mais néanmoins populaire.
Après La vie d’Adèle, et son despotisme dans la direction des acteurs, une nouvelle polémique s’est créée autour de son nouveau film, Mektoub my love où les critiques reprochent au réalisateur l’insistance de sa caméra sur les formes callipyges de son actrice principale, Ophélie Bau au point de devenir obsessionnelle. On avait déjà remarqué ce penchant dans un précédent film, La Vénus noire qui évoquait le destin singulier de la Vénus Hottentote. Mais résumer cette fresque généreuse à un regard appuyé sur des corps dénudés, c’est passer à côté de la poésie de cette ode à la jeunesse et à la séduction dans laquelle Marivaud à rendez-vous avec Renoir.
Avec ce nouveau long-métrage, on a un condensé de toute la filmographie de Kechiche. Quinze ans après L’Esquive, Mektoub my love fait référence à Marivaud par ses jeux amoureux. Ce nouvel opus évoque également La graîne et le mulet dans la mesure où l’histoire prend pour cadre la ville de Sète. L’attirance de Céline pour Ophélie est enfin un clin d’œil aux amours saphiques d’Emma et d’Adèle.
Mais si Mektoub my love pêche dans un domaine, c’est d’abord pour ses longueurs, qui donnent le sentiment que, comme au théâtre, l’unité de temps est respectée, que la durée de la scène coïncide avec la durée de l’action représentée.
La faute en revient peut être au style naturaliste des films de Kechiche. A force de vouloir être au plus près du réel, il nous fait penser à ce peintre qui s’était perdu dans le paysage qu’il avait peint…



[Critique de film] Tout le monde debout : Plus on est debout, plus on rit!

23032018

TOUT LE MONDE DEBOUT

Tout le monde debout est le titre du premier film de Franck Dubosc en tant que réalisateur.

C’est un film dans lequel l’humoriste s’est taillé un rôle sur mesure : Jocelyn, chef d’entreprise, menteur et dragueur invétéré de 49 ans. Pour draguer la voisine de sa mère, il se fait passer pour un handicapé en chaise roulante. Mais cette dernière lui présente sa soeur, qui est elle-même handicapée sur un fauteuil roulant.
Ce film aurait pu être le gag du handicapé dans Bienvenue chez les Chtis étendu sur 1H30 s’il n’y avait pas un certain nombre d’ingrédients qui devrait garantir à cette comédie la recette du succès. C’est d’abord une comédie romantique qui, au lieu de rire des handicapés, rit avec eux. C’est cela la différence entre l’humour et l’esprit. L’esprit rit des choses, l’humour rit avec elles. Franck Dubosc fait preuve d’une grande délicatesse et d’une belle sensibilité pour éluder les maladresses inhérentes au traitement d’un tel sujet : le handicap. Il traite avec légèreté d’un sujet grave sans tomber dans l’écueuil des trémolos.
Son film se moque notamment du regard condescendant que les autres portent sur les handicapés. Au lieu de réaliser une comédie romantique qui met en scène un clivage social ou culturel, Franck Dubosc a privilégié le clivage physique. Un homme valide et une femme handicapée peuvent-ils dépasser leur différences physiques pour que leur amour triomphe ? L’amour peut-il être plus fort que la pitié ?
A la base Franck Dubosc voulait intituler son film « Lève-toi et marche ». En choisissant « Tout le monde debout », il reprend la bourde qu’avait réalisée son ami, François Feldman à l’occasion du 10ème Téléthon en 1998. En interprétant sa chanson « Joue pas » en duo avec Joniece JAMISON, il s’était adressé à un public de paraplégiques en disant « Tout le monde debout ». Puis, il s’était repris en ajoutant : « Là-haut. » Le mal était fait puisque la séquence a fait le bonheur des bêtisiers…
Franck Dubosc veut faire de cette maladresse quelque chose de positif en rappelant que le handicap est dans la tête : que des personnes assises sur un fauteuil roulant sont davantage debout que des personnes valides parce qu’elles ont un supplément d’âme en plus! A l’instar d’Alexandra Lamy qui explique à Franck Dubosc dans le film que ce qu’une partie de son corps ne peut plus ressentir, c’est dans sa tête qu’elle le vit! Elle compense son handicap physique, en ayant une vie cérébrale plus riche : elle réfléchit plus vite, elle va plus vite, elle vit chaque moment avec plus d’intensité!
De nombreux films ont rencontré le succès en évoquant ce thème délicat depuis National 7, jusqu’à Intouchables ou Patients plus récemment. Ce film dresse une passerelle entre les personnes handicapées et les personnes valides. Loin de les ostraciser, Franck Dubosc adopte une démarche d’entrer en empathie avec elles en se mettant complètement dans leur situation même si c’est à des fins de séduction (le personnage cherche à séduire sa voisine et le réalisateur à séduire le public en créant un comique de situation).
Tout le monde debout, c’est une comédie romantique sur le handicap physique qui va marcher!
D’abord parce que ce film est porté par le charisme et la grâce d’Alexandra Lamy. Cette actrice sublime son personnage par son sourire et son regard enjôleur qui ne manqueront pas de conquérir le public. Pour interpréter le rôle de Florence, cette violoniste handicapée, elle a beaucoup travaillé. Notamment avec une championne de tennis fauteuil, Emmanuelle Morch, qui a participé aux jeux paralympiques de Rio de Janeiro.
Ensuite, elle s’est exercée au violon pour donner davantage de crédibilité à son rôle. Enfin, elle a passé plusieurs mois en fauteuil roulant pour acquérir certains automatismes et donner davantage de relief à son personnage.
L’actrice de 46 ans, Alexandra Lamy, participe grandement à la réussite de ce film. Son personnage est solaire, magnifique, spontané, drôle et ne manquera pas de subjuguer le public comme elle a pu enjôler le personnage, incarné par Franck Dubosc, qui est égoïste, misogyne, menteur et arriviste! Jocelyn est un chef d’entreprise qui vend des chaussures de sports. Il est devenu cynique car à force de trop se regarder il ne voit plus les autres. Et on découvre tout au long du film que ce qu’il dissimule est plus beau que ce qu’il montre! Tout le paradoxe du personnage, c’est qu’il est beaucoup plus beau dans son mensonge et dans un fauteuil roulant, que dans la réalité et dans sa porsche rouge où il est humainement moche.
C’est le contraste entre les deux personnages, ainsi que le comique de situation qui naît de cette rencontre où Jocelyn s’englue dans un mensonge et se prend à son propre piège : faire croire qu’il est handicapé pour séduire Julie quand celle-ci lui présente sa soeur, Florence, qui est réellement handicapée!
On notera, la performance également, dans un personnage secondaire, d’Elsa Zylberstein, qui joue le rôle de l’assistante de Jocelyn. Elle est l’archétype d’une secrétaire, amoureuse transie de son patron. Par ses maladresses et son franc-parler elle égaye le film en mettant souvent les pieds dans le plat! C’est grâce à elle qu’on comprend à la fin du film que Jocelyn commence à regarder enfin les autres.
L’humour et les fous rires sont aussi garantis par l’antagonisme entre des scènes d’un romantisme débordant, un dîner aux chandelles dans une piscine, et d’autres scènes d’une réalité crue et prosaïque comme celle où Jocelyn subit une coloscopie .
Le message de ce film est de nous inviter à regarder la personne avant la différence, à ne pas considérer le vase, mais son contenu!
Malgré son succès avec Camping et de nombreuses comédies populaires, Franck Dubosc montre avec ce film que son talent va bien au-delà de l’interprétation de personnages de beaufs au coeur tendre! C’est un réalisateur en herbe qui pour un coup d’essai a réalisé un coup de maître en mettant beaucoup de lui-même dans son film. Il s’est notamment servi du handicap de sa mère comme point d’entrée!
Cet humoriste a gardé une grande simplicité, comme lorsqu’il visite à Noël, les enfants hospitalisés à Robert Debré, et distribue des jouets dans le cadre de l’association CE KE DU BONHEUR dont il est le parrain avec Omar Sy. C’est d’ailleurs la femme d’Omar Sy qui gère cette association caritative qui apporte un peu de réconfort à des enfants malades.
S’il est agréable d’être important, il est aussi important d’être agréable. Et dans ce registre, Franck Dubosc nous montre l’exemple. A l’instar du Docteur Patch, par son action, il nous rappelle que RIRE c’est la moitié de GUE-RIRE. Et même si certaines maladies sont incurables, son film fait beaucoup de bien car il nous dessille les yeux. Comme disait Gérard Jugnot : « Le comique, c’est comme les essuie-glaces, ça n’empêche pas la pluie, mais ça permet de voir plus claire pour avancer. »



Foot, mensonges et vidéo

27032018
Image de prévisualisation YouTube

A l’éternel débat de savoir s’il faut avoir recours à la vidéo sur les terrains de football, je suis contre pour plusieurs raisons.
Premièrement, le football est universel : ses règles doivent être autant les mêmes pour un match de district que pour un match de coupe du monde. S’il est l’un des sports les plus populaires, c’est parce qu’il suffit d’un ballon pour jouer au football. Donc au nom de l’universalité des règles, il faut faire fi de la vidéo même à l’occasion des grandes compétitions.

De plus, le recours à la vidéo aurait pour conséquence de rendre les matchs moins attrayants car ils seraient interrompus sans arrêts, et ils seraient hachés comme dans le top 14. Arrêter un match deux minutes pour vérifier une faute d’un joueur évite certes de commettre des injustices, mais peut être fatal pour le spectacle et la fluidité du jeu.

De plus, on le constate dans le Top 14, la vidéo n’est pas la panacée universelle. Ce n’est pas tout d’avoir la vidéo, encore faut-il savoir s’en servir à bon escient. Il n’est pas un match du top 14 qui n’est pas émaillé de faits de jeu, d’erreurs d’arbitrages. L’arbitre est souvent sûr de son fait, du coup il n’a pas recours à la vidéo. Et quand bien même il y a recours, celle-ci l’induit parfois en erreur car l’angle de la caméra n’est pas toujours le bon pour juger par exemple si le ballon est passé entre les poteaux. De même, lors de la finale de la coupe du monde 1966, la vidéo aurait été incapable de déterminer si le but anglais accordé à Hurst était valable. Impossible, même aujourd’hui avec les moyens techniques modernes de savoir si le ballon a bien franchi la ligne.

Enfin, je suis contre la vidéo car on ne peut pas crier au chiottes l’arbitre à une caméra. Et le jour où les hommes ne pourront plus crier « aux chiottes » à l’arbitre, c’est dans la rue qu’ils risquent de protester. Car les arbitres ont une fonction cathartique. Ils canalisent souvent l’agressivité des supporters qui leur reproche de ne pas avoir sifflé un pénalty ou d’avoir commis une injustice. Il a un rôle ingrat qui recouvre une dimension sociale. Il nous permet de nous purger de nos passions et de nos émotions en les vivant sur un mode imaginaire. Insulter l’arbitre est une sorte d’exutoire à notre colère.

De plus, l’arbitre fait partie du jeu au même titre qu’un poteau par exemple. Dans un match, il y aura autant d’erreurs d’arbitrage que de faux rebonds du ballon. Pourtant, je n’ai encore jamais vu personne en parler avec le ballon. L’arbitre participe à la dramaturgie d’un match de football. Il écrit le scénario d’un match en même temps que les joueurs. Evidemment, son rôle est de se faire oublier au maximum afin d’arbitrer le match selon les règles du football. Un arbitre peut commettre une erreur à l’instar d’un attaquant qui rate un pénalty. Mais à la différence de cet attaquant, il n’a aucun moyen de se racheter. L’attaquant a toujours la possibilité de rattraper son erreur en inscrivant un but. L’arbitre verra ses erreurs stigmatisées par les supporters, les joueurs et les journalistes. Il a le plus mauvais rôle. Mais sans un arbitre, le match perd de sa saveur. Evidemment, on pourrait critiquer la position de ceux qui sont contre la vidéo en les comparant à des gens qui seraient contre le recours aux test ADN pour confondre un criminel sous prétexte que la justice serait moins humaine. Mais sans les négligences de l’arbitre, il n’y a plus de main de Dieu, de main de Thierry Henry ou de Vata… Le football perd de sa magie car tout peut s’y jouer parfois sur un coup de dés! Il est toujours frustrant de perdre un match important sur une erreur d’arbitrage mais les joueurs doivent pour remporter le match s’adapter en fonction de la médiocrité de l’homme en noir. Même s’il accorde un but litigieux, l’autre équipe doit prouver sa supériorité en inscrivant un but de plus.

Michel Platini n’a pas toujours été contre l’arbitrage vidéo. Il fut un temps, où jeune sélectionneur de l’équipe de France, il regrettait qu’on perde un match sur une erreur d’arbitrage….
Plus tard, il a changé son fusil d’épaules, car en tant que président de l’UEFA, il se devait de faire de la politique politicienne. Il s’agissait sûrement d’un calcul stratégique qui consistait à se ranger dans le camp de ceux qui lui accorderaient le plus de voix.




BASIC INSTINCT I & II : les dents de l’amour!

27032018

basic intinst

Il y a eu avant Basic Instinct et après… Ce film a fait date dans l’histoire du cinéma en réinventant en 1992 le concept du thriller érotique.

Et s’il y avait une esthétique dans l’érotisme ? Basic Instinct est un des rares films à me le faire penser. En effet grâce à l’érotisme, la femme n’est pas seulement un objet (l’objet de notre regard) elle est aussi un sujet car elle se réapproprie son propre corps. Elle l’expose dans un premier temps (en cela elle est un objet) mais elle oriente le regard d’autrui, elle lui fixe des limites à travers le décolleté, la mini-jupe, et tout autre artifice qui crée le jeu érotique. On a tous en tête la scène dans Basic Instinct où Sharon Stone alias Catherine Trammell décroise ses jambes. L’érotisme est un jeu entre le visible et l’invisible. Basic Instinct est peut être le seul film érotique de toute l’histoire du cinéma dans lequel le septième art a rendez-vous avec le septième ciel.

Beaucoup de films qui portent le label EROTIQUE sont en fait des films vulgaires, obscènes dans lesquels les femmes (car ce sont souvent elles les héroïnes principales) sont confinées dans ce rôle d’objet.

Avec Basic Instinct, l’érotisme triomphe car Sharon Stone est à la fois objet et sujet…

Beaucoup de réalisateurs se sont inspirés de Basic Instinct pour nous offrir de pâles ersatz de thrillers érotiques à l’instar de Jade (avec Linda Fiorentino), Body (avec Madonna), Fatale (de Brian de Palma avec Rebecca Romijn-Stamos) et maintenant… Basic Instint II!

Eh oui le nouvel opus de Basic Instinct est loin d’égaler le premier film.

On a quand même le plaisir de retrouver une Sharon Stone proche de la cinquantaine mais au sommet de sa beauté. C’est une bombe anatomique ou une blonde atomique. Cette femme n’est pas seulement une créature de rêve, c’est aussi une récréature. Elle est dans BASIC INSTINCT II en état de garce!

Catherine Trammell a donc quitté San Francisco et l’inspecteur Nick Corran (alias Michael Douglas) pour Londres où un éminent psychologue doit faire une analyse de sa personnalité dans le cadre de la mort d’un footballeur.

Ce psychologue est incarné par David Morissey qui a autant de charisme qu’un pudding anglais.

Le film commence pourtant sur les chapeaux de roue ou plutôt à 180 kilomètres à l’heure avec une scène torride qui est la seule digne de BASIC INSTINCT I. En effet, Catherine Trammell est au volant d’un bolide avec un joueur de football qui occupe… la place du mort! Le joueur de football est incarné par l’ancienne star du championnat d’Angleterre, Stan Collymore.

Ce dernier peut à peine bouger sous l’effet de la drogue. Mais Catherine Trammell fonce à 180 à l’heure et à mesure que la vitesse augmente elle a une espèce de rapport sexuel avec son passager qui la conduit à l’orgasme. Au paroxysme du plaisir, elle fait une sortie de route et se retrouve dans la Tamise. Son passager meurt noyé. Dans le cadre de l’enquête qui doit déterminer si la mort de son compagnon est accidentelle, elle rencontre un éminent psychologue qu’elle va réussir à manipuler. Ce dernier découvre notamment son ex-femme assassinnée. A noter que l’arme du crime est moins un pic à glace qu’une ceinture dans la plupart des cas.

Comme dans Basic Instinct I, Sharon Stone incarne une femme belle comme Vénus, riche comme Crésus, mais pas aussi innocente que Dreyfus!

En Italien, BELLA DONNA, signifie une BELLE FEMME. En anglais, BELLADONNA désigne un POISON MORTEL. N’est-ce pas la preuve évidente que ces deux langues sont finalement assez proches ?

Dans BASIC INSTINCT II Sharon Stone reprend son rôle de mante religieuse dont le goût du risque et la fascination devant la mort des autres constituent peut-être ses seules raisons de vivre! Les hommes ne se méfient jamais assez des dents de l’amour! Ils courent toujours après les femmes qui les font… marcher. Catherine Trammell est experte en manipulation. Elle accepte de se faire analyser par un éminent psychologue dans le seul but d’opérer sur lui un transfert et d’inverser insidieusement les rôles patient-docteur. Son arme reste le divan où elle se confie au psychologue. Avec Catherine Trammell, gare à DIVAN LE TERRIBLE! Son psy pense l’analyser, en réalité, elle s’est déjà insinué dans son cerveau… Elle l’a littéralement subjugué avec son charme incommensurable!

On a tellement aimé le premier film qu’on peut bien être indulgent devant les grandes imperfections de cette suite qui m’a laissé franchement sur ma faim!

De toute manière comme dans le premier volet, il y a deux fins possibles…

Dans le premier volet, le grand débat était : Est-ce que c’est la blonde ou la brune ? Dans le second volet, la grande question est : est-ce que c’est Catherine Tramell ou bien…

Bon allez, j’en ai assez dit! Allez le voir vous-même si vous voulez vous faire votre propre opinion.




[Critique du film] LooKING for ERIC : la fureur de survivre!

12032018

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Jean-Michel Larqué remarquait  » Tous les entraîneurs vous le diront : une passe est un message. » Eh bien le message de ce film… C’est précisément une passe. A la question de savoir quel est le plus beau geste dans la carrière d’Eric Cantona en Angleterre, beaucoup d’images de ses buts reviennent à l’esprit. Mais curieusement, le plus beau moment de sa carrière n’a pas été marqué par un de ses buts mais par une passe aveugle géniale à l’un de ses partenaires, IRWIN.
Dans ce film, le football devient une métaphore de la vie. Car Eric Bishop est un postier qui est en situation d’échec sur le plan sentimental et au niveau de l’éducation de ses enfants. Un jour, alors qu’il a beaucoup fumé de substances illicites, il s’adresse au poster d’Eric Cantona qui lui répond. Son idole va devenir le coach d’Eric Bishop et lui permettre de reprendre sa vie en main, de créer sa réalité au lieu de la subir. Ce film est un chef-d’oeuvre car toute sa magie est de rendre visible ce lien invisible qui existe entre un supporter de Manchester, et son idole, Eric Cantona. Si le football est une métaphore de la vie, comment Eric Bishop va-t-il pouvoir sortir de l’impasse dans la crise qu’il traverse avec ses beaux fils en s’inspirant de la brillante carrière d’Eric CANTONA ? Evidemment, ce film s’adresse en premier lieu à tous les amoureux du ballon rond qui retrouvent avec plaisir Eric Cantona, l’enfant terrible du football Français dans les années 80 et dans les années 90. Juste quelques faits qui ont contribué à bâtir sa légende :
En 1987, il traite le sélectionneur de l’équipe de France, Henri Michel de  » sac à merde  » car ce dernier ne le retient pas en équipe de France lors d’un match. Il est suspendu de l’équipe de France 1 an.
En Janvier 1989, il est remplacé avec l’OM au cours d’un match amical contre le Torpedo de Moscou. Furieux, Cantona sort en jetant le maillot de l’OM par terre. Il est sanctionné un mois avant d’être prêté à Bordeaux.
En 1991, alors qu’il évoluait avec le Nîmes Olympique contre l’AS St Etienne, une décision d’arbitrage le met hors de lui. Il jette le ballon sur la tête de l’arbitre! Il est suspendu 1 mois par la commission de discipline. Il décide alors de résilier son contrat et de s’expatrier en Angleterre à Leeds puis ensuite à Manchester. A Leeds, il conquiert son premier titre de champion d’Angleterre. Il déclara aux supporters anglais :  » Why I love you ? I don’t know why but I love you.  » A Manchester, alors qu’Aimé Jaquet, nouveau sélectionneur de l’équipe de France, en fait son capitaine, une nouvelle affaire va éclater. Lors d’un match où il est expulsé contre Crystal Palace, Cantona répond à un supporter qui l’insulte, en lui faisant une démonstration de… Kung FOOT! Inquiète sa mère contacta Guy Roux car elle craignait, non pas la sanction que risquait son fils qui encourait une peine de prison, mais la réaction de ce dernier à l’encontre de son juge. Guy Roux, l’ancien entraîneur d’Eric Cantona à Auxerre aurait même fait intervenir François Mitterand qui lui avait promis de lui rendre service un jour en cas de besoin. Au sortir du tribunal, son avocat persuade Eric Cantona de répondre aux questions des 500 journalistes qui l’attendaient en conférence de presse. Il leur déclara :  » Quand les mouettes suivent un chalutier, c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Devant l’assistance médusée, Cantona dit au-revoir, se leva, et laissa les journalistes commenter sa phrase et l’analyser de 1000 façons différentes. Il est finalement exclu des terrains neuf mois. Après son retour dans l’équipe de Manchester, Aimé Jaquet ne le réintégra plus jamais en équipe de France.

Si vous n’aimez pas le football et encore moins Eric Cantona, ce film, Looking for Eric, peut quand même vous plaire. Tout simplement parce que les images d’archives qui font référence à sa brillante carrière à Manchester où il s’est quand même distingué dans le bon sens du terme sont réduites à la portion congrue. Ce film est magique car il nous montre que dans la vie c’est comme sur un terrain de football : nous avons tous un but à atteindre. Pour faire face à un problème, il y a deux solutions. Soit on mise sur ses qualités individuelles et finalement on va se retrouver en situation d’échec à l’instar d’Eric Bishop qui tente par lui-même de raisonner le voyou qui fait pression sur son beau-fils. La deuxième solution, et c’est tout le message du film : c’est de jouer avec ses partenaires, de faire confiance à ses co-équipiers. Dans la vie, il y a des gens qui sont avec nous, nos proches, nos amis, nos collègues car ils ont des intérêts communs avec nous. Ils font donc partie de la même équipe que nous. A travers ce film, Ken Loach veut nous prouver que la victoire appartient à ceux qui savent  » impliquer  » toutes les forces vives qui sont à leur disposition.

Malgré le talent individuel d’un Eric Cantona, le message de ce film est altruiste. Il vise à nous rappeler que dans une équipe de football il y a toujours 11 joueurs. Et la valeur de l’équipe est supérieure à la somme des parties qui la composent. 1+1=3. Si l’on regarde le palmarès des joueurs élus ballons d’or, on se rend compte qu’il n’ y a pas de grands joueurs en dehors d’une grande équipe.  » Nul ne s’élève trop haut, s’il vole de ses propres ailes  » disait William Blake. Les grands joueurs sont ceux qui bonifient le travail de l’équipe. Mais au final, c’est toujours un groupe qui parvient à mettre en exergue la singularité d’un grand joueur. Pourquoi Cantona a-t-il explosé en Angleterre à Manchester alors que dans les autres clubs, il était sur le banc de touche ? A Marseille, Raymond Goethals lui aurait même dit un jour :  » Si tu n’aimes pas être assis sur le banc de touche, tu peux prendre une chaise et t’asseoir à côté ».

Pour résoudre ses problèmes, Eric Bishop va donc devoir s’épancher auprès de ses collègues et de ses amis. Il va donc devoir essayer de faire appel à leur aide en s’ouvrant à eux. De même que sur un terrain de football Cantona pouvait faire confiance au talent de ses partenaires pour concrétiser une belle phase de jeu dont il était l’instigateur. Loin d’enfermer le supporter dans un microcosme du plus pur machisme, la passion du football permet à Eric Bishop de s’ouvrir aux autres et de devenir plus humain.

Personnellement, à quelques rares exceptions, je n’aimais pas du tout KEN LOACH. J’ai aimé de lui : JUST A KISS et I DANIEL BLAKE. Mais aucun autre de ses film n’avait réussi à m’accrocher. Pourtant il a obtenu deux fois la palme d’or à Cannes avec LE VENT SE LEVE et I DANIEL BLAKE.

Ce film émouvant m’a définitivement réconcilié avec Ken Loach.
LooKING for ERIC fait référence dans le titre au surnom d’Eric Cantona en Angleterre : le King ERIC. Il marque la rencontre entre un grand réalisateur anglais et l’un des joueurs cultes de Manchester United. Le résultat est impressionnant car les deux montagnes auraient pu accoucher d’une souris comme ça a d’ailleurs été le cas lorsque Emir Kusturica, mon réalisateur préféré, a fait un film sur Maradona, le plus grand joueur de football de tous les temps. Le résultat a été une énorme déception pour moi. Mais dans le cas de ce film de KEN LOACH, j’ai été très agréablement surpris. Je dis chapeau bas aux anglais car ils ont réussi avec ce film à rendre hommage à ce grand joueur de football, truculent, impétueux et sanguin qui a trouvé grâce à leurs yeux dans le championnat d’Angleterre. Seul Alex Fergusson a réussi à gérer la personnalité d’Eric Cantona à Manchester. Ce film est un véritable bijou qui nous montre tout ce qu’un joueur de football peut apporter à travers ses exploits aux supporters anonymes qui viennent l’encourager sur un terrain de football. En supportant les grands joueurs, ils nous apportent en retour ce petit supplément d’âme sans lequel les vicissitudes de la vie seraient moins supportables! On supporte les grands joueurs pour qu’ils nous aident à supporter les petitesses de la vie! Le football est peut être le nouvel opium du peuple. Les stades de football sont sûrement les temples d’une religion moderne dans laquelle les grands joueurs sont à nos yeux de veritables dieux… du stade! Le football a une fonction cathartique : on se purge de nos passions et on se purifie de nos émotions en les vivant sur le mode imaginaire. Le football est un exutoire à nos problèmes dans lequel on recherche ce petit supplément d’âme qui nous fait parfois tant défaut dans le quotidien!

A noter aux débuts des années 2000, la sortie également d’une comédie anglaise beaucoup plus légère qui a su rendre hommage d’une manière différente à un autre grand joueur anglais de Manchester (mais si! mais si!) : David Beckham. Le titre du film : JOUE-LA COMME BECKHAM. Ce film qui fait référence à Beckham, bien que moins profond, est attachant quand même, comme le prouve l’immense succès qu’il a rencontré au box-office!

Eric Cantona a été désigné récemment par un sondage en Angleterre, meilleur joueur du siècle du championnat Anglais. Cantona est l’un des seuls Français à avoir fait chanter la Marseillaise aux supporters de Manchester qui l’adulaient.

Une dernière petite anecdote pour conclure. Eric Cantona jouait avec le col de son maillot relevé. Eric Bishop par mimétisme fait pareil dans ce film. On en a fait une question esthétique alors qu’Eric Cantona essayait juste de se protéger du froid étant sujet à des torticolis!

Quinze ans après avoir déclaré aux journalistes  » Quand les mouettes suivent un chalutier c’est qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines. » Eric Cantona confia :  » Aujourd’hui, presque quinze ans après, je peux vous dire le vrai sens de cette phrase. Il fallait juste comprendre : “Je suis en train de ne rien vous dire du tout” ».

Pour moi Eric Cantona c’est une légende comme James Dean. C’est un James Dean qui n’est pas mort!




Coup de tête : les recettes d’un film culte sur le ballon rond

9032018

Coup de tête est un film incontournable pour les amoureux du ballon rond car il évoque l’épopée d’un club amateur dans une petite ville de province sur fond de satire sociale. Ce film marque la rencontre d’un scénariste de génie dont les personnages fétiches ont baigné notre enfance,  Francis WEBER, avec un grand réalisateur à succès, Jean-Jacques Annaud.

La bande originale du film composée par Pierre BACHELET, participe au succès de Coup de tête. Pierre Bachelet est considéré en 1979 comme un illustrateur sonore qui collabore dans différents projets publicitaires.

Ce film est porté par un excellent Patrick Dewaere dans le rôle de François Perrin accompagné par une pléiade de seconds rôles : Michel Aumont, Jean Bouise (dans une caricature de Noël Le Graët), Bernard-Pierre Donnadieu, Gérard Hernandez (qu’on a le plaisir de retrouver actuellement dans Scènes de ménage), Jean-Pierre Daroussin, Robert Dalban, Maurice Barrier, etc…

Mais quels sont les ingrédients d’un tel succès qui flirta avec le million d’entrées en salles en 1979 ?

 

Un personnage emblématique des comédies Françaises : François Perrin

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François Perrin est un personnage que le public Français connaît bien, sorti tout droit de l’imagination de Francis Weber (auteur à succès de pièces de théâtre et de comédies Françaises). Ce nom ne vous dit vraiment rien ?

Si vous n’avez pas vu Coup de Tête de Jean-Jacques Annaud, dont François Perrin est le personnage principal, vous avez sûrement rencontré ce héros au détour d’un autre film…

Le Grand Blond avec une chaussure noire, Le retour du grand blond avec une chaussure noire, La chèvre, Le jaguar, Le jouet, etc… ça ne vous dit vraiment rien ?

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François Perrin, qui est un cousin proche de François Pignon, représente un personnage récurrent dans les films où Francis Weber intervient en tant que scénariste.

Il a été incarné par Jean-Pierre Marielle (Cause toujours tu m’intéresses), Pierre Richard (le Jouet, Le grand Blond avec une chaussure noire, le retour du grand blond avec une chaussure noire, la Chèvre, On aura tout vu), Patrick Bruel (le Jaguar) ou Patrick Dewaere (Coup de tête).

Le point commun entre ces personnages, qui font désormais partie du folklore des comédies populaires Françaises, est de se retrouver dans une situation qui les dépasse, voire dont ils n’ont même pas conscience; dans un certain nombre de cas, les Pignon/Perrin se démarquent par leur candeur (parfois à la limite de l’idiotie), leur grande naïveté et leur gentillesse. C’est toujours le même petit homme dans la foule, plongé dans une situation qui le dépasse et dont il parvient à se sortir en toute inconscience.

Qu’ils soient cons (dans le Dîner de con), suicidaire (dans l’emmerdeur) ou malchanceux (dans la Chèvre), les François Perrin/François Pignon incarnent de grands naïfs!

Mais ils ont aussi la faculté de se rebeller et de se venger car comme dirait Courteline : « Passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile est une volupté de fin gourmet ». Et c’est le ressort de bon nombre de comédies de Francis Weber.

Dans Coup de Tête, François Perrin passe pour le dindon de la farce jusqu’à ce que le vent tourne. Car si François Perrin a conscience que dans une réception mondaine, il ne se situe pas du bon côté du buffet, il est un garçon plutôt qu’un monsieur, il va, grâce à la magie du football et de la coupe de France être porter au pinacle par toute une ville alors que quelques heures plus tôt, il était voué aux gémonies et croupissait en prison.

 

Jean-Jacques ANNAUD

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Coup de tête, c’est la rencontre d’un scénariste populaire, Francis Weber et d’un grand cinéaste qui va connaître une longue histoire d’amour avec le public à partir de ce film : il s’agit de Jean-Jacques Annaud. Pour se convaincre du succès de ce réalisateur, il suffit de regarder les chiffres du box-office qui couronnent des films ambitieux, audacieux, qui restituent la conquête du feu durant la préhistoire dans la Guerre du feu, ou qui se passe au Moyen-Âge (dans l’adaptation du roman éponyme de Umberto Eco, le Nom de la rose), dont les héros sont des animaux comme dans L’ours ou dans 2 Frères. Ses films nous font voyager dans le temps et dans l’espace comme en chine dans l’Amant (l’adaptation du roman de Marguerite Duras), au Tibet dans 7 ans au Tibet, en Russie pendant la seconde guerre mondiale dans Stalingrad, etc….

Coup de tête et le seul film contemporain de Jean-Jacques Annaud et qui se passe en France.

C’est la seule comédie franchouillarde dans la filmographie de Jean-Jacques Annaud.

1977 : La victoire en chantant : fiasco au box-office français mais succès aux Etats-Unis avec l’oscar du meilleur film étranger

1979 : Coup de tête 902 144 entrées

1981 : La guerre du feu 4 951 574 entrées

1986 : Le nom de la rose 4 955 664 entrées

1988 : L’Ours  9 136 266 entrées (le film détient le record d’audience d’un film de fiction en attirant le 23 février 1992 lors de sa première diffusion en France sur la chaîne TF1 16,4 millions de téléspectateurs)

1992 : l’Amant  3 156 124 entrées

1997 : 7 ans au Tibet 2 798 490 entrées

2001 : Stalingrad 1 110 380 entrées

2004 : 2 frères 3 326 113 entrées

2007 : Sa majesté minor 139 521 entrées

2011 : L’or noir 215 640 entrées

2015 : Le dernier loup 1 277 584

Au cours de ses 11 derniers films, Jean-Jacques Annaud a rassemblé 31 969 500 spectateurs dans les salles. Peu de réalisateurs français peuvent se vanter d’avoir une telle côte d’amour auprès du grand public. Sans compter les entrées réalisées dans les différents pays où ses films se sont exportés. Le dernier loup a réalisé 16 millions d’entrées en Chine par exemple.

De 1979 à 2004, Jean-Jacques Annaud a toujours franchi la barre du million d’entrées en salles pour chacun de ses films. Il connaît son premier revers en 2007 suite à la sortie de Sa majesté Minor. En 2011, il connaît un nouvel échec cuisant avec Or Noir. Mais tel un phénix qui renaît de ses cendres, il retrouve le chemin du succès en 2015 dans le cadre d’une superproduction franco-chinoise. Après avoir été banni par la Chine suite à la sortie de son film 7 ans au Tibet, ce pays lui déroule le tapis rouge pour adapter l’un des romans chinois les plus populaires sorti en 2004 : le totem du loup.

Jean-Jacques Annaud, membre de l’académie des beaux arts se définit comme un Français de l’étranger. Ce réalisateur a donc trois caractéristiques :

1/ Il est populaire comme en atteste son succès au box-office

2/ Il tente des paris cinématographiques ambitieux, audacieux qui permettent au spectateur de voyager dans le temps et dans l’espace.

3/ Il a dirigé de grands acteurs étrangers tels que Sean Connery ou Christian Slater dans Le Nom de la rose, ou Brad Pitt dans 7 ans au Tibet, ou Jude Law et Rachel Weisz dans Stalingrad, Guy Pearce dans Deux Frères, Jane March ou Tony Leung Ka Fai dans l’Amant, etc…

 

L’épopée de l’En Avant Guingamp en 1972-1973 a inspiré le film

Trincamp, la ville dans laquelle habite François Perrin a un nom qui sonne un peu comme Guingamp… Et pour cause ! C’est bien au parcours de l’En Avant Guingamp dont le film fait allusion. Et Jean Bouise qui incarne le président de Trincamp, Monsieur Sivardière, est une caricature de Noël Le Graët.

Le club amateur évolue en 1972 en Division supérieure régionale (DSR) et terrasse six équipes de niveau supérieur en coupe de France, dont quatre professionnelles (Laval, Brest, Le Mans et Lorient). Avant d’être sévèrement battu par Rouen, en 8e de finale.

Cette épopée avait débuté deux ans plus tôt avec les juniors qui ont atteint les quarts de finale de la Gambardella, face à Saint-Etienne  de Christian Sarramagna, Jacques Santini, Patrick Revelli, Christian Lopez, Christian Synaeghel (défaite 1-0).

L’échec est le fondement de la réussite. Et c’est sur cet échec en coupe Gambardella, suivi deux ans plus tard par un échec en 8ème de finale de la coupe de France que Guingamp va poser les fondements de ses futurs succès et de son irrésistible ascension vers le monde professionnel. Suite à l’épopée de Guingamp en coupe de France, le club ramassa un pactole de 800 000 francs qui lui permit  de construire l’avenir. Avec le même noyau de joueurs, l’équipe va passer de la division supérieure régionale en 1972 à la deuxième division en 1977.

Noël Le Graët a tout juste 30 ans quand il reprend les rênes de l’En Avant Guingamp au début des années 70. Il est grossiste en électro-ménager.

Coup de tête c’est d’abord un grand coup de pied dans la fourmilière du football.

 

Anecdotes

Le but égalisateur de Trincamp n’avait pas du tout été prévu comme dans le film, mais Patrick Dewaere était tellement maladroit au foot que lorsque le corner a été tiré, il s’est tourné par peur de recevoir le ballon sur la figure. Il l’a finalement pris sur le talon et a marqué. La scène a été conservée pour son aspect comique.

Parmi le casting, on trouve bon nombre de comédiens spécialistes du doublage, aussi bien avant qu’après. Citons Patrick Floersheim (Michael Douglas, Robin Williams, …), Jacques Frantz (Robert De Niro, Mel Gibson, …), Dorothée Jemma (Jennifer Aniston, Melanie Griffith, …), Michel Fortin (Danny De Vito, John Voight, …), Robert Dalban (Clark Gable), Gérard Hernandez (Grand Schtroumpf) ou encore Bernard-Pierre Donnadieu (Harvey Keitel, Brendan Gleeson, …).

 

Critique du film

François Perrin : « Je vais essayer de vous faire rire. C’est l’histoire d’un mec qui viole une fille, et comme on a besoin de lui pour jouer au foot, on accuse un pauvre connard. Vous la connaissez, président, oui? Je peux la raconter ? Asseyez-vous ; vous serez mieux pour rigoler ! ASSEYEZ-VOUS !! On ne bouge pas ! S’il y en a un qui se lève, je raconte tout à la presse, tout ce que je sais ! On se tait ! C’est moi qui parle, maintenant. »

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Dans Coup de tête, Patrick Dewaere interprète le rôle de François Perrin, ce footballeur ostracisé par la ville de Trincamp en raison d’un viol qu’il n’a pas commis, avant d’être érigé en héros pour un but marqué involontairement.

Pour passer du banc de touche au ban de la société, il n’y a que l’espace d’un faux pas que François Perrin franchit bien à son insu au début du film. En effet, lors d’un entrainement qui met en confrontation l’équipe A à l’équipe réserve de Trincamp, François Perrin a un contact viril mais régulier avec la star de l’équipe, Berthier, qui le prend en grippe et qui décrète qu’il ne veut plus voir Perrin sur un terrain de football.

Après avoir été renvoyé de l’équipe de football, il ne faut que trois semaines pour que Perrin perde sa place dans l’usine où il travaille et dont le patron n’est autre que le président du club de football de la ville.

Ne retrouvant plus du travail dans sa ville, François Perrin décide de quitter Trincamp, où seule Marie, l’épouse d’un représentant de commerce souvent absent, le retient encore. Mais le soir où il vient faire ses adieux à Marie, tout va basculer.

Une notable de la ville est agressée sexuellement devant deux dirigeants du club, et une voisine qui identifient formellement Perrin comme étant le coupable idéal.

Il est donc jeté aux gémonies et emprisonné pour un viol qu’il n’a pas commis. Mais si François Perrin est innocent, dans ce cas-là, quel est le coupable ? Le spectateur découvre grâce à ce film que dans le milieu du football, il y a des coups de tête qui partent de plus bas!

Ce film dénonce la lutte du pot de terre contre le pot de fer. Perrin contre Berthier. Trincamp contre une équipe professionnelle.

Patrick Dewaere s’est suicidé trois ans après la sortie du film, le 16 Juillet 1982 en se tirant une balle dans la bouche en regardant son miroir avec le pistolet que lui avait offert son ami, Coluche. C’est lui qui illumine ce film en interprétant le rôle de Perrin. Il joue le rôle de Monsieur Tout le Monde, mais comme personne !

Ce film dénonce aussi la lutte du pot de terre contre le pot de vin. Dans le milieu du football, où l’enjeu prend le dessus sur le jeu, il y a des passe-droits.

Il dénonce la versatilité des foules manipulées sans vergogne par des dirigeants cyniques qui ont parfaitement compris qu’entre le football et la politique, la ligne de démarcation est mince car ils constituent tous les deux une bonne façon d’agiter le peuple avant de s’en servir !

Nietzsche disait : « La démence chez un individu est quelque chose de rare. Chez les groupes, les partis, les peuples, les époques, c’est la règle. »

 

Citations cultes extraites du film

François Perrin : Moi aussi j’ai beaucoup voyagé pendant ces quelques mois de chômage. Je connais bien l’Afrique maintenant. Avec un balai et sans quitter Trincamp, j’ai découvert le Sénégal, le Togo, le Mali, le Tchad… Le nombre de tribus que j’ai pu croiser ! J’en arrivais à me demander ce que foutaient les missionnaires dans la brousse alors qu’il y a tant de boulot dans nos caniveaux ! J’ai fait l’Afrique Noire dans la voirie, l’Afrique du Nord dans les Travaux Publics, les Antilles et l’île Maurice dans les restaurants, à la plonge. Je suis allé là où l’homme blanc ne s’aventure plus. Et tout ça sans passeport, avec juste une carte de chômeur.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je me suis dit : j’ai réussi à être le dernier à Trincamp. Avec un peu d’ambition, j’arriverai à être le dernier à Paris.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière : J’entretiens onze imbéciles pour en calmer huit cents qu’attendent qu’une occasion pour s’agiter.

Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je reviendrai !

Le directeur de la prison : Sûrement pas !

Patrick Dewaere et Hubert Deschamps, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Mais… ce soir-là… y a eu viol ?

Stéphanie : Non, tentative, seulement.

François Perrin : Ah ben c’est peut-être moi, alors !

Patrick Dewaere et France Dougnac, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Je suis un bébé dans la foule. J’plaisante pas. Quand j’étais petit, on m’a foutu à la crèche. Une grande crèche avec plein d’mômes, et moi au milieu. Pour pas nous confondre ils nous avait mis des petits bracelets, au poignets. Mais un jour y a une grande bagarre de bébé, on a été trois-quatre à perdre notre bracelet.

Alors la voisine, la pauvre quand elle est venue me rechercher, elle savait p’us trop où elle en était. Elle en a pris un au hasard. J’plaisante pas. C’est peut être pas moi qui vous parle, maintenant.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Brochard : Hé Spivac, tu sais ce qu’il a dit le numéro 10 ? Les Polacks, il leur chie sur la gueule.

Langlumey (l’entraineur) : C’ui là, il touche plus un ballon.

Michel Aumont et Michel Fortin, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Brochard : On marque pas avec ses pieds, on marque avec ses couilles !

Sivardière: On ne gagne pas avec sa technique, on gagne avec sa haine.

 

Michel Aumont et Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Langlumey (l’entraineur) : La technique elle est simple, on va leur taper dans l’chou à ces merdeux, ils nous ont traités de gonzesses, on va leur faire voir si on a des p’tites bites.

Alors Berthier, Morillotet et Spivac, je veux que vous me les dé-fon-ciez.

Michel Fortin, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière (déchirant des billets de 100 francs et les distribuant au joueurs pendant la mi-temps) : L’autre moitié à la fin du match si on gagne.

 

Jean Bouise, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

François Perrin : Je vais essayer de vous faire rire. C’est l’histoire d’un mec qui viole une fille, et comme on a besoin de lui pour jouer au foot, on accuse un pauvre connard. Vous la connaissez, président, oui? Je peux la raconter ? Asseyez-vous ; vous serez mieux pour rigoler ! ASSEYEZ-VOUS !! On ne bouge pas ! S’il y en a un qui se lève, je raconte tout à la presse, tout ce que je sais ! On se tait ! C’est moi qui parle, maintenant.

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

Sivardière : Mais qu’est ce qu’on va bien pouvoir lui trouver à cet abruti ?

Brochard : Bah à la piscine municipale, ils ont parlé d’engager un maitre-nageur.

Sivardière : C’est d’accord, il est maître-nageur à la piscine municipale !

Lozerand : Il sait nager ?

Brochard : Complique pas, toi !

Jean Bouise, Michel Aumont et Paul Le Person, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

François Perrin : Au service militaire y avait un adjudant chef qui s’appelait Colombelle, on l’appelait la Colombe. Il m’a emmerdé pendant 13 mois tu peux pas savoir… Et pendant 13 mois je me suis dit, toi mon pote si je te recroise dans le civil , je t’écrase la gueule!

Le routier : Ouais et alors?

François Perrin : Alors, y a pas longtemps dans un Prisunic qui je recroise…? La Colombe!

Il était là avec son petit caddie, il s’approche de moi en souriant et puis il me dit : Ooh ça va? Tu sais ce que j’ai fait?

Le routier :Non!

François Perrin :Je lui ai répondu ça va…

Patrick Dewaere, Coup de tête (1979), écrit par Francis Weber

 

J’ai compris qu’il y avait 2 façons de porter une veste blanche Comme un homme ou comme un garçon

Patrick Dewaere




El Pibe De Oro : l’histoire d’un gamin en chair et en or!

10042016

 

Dans les années 80, je n’étais pas spécialement fan de Diego Armando Maradona car il était un joueur populaire, vulgaire, et il représentait à mes yeux la caricature de tout ce que le football ne devait pas devenir. Il faisait en effet autant parler de lui sur un terrain de football pour ses exploits qu’en dehors pour ses turpitudes. Il défrayait la chronique autant pour ses succès que pour ses excès ! Son explication sur le premier but inscrit de la main lors du quart de finale de la coupe du monde contre l’Angleterre (il a parlé de « but d’équipe » et de « main de Dieu »), n’ont fait que ternir son image en mettant en exergue son manque de fair-play sur un terrain de football.

 

J’aurai pu me réconcilier avec ce joueur après avoir vu le documentaire qu’Emir Kusturica lui a consacré. Mais si Emir Kusturica est au cinéma ce que Diego Armando Maradona est au football, c’est-à-dire un génie absolu (il a remporté deux fois la Palme d’or à Cannes en 1985 et en 1995), la rencontre de ces deux montagnes a accouché d’une souris. J’ai toujours pensé que Diego Armando Maradona aurait pu être un personnage truculent tout droit sorti d’un film d’Emir Kusturica pour ses qualités de joueurs hors norme, ses facéties et ses talents de prestidigitateur balle au pied.  Emir Kusturica et Diego Maradona ont tous les deux quelque chose en commun : ils sont hors du commun. J’ai été d’autant plus déçu du résultat de cette rencontre que Kusturica est mon réalisateur fétiche. Si je devais partir sur une île déserte avec 3 films en DVD, j’emporterais n’importe lequel de ses chefs-d’œuvres… sauf le film sur le joueur argentin.

 

C’est un autre documentaire, de Jean-Christophe Rosé, qui m’a dessillé les yeux et m’a permis de voir ce prodige du football sous un autre jour. Diego Maradona n’est pas un personnage sorti tout droit d’un film de Kusturica, c’est un héros digne de la tragédie grecque qui met en scène des Dieux et des hommes et je pense qu’il rappelle davantage un personnage de Sophocle.

La magie de ce documentaire, « Maradona, un gamin en or », est de nous permettre d’entrer en empathie avec ce joueur. Même si on n’approuve pas son attitude sur le but de la main infligé aux anglais, le réalisateur a le mérite de nous faire comprendre ce qui se passe dans la tête de Maradona au moment où il marque le but. Maradona est décrit dans ce film comme une sorte de Robin des Bois qui vole les riches pour donner aux pauvres !

En toute objectivité, ce film est l’un des meilleurs documentaires consacré à un joueur de football. Mais il n’y a rien de plus subjectif que l’objectif d’une caméra. Et celle de Jean-Christophe Rosé nous montre un Diego Armando Maradona dans le camp des défavorisés, des culs terreux, des damnés de la terre et de tous ceux pour qui la coupe du monde est un moyen d’oublier que la coupe est pleine. Il est difficile de décrocher après avoir vu les cinq premières minutes de ce film. On est happé par les images, fasciné par le personnage de Maradona, envoûté par la verve du narrateur et bercé par les airs de tango argentin. La performance de ce long métrage est de conquérir un public qui va bien au-delà des amoureux du ballon rond.

Jean Hamburger disait : « Le grand destin de l’homme c’est de refuser son destin. »

Ce documentaire nous montre un homme, digne d’un personnage de Sophocle (Œdipe pour ne pas le nommer) dont la grande tragédie, c’est de ne pas avoir su échapper à son destin et dont la plus grande gloire, c’est de l’avoir assumé !

On y voit un gamin de quinze ans, déclarer à la télévision locale argentine, tel un oracle de Delphe, que son rêve est de porter un jour le maillot de la sélection nationale et de remporter  la coupe du monde.

Ce documentaire ne fait aucune concession à Maradona en montrant autant son côté lumineux que ses zones d’ombres (problèmes de cocaïne, mauvaises fréquentations, frasques extraconjugales, etc )

Mais si Maradona a autant marqué les esprits c’est parce qu’il était un symbole. Et un symbole confère cette part de divinité que n’auront jamais de très grands joueurs après lui. Le symbole est un pont entre le visible et l’invisible. Maradona incarne la promesse d’une revanche pour tous ceux que la vie a mis à genou. Il est un symbole de ce que le football peut être : une guerre sans les armes. Le mondial a remplacé la guerre mondiale. Ses origines modestes ont fait de lui le général d’une armée de sans-grades, de défavorisés qui ont trouvé dans le football un exutoire à leur malheur. Grâce à Maradona, le football est devenu le moyen d’expression privilégié de ceux qu’on n’entend jamais.  Le sport en général et le football en particulier sont une catharsis dans laquelle l’homme se purge de ses passions et de ses émotions en les vivant sur le mode imaginaire. L’Argentine, meurtrie par l’échec des Malouines et exsangue du fait de son marasme économique, a retrouvé sa fierté perdue grâce aux exploits del Pibe de Oro sur un terrain de football. Ce n’est pas étonnant que ce joueur soit aussi populaire et compte beaucoup pour tous ceux que la crise économique a laissé pour compte !

Maradona a toujours représenté les démunis comme à Boca Junior, le club des quartiers pauvres de Buenos Aires dont la rivalité avec River Plate, le club des quartiers huppés ne faisait qu’accroitre l’antagonisme entre les deux équipes.

Il n’a pas gardé un souvenir impérissable de son passage à Barcelone où il ne s’est jamais tellement épanoui. Il y a découvert un football européen rugueux et les mauvais traitements des défenseurs (Gentile à la coupe du monde 1982, Andoni Goikotxea, le boucher de Bilbao qui a transformé sa cheville en lambeaux). Devant le jeu âpre de ses adversaires qui ne comprenaient décidément rien à son football, Maradona apparaît davantage comme une victime. La finale de la coupe du roi entre Barcelone et l’Atletico de Bilbao se transforma en règlement de compte et en pugilat sous les yeux de Juan Carlos et de son épouse atterrés qui ne savaient plus comment donner le change. Tel un mauvais garnement repenti, Maradona a du présenter ses excuses au roi en compagnie de son agent.  Mais c’est à Naples, que Maradona va briller en redonnant leur fierté aux  « culs terreux », pour reprendre ce surnom méprisant que les Italiens du Nord donnent aux habitants du sud de l’Italie.

Juste après avoir remporté la finale de la coupe du Monde en Argentine, c’est sur un terrain boueux dans un village du sud de l’Italie que Maradona dispute un match dont les bénéfices sont reversés à un enfant malade en vue de le sauver ! Il disputa ce match avec la même fougue et la même envie. C’est autant son attitude que son aptitude qui ont déterminé son altitude ! Grâce à Maradona, les « culs terreux » ont pu toucher le firmament et le toit du monde !

Maradona est donc un symbole : c’est pour cette raison qu’il a été instrumentalisé par les différents régimes politiques qui ont essayé de se réapproprier les signes de son pouvoir et de sa gloire. On se souvient de Carlos Menem se prêtant au jeu devant la télévision de jongler avec un ballon et d’arborer le maillot numéro 10 de la sélection argentine. Les princes du pouvoir politique avaient donc besoin d’être adoubés par ce footballeur de génie pour acquérir une certaine légitimité et toucher un peu de sa notoriété. Dommage qu’Emir Kusturica n’ait retenu que le message politique que le footballeur aurait délivré à travers ses gestes de génie ! Le tort de Kusturica est d’avoir transformé Maradona en Che Guevarra du ballon rond ! Maradona se plaisait à rappeler que la différence entre un homme politique et lui, c’est qu’un homme politique est publique alors que lui est populaire. Malgré la dimension sociale du personnage, el Pibe de Oro demeure un artiste dont les gestes, avant de faire l’objet d’une récupération politique, sont surtout désintéressés, gratuits comme sur cette action où Maradona chambre un gardien, et, alors que le but lui est grand ouvert, il attend le retour d’un dernier défenseur, pour le dribbler…  uniquement pour la beauté du geste !

 

Oui, Maradona est un héros digne de Sophocle et d’Œdipe. Si la RAI a consacré une émission en prime time pour révéler,  avec un détecteur de mensonges à l’appui, qu’une femme avait mis au monde un enfant né d’une relation adultère avec Maradona, c’est la rançon du succès, le revers de la médaille ou de… la coupe du monde. El Pibe de Oro, à l’instar d’Œdipe, n’a pas su échapper à son destin : pour régner sur la planète foot, il a du renier sa paternité, et épouser sa mère… patrie, l’Argentine ! Cette Argentine qu’il a tellement chérie au point que le narrateur du film s’interroge si le disque que Maradona enregistre au milieu des années 80, une chanson d’amour, ne s’adresse pas à son pays qu’il personnifie dans les paroles.

Un grand entraîneur Italien, Arigo Sacchi, a dit un jour à Marco Van Basten : « Quand tu marques des buts, tu entres dans les statistiques. Quand tu joues bien, tu entres dans les mémoires ».

La magie de ce documentaire, à l’instar de toute œuvre d’art, est d’exprimer l’invisible par le visible. Il nous permet d’effleurer le mystère d’un très grand joueur qui a régné sur la planète foot dans les années 80 et dont le nom a fait plus que rentrer dans le livre des records : il a laissé une trace indélébile dans les cœurs et dans la mémoire des hommes.

 







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