[Critique de film] The guilty : un polar Danois prenant et surprenant

2082018
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Abbas Kiarostami disait : « Il faut envisager un cinéma inachevé et incomplet pour que le spectateur puisse intervenir et combler les vides. » Avec The guilty, il a été entendu car nous avons affaire à un film qui repose sur le pouvoir de la suggestion et à une intrigue qui ne tient qu’à un (coup de) fil. En stimulant notre imagination, ce film inclut le spectateur dans le processus de scénarisation. The guilty est un thriller prenant et surprenant, pressant et oppressant, précis et précieux.

Asger Holm est un policier échoué dans un centre d’appels d’urgence de la police de Copenhague. Au Danemark, le numéro d’urgence de la police est le 112. Asger répond à des appels plus vrais que nature dans la mesure où ils sont des retranscriptions quasiment mot pour mot de vrais appels que l’équipe du tournage a écoutés dans un centre. Grace aux moyens de la technologie moderne, ses interlocuteurs à l’autre bout du fil sont identifiés, et chaque appel est géolocalisé sur son écran d’ordinateur. A la fin de sa journée de travail, un peu avant que l’équipe de nuit n’assure la relève, Asger prend un dernier appel. Au bout du fil, il entend un timbre rauque, avec de la souffrance dans la voix. Une femme s’adresse à lui en l’appelant « mon trésor ». Il faut un court instant avant qu’Asger ne réalise qu’elle parle en langage codé et simule une conversation avec sa fille. Asger rentre dans son jeu et lui demande de répondre par oui ou par non à ses questions. C’est ainsi qu’il découvre qu’elle est victime d’un kidnapping, qu’elle n’est pas seule mais en présence de son ravisseur. Elle a composé le 112 mais fait croire à ce dernier qu’elle téléphone à sa fille pour qu’elle ne s’inquiète pas de son absence. L’échange est bref. Asger arrive aussi à la localiser sur une portion d’autoroute entre Copenhague et Elseneur. Grâce à leurs échanges, il parvient à identifier le véhicule qui la transporte comme étant une camionnette blanche. L’appel est coupé.
Asger ne dispose que d’un téléphone fixe, de son portable et de sa détermination pour essayer d’aider cette femme.
A partir de cet instant, le film devient aussi tendu qu’une corde à linge.
L’originalité de ce Polar Danois est qu’il repose sur une unité de lieu, de temps et de personnage. Il est centré sur une unité de lieu, le centre d’appels de la police dans lequel le personnage est confiné dans 20 mètres carré pendant tout le film. The guilty est un huis-clos qui s’est inspiré de références en la matière (12 hommes en colères, Un après-midi de chien, Burried, Phone game, etc…) A l’instar de Douze hommes en colères de Sidney Lumet, dans lequel le spectateur transpire avec les jurés, la météo joue un rôle intéressant. C’est le clapotement de la pluie qui rythme ce polar dont chaque appel est comme une fenêtre ouverte sur le monde extérieur. Le spectateur entend la pluie tomber à travers le combiné et le bruit incessant des essuie-glaces créent une sensation unique qui viendrait à bout du tempérament le plus radieux!
L’unité de temps, c’est celle de l’action qui se déroule en temps réel. Le film dure 1H25. Ce thriller ne laisse la place à aucun temps mort! Enfin, il y a une unité de personnage : un seul acteur, Jakob Cedergren, porte le film à lui tout seul. Et ce seul acteur fait vivre une multitude de personnages sans que le spectateur ne les voit jamais à l’écran! Que ce soit Iben, la victime de l’enlèvement, Mathilde, l’enfant d’Iben qui se retrouve seule livrée à elle-même, Mickaël, le mari d’Iben, Rashid, le coéquipier d’Asger, etc…
Dans le champ de la caméra, les autres personnages, les collègues d’Asger qui travaillent dans ce centre de réception d’appels, sont des figurants qu’on ne voit que dans un flou d’arrière-plan.
The guilty est un film dans lequel le spectateur devient aussi acteur. La puissance de l’imagination pallie à merveille le manque de moyens d’un film tourné en treize jours et dont on applaudit sans retenue la prouesse de raconter beaucoup de choses en ne montrant rien!
Le réalisateur s’est lancé un défi : celui de filmer une enquête policière sans quitter une pièce, sans une seule image de ses auteurs et de ses victimes.  Hitchcock rêvait de réaliser un film se déroulant dans une cabine téléphonique.  Avec The guilty, Gustav Moller l’a en quelque sorte fait. Ce film offre une expérience immersive qui consiste à construire dans notre imagination le film qu’on ne voit pas! Le réalisateur relève le défi à travers ce huis-clos et réussit à créer de l’espace avec du son!
La narration de l’action est perçue uniquement à travers la bande son!
Dans The guilty, le spectateur est surtout réduit au rang d’auditeur, ce qui est le cas de facto du personnage principal. Son visage, souvent filmé en gros plan, devient l’écran sur lequel s’inscrit un certain nombre d’événements qui se jouent ailleurs, hors champs. Gustav Moller explique :  »Je suis intimement convaincu que les contraintes stimulent la créativité. »
The guilty est un film conceptuel, un exercice de style qui repose sur le dépouillement de tout artifice : pas de musique, pas d’effets de caméra, une réalisation minimaliste qui a l’audace d’utiliser le silence presque comme un personnage à part entière. On découvre avec Asger qu’il n’existe aucun bruit plus irritant que celui d’un téléphone qui ne sonne pas.
Moller affirme : « Et si on utilisait cette idée d’images mentales dans un film ? Au cinéma, on peut créer tout un univers à l’intérieur d’une seule pièce. Avec The Guilty, j’espère avoir réalisé un thriller haletant, qui offre à chaque spectateur une expérience qui lui est propre ». Le réalisateur réussit le pari de créer une fiction à partir du non-vu et non pas du non-dit. Et c’est un pari réussi sur toute la ligne…
Vous ne sortirez pas indemne de la salle car c’est un thriller dont les images qu’on ne voit pas restent en tête. Âmes sensibles, s’abstenir!
A mesure que l’histoire avance on comprend qu’Asger est en pénitence dans ce centre d’appels… Mais quelle faute a-t-il bien pu commettre pour devoir comparaître au tribunal le lendemain ? On découvre les fêlures qui constituent sa personnalité. C’est parce qu’il est un policier au bout du rouleau qu’il a terminé au bout du fil… dans ce centre d’appels. On entre en empathie avec ce personnage auquel on s’identifie d’autant plus facilement qu’on se retrouve dans la même position que lui : celle d’interpréter des appels, des voix, des bruits, et parfois des silences!
Le héros, fait de son mieux pour aider Iben. Il essaie même de faire mieux que son mieux. Mais parfois, le mieux est l’ennemi du bien… Il nous montre par ses décisions, ses prises de risque, que souvent, l’enfer est pavé de bonnes intentions.
Avec ce premier long-métrage, Gustav Moller réussit à 30 ans un coup de maître avec un simple coup de fil. Et le résultat est un coup de coeur cet été au cinéma. Ce thriller sous tension, voir sous haute tension, parle du burnout de la police dans un monde de plus en plus violent et nous offre une ode à la repentance. Le bureau dans lequel travaille Asger est un open space. Les murs ont des oreilles, pense-t-on ? Dans un open space, il n’y a pas de murs, mais il y a beaucoup d’oreilles. Si le téléphone rapproche Asger de ceux qui sont loin, il l’éloigne de ceux qui sont juste à côté de lui. La présence de ses collègues est mise entre parenthèses quand cet open space va devenir un confessionnal au fur et à mesure que ce thriller bascule dans un huis-clos psychologique. Vous ne sortirez pas indemne de ce film car comme dirait le réalisateur : « Je crois que les images les plus fortes d’un film sont celles que l’on ne voit pas. »



Didier Deschamps : le grand Bleu

30072018

Le goût de la fête, le dégoût de la défaite.

 

DD

Au lendemain de la victoire de la France en finale de la coupe du monde en Russie, la RATP a rendu hommage aux bleus en rebaptisant 6 stations de métro. La station Victor Hugo Lloris, On à deux étoiles, Nous Avron gagné, Clémenceau-Deschamps Elysées, Notre Didier Deschamps et Bercy les Bleus sont autant de clins d’œil au succès des tricolores. On n’a toujours pas croisé Zizou dans le métro. Entre la victoire de l’équipe de France en 1998 et celle en 2018, Didier Deschamps est le trait d’union entre deux générations de footballeurs surdoués.

Qui est Didier Deschamps ?

D comme Défenseur

E comme Entraineur

S comme Sélectionneur

C comme Capitaine

H comme Honneurs

A comme Amour

M comme Marseille

P comme Pays-Basque ou Punching-ball

S comme Sacre Suprême

 

Antoine de St Exupéry disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible et c’est pour ça qu’ils l’ont fait. »

Didier Deschamps est entré dans la légende du football en devenant le troisième homme à conquérir le trophée de champion du monde en tant qu’entraîneur après l’avoir déjà remporté en tant que joueur.

Seuls deux hommes avaient réalisé une telle prouesse avant lui. Mario Zagallo a été champion du monde avec le Brésil en 1958 et en 1962 en tant que joueur, puis en 1970 en tant que sélectionneur.

Franz Beckenbauer a été champion du monde avec la RFA en 1974 dans le rôle de joueur avant de soulever la coupe du monde en 1990 avec l’Allemagne réunifiée dans le rôle de sélectionneur.

Didier Deschamps est donc devenu une légende vivante du football et permet à la France de rentrer dans le club des pays à posséder deux étoiles sur son maillot avec l’Argentine (championne du monde en 1978 et en 1986) et l’Uruguay (championne du monde en 1930 et en 1950).

Seuls trois autres pays ont fait mieux : l’Allemagne, l’Italie comptent quatre étoiles, et le Brésil détient avec 5 étoiles, le record de victoires en coupe du monde.

Didier Deschamps est en quelque sorte tombé dans la potion magique du sport quand il était tout petit.

Originaire de Bayonne, il est né le mardi 15 Octobre 1968 en fin d’après-midi pendant les jeux Olympiques de Mexico.

Son père, Pierre Deschamps, évoluait troisième ligne au Biarritz Olympique, le club de rugby du légendaire Serge Blanco.

Avec un papa exerçant le métier de peintre en bâtiment à la direction départementale de l’Equipement des Pyrénées-Atlantiques et une mère commerçante en laine, Didier Deschamps passe son enfance à Anglet au Pays-Basque. A 11 ans il démontre des aptitudes physiques hors du commun en devenant champion de France scolaire sur 1000 mètres. A 12 ans, il prend une licence au club de l’Aviron Bayonnais dont le stade de 3500 places porte aujourd’hui son nom : le stade Didier Deschamps. C’est un club de football qui a formé avant lui l’insaisissable ailier gauche de St Etienne, Christian Sarramagna, et après lui, le gardien de but, Stéphane Ruffier.

Il s’inscrit dans ce club car son aversion innée pour la défaite l’incite à choisir une équipe compétitive.

Il se révèle très vite comme un joueur surdoué, qui surclasse ses adversaires. Les grands centres de formation lui font les yeux doux à l’instar de l’AJ Auxerre ou des Girondins de Bordeaux. On raconte que Claude Bez, le truculent président des Girondins de Bordeaux des années 80 se serait déplacé en personne avec son directeur sportif, Didier Couecou, pour l’enrôler. Il débarqua un jour à bord de sa Rolls Royce immatriculée 11GB33 (11 comme le nombre de joueurs d’une équipe de football, GB comme les Girondins de Bordeaux et 33 comme le département de la Gironde). L’inénarrable président des Girondins arborait souvent un Makila, ce bâton traditionnel des bergers Basques avec une dague à son extrémité. C’est lui qui tira vers le haut tout le football Français en faisant appel au début des années 80 à Raymond Goethals pour entraîner les Girondins de Bordeaux, puis à Aimé Jacquet avant de refaire appel à Raymond Goethals à la fin des années 80. Il eut le nez creux et fut un précurseur puisque quelques années plus tard, Raymond Goethals, permis à l’Olympique de Marseille de devenir le premier club Français à remporter la champion’s league avec Didier Deschamps comme capitaine. Aimé Jacquet, remporta la coupe du monde en tant que sélectionneur des Bleus, avec Didier Deschamps comme capitaine. Le grand-père de Didier Deschamps n’aurait pas apprécié les méthodes de maquignon du président Girondin. Mais la route de Didier Deschamps devait forcément croiser plus tard celle de Claude Bez…

Didier Deschamps choisit finalement le centre de Formation du FC Nantes qu’il intègre en 1983. C’est à cette époque qu’il noue un lien d’amitié très fort avec Marcel Desailly qu’il retrouve en équipe de France, à l’Olympique de Marseille, et plus tard à Chelsea.

Les deux hommes sont liés par un drame familial. Ils vont perdre leur frère aîné à quelques années d’intervalle. Le 18 Novembre 1984, Marcel Desailly perd son demi-frère Seth Adonkor dans un accident de voiture. A bord du véhicule, un autre espoir Nantais, Jean-Michel Labejof, perd la vie. Ce dernier était originaire de Longjumeau… comme Benjamin Mendy. C’est Didier Deschamps qui prend la responsabilité du haut de ses 16 ans de lui annoncer cette nouvelle puisqu’aucun dirigeant Nantais n’a eu le cran de le faire. Seth Adonkor s’était imposé dans la défense Nantaise et servait d’exemple pour son jeune frère, Marcel.

En 1987, c’est un crash d’avion dans la banlieue de Bordeaux qui coûte la vie au frère aîné de Didier Deschamps : Philippe Deschamps. Il avait 22 ans et évoluait en tant que footballeur au centre de formation de Nantes. Ce fut une épreuve douloureuse pour le Bayonnais alors âgé de 19 ans. Le chagrin envahit alors sa famille. Pour reprendre sa place aux yeux de ses parents, Didier Deschamps se consacra au football et se mit au défi de percer.

 

D comme Défenseur

En tant que joueur, Didier Deschamps a évolué au poste de milieu défensif tout au long de sa carrière. Ce n’était pas un joueur spectaculaire mais il effectuait les tâches ingrates de l’ombre, qui consistaient à faire déjouer les adversaires, à tacler. C’était un joueur besogneux, assez talentueux pour se faire obéir du ballon mais il n’avait pas le bagage technique d’un grand joueur qui lui aurait permis de faire la différence dans un match sur un simple geste.

Dans le football, il y a les architectes et les maçons. Et ce n’est pas au pied du mur qu’on juge le maçon… c’est au sommet. D’ailleurs Didier Deschamps affirmait : « Comme dans la vie ! Sur le terrain, je n’étais pas un architecte, mais cela ne me gêne pas, j’ai été un bon maçon. Quand j’étais joueur, je savais que je n’étais pas irremplaçable, mais je faisais toujours en sorte d’être indispensable. »

En tant que joueur, il s’est très vite imposé pour son charisme et ses qualités de meneur d’hommes. Il fut le premier capitaine d’un club français à soulever la champion’s league, qu’on appelle aussi la coupe aux grandes oreilles. Leader de l’équipe de France sous l’ère Aimé Jacquet, il fut le relais du sélectionneur sur le terrain. Fin stratège, il a également orienté le sélectionneur dans ses choix tactiques.

 

E comme Entraîneur

Depuis ses jeunes années au centre de formation du FC Nantes, Didier Deschamps s’est frotté aux plus grands entraîneurs du monde qui ont joué un rôle de mentors dans sa carrière. On peut citer à Nantes Jean-Claude Suaudeau et Reynald Desnoueix qui ont été les chantres du jeu à la Nantaise. Suaudeau affirmait : « C’est quoi le geste le plus important et le plus difficile dans le foot ? Platini dit que c’est le contrôle. Alors moi je dis « Non », je dis « on joue sans contrôle ». » Le jeu à la Nantaise à une touche de balle a enchanté le football Français durant les années Suaudeau et même au-delà. De ses jeunes années Nantaises, il apprendra que dans une équipe de football, la force du collectif est plus grande que le talent individuel, le tout est plus important que la somme des parties. Mais étrangement, Deschamps va davantage apprendre du réalisme de coachs tels que Raymond Goethals à l’Olympique de Marseille, Aimé Jacquet en équipe de France ou encore Marcello Lippi à la Juventus de Turin qui préféraient au romantisme du jeu à la Nantaise, un football plus pragmatique dont l’efficacité redoutable a été la marque de fabrique. L’important c’est de gagner, ce n’est pas de jouer.

Intronisé entraîneur de l’AS Monaco en 2001, il passe une première saison chaotique au cours de laquelle l’AS Monaco évite la relégation de justesse en terminant à la quinzième place. Mais dès la saison 2003, il conquiert son premier titre avec l’AS Monaco en remportant la coupe de la ligue. La saison suivante, contre toute attente, il parvient à propulser son équipe en finale de la Champion’s league contre le FC Porto de José Mourinho. Au cours de son épopée Européenne, il s’est appuyé sur une défense jeune et inexpérimentée avec Givet, Rodriguez, Squillaci ou encore Evra. Mais avec des petits moyens, il a réussi à faire de grandes choses. Il crée une saine émulation au sein de son groupe et tel un pygmalion, il révèle des talents en mettant sur orbite une nouvelle génération de joueurs. L’AS Monaco de Deschamps a réalisé un exploit mémorable en quart de finale contre le Réal de Madrid de Figo, Zidane ou Ronaldo. Après avoir été défait au match aller au Stade Bernabeu sur le score de 4 à 2, l’AS Monaco renverse la situation au match retour et se qualifie en battant les galactiques 3 buts à 1.

Plutarque écrivait : « Une armée de cerfs conduite par un lion est cent fois plus redoutable qu’une armée de lions conduite par un cerf ».

En demi-finales, alors qu’ils sont réduits à 10 contre 11 en seconde mi-temps, les Monégasques battent le Chelsea de Marcel Desailly, de John Terry ou de Franck Lampard sur le score de 3-1 en Principauté. Au match retour à Londres, l’AS Monaco assure sa qualification pour la finale en concédant un match nul 2-2.

A 35 ans, Didier Deschamps ne devient pas le plus jeune coach à remporter la Champion’s league car l’AS Monaco s’incline en finale 3-0 contre le FC Porto de José Mourinho. Il peut également nourrir le regret de ne pas intégrer le club très fermé des personnalités à avoir remporté la Champion’s league à la fois en tant que joueur et en tant qu’entraîneur.

Mais l’histoire retient qu’avec Monaco, Didier Deschamps a réalisé l’impensable, en s’offrant une finale de Champion’s league tout en disposant de moyens très modestes.

Au lendemain de la coupe du Monde 2006, la suite de sa carrière d’entraîneur se poursuit du côté de Turin où la Juventus, club avec lequel il a remporté la deuxième Champion’s league dans sa vie de joueur, l’enrôle avec pour objectif de remonter le club en Série A. Car les Turinois avaient été administrativement rétrogradé en Série B suite au scandale des matchs truqués et devaient commencer la saison avec une pénalité de 17 points. Mais le Comité Olympique Italien diminua de 8 unités la sanction qui passa de 17 à 9 points. Le 28 Octobre 2006, suite à la victoire de la Juventus le lendemain de cette décision en battant le club de Frosinone grâce à un but de Del Piero, Deschamps déclara : « Avoir onze points de plus en deux jours, cela ne m’était jamais arrivé dans ma carrière ! » A Turin il remplit son contrat en remontant le club en Série A mais il quitte subitement les bianconeri à la fin de sa première saison n’ayant pas toute latitude pour préparer la nouvelle saison et recruter.

A Marseille, le club où il a conquis dans sa carrière de joueur sa première Champion’s league, Didier Deschamps prend la lourde succession d’Eric Gerets en 2009. Avec Deschamps, l’OM renoue avec le succès en championnat de France après 17 ans de disette. Il gagne le championnat de France 2010, remporte trois années consécutives la coupe de la ligue en 2010, 2011 et 2012. Il remporte enfin deux trophées des champions en 2010 et en 2011.

Le parcours d’entraîneur de Didier Deschamps en club est jalonné de succès et de trophées. Son départ de l’OM en 2012 est concomitant avec la non reconduction de Laurent Blanc à la tête de l’équipe de France après l’Euro. Deschamps est nommé par Noël Le Graët pour remplacer Laurent Blanc.

Une carrière de sélectionneur s’ouvre à lui…

 

S comme Sélectionneur

Devenu sélectionneur, Didier Deschamps a compris, n’en déplaise à ses détracteurs, qu’une grande équipe ne se construisait pas avec les onze meilleurs mais avec le meilleur onze. Soucieux de créer une dynamique positive et une osmose au sein de son effectif, Didier Deschamps a toujours privilégié le groupe sur les individus.

Pour atteindre cet objectif, il a dû tenir tête depuis sa prise de fonction à la génération « why » qui correspond à une tendance générationnelle dont les stéréotypes sont : la génération du « pourquoi ? », l’interconnexion, l’impatience, la culture du lol qui pose une distance par rapport au monde et aux puissants, etc.

On l’appelle génération « why » en raison de leur remise en cause systématique des contraintes qu’on peut leur imposer.

Au lendemain de Knysna en 2010, Roselyne Bachelot évoquait au micro de l’Assemblée Nationale un « désastre avec une équipe de France où des caïds immatures commandent à des gamins apeurés, un coach désemparé  et sans autorité. » Cela donne une idée du chantier auquel Laurent Blanc puis Didier Deschamps se sont retrouvés confrontés. Est-il nécessaire de rappeler par exemple le comportement de Yann M’Vila pendant l’Euro 2012 qui a été stigmatisé. Au moment de son remplacement contre l’Espagne en quart de finale, il n’aurait ni saluer le coéquipier qui le remplaçait, Olivier Giroud, ni son coach. Pire, il s’offrit une virée nocturne le samedi 13 Octobre 2012 en plein rassemblement de l’équipe de France espoirs au Havre, afin d’aller en boîte de nuit à Paris, alors que les Bleuets avaient devant eux un match décisif à négocier en Norvège (perdu 5-3, le 16 Octobre 2012).

« Même dans le pire scénario tu te dis que ce n’est pas possible. C’est hallucinant. Je ne sais pas ce qui peut leur passer par la tête. » Car dans sa grande évasion, M’Vila était accompagné de quatre autres joueurs : Chris Mavinga, M’Baye Niang, Wissam Ben Yedder et un certain Antoine Griezmann. Sauf que fort de son statut et de son présumé rôle de « grand frère », c’est l’Amiénois M’Vila qui subit la suspension la plus longue et se retrouve ipso facto privé de Mondial au Brésil. Les quatre autres s’en sont mieux sortis, avec une suspension ramenée seulement jusqu’au 31 Décembre. On peut également citer les turpitudes nées suite à la célébration du but égalisateur contre l’Angleterre à l’Euro 2012 et des injures proférées par Samir Nasri à l’encontre des médias. Pour redorer le blason de l’équipe de France et véhiculer auprès du public une meilleure image des bleus on avait espéré mieux… Le spectre de Knysna est encore présent. C’est pour cette raison que Noël Le Graët voit en Didier Deschamps l’homme idoine pour remettre de l’ordre dans la maison bleue et relancer en ordre de bataille l’équipe de France. Devant ce conflit générationnel qui mine les Bleus depuis 2008, DidierDeschamps est confronté à la difficulté de travailler avec cette génération « why ». Il perçoit toutefois la problématique qui tient en deux mots, argent et agent. Pour un jeune joueur, ce succès rapide constitue un miroir aux alouettes…

« En équipe de France, il y a un devoir d’exemplarité. » tient à rappeler Didier Deschamps

Donner l’exemple est mieux que de le suivre. Mais en ayant réussi les deux au cours de sa carrière, Didier Deschamps dégage une certaine légitimité auprès de ses joueurs ! Comme le disait à juste titre Gustave Le Bon : « La compétence sans autorité est aussi impuissante que l’autorité sans compétence. »

Avec Didier Deschamps à la tête des bleus, le public Français va très vite se réconcilier avec son équipe Nationale, grâce à un sélectionneur qui associe la compétence à l’autorité.

 

C comme Capitaine

Didier Deschamps a souvent porté le brassard de capitaine. Son leadership s’impose en dehors du terrain où il développe une certaine autorité sans être autoritaire. Il sait notamment tenir tête à Bernard Tapie qui après l’avoir enrôlé à Marseille en 1990, le prête dans un premier temps à Bordeaux. Il croise à cette occasion la route du célèbre président Bordelais, Claude Bez. Mais à son retour à Marseille, à la fin de la saison, Bernard Tapie envisage à nouveau de le prêter au PSG pour la saison 91-92. Didier Deschamps prend alors son téléphone et va montrer un trait de son caractère en défiant le président Marseillais Bernard Tapie. On découvre alors que son élan naturel est de se poser, de s’imposer et souvent de s’opposer aux autres. Face à Tapie, Deschamps expose ses arguments pour l’infléchir et le convaincre de son désir et de son aptitude à s’imposer dans l’effectif de l’OM. Bien que sceptique, Bernard Tapie, donna néanmoins les moyens à Deschamps de réussir. C’est ainsi qu’il fut le premier capitaine Français à 25 ans, d’un club Français, l’Olympique de Marseille, à brandir la Champion’s league. Il fut le premier capitaine de l’équipe de France à 30 ans à brandir la coupe du monde en 1998. Et deux ans plus tard, il remporta le championnat des nations dont il souleva le trophée.

En tant que capitaine des bleus, il porte la parole d’Aimé Jacquet au sein des joueurs. Il est son relais sur le terrain. Aimé Jacquet se rendit régulièrement à Turin à l’époque où Didier Deschamps évoluait à la Juventus pour échanger sur le plan tactique avec son capitaine. Jacquet porte une oreille attentive à son milieu de terrain. Dans « Didier Deschamps face à l’histoire », Philippe Grand nous relate ce qu’il se passa en finale de la coupe du monde 1998 quand Marcel Desailly fut expulsé à vingt minutes de la fin. La France menait 2-0 mais à 11 contre 10, les Brésiliens avaient la possibilité de se relancer dans le match. Didier Deschamps aurait alors repositionné Emmanuel Petit en défense centrale et aurait demandé à Zinedine Zidane de se décaler au milieu à gauche. C’est de sa nouvelle position en défense centrale qu’est parti Emmanuel Petit pour inscrire le troisième but qui donna naissance à la chanson « Et un, et deux et trois zéro » passé dans la postérité.

Philippe Grand explique également dans son remarquable livre que lors de la finale de l’Euro 2000, alors que l’Italie menait 1-0 et que tous les joueurs commençaient à abdiquer, Didier Deschamps y croyait toujours et était le seul à renoncer au renoncement. Alors que les médias ont encensé le coaching gagnant de Roger Lemerre, Philippe Grand explique que c’est Didier Deschamps qui interpelle Roger Lemerre pour lui faire remarquer : «  C’est sur la gauche que ça va passer. » Lemerre a le bon sens d’écouter son capitaine en faisant entrer Robert Pirès côté gauche à la surprise générale. Un instant plus tard, alors que tous les remplaçants Italiens sont debout devant leur banc de touche près à se congratuler au coup de sifflet finale, Sylvain Wiltord égalise, côté gauche. Puis, en prolongation, Robert Pirès, fait la différence… côté gauche et permet à Trezeguet de devenir définitivement Trezegol, grâce à sa reprise victorieuse. Un but en or qui offre le titre aux bleus.

Sous le capitanat de Didier Deschamps, l’équipe de France a joué à 54 reprises et n’a concédé que 4 défaites, toutes par un seul but d’écart.

 

H comme Honneurs

Didier Deschamps possède le plus beau palmarès du football Français. Son palmarès contient autant de titres que les rayonnages d’une bibliothèque.

Avec Marseille, il remporte le championnat de France en 1990 et en 1992, la champion’s league en 1993. Avec la Juventus de Turin, il gagne à nouveau la Champion’s league en 1996, puis la coupe intercontinentale et la supercoupe d’Europe cette même année. Il est champion d’Italie en 1995, 1997 et 1998, remporte la coupe d’Italie en 1995 et gagne la Supercoupe d’Italie en 1995 et en 1997. Avec Chelsea, il ajoute en 2000 la Cup dans son palmarès.

En tant que joueur de l’équipe de France, il gagne la coupe du monde en 1998 et le championnat d’Europe des nations en 2000.

Seul point noir dans sa carrière, il n’a jamais gagné la coupe de France.

Devenu entraîneur, il gagne la coupe de la Ligue avec Monaco en 2003, il gagne le championnat d’Italie de Série B avec la Juventus en 2007. Il est ensuite champion de France avec Marseille en 2010 et gagne trois années d’affilée la coupe de la ligue en 2010, 2011 et 2012. Il remporte aussi le trophée des champions en 2010 et en 2011.

Devenu sélectionneur de l’équipe de France, il est champion du monde en 2018.

Comme il le dit lui-même : « Une bonne saison, c’est d’abord gagner des trophées. »

 

A comme Amour

Au cours de cette coupe du monde 2018 en Russie, Didier Deschamps s’est rapproché de ses joueurs, en leur prodiguant des conseils. On le voit enlacer affectueusement ses joueurs tels Kylian Mbappé ou Antoine Griezmann pour les féliciter ou les encourager. Cette proximité avec son groupe participe au succès des bleus. Le coach a su se faire aimer et fédérer ses joueurs autour de son projet. Il leur a transmis sa soif de victoire. Dans le documentaire « Au cœur des bleus », on voit notamment son homme lige, Paul Pogba, visionner la finale de l’Euro 2000 et les images de liesse autour de Didier Deschamps qui brandit le trophée. Le coach sert d’exemple pour ses joueurs. En imposer pour ne pas avoir à imposer voilà en quoi consiste le charisme de Didier Deschamps à la tête de l’équipe de France !

Depuis le match de barrage remporté en Novembre 2013 sur le score de 3-0 contre l’Ukraine, alors que la France avait perdu à Kiev 2-0 au match aller, Didier Deschamps a réconcilié les Bleus avec le public.

Il a su insuffler à son groupe un nouvel état d’esprit en leur inculcant l’amour du maillot. Comme le disait Jacquet, son modèle : « Ce n’est pas le fait de porter le même maillot qui fait une équipe, c’est de transpirer ensemble. » Tout le mérite de ce sélectionneur à été de préserver la cohésion de son équipe face à des égos surdimensionnés. Ce qui fait un collier, ce n’est pas la perle mais le fil. Pour créer une osmose au sein de son groupe il a sacrifié des grands talents individuels qui n’étaient pas solubles dans le vestiaire bleu. Il a exigé de ses joueurs un engagement total envers l’équipe, une abnégation de chacun pour que la réussite du groupe prime sur les intérêts individuels.

 

M comme Marseille

Le destin de Didier Deschamps est lié à ce club où il a remporté sa première champion’s league comme joueur. L’ironie du sort, ou plutôt l’ironie du sport veut que le directeur sportif de l’OM sous l’ère Tapie, Jean-Pierre Bernès, est celui qui l’a recruté en 1990. Vingt ans plus tard, devenu l’agent de Didier Deschamps, c’est lui qui le fait revenir à Marseille comme entraîneur.

Après avoir été champion de France deux fois avec l’OM en tant que joueur, il permet à l’OM de remporter le titre de champion de France en 2010 et de mettre fin à 17 ans de disette. C’est grâce à cette ville où tout est exagéré et où la mesure de l’amour pour le football est la démesure qu’il va trouver une rampe de lancement dans sa carrière de joueur puis d’entraîneur. À Marseille comme à la Juventus Deschamps a eu à cœur de rendre à ses clubs en tant qu’entraîneur tout ce qu’ils leur avaient apporté en tant que joueur.

 

P comme Punching ball

Didier Deschamps a essuyé des critiques pour ses choix qu’il a assumé et pour le style de jeu de son équipe.

Les Bleus sont à Metz pour disputer et gagner (3-0) face à l’Ecosse leur dernière rencontre de préparation à l’Euro 2016 lorsque le sélectionneur apprend que sa maison de Concarneau a été taguée du mot « raciste ». Attaqué personnellement, et injustement, il a été également la cible de son ancien coéquipier aux Girondins de Bordeaux et en équipe de France, Christophe Dugarry. Devenu chroniqueur, Dugarry fustige le style de jeu de l’équipe de France et les choix du sélectionneur. Il lui reproche notamment de prendre en otage l’équipe de France pour régler ses comptes personnels avec certains joueurs.

Comme la plupart des journalistes, ces chroniqueurs de pacotille n’ont qu’une seule règle : « On lèche, on lâche, on lynche. » Et depuis le triomphe des bleus à la coupe du monde, ils ont même inversé l’ordre des choses…

Durant cette coupe du monde 2018, la France a plus vaincue que convaincue.

Entre la poésie du jeu à la Nantaise et la prose du football Italien, Deschamps a tranché.

Pour comprendre ses orientations, il faut remonter à ce quart de finale de la coupe du monde 1998 entre la France et l’Italie. A l’issue d’un match nul de 0-0, la France remporte au bout du suspense la séance de tirs aux buts.

La presse transalpine qualifie ce quart de finale de coupe du monde de match entre l’Italie et une sélection des meilleurs étrangers du championnat Italiens dont Desailly, Deschamps, Boghossian, Thuram, Djorkaeff, Zidane, Candela sont les représentants. Au lendemain de la victoire des bleus, la Presse Italienne titra : « On a enfanté des monstres » Deschamps confirmera plus tard : « C’est le foot Italien qui nous avait préparé à gagner enfin des titres. »

Pragmatique, Didier Deschamps commenta : « Lorsque je jouais, on n’a pas toujours été séduisants, mais à la fin je ne retiens que mes résultats et mon palmarès. » Tel est l’antagonisme dont il est l’incarnation absolue, entre le romantisme et le réalisme.

Certains reprochent son style de jeu défensif, et dans cette coupe du monde, ses détracteurs à l’instar du gardien de but Belge Thibault Courtois, ont affirmé en mauvais perdant, que la France pouvait gagner sans jouer…

Mais comme Didier Deschamps l’a déclaré lui-même : « Un bon entraîneur est un entraîneur qui gagne même en jouant mal. »

L’équipe de France championne du monde 2018 porte dans son ADN le style de ce football réaliste, défensif, qui s’appuie sur un bloc équipe et qui pratique le catenaccio.

 

S comme Sacre suprême

Cette victoire appartient aux joueurs mais le mérite de Didier Deschamps a été de permettre à des hommes ordinaires de réaliser des choses extraordinaires. Il y a deux ans, Benjamin Pavard supportait les Bleus durant l’Euro 2016 dans la fan zone de Lille où il était pris en photo avec ses amis. Qui aurait imaginé que deux ans plus tard il inscrirait avec l’équipe de France le plus beau but de cette coupe du monde en Russie?

Mais le mot de la fin revient à DD :

« Chacun d’entre vous dans les jours, les semaines, et les mois à venir, vous emprunterez des routes différentes, mais vous serez lié à vie par cette coupe-là », lance-t-il dans les vestiaires après la finale de la coupe du monde 2018 contre la Croatie. « A partir de ce soir-là vous n’êtes plus les mêmes les mecs, vous savez pourquoi ? Parce que Champiooooooooons du monde !!!!!!!! »

 

Les détracteurs de Didier Deschamps insistent sur sa chance et cette bonne étoile qui l’accompagne. Ils ont tort. Car il n’y a pas plus chanceux que celui qui croit à sa chance. Et la chance de Didier Deschamps qui se matérialise par le plus beau palmarès du football Français ne doit rien au hasard. D’ailleurs, la carrière de joueur de la Dèche nous montre qu’il n’en a pas toujours eu. Il a commencé par un échec en coupe Gambardella en 1986 à Gerland à Lyon, en levée de rideau de la finale de la coupe des vainqueurs de coupe qui opposait l’Atletico de Madrid au Dynamo de Kiev. Le FC Nantes de DD, s’est incliné ce jour-là aux tirs aux buts contre l’AJ Auxerre. En équipe de France, il a connu des échecs retentissants qui l’ont privé de deux coupes du monde. Le premier revrrs remonte en 1990, quand la France ne se qualifie pas pour le mondial en Italie, devancée dans son groupe par la Yougoslavie et l’Ecosse.

En 1993, il reste deux matchs à l’équipe de France à jouer, et un seul petit point à engranger pour valider le billet de qualification à la coupe du monde aux Etats-Unis. Ces deux matchs ont lieu en France mais les bleus perdent le premier contre Israël 3-2 alors qu’ils menaient 2-1. Et le dernier match contre la Bulgarie a défrayé la chronique avec la défaite des bleus 2-1 sur un but inscrit par Kostadinov dans les ultimes secondes. Et comme la chance n’a pas toujours souri à Didier Deschamps, est-il utile de rappeler que le but de Kostadinov était illégal… En effet, Emil Kostadinov, tout comme le passeur décisif du second but, Luboslav Penev, n’avaient pas un visa valide pour entrer sur le territoire Français. Ils ont fait appel à leurs coéquipiers Mikhailov et Georgiev qui évoluaient à Mulhouse pour passer illégalement en France en venant de l’Allemagne en voiture via un poste frontière peu sécurisé.

Didier Deschamps en tant qu’entraîneur a été également désavantagé par le destin en finale de la Champion’s League avec Monaco. Il perd dès la 21ème minute de la finale de Champion’s League contre Porto son meilleur atout offensif : le feu-follet Ludovic Giuly touché aux adducteurs.

Et ceux qui insistent à tort sur la chance de Didier Deschamps oublient également l’échec de l’équipe de France en finale de l’Euro 2016 à cause d’un poteau. « On le refait dix fois, on le gagne neuf fois, j’ai l’air malin de dire ça, mais c’est la vérité. » dira beaucoup plus tard Didier Deschamps.

La chance est bien souvent un hasard qui se provoque. Le seul endroit où le succès précède le travail est dans le dictionnaire.

Tout se passe comme si en insistant sur la prétendue chance de Didier Deschamps, ses détracteurs cherchaient à minimiser des années de travail et d’efforts tout en justifiant les inepsies qu’ils ont pu débiter sur son compte.

La chance n’a pas toujours souri à Didier Deschamps. Mais il a su faire de ses échecs le fondement de sa réussite car la chance ne sourit qu’aux audacieux !

Pour Didier Deschamps, seule la victoire est belle. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse du succès. Ce qui compte ce n’est pas de jouer, c’est de gagner.

Didier Deschamps est l’homme des records mais il n’est pas encore l’homme de tous les records. Comme le disait Michel Platini, qui en 1989, l’a adoubé en équipe de France, en étant le premier à le sélectionner contre la Yougoslavie : « Didier Deschamps gagnera plus de titres comme entraineur que comme joueur. »

Didier Deschamps n’est pas né sous une bonne étoile. C’est deux bonnes étoiles qui sont nées sous Didier Deschamps. Et le football Français lui en sera reconnaissant pour l’éternité !

Comme dirait Oscar Wilde : « Il faut viser la lune, parce qu’au moins, si vous échouez, vous finirez dans les étoiles. » À l’instar de Jacques Mayol qui repoussa avec la plongée en apnée les limites de son corps, Didier Deschamps est ce grand Bleu qui a atteint le sommet de la montagne et qui continue de grimper.




Au Brésil, le ballon est une femme…

5072018

Le football a un royaume : il s’agit du Brésil. Le Brésil, c’est la patrie du football. Depuis que la coupe du monde existe, le Brésil n’a raté aucune édition. 21 participations en 21 coupes du monde. De plus, il détient le record de victoires en coupe du monde avec 5 étoiles sur son maillot, la seleçao a remporté les éditions de 1958, 1962, 1970, 1994 et 2002. Pelé est le seul joueur de l’histoire à avoir remporté 3 coupes du monde. Mario Zagallo est avec Franz Beckenbauer le seul à avoir remporté la coupe du monde d’abord en tant que joueur puis en tant qu’entraîneur. Le football s’inscrit dans le roman national de ce pays.

C’est tout le paradoxe du football au Brésil d’avoir été importé par les Anglais qui voyaient le reste du monde comme une île gigantesque qu’il fallait civiliser. Né dans les Public School Anglaises et pratiqué par une élite sociale, le football est d’abord l’apanage de l’aristocratie anglaise. Mais il devient populaire et se démocratise car il ne nécessite pas d’équipements, ou d’investissements pour le pratiquer. C’est donc les descendants d’esclaves noirs et les populations des favelas qui se réapproprièrent le football. Ce sport devient très vite un moyen d’ascension sociale et d’intégration pour la société Brésilienne.

Qui connaît Charles Miller au Brésil ?

Charles_William_Miller

 
Fils de John Miller, un ingénieur Ecossais arrivé au Brésil pour travailler pour la Sao Paulo Railway Company et de Carlotta Fox, une Brésilienne d’origine Anglaise, Charles Miller part en Angleterre à Southampton suivre ses études. Il y découvre le Rugby, le Cricket et le Football dans lequel il se distingue pour ses qualités d’attaquant au Corinthian FC puis au Southampton St Mary’s FC. A la fin de ses études, il retourne au Brésil pour travailler pour la Railway Company. Dans ses valises, il apporte deux ballons usés, une paire de crampons, un livre sur les règles de la football Association, des vieux maillots et une bombe pour regonfler les ballons. Il organise le 18 Avril 1894 le premier match de football qui oppose la Gas Work Team à la Sao Paulo Railway Team.
Avec le Sao Paulo Athletic Club, Charles Miller remporte les trois premiers championnats du Brésil en 1902, 1903 et 1904. Il se distingue pour ses qualités de buteur. Mort le 30 Juin 1953 à Sao Paulo dans sa ville natale, Charles Miller a pu assister à la coupe du monde organisée par son pays en 1950 et à l’engouement suscité par ce sport qu’il a introduit au Brésil. Mais aujourd’hui, qui connaît ou qui se souvient de Charles Miller au Brésil ? Car tous le génie des footballeurs Brésiliens a été d’avoir tué le père fondateur de ce sport en intégrant des éléments propres à la culture Brésilienne.
Charles Miller a proposé aux Brésiliens un football avec des règles, circonscrites dans les limites d’un terrain. Le peuple des favelas l’a transformé en sport sans terrain dont toutes les limites sont imaginaires. Au défi physique qu’imposait les anglais, les métis et les descendants d’esclaves moins bien nourris, ont proposé un jeu où l’intelligence, la feinte et la ruse triomphent de la force physique. Ils transformèrent un sport Britannique « appolinien » et rugueux qui a trouvé son accomplissement dans le « kick and rush » en danse dionysiaque où le principe de plaisir triomphe de l’âpreté de la réalité. C’est le malandro, cet archétype du vaurien au Brésil avec sa démarche chaloupée et son irrévérence qui se réapproprie les codes du football et trouve dans ce sport son expression la plus singulière. Le football est ce qui a permis à un petit pays de devenir grand. Dans le feu de ces actions de génie, est-ce le Brésil qui réinvente le football ou bien le football qui invente le Brésil ? Ce qui marque l’observateur c’est la nonchalance des joueurs Brésiliens dont l’art du dribble se substitue à la puissance et au défi physique qui caractérise le jeu des équipes Européennes.

La coupe du monde perdue en 1950, alors que le Brésil était le pays organisateur hante les esprits. Un match nul aurait permis aux Brésiliens d’être champions du monde.

Jusqu’au milieu du 20e siècle, le Brésil évolue en blanc. Le 16 juillet 1950, il dispute la finale de la Coupe du monde. Mais les Brésiliens s’inclinent face à l’Uruguay (2-1). Le blanc est alors associé à la défaite, « un Waterloo des tropiques ». « Chacun s’en souvient comme de la perte d’un être cher », dit Pelé. Le gardien de but noir de l’époque, Barbosa est voué aux gémonies par tout un peuple.

En 1952, l’équipe rejoue des matchs internationaux lors des Jeux panaméricains. Elle porte alors un maillot jaune à liseré vert et un short bleu, en référence au drapeau national. Comme dans le football tout est affaire de superstition, le Brésil remporte la compétition et adopte définitivement ces couleurs.

Le mérite revient au journaliste, Olivier Guez, grand passionné de ballon rond, de s’être penché sur le phénomène du football dans son essai : « Eloge de l’esquive ». Lauréat du prix Renaudot avec son ouvrage La disparition de Josef Mengele, le grand public est peut-être passé à côté de ce livre remarquable écrit 4 ans plus tôt qui prouve son intérêt pour l’Amérique Latine mais dans un tout autre registre : le football dont il est féru.

S’il est un joueur qui est l’emblème du football Brésilien selon lui, c’est Mané Garrincha. Rongé par l’alcool, Garrincha meurt à 49 ans en 1983 d’une cirrhose du foi. En alignant Pelé et Garrincha, le Brésil n’a jamais perdu un match. Ce petit ailier de 1 mètre 69 comme Messi, métis de sang noir et indien incarne ce Brésil qui a fait du football sa vitrine. Il doit son surnom de troglodyte a une colonne vertébrale tordue en forme de S et à des jambes biscornues.  Il souffrait d’une déformation de la colonne vertébrale. Ses jambes étaient arquées, la droite est plus longue que la gauche. Malgré un Pelé blessé, c’est lui qui est le grand artisan de la victoire du Brésil en coupe du monde en 1962 au Chili. « Garrincha est une victoire de l’intuition sur la raison » proclame le réalisateur Brésilien Walter Salles. Malgré ses jambes de guingois, il fut le roi du dribble avec un coup de rein phénoménal. Sur la pelouse, il apparaissait comme un guignol débonnaire. L’écrivain Luis Antezana a décrit les minuscules labyrinthes que Garrincha dessinait sur le terrain et dans lesquels il égarait ses adversaires. Les footballeurs brésiliens sont tous des héritiers de cet artiste qui cajolait le ballon comme s’il dansait avec la plus belle femme du monde. Au Brésil, le ballon est une femme rapporte d’ailleurs l’écrivain Uruguayen Eduardo Galeano. Pour expliquer cette esthétique du football Brésilien, Olivier Guez remonte au début du XXème siècle quand Rio de Janeiro était le navire amiral d’un Brésil qui se rêvait Blanc, Européen et civilisé. « Ordre et progrés » était sa devise. Adepte d’une philosophie positiviste, les élites sont francophiles et anglophiles. Le football est un sport importé par les anglais qui fédère les élites. Ce sport devient très vite populaire car il ne nécessite pas d’équipements plus élaboré qu’un ballon pour y jouer. Mais les théories racialistes de Gobineau font florès à l’époque. Les élites tentent de préserver des îlots blancs et excluent une partie de la population de sang mêlé. L’introduction du football au Brésil en 1894 intervient peu après l’abolition de l’esclavage en 1888. Néanmoins, une ségrégation de fait perdure dans une société où l’antagonisme entre les blancs et les noirs se manifeste dans ce sport qui est pratiqué exclusivement par les élites blanches. Les noirs doivent au départ paraître plus blancs que blancs en s’enduisant le visage de poudre de riz ou en lissant leurs cheveux. Pour pouvoir prendre part aux festivités du jeu, ils doivent se travestir. Mais une fois sur le terrain, il fallait faire face au défi physique imposé par les blancs beaucoup plus forts car mieux nourris que les descendants d’esclaves et qui bénéficiaient des faveurs de l’arbitrage. Au lieu de répondre à la force physique par la force physique, ces joueurs métis ont développés des trésors de malices, de ruses et de créativité pour prendre l’ascendant et éviter les charges et les tacles des joueurs blancs. Le dribble, essence du Brésil, est né dans lequel les joueurs noirs excellent dans l’art de la simulation et de la dissimulation. Avec les premiers joueurs métis, le football Brésilien est devenu une poésie dont les figures de styles sont les dribbles et vont se décliner sous forme d’Elastico (geste connu également sous le nom de flip-flap), de pedalada (les passements de jambes), de chapeu (le coup du sombrero), d’embaixadinha (ou jonglages), de foca (jonglage avec le ballon sur la tête du joueur qui évoque une otarie), le drible da vaca (ou grand pont), la caneta (ou le petit pont), etc… Ancré dans les racines culturelles du Brésil, les joueurs vont s’inspirer de la Capoeira, cet art martial pratiqué par les anciens esclaves d’origine africaine et qui devait se dissimuler en danse pour être toléré. C’est une philosophie du corps dans laquelle le relâchement et l’intelligence valent plus que la masse musculaire. Les principes de cette discipline se retrouvent chez les premiers attaquants les plus talentueux chez qui le dribble remplace l’esquive. Son expression la plus belle fut la bicyclette réalisée par Leonidas avec le Brésil à la coupe du monde organisée en France en 1938 où le Brésil atteint les demi-finales.

La première star du football Brésilien, Arthur Friedenreich, est né en 1892 d’un père immigré Allemand et d’une mère lavandière de sang noir. C’est un mûlatre aux yeux verts. Il lissait dans le vestiaire ses cheveux crépus avec de la brillantine. C’est la raison pour laquelle il entrait sur le terrain en retard par rapport à ses coéquipiers. Avec 1329 buts, c’est le buteur le plus prolifique de l’histoire.  A Fluminense, les joueurs de football noirs devaient s’enduire le visage de poudre de riz pour pouvoir pratiquer ce sport. « Poudre de riz » est le surnom du club de Fluminense où il est coutume de jeter du talc avant les grandes rencontres.

L’art du dribble est donc né de stratégies d’évitements, de feintes et d’esquives de ces joueurs de couleur qui n’avaient pas le droit de toucher les blancs sous peine d’être rossés. Avec l’art du dribble les joueurs brésiliens ont inventé un nouveau langage corporel. Il est né du désir d’éviter les charges des adversaires blancs, rarement sanctionnées, et les insultes des supporters. L’art du dribble a pour origine le désir de ces joueurs de couleur de sauver leur peau dans un sport où ils sont stigmatisés. L’art de l’esquive permet donc à ces joueurs de préserver leur intégrité physique.

Le dribble est le reflet de l’ethos afro-brésilien dans lequel transparaît deux traits de caractère: le goût du prestige personnel et plus encore la malandrade, c’est à dire la roublardise. D’où cette ruse offensive constitutive d’un football flamboyant qui valorise le beau geste et associe le panache à la ruse du malandro. Le malandro est une figure populaire au Brésil caractérisé par sa démarche chaloupée. Il est reconnu pour triompher de plus fort que lui, en privilégiant la ruse et son esprit plutôt que la force brute. Il y a une connexion entre le fait de tromper un défenseur sur le terrain ou être malin dans la vie réelle pour se sortir des situations les plus inextricables et dribbler ainsi les difficultés de la vie.

L’archétype du joueur Brésilien est donc le malandro qui serait sur les terrains de football du monde entier ce dandy des grands chemins. Le Brésil a donc trouvé dans le football un outil d’intégration sociale et le fédérateur d’une nation arc-en-ciel qui a commencé par faire sa révolution culturelle quand le club de Vasco de Gama fondé par des commerçants Portugais a été le premier a imposé des joueurs de couleurs dans les années 30. Son écusson composé de blanc, de rouge et de noir résume à lui tout seul les trois composantes de ce pays multi-culturel qui a brassé plusieurs cultures et intégré beaucoup d’immigrants au début du XXème siècle.

En 1800, la moitié de la population au Brésil était composée d’esclaves. La traite d’esclaves a constitué le moteur de l’économie Brésilienne et a vu au cours du XIXème siècle l’arrivée de 4 millions d’Africains dans le pays. A la fin du XIXème siècle, Arthur de Gobineau représente la France au Brésil dans une fonction diplomatique et son essai sur l’inégalité des races humaines trouve chez l’empereur Pedro II un lecteur enthousiaste. Il estimait que le sous-développement d’un pays comme le Brésil découlait du métissage de sa population. Contre la miscégénation qui s’opérait au Brésil, il prônait de stimuler l’immigration des Blancs Européens qu’il considérait comme une race supérieure.  C’est pour cette raison, que malgré l’abolition de l’esclavage, la société Brésilienne est au début du XXème siècle sous l’emprise de cette idéologie. Quand le football arrive au Brésil, il est l’apanage d’une certaine élite sociale et il est interdit aux noirs. Les premiers clubs à faire appel à des joueurs de couleur les obligeaient à se blanchir la peau avec de la poudre de riz et à se travestir. Ce n’est qu’à partir des années 30 que le football se professionnalise et qu’on juge un joueur en fonction de son talent et non en fonction de sa couleur de peau. Le gouvernement de Getulio Vargas essaie de transformer le football en sport national. Le football commence à devenir un ascenseur social et un facteur d’intégration raciale. A ce sujet, le sociologue Brésilien Gilberto Freyre remarquait : « Le football est le pharmacon prodigieux, le poison remède qui convertit la violence, la désagrégation sociale, le primitivisme, l’opportunisme vicieux et stérile, en art et en perspective d’affirmation du pays. »

Le football a donc été le terrain d’affirmation de l’identité du peuple Brésilien. Il a permis de créer le sentiment d’appartenance à la collectivité.

Si vous êtes trop jeunes pour avoir suivi les exploits de Pelé ou de Mané Garrincha, les images d’archives nous montrent des gestes sublimes mais qui constituent des échecs comme le fameux but que Pelé a marqué mais que Gordon Banks, le gardien de but Anglais, a arrêté au stade de Guadalajarra à la coupe du monde 1970. Ou encore ce lob génial de Pelé mais qui n’est pas courroné d’un but contre la Tchécoslovaquie. Et que dire de ce grand pont réussi sur le gardien de but Uruguayen en demi-finales sans même toucher le ballon, qui permet à Pelé de contourner le dernier rempart Uruguayen. Mais le tir de Pelé vient mourir à quelques centimètres du poteau de Mazurkiewicz. Dans ce geste, il y a tout l’art de l’esquive des joueurs Brésiliens hérité de cette époque où les noirs évitaient par des trésors de malices les charges de leurs adversaires blancs.

 

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Le stade Maracana avec ses 200 000 places est devenu à Rio de Janeiro le temple d’une religion moderne qui voue un culte au Football.  Et savez-vous comment on épelle le mot « Dieu » au Brésil ? P-E-L-E.

 

 

 

 




[Critique de film] Quelque part dans le temps : un film culte méconnu!

25062018

Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma.

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Jean d’Ormesson a écrit : « Il est aussi impossible de sortir de son temps que de sortir de son corps. Nous sommes prisonniers de beaucoup de choses, mais d’abord de ce temps où notre liberté se déploie, ou croit se déployer. » Si l’espace est la forme de la puissance des hommes, le temps est la forme de leur impuissance. Avec ce long métrage, le réalisateur nous invite à un voyage intérieur en brisant nos barrières spatio-temporelles et à explorer ce temps qui est l’image mobile de l’éternité immobile.
Le seul moment que je n’ai pas aimé dans Quelque part dans le temps, c’est quand est venu la fin. C’est un film culte à plus d’un titre.
D’abord, il existe trois films qui ont le privilège de compter un fan club dédié en leur honneur : Autant en emporte le vent, Le magicien d’Oz et Quelque part dans le temps.
Ensuite, si vous cherchez un film dans lequel l’actrice Jane Seymour a joué et que vous interrogez les cinéphiles, 9 personnes sur 10 vous répondront Quelque part dans le temps. Et la dixième, confondra sûrement cinéma et série TV en vous répondant Le Dr Quinn femme médecin. Dans Quelque part dans le temps, le personnage principal, Richard Collier, vit dans le temps présent, c’est-à-dire dans les années 80 qui coïncident avec la date de sortie du film. Il est subjugué par le portrait d’une actrice du début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. C’est cette photo de Jane Seymour en Elise Mc Kenna qui a été également utilisée en tant que portrait de Michaela Quinn  dans la série télévisée Docteur Quinn, femme médecin. On raconte que l’acteur Christopher Reeve a refusé de voir ce portrait avant de jouer la scène où il le découvre pour la première fois afin que l’effet de surprise et l’émotion suscitée par la beauté de cette femme soient totales.
Dans le film, ce portrait d’une actrice réalisé en 1912 interpelle Richard Collier en 1980 pour deux raisons très précises que le spectateur n’est pas censé savoir :
1°) Les plus belles étoiles sont celles qu’une femme a dans les yeux lorsqu’elle regarde l’homme qu’elle aime. Au moment où ce portrait est réalisé, Elise Mc Kenna regarde non pas le photographe, mais l’homme dont elle est amoureuse.
2°) Ce portrait interpelle Richard Collier, car il s’adresse à lui. Il ignore qu’au moment où la photographie est prise, l’actrice le regarde!
C’est le coup de génie du réalisateur, Jeannot Szwarc ou peut-être du scénariste, Richard Matheson, d’avoir ajouté ce détail dans le film qui ne figure pas dans le livre.
Elise Mc Kenna a un charme d’autant plus magnétique et hypnotisant pour Richard Collier, que c’est lui qu’elle regarde. Si aimer c’est savoir dire je t’aime sans parler, le portrait d’Elise Mc Kenna est une des plus belles déclarations d’amour que le cinéma nous ait offert.
Et juste avant cette scène où l’actrice prend la pause pour le photographe, elle est sur scène et joue dans une pièce de théâtre dans laquelle elle va changer le texte. En évoquant l’homme qu’elle aime, elle ne fait pas allusion à un personnage de la pièce, mais elle s’adresse à Richard Collier dans le public pour lui déclarer sa flamme.
Le souffleur a des sueurs froides, le metteur en scène est estomaqué. Le texte de la pièce est détourné. Les autres acteurs sont hébétés : ils ne savent pas quelle réplique donner à Elise Mc Kenna  qui part dans un monologue où elle évoque la douceur d’aimer et le sentiment amoureux qu’elle éprouve. Mais comme c’est une grande actrice, elle va par une pirouette retomber sur ses pattes et reprendre le fil de la pièce au grand soulagement de tous…
Le charme de cette actrice opère par ses yeux vairons : ses deux yeux ne sont pas de la même couleur. C’est un cas remarquable d’hétérochromie. Dans les Pays d’Europe de l’Est, c’est aux yeux vairons que l’on reconnaît le diable. Dans Quelque part dans le temps, Richard Collier se laisserait bien damner devant la beauté de cette actrice dont le regard l’hypnotise au point de vouloir voyager dans le temps pour la retrouver! Jane Seymour a deux yeux vairons : son oeil droit est marron et son oeil gauche est vert. Dans ce film, Jane Seymour n’est pas belle, elle est pire!
En conclusion, Jane Seymour est inoubliable dans ce rôle dont elle ne s’est jamais délivré. Quelque part dans le temps est un film culte car on associe son actrice principale, Jane Seymour au rôle qu’elle joue dans le film. L’identification est totale. Quand on voit Jean Reno, on pense au personnage de Enzo qui l’a révélé dans Le Grand Bleu et même si ce dernier film n’est pas un chef d’oeuvre, il n’en demeure pas moins un film culte dans le sens où ses acteurs à l’instar de Jean-Marc Barr ne se sont jamais délivrés des personnages qu’ils ont joué!
Quelque part dans le temps peut-être également qualifié de film culte car des lieux réels portent désormais le nom d’une réplique de ce film.
En effet, Susan French, l’actrice qui joue Elise Mc Kenna à la fin de sa vie, est morte en 2003 à l’âge de 91 ans à Santa Monica. La moitié de ses cendres sont enterrés dans l’ïle de Catalina et l’autre moitié sont inhumés dans l’île de Mackinac dans le Michigan entre les arbres où Jane Seymour a prononcé la célèbre réplique « Is it you ? » et la plaque du mémorial du film « Somewhere in time ».
Une actrice qui a donc joué un second rôle a voué un culte à ce film au point de vouloir reposer à l’endroit où son personnage rencontre pour la première fois Richard Collier dans l’histoire!
Susan French incarne donc au début du film le personnage d’Elise Mc Kenna qui, à plus de 80 ans, assiste à la première représentation d’une pièce de théâtre dont l’auteur est Richard Collier. Seule personne âgée dans un public d’étudiants, elle s’avance vers le jeune metteur en scène et lui remet une montre en lui disant : « Reviens-moi. Je t’en prie. » « Come back to me ». Richard Collier n’avait jamais vu cette femme auparavant. 8 ans plus tard, à court d’inspiration, il prend sa voiture et parcourt beaucoup de route avant de s’arrêter devant un hôtel dont le charme suranné attire son attention. Il décide d’y séjourner quelques jours. En visitant le musée de l’hôtel, il découvre ce portrait qui le bouleverse. Il demande d’abord à Arthur, le groom qui travaille dans cet hôtel depuis son plus jeune âge de lui indiquer le nom de la femme qu’il représente. Il s’agit d’une actrice célèbre au début du XXème siècle, Elise Mc Kenna. Richard Collier est complètement envoûté par la beauté de cette femme au point d’aller investiguer dans une bibliothèque sur la vie de cette actrice. Au détour des pages d’un livre, il tombe sur la dernière photo qui a été prise de cette comédienne à la fin de sa vie. Il reconnaît la vieille dame qui lui avait remis la montre. Il l’avait donc déjà rencontré et le mystère d’Elise Mc Kenna s’épaissit davantage. C’est donc une synchronicité qui lui permet de démasquer l’identité de la femme qu’il avait rencontré huit ans plus tôt. C’est l’association de deux événements fortuits auquel Richard Collier donne une valeur affective qui le connectent avec le passé et avec cette femme.

Ce film est arrivé premier dans un concours de circonstances…

C’est parce que Jeannot Szwarc a remplacé au pied levé John D. Hancock dans la direction des Dents de la mer 2 après une semaine de tournage sous « haute tension » (c’est une référence au dénouement du film) et permis à UNIVERSAL que cette suite du chef d’oeuvre de Spielberg ne soit pas un naufrage… Il réussit a requin… qué financièrement la UNIVERSAL STUDIO qui en remerciement lui offrit la possibilité de produire le film de son choix. Il choisit alors d’adapter le roman de science-fiction de Richard Matheson, « Bid time return » traduit en Français sous le titre « Le jeune homme, la mort et le temps ».
C’est parce que Johh Barry était un ami de longue date de l’actrice Jane Seymour qu’il accepta de signer la bande originale de ce film…
C’est parce que Christopher Reeve souhaitait se libérer du carcan dans lequel l’avait enfermé SUPERMAN qu’il accepta de s’embarquer dans ce projet modeste… malgré l’avis de son imprésario.
C’est parce qu’il fut subjugué par le portrait de l’actrice Maud Adams que Richard Matheson, a écrit le roman Time bid return dont s’inspire le film…
Quelque part dans le temps est un chef-d’oeuvre méconnu du cinéma américain que l’on doit à une succession de heureux hasards…
C’est un film fantastique où la science-fiction est un prétexte à une histoire d’amour romantique… Il met en scène l’amour improbable entre un écrivain de pièces de théâtre à succès vivant en 1980 à Chicago, Richard Collier, et une actrice de théâtre à l’apogée de sa carrière en 1912, Elise Mac Kenna…
Ce film est porté par un trio d’acteurs au sommet de leur art : Christopher Reeve, Jane Seymour et Christopher Plummer.
En choisissant de tourner « Quelque part dans le temps », Christopher Reeve prouve grâce à ce rôle, qu’il est capable de séduire le public sur le terrain de l’émotion et du romantisme. Sa palette en tant qu’acteur est d’autant plus large qu’on le reverra dans d’autres films aux antipodes de Superman tels que Les vestiges d’un jour. Le destin de ce comédien révélé dans Superman en 1978 est tragique. En effet, en 1995, une chute de cheval dans un concours d’équitation le rend tétraplégique. Il meurt en 2004 à 52 ans d’un arrêt cardiaque après avoir ingéré un antibiotique pour lutter contre une infection.
C’est Richard Matheson qui écrit le scénario pour adapter son propre roman… Il s’est distingué dans le domaine de la science-fiction en écrivant également Je suis une légende, L’homme qui rétrécit ou Au-delà de nos rêves (certainement l’un des meilleurs films où joue Robin Williams). Richard Matheson apparaît dans ce film où il fait une caméo. Il interprète le client du Grand Hôtel surpris par les coupures de rasoir sur le visage de Richard Collier. Dans son roman le personnage principal incarne son alter ego : il porte le même prénom, Richard, exerce la même profession, écrivain de pièces de théâtre. C’est en découvrant le portrait de Maud Adams, que Richard Matheson a été subjugué par le charisme de cette actrice du XIXème siècle. Elle s’était distinguée notamment en interprétant Peter Pan au théâtre. Elle lui inspire le personnage d’Elise Mac Kenna.

 

JOHN BARRY
La musique est signée John Barry. Ceux qui croient qu’il n’y a eu qu’un seul grand musicien dans la vie de Jane Birkin se trompent. Avant d’être avec Serge Gainsbourg, Jane Birkin était mariée à John Barry avec lequel elle a eu une fille, Kate. Cette dernière s’est suicidée à Paris en 2013, soit deux ans après le décès de son père. Jane Birkin a donc été en quelque sorte le trait d’union entre John Barry et Serge Gainsbourg, deux immenses musiciens du XXème siècle. Interrogé sur Serge Gainsbourg, John Barry fit preuve de retenue en affirmant : « Je n’ai pas de commentaires à faire sur “monsieur Gainsbourg”. J’ai une opinion sur lui mais je la garde pour moi. »
John Barry est avec Ennio Morricone, Jerry Goldsmith, John Williams, Michel Legrand, l’un des meilleurs auteurs de bande originale de films. Les thèmes qu’il a composé pour les films James Bond, Out Of Africa ou Danse avec les loups sont mondialement connus. Sans parler du thème musical de la série britannique Amicalement Vôtre.
Un tel auteur n’aurait jamais collaboré dans un projet aussi modeste s’il n’avait pas été un ami de longue date de l’actrice principale Jane Seymour.
Les experts s’accordent à dire que c’est la bande originale de ce film qui contribue grandement à son succès. La musique de John Barry commence là où s’arrête le pouvoir des mots. Elle nous donne la nostalgie d’une époque et d’un lieu que nous n’avons jamais connus. Le grand Hôtel en 1912…

Le père de John Barry était mort quelques jours avant Noël 1979, et sa mère avait suivi son époux quatre mois plus tard, en avril 1980. C’est l’émotion née de la perte de ses parents qui a inspiré John Barry dans l’écriture de cette musique bouleversante.

Comme disait Alfred de Musset : « Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur. ». Si la musique de Quelque part dans le temps compte parmi les plus grands succès de John Barry, c’est parce qu’elle exprime l’indicible, et évoque des sentiments ineffables qui dépassent le pouvoir du langage : elle va au-delà de la frontière des mots.

Le film raconte l’histoire d’amour de deux êtres prédestinés que le destin va séparer…
Un proverbe italien dit « L’amour fait passer le temps, le temps fait passer l’amour ». Pour la jeunesse d’aujourd’hui, l’amour dure trois ans. Pour le héros de ce film l’amour est intemporel. Si la montre indique les heures, la beauté de Jane Seymour nous les fait oublier. D’ailleurs, dans ce long métrage, ce n’est pas la montre qui marque les heures, mais les battements de notre coeur. Quand on aime, on a toujours vingt ans!
Mais comment fait-on pour voyager dans le temps ? Un best seller de Jack Finney paru trois ans avant la sortie du film a inspiré l’auteur. Il est fait un clin d’oeil à cet écrivain à travers le nom du professeur de philosophie de Richard Collier. Sa méthode se base sur l’auto-suggestion. Il s’agit de pratiquer l’auto-hypnose pour voyager dans le temps par auto-suggestion. Richard Collier par dissociation avec le présent, va pratiquer cette méthode pour remonter en 1912. Il recrée les conditions les plus exactes possibles d’une période du passé pour se conditionner mentalement à y vivre. Il porte un costume de cette époque, il occulte tous les objets qui lui rappellent le présent (téléphone, magnétophone, etc…), il va chez un numismate pour y trouver des pièces de monnaies en vigueur en 1912. Dans Le voyage de Simon Morley le voyage dans le temps par autosuggestion est possible car le mental est monumental.
En fin de compte, ce principe n’est pas si éloigné de cette remarque de François Mitterrand à la fin de sa vie qui disait : « Mes chers compatriotes, je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. »
Le film se démarque du roman dont il s’inspire. Traduit en Français, Bid time return, qui fait référence à une citation de Shakespeare, donne Le jeune homme, la mort et le temps. La mort et l’amour sont les deux enfants jumeaux de l’histoire et du temps. Et il y a quelque chose en eux qui parle d’un autre monde.
Dans le titre français, la mort prend une place prépondérante dans la mesure où Richard Collier est mort au début du récit et c’est son frère Robert Collier qui nous présente le manuscrit que Richard avait écrit avant de mourir. A 36 ans, Richard Collier est atteint d’une tumeur au cerveau. Il n’a jamais connu l’amour et il se sent donc trahi par la vie et le présent. C’est pour cette raison qu’il va chercher dans le passé un échappatoire à son sort funeste. Dans son histoire il n’est pas question de machine à remonter le temps mais de voyage dans le temps par son imagination. Richard Collier est un voyageur immobile. Il s’auto-persuade qu’il peut se transposer dans une autre époque par le pouvoir de sa pensée. Il choisit une époque lointaine afin de s’affranchir de la réalité. Il est fasciné par un hôtel qu’il décrit comme un monument érigé au passé. Le héros est passionné par la musique de Malher. Il découvre que c’était également le musicien favori d’Elise Mc Kenna. Dans le film, John Barry remplace Malher par Rachmaninov dont la musique romantique sert de trait d’union entre les deux personnages. Il est obsédé et subjugué par le portrait de cette actrice qui dans le roman évolue au XIXème siècle en 1896. C’est l’expression de son visage qui l’interpelle. En le contemplant, il a trouvé la femme de ses rêves. C’est une description adéquate car où pourrait-elle exister d’autre que dans ses rêves ? S’il retourne trois fois dans le sous-sol de l’hôtel pour observer ce portrait, il tente manifestement à échapper à la réalité. Son cerveau refuse d’accepter le présent en se tournant vers le passé. L’hôtel où il séjourne est comme un sanctuaire consacré à la protection du temps jadis. Dans la biographie d’Elise Mc Kenna, il découvre qu’elle avait auparavant séjourné dans cet hôtel avec son imprésario, William Fawcett Robinson. Amoureux transi, il la considérait comme inatteignable pour un homme de son espèce et consacrait tous ses efforts pour la maintenir sur un piédestal en s’assurant qu’elle serait également inaccessible pour d’autres hommes!
Avec le pouvoir de l’auto-suggestion la pensée peut déplacer les montagnes… du temps. Ce en quoi il croit devient son monde! S’il se projette dans le passé à une époque lointaine, il se retrouve dans une chambre d’hôtel qui n’est pas la sienne. Comme l’occupant a fermé la porte à clef avant de sortir, il imagine la situation cocasse où en revenant, cette même personne découvre qu’on est sorti de sa chambre par effraction!
Robinson est beaucoup plus sanguin dans le roman qu’il ne l’est dans le film. C’est un personnage prosaïque et envahissant aux antipodes de l’homme altier avec sa démarche aristocratique qu’on découvre sous les traits de Christopher Plummer. Le spectateur ne sait pas exactement s’il est amoureux d’Elise car sa personnalité est beaucoup plus complexe et subtile. Dans le roman, Richard Collier apprend que son rival meurt noyé en 1911 à bord du Lusitania. Elise Mc Kenna est également chaperonnée par sa mère alors que dans le film, elle séjourne à l’hôtel seule et son imprésario reprend à son compte cette figure tutélaire de la mère. Il s’immisce dans les affaires privés de cette actrice en la suivant en toute occasion et en veillant à ce qu’aucun importun n’approche sa protégée.
Dans le film, c’est lui qui met en garde Elise contre la rencontre d’un homme qui doit changer son existence. Alors que dans le roman, on fait allusion à une indienne diseuse de bonne aventure qui lui prédit une rencontre avec un homme dans des circonstances étranges quand elle aurait atteint l’âge de 29 ans. Cette prédiction est confirmée par la mère d’une habilleuse de sa troupe connue pour son pouvoir de divination. Elle lui annonça également une rencontre avec un homme en situant le lieu sur une plage en Novembre. C’est pour cette raison que dans le livre, comme dans le film, la première phrase qu’Elise Mc Kenna prononce lorsqu’elle croise la route de Richard Collier c’est : « Is it you ? » « Est-ce vous ? »
Cette vision est donc pour elle surnaturelle! Ce coup de foudre entre Elise Mc Kenna et Richard Collier évoque une folie lucide. Ce n’est pas à cause de l’attraction terrestre que les gens tombent amoureux. L’intérêt de la science-fiction dans cette romance est de mettre en exergue l’aspect surnaturel de l’amour. Leur rencontre est beaucoup plus extra que terrestre. Elle tombe amoureuse dans la mesure où elle a le sentiment de ressentir les choses davantage. Elle n’a plus le sentiment de zigzaguer comme une planète ayant perdu son chemin car elle a trouvé son soleil. Richard et Elise sont attirés l’un vers l’autre comme deux aimants. Comme s’ils avaient une seule âme dans deux corps différents. L’amour, c’est ce désir de posséder ce qui nous possède. En retour, Richard Collier est subjugué par son charme irrésistible, magnétique, par son aura. Richard Collier est parfois pris de vertige : il a peur de se réveiller et de se rendre compte que tout cela n’était qu’un rêve, le fruit de son imagination. Elise est pour lui une ancre qui le maintient dans le passé. A la fin du roman, Richard Collier est mort d’une tumeur au cerveau dont il se savait condamné bien avant d’entreprendre son voyage dans le passé. A sa mort, son frère a trouvé le manuscrit dans lequel il relate son voyage surnaturel et sa rencontre avec Elise. Robert Collier est le narrateur de l’histoire. A la fin du roman, il nous livre son interprétation des choses : son frère avait un besoin désespéré d’échapper à son sort. Il pense qu’il y a réussi pendant un jour et demi étendu sur le lit de sa chambre d’hôtel dans un état d’auto-hypnose, il a vécu ce voyage dans le passé. Atteint d’une maladie incurable à 36 ans sans avoir jamais connu l’amour, il lui fallait se réfugier dans le passé pour trouver du réconfort. Mais par amour pour son frère, il aurait tellement aimé que tout ce qu’il a lu soit vrai et qu’il ait réellement rencontré le grand amour! Avec cette tumeur au cerveau, le roman suggère que cette histoire extraordinaire peut être le fruit d’une hallucination. Comme disait Kalil Gibran dans le Prophète : « Si le temps n’est qu’illusion, les illusions ne durent qu’un temps. »

Dans le film, la mort ne menace pas le héros, elle n’est pas comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Il n’est jamais fait mention d’une tumeur au cerveau et on le voit en bonne santé mentale et physique. Le réalisateur tente un autre pari : nous raconter une histoire tellement belle que la frontière entre l’invraisemblable et la réalité s’efface.
Ce film pose des questions philosophiques très profondes : peut-on changer le cours des choses ? Sur un point la puissance de Dieu est en défaut : il ne peut pas faire en sorte que ce qui est arrivé ne soit pas arrivé. Le temps est irréversible. Tout est écrit d’avance. Mektoub comme disent les arabes. Richard Collier connaît le destin d’Elise Mc Kenna, pourtant il est persuadé qu’il pourra le changer s’il parvient à son époque… Cette histoire raconte l’hybris de l’homme contre le temps. Les hommes passent leur vie à essayer de tuer le temps mais c’est le temps finalement qui finit par les tuer! Autre question que soulève ce film : pouvons-nous changer le monde par nos rêves ?
Ce film fut un immense succès en Orient. Son influence se retrouve dans des films récents tels que Hotel Singapura. Certains adeptes sont même persuadés que l’histoire d’amour entre Rose et Jack dans Titanic s’est fortement inspirée de Quelque part dans le temps. Les analogies entre les deux films sont nombreuses : l’époque, les personnages, les événements… Les points communs sont tellement nombreux que certains avancent l’idée que Cameron ait puisé son inspiration dans ce film.
Le réalisateur a délaissé l’hôtel del Coronado à San Diego dont il est fait mention dans le livre pour privilégier le grand Hôtel dans l’ïle de Makinac. En effet ce site offre l’avantage de restituer parfaitement l’atmosphère du début du XXème siècle. Dans cette île, on croirait que le temps s’est arrêté, car les gens se déplacent à cheval ou à vélo. Les voitures sont proscrites.
Bref, il n’y avait aucun risque d’anachronisme avec la période où se situe l’histoire!
Shakespeare écrivait dans Richard II, acte III, scène 2 : « Ô revienne le temps jadis Recule la marche du temps. »
Pour bien distinguer le temps présent du temps passé, l’image est  sublimée par une photographie utilisant deux pellicules chromatiquement différenciées, Kodak pour le présent, Fuji pour le passé. La saturation des couleurs est donc différente entre les deux époques. Le metteur en scène franco-américain, Jeannot Szwarc, a entre autre, grâce à cet effet chromatique, réalisé son seul chef d’oeuvre. Artisan de l’usine du rêve Hollywoodien, réalisateur de série TV (Kojak, Heroes, Columbo) ou de films médiocres, Quelque part dans le temps est son chef d’oeuvre, un film qui sort des sentiers battus pour nous entraîner dans une autre époque et nous raconter la plus belle histoire d’amour de tous les temps!

C’est parce que ce film est bercé par la 18e variation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini Opus 43 de Rachmaninov que vous devez absolument découvrir cette invitation au voyage… dans le temps! Grâce à ce film culte pourtant méconnu, nous apprenons que le temps est un… présent!

 




[Critique de film] Mektoub my love d’Abdellatif Kechiche : l’amour dure trois heures!

28032018
mektoub my love
Avec Mecktoub My love, Abdellatif Kechiche nous démontre une nouvelle fois que le cinéma est comme une écriture moderne dont l’encre est la lumière.
Mektoub signifie littéralement en arabe « C’est écrit » et évoque le destin.
My love veut dire « Mon amour » en anglais.
Canto Uno fait référence en Italien à La Divine Comédie de Dante.
Ce film est donc le premier volet d’un diptyque dont la date de sortie de la suite n’est pas encore annoncée.
Luis Bunuel avait marqué les esprits avec son film, Cet obscur objet du désir dans lequel il associait l’amour et le désir à la souffrance et à des scènes d’attentat.
Dans Mektoub my love, Abdellatif Kechiche évoque ce « lumineux » objet du désir. En filmant ses personnages dans des scènes d’été éblouissantes il réconcilie le désir avec la vie! Ce dernier film est une ode qui célèbre la jeunesse, l’insouciance, la beauté des corps et la sensualité. Si tout vrai regard est un désir, le dernier film de Kechiche est un regard sur le désir!
En matière de cinéma, Abdellatif Kechiche est comme le roi Midas, tout ce qu’il touche se transforme en Palme d’or, Lion d’argent, César, prix d’interprétation, etc…
Des exemples ?
Avec ses cinq précédents films il a remporté :
  • La faute à Voltaire en 2000 : meilleure première oeuvre à la Mostra de Venise
  • L’esquive en 2005 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario
  • La graine et le mulet en 2007 : César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario, Lion d’argent et grand prix du jury à la Mostra de Venise
  • La vie d’Adèle en 2013 : Palme d’or à Cannes

La critique est unanime et dithyrambique : son sixième opus est un chef d’oeuvre.

Néanmoins, ce film de trois heures souffre de quelques longueurs. Abdellatif Kechiche excelle dans l’art de saisir la réalité en nous la restituant de telle sorte que le spectateur devienne à son insu un voyeur, l’écran de cinéma un trou de serrure béant. Le spectateur découvre l’intimité des protagonistes sans fard. Abdellatif Kechiche adopte un point de vue naturaliste avec sa caméra.
Ce film est effectivement un hymne à l’amour : il s’inspire librement d’un roman autobiographique de François Bégaudeau, La blessure, la vraie.
Il raconte, le temps des vacances, pendant l’été 1994, les marivaudages de deux cousins de retour dans leur ville natale, Sète. L’un est actif, c’est Tony car il est très entreprenant avec les filles et s’abandonne aux jeux de l’amour et du hasard. Il est en quelque sorte volage puisque le film s’ouvre sur ses ébats amoureux avec Ophélie, une amie d’enfance dont le petit ami, Clément, est éloigné sur le porte-avion Charles de Gaulle.
Mais quelques heures plus tard, à la plage, il fait la rencontre d’une vacancière avec qui un nouvel idylle semble naître.
Son pouvoir de séduction incommensurable auprès des femmes lui permet d’avoir l’embarras du choix et quelque fois, le choix de l’embarras.
Alors que la jeunesse s’agite autour de lui, Amin est plus réservé, en retrait. « Sage est celui qui a su garder son coeur d’enfant » lui adresse-t-on en guise de compliment pendant que ses compagnons s’engagent dans une danse étourdissante. Dans ce film, la danse n’est que l’expression verticale d’un désir horizontal. Si Tony est actif en matière d’amour, Amin est passif : il adopte le point de vue du spectateur comme au début du film où il surprend son cousin et Ophélie en les observant par la fenêtre.
Apprenti scénariste sur Paris, il est passionné par la photographie. Plus qu’un simple spectateur, on comprend que Amin est l’alter-ego du réalisateur Abdellatif Kechiche qui se projette dans ce personnage. Il y a une véritable mise en abyme dans ce film quand Kechiche filme le jeune Amin tentant de photographier un agnelage.
Les deux cousins, nous entraînent dans une ronde épicurienne étourdissante et enivrante. Mais si le personnage de Tony donne l’impression d’être volage, il semble néanmoins entiché d’Ophélie. Cette dernière a un petit ami très possessif. Loin des yeux, loin du coeur pour la belle Ophélie, qui oublie Clément dans les bras de Tony.
Mais Tony est obligé de flirter avec d’autres filles pour détourner les soupçons qui pèsent sur sa relation adultérine avec Ophélie. Amin est également très proche d’Ophélie mais il développe avec elle une relation d’amitié. Il l’accompagne à la ferme où elle vit avec ses parents et ses soeurs pour filmer l’accouchement d’une brebis qui donne naissance à deux petits. C’est donc à un hymne à l’amour et à la vie que nous convie le réalisateur avec son dernier film!
Les images de l’été sont illuminées par le soleil : la critique parle à juste titre de film éblouissant et lumineux!
Mektoub my love, Canto Uno, évoque un peu par son sujet Conte d’été d’Eric Rohmer en décrivant un marivaudage d’été.
Une nouvelle fois dans ce film, Abdellatif Kechiche excelle dans la direction des acteurs. Tel un Pygmalion, il révèle le talent d’illustres inconnus, parfois d’acteurs amateurs plus vrais que nature dans les personnages qu’ils incarnent.
Comme dirait Sacha Guitry « Tous les hommes sont des comédiens à part quelques acteurs. » Kechiche l’a bien compris en révélant une nouvelle fois des actrices inconnues mais promises à un brillant avenir aux Césars telles que Ophélie Bau qui campe le rôle de… Ophélie, ou encore Lou Luttiau dans un second rôle qui incarne Céline, Alexia Chardard si juste dans le personnage de Charlotte. A noter également la performance de Shaïn Boumedine, qui joue le rôle d’Amin ou celle de Salim Kechiouche qui interprète Tony.
Kechiche a confié ses rôles principaux à des non-professionnels. Avant de s’engager sur le tournage, Ophélie Bau préparait un concours d’auxiliaire puéricultrice, Alexia Chardard venait d’arrêter la fac de théâtre, Lou Luttiau travaillait dans un McDonald’s pour financer son école de danse et Shaïn Boumedine travaillait comme plagiste après avoir raté son inscription en BTS. Tous s’étaient présentés au casting pour faire de la figuration. Finalement Kechiche les a enrôlé pour jouer les têtes d’affiche de son nouveau film.
Pour mémoire, Abdellatif Kechiche a révélé sinon sublimé dans ses films précédents des acteurs tels que Sami Bouajila dans La Faute à Voltaire, Sarra Forrestier (César du meilleur espoir féminin) dans L’Esquive, Hafsia Herzi (César du meilleur espoir féminin) ou Sabrina Ouazzani dans La graîne et le mulet ainsi que Adèle Exarchopoulos (César du meilleur espoir féminin) ou Lea Seydoux dans La vie d’Adèle
Godard disait : «La photographie, c’est la vérité et le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde… » Pour toucher cette vérité dans Mektoub My love, les acteurs se sont imprégnés de leur personnages en étant logés dans les lieux de tournage eux-même. Shaïn Boumedine qui interprète Amin a vécu avec celle qui incarne sa mère (qui n’est autre que la sœur de Kechiche) dans l’appartement de leurs personnage. Ophélie BAU a été en immersion dans une ferme où elle a été hébergée par les propriétaires de la bergerie qui incarnent dans le film les parents de son double fictionnel. Elle a ainsi appris à mettre bas une brebis ou à faire du fromage.
Kechiche réussit un tour de magie en captant l’intention de ses personnages à travers sa caméra. A ce sujet, la chroniqueuse Claire Diao relate une anecdote très révélatrice du cinéma de Kechiche qu’elle tient de Salim Kechiouche sur le tournage de La Vie d’Adèle. L’acteur qui incarne Tony, tenait un rôle secondaire dans La vie d’Adèle. A la demande de KECHICHE, il lui a été demandé d’apprendre une déclaration d’amour par cœur. Il devait la réciter devant Adèle Exarchopoulos. Et au moment de la déclamer devant la caméra, Kechiche a dit : « Coupez ! ». Devant l’effarement de l’acteur qui du coup avait les jambes coupées puisqu’il a appris un texte par cœur et il n’a pas eu le temps de prononcer un seul mot, Kechiche lui rétorqua : « je voulais juste capter ton intention. Et c’est ce que ma caméra vient de saisir. »
Même si son dernier film primé à Cannes, La vie d’Adèle a soulevé une polémique en raison des conditions difficiles et des contraintes que le réalisateur imposaient à ses actrices, on reconnaît dans son désir de prendre un nombre incalculable de prises pour une même scène la marque d’un perfectionniste. Kechiche est un éternel insatisfait qui n’a de cesse de satisfaire son public!
C’est parce que le verbe filmer se conjugue toujours à l’imparfait de l’objectif qu’Abdellatif Kechiche travaille avec acharnement chaque séquence comme un long métrage autonome. Si le film s’ouvre sur une scène d’amour entre Tony et Ophélie, la deuxième séquence où Amin retrouve Ophélie et engage une longue discussion avec elle a donné lieu à plus de 100 prises.
Si les détails font la perfection, la perfection de ses films n’est pas un détail! En digne héritier de Maurice Pialat, Abdellatif Kechiche a trouvé la martingale qui crée un cinéma très exigeant mais néanmoins populaire.
Après La vie d’Adèle, et son despotisme dans la direction des acteurs, une nouvelle polémique s’est créée autour de son nouveau film, Mektoub my love où les critiques reprochent au réalisateur l’insistance de sa caméra sur les formes callipyges de son actrice principale, Ophélie Bau au point de devenir obsessionnelle. On avait déjà remarqué ce penchant dans un précédent film, La Vénus noire qui évoquait le destin singulier de la Vénus Hottentote. Mais résumer cette fresque généreuse à un regard appuyé sur des corps dénudés, c’est passer à côté de la poésie de cette ode à la jeunesse et à la séduction dans laquelle Marivaud à rendez-vous avec Renoir.
Avec ce nouveau long-métrage, on a un condensé de toute la filmographie de Kechiche. Quinze ans après L’Esquive, Mektoub my love fait référence à Marivaud par ses jeux amoureux. Ce nouvel opus évoque également La graîne et le mulet dans la mesure où l’histoire prend pour cadre la ville de Sète. L’attirance de Céline pour Ophélie est enfin un clin d’œil aux amours saphiques d’Emma et d’Adèle.
Mais si Mektoub my love pêche dans un domaine, c’est d’abord pour ses longueurs, qui donnent le sentiment que, comme au théâtre, l’unité de temps est respectée, que la durée de la scène coïncide avec la durée de l’action représentée.
La faute en revient peut être au style naturaliste des films de Kechiche. A force de vouloir être au plus près du réel, il nous fait penser à ce peintre qui s’était perdu dans le paysage qu’il avait peint…



Comment parler à tout le monde.

26052018

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Devenir un as de la communication pour réussir dans la vie et se faire des amis.

Vous désirez maîtriser les techniques pour parler à tout le monde mais comme personne ? Ce livre est fait pour vous car il comprend 92 chapitres qui présentent chacun une technique de communication. Derrière ce titre aguicheur ce livre remet au goût du jour Dale Carnegie dont le best seller Comment se faire des amis ? datant de 1936 sert toujours de référence.

Parmi ces 96 chapitres beaucoup présentent des techniques qui sont davantage des règles de savoir-vivre. Car pour devenir un as de la communication, il faut se rappeler que quatre savoirs gouvernent le monde : le savoir, le savoir-vivre, le savoir-faire et le faire-savoir!

Ce livre évoque aussi un classique de la littérature espagnole de Baltasar Gracian qui foisonne de bons conseils L’homme de cour. Cet ouvrage est destiné à développer les vertus nécessaires à la réussite en société de l’homme mondain. Cette oeuvre qui date de 1647 érige la prudence parmi les vertus indispensables à l’homme de cour en plein âge d’or. Avec Leil Lowndes on est passé de l’âge d’or à l’âge des règles d’or de la communication. Avec cet ouvrage vous allez accroître votre entregent car à l’ère moderne de l’internet, l’art de communiquer est une mine d’or. Alors si vous ne voulez pas devenir persona non… data, charge à vous d’assimiler ces méthodes qui vous permettront d’offrir aux autres la meilleure image de vous même.

A l’instar de Leil Lowndes, les auteurs américains ont cette particularité d’être davantage pragmatiques que théoriques. Ils délaissent les belles théories au profit de techniques, de recettes qui s’appuient sur une expérience concrète. Ils sont terre à terre, réalistes et aiment moins le savoir, que le savoir-faire. Un exemple pour illustrer cette idée : la PNL. Derrière ce sigle barbare (PNL = Programmation Neuro-linguistique) deux hommes, Grinder, docteur en linguistique et Bandler, un psychologue, les créateurs de cette méthode, ont visionné des kilomètres de vidéos dans le but d’identifier chez les meilleurs thérapeutes qui exercent une influence positive sur leurs patients quels sont leurs secrets et leurs techniques d’une communication efficace. La PNL peut donc se définir comme la grammaire du succès, la modélisation de l’excellence. Il n’y a pas de recette du succès, seuls les succès font les recettes. Et pour la petite anecdote, sur les 96 techniques qu’aborde Leil Lowndes, plusieurs sont empruntées à la PNL même si elle ne la nomme jamais comme par exemple au chapitre 45 où la technique « se faire l’écho de l’autre : On se ressemble comme deux gouttes d’eau » fait référence à la synchronisation prônée par les PNListes. En effet, un proverbe en PNL dit : « Pour attraper une souris, il faut imiter le bruit du gruyère. » En clair, il faut s’adapter à son interlocuteur, être caméléon car « qui se ressemble s’assemble ». Il s’agit donc de procéder à une sorte de mimétisme avec son interlocuteur pour se synchroniser avec lui sur le plan verbal, para-verbal et non verbal. En l’occurrence, dans ce chapitre 45, Leil Lowndes évoque la synchronisation verbale lorsqu’elle conclut : « Cette technique linguistique est très simple, mais son effet est déterminant. Retenez bien les termes (verbes, prépositions, adjectifs) qu’utilise votre interlocuteur, même si leur choix peut vous paraître arbitraire, et employez-les à votre tour. Quand ils entendront leurs propres mots sortir de votre bouche, cela créera dans leur subconscient un sentiment de proximité avec vous. Ils auront l’impression que vous partagez les mêmes valeurs, les mêmes habitudes, les mêmes centres d’intérêt et la même expérience. »

Dans le chapitre 44, l’auteur conclut même :  » Observez-bien les gens. Etudiez leurs gestes. Petits mouvements ou grands mouvements ? Rapides ou lents ? Fluides ou empruntés ? Traînants ou vifs ? Elégants ou vulgaires ? Imaginez que votre interlocuteur soit votre professeur de danse. Observez bien son corps et ses mouvements, puis imitez son style. Dès lors, inconsciemment, il se sentira plus à l’aise avec vous. »

D’une certaine manière, pour créer inconsciemment un lien profond avec vos interlocuteurs, il faut leur donner l’illusion qu’en vous regardant, ils observent leur miroir. Les extrêmes ne s’attirent pas… Il faut ressembler à l’autre. De la même manière, si vous êtes sur le quai d’une gare et que vous essayez d’attraper un train en marche, il vous faudra vous synchroniser avec la vitesse du train pour pouvoir le rattraper et monter dedans!

Un autre exemple édifiant qui dénote qu’on fait tous de la PNL comme monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir : la technique de l’empathie anatomiquement correcte au chapitre 48 :

A travers quelle partie de son anatomie votre interlocuteur parle-t-il ? Ses yeux ? Ses oreilles ? Ses tripes ? Si vous avez affaire à un « visuel », employez des images visuelles afin qu’il ait le sentiment que vous partagez sa vision du monde. Si c’est une personne qui utilise davantage ses oreilles, utilisez des images en rapport avec le son, pour lui montrer que vous entendez les choses comme elle. Si votre interlocuteur fonctionne plutôt par sensations, montrez-lui que vous ressentez les choses comme lui-même les ressent. »

Sans y faire référence, Leil Lowndes évoque une nouvelle fois une technique développée par la PNL qui consiste à identifier chez votre interlocuteur quel est son canal de perception privilégié du monde. Si nous sommes tous pourvus de 5 sens, il y a un sens que nous privilégions davantage que les autres pour appréhender le monde, filtrer la multitude d’informations que nous recevons chaque jour. En général, nous trahissons notre systhème de représentation du monde (visuel, auditif ou kinestésique) dans notre langage par l’emploi d’expression qui relèvent davantage d’un sens plutôt que des autres. Les visuels utilisent des expressions telles que « Tu vois ce que je veux dire ? », « Tu m’as ébloui… », « C’est une idée lumineuse! », les auditifs qui privilégient l’ouïe préférerons des expressions telles que « Tu entends ce que je veux dire ? », « Je n’ai pas perçu le même son de cloche », « C’est inouï », et enfin, les kinestésiques, qui appréhendent le monde à travers tous les autres sens (le goût, le touché, ou l’odorat) diront plutôt : « Je sens qu’on ne s’est pas compris. », « C’est une nouvelle sensationnelle », « Tes parole me touchent », etc…

Identifier dans quelle catégorie s’inscrit votre interlocuteur vous permet de calibrer votre communication pour utiliser des prédicats en rapport avec leur représentation du monde. Le succès de la chanson d’Edith Piaf, La vie en rose, relève de ce concept. Si la chanson a eu autant de succès, c’est parce qu’elle a touché autant les visuels, que les auditifs ou les kinestésiques à travers ses paroles dont un court extrait vous éclairera :

« Quand il me prend dans ses bras
Il me parle tout bas
Je vois la vie en rose »

Pour atteindre l’excellence, à l’instar de Leil Lowndes, la PNL nous enseigne à être caméléon, à nous adapter à notre environnement, et à notre interlocuteur par des techniques qui relèvent de la synchronisation et d’une communication protéiforme.

Donc cet ouvrage de vulgarisation de la PNL et des grands classiques du développement personnel s’adresse essentiellement aux personnes en quête d’efficacité sur le plan professionnel.  Car « Notre réussite dépend à 85% de notre aptitude à communiquer. » Et quand il est question de réussite, cela est aussi valable sur le plan professionnel que sur le plan personnel. La question n’étant pas de savoir s’il est plus important de réussir sa vie que de réussir dans la vie. La question c’est « comment réussir ? » quelque soit votre objectif : décrocher le job de votre vie, ou conquérir la future femme de votre vie! Cet ouvrage fait penser également aux manuels qui développent les techniques de ventes même si en l’occurrence le produit que Leil Lowndes souhaite vous apprendre à vendre c’est… VOUS! Donc ce livre de développement personnel est d’une certaine manière un manuel de séduction dans le sens où le mot « séduire » vient du latin « se aducere » qui signifie « amener vers soi ». Il s’agit de développer son charisme, son influence sur les autres grâce à un certain nombre de règles simples, de trucs ou d’astuces dont raffolent les auteurs américains. Comment transformer la résistance de l’autre en assistance, sa défiance en confiance ? Comment atteindre l’excellence grâce à la communication ? Appliquez-vous à respecter la règle des trois « C » : confiance, clarté et crédibilité. » Mais comment inspirer confiance aux autres quand on manque de confiance en soi ? On ne naît pas un bon vendeur, on le devient… Ce livre recense les méthodes qui vont vous permettre de développer la confiance qui vous fait parfois défaut car comme le dit Lowndes en conclusion :

 » N’oubliez pas que c’est en répétant une action que l’on prend une habitude. Vos habitudes façonnent votre personnage. Votre personnage, c’est votre destinée. Que votre destinée soit votre réussite. »

Et cette confiance se transmet à travers le regard car dans notre société, pour la plupart des gens, un regard profond est un signe de confiance et de connaissance, il signifie : « C’est pour vous que je suis là. »

Mais pour vous donner un avant-goût de ce best-seller, abordons quelques techniques intéressantes exposées dans ce livre…

 

L’empathie

Si  4 savoirs gouvernent le monde, vous n’aurez aucun levier sur les autres quelque soit votre niveau de connaissance si vous n’avez pas créé le contact avec votre interlocuteur et instauré une ambiance favorable en suscitant l’empathie. On a vu que pour briser la glace, il était important d’utiliser des marques d’empathie anatomiquement correctes comme le suggère le chapitre 48.

Un jour, un homme très avisé, Zig Ziglar, disait : « Les gens ne se soucient pas de ce que vous pouvez savoir, tant qu’ils ne savent pas combien vous vous souciez d’eux. »

L’empathie c’est l’art de pouvoir se mettre à la place des autres, de mieux les comprendre, de leurs montrer que vous ressentez ce qu’ils éprouvent.

De même, avant de délivrer une information, pensez à son destinataire. Annoncez-lui la nouvelle avec le sourire, avec tristesse ou avec désolation, en fonction non pas de l’effet que vous procure cette information mais de l’effet qu’elle va produire chez votre interlocuteur.

 

Aborder l’ordinaire avec passion

Le plus beau mot de la langue française est peut-être le mot « enthousiasme » qui signifie littéralement en grec « avoir un dieu en soi » ( « en » – dedans « , « Theos » – Dieu et « Asthma » – « Souffle », éthymologiquement, c’est un souffle d’inspiration divine). Et rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion… Leil Lowndes ne nous dit pas autre chose :

« Au cours d’une réception, j’avais remarqué un homme entouré d’une cour d’admirateurs qui buvaient ses paroles. Il souriait, il gesticulait, et visiblement, il les captivait. Je m’étais approchée pour prêter l’oreille pendant une minute ou deux. J’avais dû me rendre à l’évidence : il débitait les choses les plus banales du monde! Son discours était d’une platitude totale. Mais avec quelle passion il y allait! Et c’est ainsi qu’il envoûtait tout son entourage. Ce jour-là, j’ai compris que ce qui compte, c’est moins ce que vous dites, que la façon dont vous le dites. »

 

Mettez l’autre au centre de vos préoccuppations

Marcel Pagnol disait : « Les bavards sont ceux qui vous parlent des autres. Les raseurs sont ceux qui vous parlent d’eux-mêmes. Ceux qui vous parlent de vous sont de brillants causeurs. » Comment mettre votre interlocuteur au centre de la discussion ? C’est le but de la technique que propose l’auteur au chapitre 26 « Mettre l’autre en avant pour gagner respect et affection ». Il s’agit d’une méthode que tout bon commercial doit adopter s’il veut réussir à vendre un frigidaire à un esquimau ou bien un stick déodorant à la Vénus de Milo.

« Pour réussir une vente, il vaut mieux braquer le projecteur sur le prospect plutôt que sur le produit. »

Messieurs, préférez-vous qu’une femme vous dise « J’aime ton costume », ou « TU es magnifique dans ce costume ? » Les as de la communication savent utiliser cette technique à leur avantage. Si un de vos auditeurs vous pose une question, il trouvera sans doute agréable de vous entendre dire « c’est une bonne question », mais il trouvera plus agréable encore de vous entendre dire « VOUS avez posé une bonne question. »

Un bon vendeur ne dira pas à son prospect « Il est important que… » mais plutôt « VOUS constaterez l’importance de… »

De même, plutôt que « le résultat sera… », dites « VOUS verrez le résultat… ».

Parsemez votre conversation de TU, de TOI ou de VOUS comme vous répandriez du sel ou du poivre, et vos interlocuteurs lui trouveront un goût irrésistible. »

 

Comment demander avec tact comment votre interlocuteur gagne sa vie ?

« évitez de demander aux gens ce qu’ils font dans la vie. Vous pouvez bien entendu chercher à le savoir, mais pas en posant cette question grossière avec laquelle vous passeriez pour un vulgaire intriguant, pour un arriviste, pour quelqu’un qui est prêt à tout pour trouver un bon parti, ou pour un plébéien qui n’a pas l’habitude de fréquenter la haute société. Ainsi donc, comment allez-vous faire pour savoir quel est le métier d’une personne ? (J’ai cru que vous ne me le demanderiez-pas). C’est pourtant facile. Entraînez-vous à prononcer à la suite les dix mots suivants : « Comment… occupez-… vous… la… plus… grande… partie… de… votre… temps ? »

« Comment occupez-vous la plus grande partie de votre temps ?  » Voilà un moyen élégant de ménager un découpeur de cadavres, un fonctionnaire des impôts ou une personne qui est au chômage.

 

Le disque rayé

Dès que quelqu’un persiste à vouloir vous poser des questions sur un sujet indésirable, répétez tout simplement votre réponse initiale. Répétez exactement les mêmes mots, sur le même ton exactement. En général, cela suffit à calmer votre interlocuteur. Même s’il s’accroche, chaque répétition ne peut que briser un peu plus sa détermination.

 

L’art de remercier

Chaque fois que l’occasion justifie autre chose qu’une vague reconnaissance machinale et inconsciente, habillez votre merci en précisant la raison pour laquelle vous remerciez :

Merci d’être venu.

Merci de vous montrer aussi compréhensif.

Merci de m’avoir attendu.

Merci de m’honorer de votre confiance.

Merci d’être aussi adorable.

En personnalisant vos remerciements, vous évitez l’écueil de formules de politesses stéréotypées et éculées qui font de vous une machine qui débite une litanie impersonnelle. Au contraire, vous êtes beaucoup plus humain en répondant à ce que les autres attendent le plus souvent de vous : le besoin de reconnaissance.

 

Les amener à penser « nous » (au lieu de « tu » vs « je »)

On a vu qu’il fallait parsemer sa conversation de « TU » et de « VOUS » pour que vos interlocuteurs la trouve savoureuse. De la même manière, il s’agit d’introduire le « NOUS » dans vos propos pour créer avec autrui un sentiment de proximité et d’appartenance. En utilisant « NOUS » vous atteignez le plus haut niveau d’intimité avec les autres et vous ferez surtout en sorte que votre interlocuteur se sente concerné par ce que vous dites.

Niveau 1 : des clichés

Deux personnes qui ne se connaissent pas vont commencer par échanger des clichés.

Niveau 2 : des faits

Deux personnes qui se connaissent mais sans être intimes discutent souvent de faits.

Niveau 3 : des sentiments et des questions plus personnelles

Quand deux personnes développent des liens d’amitié, elles échangent leurs impressions et leurs sentiments, même sur un sujet aussi insignifiant que le temps qu’il fait.

Niveau 4 : l’utilisation de la première personne du pluriel

Nous en arrivons au plus haut degré d’intimité, caractérisé par davantage de faits et par des liens, au-delà des sentiments. Deux bons amis qui discutent du temps diront par exemple : « Si on continue à avoir un temps comme ça, on va passer un été formidable. »

« Penses-tu que sa politique sera bonne pour nous ? »

Attachez-vous à formuler des phrases à la première personne du pluriel, le genre de phrase que les gens réservent instinctivement à leurs intimes : « Je pense que sa politique ne nous affectera pas outre mesure. »

Le mot NOUS favorise la proximité. Il incite l’interlocuteur à se sentir concerné et à rester attentif. Il convoie un sentiment subliminal que l’on pourrait formuler ainsi : « Toi et moi contre ce monde hostile. »

Quand le mot « nous » est utilisé de façon prématurée, même avec un inconnu, il rapproche les individus de façon subconsciente.

 

Savoir flatter (sans passer pour un lèche-bottes)

Il y a pire que que les lèche-culs, ce sont les suspects. Et le premiers, à force de flatteries, passent très vite pour les seconds! Alors comment éviter de passer pour l’un ou l’autre ? Thomas Fuller écrivait quelque chose à propos d’un ami qui disait du bien de lui dans son dos. « Nous sommes plus disposés à croire celui qui dit du bien de nous quand nous ne sommes pas là pour l’entendre, que celui qui nous le dit en face. »

Essayez le bouche-à-oreille

Un compliment n’est jamais aussi bien perçu que lorsqu’il parvient à son destinataire par le bouche-à-oreille. Ce que vous avez à exprimer, dites-le à un proche de la personne concernée. Cela vous permettra d’éviter que celle-ci vous soupçonne d’être un flatteur, un flagorneur ou un lécheur. Par ailleurs, cette personne aura l’agréable impression que vous chercher à donner une bonne image d’elle au monde entier.

 

Se faire le messager de l’agréable. Transmettez la bonne nouvelle.

Personne n’aime le messager porteur de mauvaises nouvelles. Quel profit en tirerez-vous ? Tout le monde aime celui qui apporte une bonne nouvelle. En vous faisant l’écho d’un compliment, vous vous faites apprécier tout autant que le complimenteur.

Les gens ont généralement une forte propension à colporter des informations parfois douteuses (on appelle cela les ragots). Devenez, pour votre part, porteur d’informations aussi fiables qu’agréables. Chaque fois que vous entendrez un commentaire élogieux sur quelqu’un, transmettez la nouvelle à l’intéressé.

 

Comment communiquer au téléphone ?

Au téléphone, nous passons plus de temps à nous dire au-revoir qu’à nous voir. Vous seriez surpris de découvrir que lorsque vous vous adressez à un public, votre auditoire est intéressé à 55% par votre langage non verbal, c’est-à-dire votre apparence, vos gestes, votre habillement, le langage de votre corps, vous mouvements, etc… 38% de l’attention de votre auditoire se focalise sur votre langage para-verbal, c’est-à-dire la tonalité de votre voix, son rythme, sa musicalité, etc… Et seulement 7% de l’attention de votre auditoire s’intéresse à votre langage verbale. En claire, les gens s’intéressent moins à ce que vous dites qu’à la façon dont vous le dites. Avec le téléphone, les codes sont bouleversés car le langage non verbal est occulté. Au téléphone, vous allez devoir remplacer vos gestes et vos sourires par des mots, et les regards par la mention du nom de votre interlocuteur. Vous utiliserez donc la technique que j’appelle le geste dans la parole.

Il faut que votre interlocuteur entende vos émotions. Car le sourire, ça s’entend au téléphone.

L’art de bien communiquer au téléphone est de sembler proche même à longue distance.

Comment faire passer des sentiments par voie téléphonique, quand on ne peut pas s’embrasser ni se tapoter l’épaule ? La réponse est simple : utilisez le nom de votre interlocuteur plus souvent que si vous étiez en sa présence. Quand votre interlocuteur entend son propre nom, c’est comme s’il recevait une caresse verbale.

« Merci, Sam »

« Faisons comme ça, Betty. »

« Dimitri, pourquoi pas ? »

Si vous entendiez prononcer votre nom même au milieu d’une foule, vous seriez aussitôt aux aguets. De même, au téléphone, dès que votre interlocuteur vous entend prononcer son propre nom, il ne peut qu’être attentif. Vous recréez ainsi la proximité dont le téléphone vous prive. C’est comme si vous le rameniez dans la pièce où vous vous trouvez.

Attendez de savoir qui vous appelle pour sourire et faire passer votre sourire dans votre voix. Ainsi, votre interlocuteur aura l’impression que votre sourire chaleureux lui est réservé.

De quelle couleur est votre temps ?

Quel que soit le degré d’urgence de votre appel, commencez toujours par demander à votre correspondant dans quelle mesure il est disponible. Utilisez le système « De quelle couleur est votre temps ? » ou demandez-lui tout simplement si vous ne le dérangez pas. En procédant ainsi, vous évitez d’indisposer votre correspondant. Celui-ci n’ira jamais vous opposer un « non » cassant sous prétexte que vous tombez mal. Cette question est d’autant plus primordiale qu’il ne vous viendrait pas l’esprit de demander votre chemin sur une autoroute… De la même manière, votre message sera comme un coup d’épée dans l’eau si vous ne choisissez pas le bon moment pour vous adresser à votre interlocuteur.

« Comme d’habitude » est une technique pour passer le barrage de la secrétaire au téléphone.

Au lieu de mentionner le nom de votre correspondant, utilisez l’air de rien le pronom (il ou elle). Oubliez « Euh, pourrais-je parler à M. Grossehuile, s’il vous plaît ? » et dites simplement : « Bonjour, (votre nom) à l’appareil, est-ce qu’il est à son bureau ? » Un « il » familier donnera l’impression à la secrétaire que son patron et vous êtes de vieux amis. Une autre façon de créer l’illusion que vous et votre interlocuteur vous connaissez bien est de demander à parler à Patrick Grossehuile. L’emploi du prénom indique à la secrétaire que vous le connaissez bien. Si vous connaissez son prénom, elle peut croire que vous êtes un ami de son patron.

 

Le score inscrit au-dessus des têtes

Napoléon Bonaparte disait : « Les hommes sont comme les chiffres,  ils n’acquièrent de valeur que par leur position. » Dès que deux personnes se rencontrent ou discutent, un score invisible évolue au-dessus de leurs têtes. La position relative de chacun peut changer, mais une règle demeure : le joueur dont le score est le moins élevé doit faire preuve de déférence envers l’autre joueur. S’il néglige cette règle, la pénalité est l’exclusion du jeu. A titre définitif. Il y a donc un droit de préséance, qui impose par exemple à un candidat de se conformer à l’emploi du temps de celui qu’il sollicite. Négliger cette règle élémentaire de savoir-vivre peut être rédhibitoire!

 

Ce livre est donc intéressant car sans en avoir l’air, il dépoussière les classiques du développements personnels en nous montrant leurs applications dans la vie de tous les jours dans nos relations avec les autres. Ce livre formalise les règles élémentaires du savoir-vivre comme par exemple de ne pas demander son chemin sur une autoroute. Mais il nous rappelle en même temps que sur l’autoroute de l’excellence, il n’y a pas de limitation de vitesse.

Bonne route!

 




[Critique de film] La promesse de l’aube : Au nom de la mère!

30042018

promesse de laube

L’adaptation du roman autobiographique de Romain Gary, La promesse de l’aube par le réalisateur Eric Barbier est un film épique qui nous fait voyager à travers quatre continents : en Lituanie à Vilnius, où l’auteur a passé la première partie de son enfance, en France à Nice, où sa mère a essayé de joindre les deux bouts en tenant notamment une pension, puis à Londres où le jeune Romain Gary rejoint le général de Gaulle et en Afrique où il prend part à la seconde guerre mondiale comme pilote d’avion. Ce qui est remarquable dans ce film, c’est que le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire est à Mexico (alors que dans le roman c’était sur une plage près de San Francisco à Big Sur). C’est en cela que le réalisateur se réapproprie le roman sans trahir l’auteur : alors que Romain Gary est au crépuscule de sa vie et doit se faire soigner d’une tumeur au cerveau à l’hôpital, il relate à sa première femme, Lesly Blanche, le roman de sa vie : La promesse de l’aube.

Une phrase dans les vingt premières pages résume à merveille ce roman et annonce la couleur : « Avec l’amour maternel, la vie nous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

Rares sont les films qui parviennent à la hauteur des romans qu’ils adaptent. Si La promesse de l’aube… est tenue, le réalisateur Eric Barbier a relevé ce défi admirablement grâce à deux facteurs :
1°) Son film est fidèle à l’oeuvre de Romain Gary qu’il ne trahit jamais! Cependant, il s’est parfaitement réapproprié le roman qu’il restitue dans un film magistral, drôle et émouvant!
2°) A ma grande surprise, j’ai découvert que Charlotte Gainsbourg était une grande actrice. Quand Yvan Attal affirmait dans le titre d’un de ses films « Ma femme est une actrice« , je n’étais pas du tout convaincu par ce petit bout de femme frêle, qui a autant de charisme qu’un pudding anglais et dont la voix ténue ressemble à un murmure!
Et pourtant, dans La promesse de l’aube, elle est complètement métamorphosée en interprétant la mère de Romain Gary, Mina, un personnage truculent, aux antipodes de la personnalité effacée qu’elle dégage : dans le film, elle incarne avec justesse une mère volcanique, exclusive, étouffante, imprévisible, excentrique!
Charlotte Gainsbourg joue dans La promesse de l’aube son plus beau rôle au cinéma… Le succès du film repose en partie sur ses épaules!
Et que dire de l’interprétation de Pierre Niney, déja Césarisé avec le biopic sur Yves St Laurent et qui n’était pas passé inaperçu dans Frantz de François Ozon… Il est très crédible dans le rôle de Romain GARY. Les seconds rôles campés par Didier Bourdon en Paul Poiret de pacotille mais surtout Jean-Pierre Darroussin qui interprète un artiste peintre Polonais, Monsieur Zaremba, sont également intéressants!
L’écrivain fascine. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, si Yvan Attal débute son film Le brio, une pâle copie de « A voix haute » avec Daniel Auteuil et Camelia Jordana, par des images d’archives de Claude Levi-Strauss, Serge Gainsbourg, Jacques Brel et… Romain Gary. Car cet auteur, est l’un des plus grands mystificateurs de la littérature Française. Il a eu le privilège de remporter deux fois le prix Goncourt qui n’est normalement décerné qu’une seule fois à un écrivain : la première fois sous le nom de Romain Gary avec Les Racines du Ciel en 1956 et la deuxième fois sous le pseudonyme d’Emile Ajar avec La vie devant soi publié en 1975.
Le personnage fascine parce qu’il s’est suicidé en 1980.
Il a eu une vie romanesque de grand séducteur : il a été marié deux fois dont une fois avec l’actrice Jean Seberg (qu’on retrouve dans le chef-d’oeuvre de Jean-Luc Godard, A bout de souffle) avec qui il a eu un fils, Diego.
Aujourd’hui encore, le rayonnement de Romain Gary apparaît au détour des pages d’un best-seller de Katherine Pancol quand elle dédie ses romans « Les Yeux jaunes des crocodiles », « La valse lente des tortues », « Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi » à un certain Roman à qui elle pense en se tournant vers la voûte étoilée. Et comme par magie, c’est ce même Roman (le vrai nom de Romain Gary est Roman Kacew) qui achève son roman, La promesse de l’aube en écrivant : «  Qu’on veuille bien regarder attentivement le firmament, après ma mort : on y verra, aux côtés d’Orion, des Pléïades ou de la Grande Ourse, une constellation nouvelle : celle du Roquet humain accroché de toutes ses dents à quelque nez céleste. » Romain Gary a été un Pygmalion pour Katherine Pancol de toute évidence en lui ouvrant les portes du monde littéraire!
Mais l’amour que lui a inspiré toutes ces femmes est bien terne en comparaison de celui qu’il a voué à sa mère! La mesure de cet amour maternel tient à la démesure!
Donc Bravo à Eric Barbier pour ce film très réussi! Du coup, on en oublierait presque qu’il y avait déjà eu une adaptation au cinéma de ce roman, en 1970, par Jules Dassin, le père de Joe, avec Melina Mercuri dans le rôle de Mina.
Enfin pour finir, Romain Gary continue de faire parler de lui en-dehors du cinéma puisque le dernier roman de François-Henri Désérable, « Un certain M. Piekielny« , part sur les traces de cet écrivain, et fait référence à un épisode de La promesse de l’aube qui est occulté dans le film.

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Un-certain-M.-Piekielny

Enfin, dernière petite anecdote, Laurent Seksik qui avait écrit un livre sur « Les derniers jours de Stefan Zweig » a également publié « Romain Gary s’en va-t-en guerre. » Et en première de couverture, il annonce la couleur avec cette phrase : « On associe le génie de Gary à sa mère. L’énigme Gary, c’est son père. »




PSG : Thomas Tuchel va-t-il réussir à imposer ses idées au vestiaire Parisien ?

17042018
Thomas Tuchel est-il un bon choix pour le PSG ?
TUCHEL

Le PSG avait besoin d’un homme à son image : un entraîneur qui n’a pas de palmarès ronflant, mais qui va grandir avec ce club en imposant une identité de jeu très forte et des méthodes drastiques.

Tuchel, (il faut prononcer en Allemand « Tomasse Toureul ») est réputé pour avoir des convictions et vouloir les imposer. C’est une tête à clash comme le prouve le conflit qui l’a opposé à Pierre-Aymerick Aubameyang par exemple. Pour avoir fait la fête, le joueur a été écarté du groupe de Dortmund qui se déplaçait à Stuttgard pour raison disciplinaire.
Mais sera-t-il l’homme de la situation pour sermonner MBappé quand il n’aura pas fait un repli défensif, faire accepter à Neymar l’idée que c’est Cavani qui va tirer un pénalty, demander à Mbappé d’arrêter de manger des pizzas après les matchs ou d’interdire à Verratti de sortir en boite de nuit avant un match important ?
Car le bonhomme a la réputation d’être autant un ascète qu’un esthète.
Il est certes partisan du beau jeu, c’est-à-dire d’un jeu offensif qui favorise la verticalité, mais il marque ses joueur à la culotte au point d’apparaître intrusif.
Matts Hummels ne souhaite plus travailler avec lui car il lui a imposé un régime strict : pas de blé, pas de céréales, pas de sucres. C’est ce même régime qui a permis à Ilkay Gundongan de perdre 4 kilos!
Fini les sucreries, le coca-cola ou les pizzas car pour Tuchel, ce qui est dans l’assiette est décisif! Les joueurs du PSG vont donc devoir se mettre à la diète!
Alors que Unaï Emery imposait un inamovible 4-3-3, Tuchel en disciple de GUARDIOLA, propose une tactique protéiforme : il est capable de modifier son schéma plusieurs fois dans le même match.
Mais il devrait reconduire un 4-3-3 dans les phases offensives capable de se muer en 3-4-3 dans les phases défensives.
Son palmarès ne casse pas trois pattes à un canard. A 44 ans, Thomas Tuchel a entraîné trois clubs : Augsbourg, Mayence et le Borussia Dortmund où il a pris la succession de Jurgen Klopp de 2015 à 2017.
A deux reprises, il a achoppé au stade des quarts de finale d’une coupe d’Europe. En ligue Europa, Dortmund a été éliminé par Liverpool, coaché par son ancien entraîneur, Klopp, à l’issue d’un match Dantesque.
En Avril 2016, Dortmund avait concédé le match nul 1-1 sur sa pelouse face aux Red Devils. Au match retour, Dortmund mène en Angleterre 2-0 après 9 minutes de jeu grâce à Aubameyang (9e) et Mkytharian (2e). Liverpool réduit le score à la 48ème minute par Divock Origi, mais Marco Reus permet à Dortmund de faire le break à la 57e (1-3). Puis Coutinho réduit le score à la 66e avant que Mamadou Sackho n’egalise à la 77e. C’est finalement dans les arrêts de jeu à la 91e que Dejan Lovren qualifie Liverpool!
Le deuxième quart de finale remonte à l’épisode de l’attentat qui visait le car du Borussia Dortmund en marge du match de Champion’s league contre l’AS Monaco. Tuchel s’était opposé à ses dirigeants car il ne voulait pas que ses joueurs disputent la rencontre!
Son autre fait d’arme, c’est une coupe d’Allemagne remportée en 2017 un an après avoir été finaliste en 2016.
Sous l’ère Tuchel, le Borussia Dortmund a terminé second de Bundesliga en totalisant 78 points, ce qui constitue un record pour un dauphin!
Donc finalement, ce que Tuchel a de plus que Unai Emery c’est son aura : il est considéré comme le meilleur entraîneur d’Allemagne car avec lui, le Borussia Dortmund avait un taux de victoire de 63,75%. En 80 matchs disputés, il a enregistré 51 victoires. A titre de comparaison, Klopp avait un taux de victoire avec Dortmund de 57,84%. Mais il faut nuancer cette statistique puisqu’il était resté 8 ans à Dortmund quand Tuchel n’a entraîné le Borussia que pendant 2 ans. Tuchel était dans le viseur du Bayern de Munich alors que Unai Emery n’a jamais intéressé les grands d’Espagne (Barcelone ou le Real Madrid).
Il est évidemment bancal de reprocher à un entraîneur son manque d’expérience de joueur de haut niveau ou l’absence d’un grand palmarès d’entraîneur car il y aura toujours des contre-exemples :
- Arsène Wenger n’a pas connu une grande carrière de joueur
- Arrigo Sacchi était un illustre inconnu avant d’officier sur le banc de touche du Milan AC
- On peut en dire autant de Mourinho
Néanmoins, Tuchel arrive à Paris en terrain miné si on se réfère aux conditions rocambolesques de sa nomination. En effet, sa venue au PSG délégitime le rôle du directeur sportif Antero Henrique, qui selon les médias, n’aurait pas été consultés sur le choix sportif le plus important du club. Il ne serait pas non plus le choix du président du PSG Nasser El Kelhaifi.
C’est en fait le consul du Qatar en Allemagne qui aurait soufflé le nom de Tuchel à l’oreille de Joan, le jeune frère de l’émir Tamim al-Thani, propriétaire du club.
Les discussions étaient bien avancées avec Antonio Conte ou Luis Enrique dont la venue était souhaitée par une partie du vestiaire Parisien (Neymar ou Dani Alves par exemple, les anciens Barcelonais) avant que Tuchel ne soit imposé par le propriétaire du club.
Tuchel n’a pas l’expérience de gérer une équipe de VIP et d’égos surdimensionnés. Il apprécie davantage les joueurs « malléables » qui pourront s’adapter à son haut niveau d’exigence, à ses schémas tactiques à géométrie variable.
Choisir Tuchel c’est donc faire un pari sur un entraîneur dogmatique, jusqu’au boutiste, et perfectionniste!
Si cet entraîneur n’a pas de palmarès, le PSG non plus. Thomas Tuchel a besoin du PSG pour grandir et franchir un pallier supplémentaire dans sa carrière. De même, le PSG a besoin d’un Thomas TUCHEL pour devenir un grand d’Europe et imposer un style de jeu flamboyant…
Tuchel aime beaucoup donner leur chance à de jeunes joueurs comme ce fut le cas avec André Schurlé, Emre Mor ou Julian Weigl. Il pourra donc exploiter au mieux les pépites qui sortent du centre de formation comme l’avait fait avant lui Laurent Blanc (avec Rabiot) ou Unai Emery (avec Kimpembe, Nkunku, ou Areola).
Le PSG se dote donc d’un fin tacticien adepte des schémas de jeu de Guardiola. Thomas Tuchel est un chef d’orchestre qui estime que même si on a les plus grands solistes, si chacun joue sa partition dans son coin, cela sonne faux! Mais réussir à imposer ses idées aux joueurs Parisiens sera une toute autre musique!

 




Foot, mensonges et vidéo

27032018
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A l’éternel débat de savoir s’il faut avoir recours à la vidéo sur les terrains de football, je suis contre pour plusieurs raisons.
Premièrement, le football est universel : ses règles doivent être autant les mêmes pour un match de district que pour un match de coupe du monde. S’il est l’un des sports les plus populaires, c’est parce qu’il suffit d’un ballon pour jouer au football. Donc au nom de l’universalité des règles, il faut faire fi de la vidéo même à l’occasion des grandes compétitions.

De plus, le recours à la vidéo aurait pour conséquence de rendre les matchs moins attrayants car ils seraient interrompus sans arrêts, et ils seraient hachés comme dans le top 14. Arrêter un match deux minutes pour vérifier une faute d’un joueur évite certes de commettre des injustices, mais peut être fatal pour le spectacle et la fluidité du jeu.

De plus, on le constate dans le Top 14, la vidéo n’est pas la panacée universelle. Ce n’est pas tout d’avoir la vidéo, encore faut-il savoir s’en servir à bon escient. Il n’est pas un match du top 14 qui n’est pas émaillé de faits de jeu, d’erreurs d’arbitrages. L’arbitre est souvent sûr de son fait, du coup il n’a pas recours à la vidéo. Et quand bien même il y a recours, celle-ci l’induit parfois en erreur car l’angle de la caméra n’est pas toujours le bon pour juger par exemple si le ballon est passé entre les poteaux. De même, lors de la finale de la coupe du monde 1966, la vidéo aurait été incapable de déterminer si le but anglais accordé à Hurst était valable. Impossible, même aujourd’hui avec les moyens techniques modernes de savoir si le ballon a bien franchi la ligne.

Enfin, je suis contre la vidéo car on ne peut pas crier au chiottes l’arbitre à une caméra. Et le jour où les hommes ne pourront plus crier « aux chiottes » à l’arbitre, c’est dans la rue qu’ils risquent de protester. Car les arbitres ont une fonction cathartique. Ils canalisent souvent l’agressivité des supporters qui leur reproche de ne pas avoir sifflé un pénalty ou d’avoir commis une injustice. Il a un rôle ingrat qui recouvre une dimension sociale. Il nous permet de nous purger de nos passions et de nos émotions en les vivant sur un mode imaginaire. Insulter l’arbitre est une sorte d’exutoire à notre colère.

De plus, l’arbitre fait partie du jeu au même titre qu’un poteau par exemple. Dans un match, il y aura autant d’erreurs d’arbitrage que de faux rebonds du ballon. Pourtant, je n’ai encore jamais vu personne en parler avec le ballon. L’arbitre participe à la dramaturgie d’un match de football. Il écrit le scénario d’un match en même temps que les joueurs. Evidemment, son rôle est de se faire oublier au maximum afin d’arbitrer le match selon les règles du football. Un arbitre peut commettre une erreur à l’instar d’un attaquant qui rate un pénalty. Mais à la différence de cet attaquant, il n’a aucun moyen de se racheter. L’attaquant a toujours la possibilité de rattraper son erreur en inscrivant un but. L’arbitre verra ses erreurs stigmatisées par les supporters, les joueurs et les journalistes. Il a le plus mauvais rôle. Mais sans un arbitre, le match perd de sa saveur. Evidemment, on pourrait critiquer la position de ceux qui sont contre la vidéo en les comparant à des gens qui seraient contre le recours aux test ADN pour confondre un criminel sous prétexte que la justice serait moins humaine. Mais sans les négligences de l’arbitre, il n’y a plus de main de Dieu, de main de Thierry Henry ou de Vata… Le football perd de sa magie car tout peut s’y jouer parfois sur un coup de dés! Il est toujours frustrant de perdre un match important sur une erreur d’arbitrage mais les joueurs doivent pour remporter le match s’adapter en fonction de la médiocrité de l’homme en noir. Même s’il accorde un but litigieux, l’autre équipe doit prouver sa supériorité en inscrivant un but de plus.

Michel Platini n’a pas toujours été contre l’arbitrage vidéo. Il fut un temps, où jeune sélectionneur de l’équipe de France, il regrettait qu’on perde un match sur une erreur d’arbitrage….
Plus tard, il a changé son fusil d’épaules, car en tant que président de l’UEFA, il se devait de faire de la politique politicienne. Il s’agissait sûrement d’un calcul stratégique qui consistait à se ranger dans le camp de ceux qui lui accorderaient le plus de voix.




BASIC INSTINCT I & II : les dents de l’amour!

27032018

basic intinst

Il y a eu avant Basic Instinct et après… Ce film a fait date dans l’histoire du cinéma en réinventant en 1992 le concept du thriller érotique.

Et s’il y avait une esthétique dans l’érotisme ? Basic Instinct est un des rares films à me le faire penser. En effet grâce à l’érotisme, la femme n’est pas seulement un objet (l’objet de notre regard) elle est aussi un sujet car elle se réapproprie son propre corps. Elle l’expose dans un premier temps (en cela elle est un objet) mais elle oriente le regard d’autrui, elle lui fixe des limites à travers le décolleté, la mini-jupe, et tout autre artifice qui crée le jeu érotique. On a tous en tête la scène dans Basic Instinct où Sharon Stone alias Catherine Trammell décroise ses jambes. L’érotisme est un jeu entre le visible et l’invisible. Basic Instinct est peut être le seul film érotique de toute l’histoire du cinéma dans lequel le septième art a rendez-vous avec le septième ciel.

Beaucoup de films qui portent le label EROTIQUE sont en fait des films vulgaires, obscènes dans lesquels les femmes (car ce sont souvent elles les héroïnes principales) sont confinées dans ce rôle d’objet.

Avec Basic Instinct, l’érotisme triomphe car Sharon Stone est à la fois objet et sujet…

Beaucoup de réalisateurs se sont inspirés de Basic Instinct pour nous offrir de pâles ersatz de thrillers érotiques à l’instar de Jade (avec Linda Fiorentino), Body (avec Madonna), Fatale (de Brian de Palma avec Rebecca Romijn-Stamos) et maintenant… Basic Instint II!

Eh oui le nouvel opus de Basic Instinct est loin d’égaler le premier film.

On a quand même le plaisir de retrouver une Sharon Stone proche de la cinquantaine mais au sommet de sa beauté. C’est une bombe anatomique ou une blonde atomique. Cette femme n’est pas seulement une créature de rêve, c’est aussi une récréature. Elle est dans BASIC INSTINCT II en état de garce!

Catherine Trammell a donc quitté San Francisco et l’inspecteur Nick Corran (alias Michael Douglas) pour Londres où un éminent psychologue doit faire une analyse de sa personnalité dans le cadre de la mort d’un footballeur.

Ce psychologue est incarné par David Morissey qui a autant de charisme qu’un pudding anglais.

Le film commence pourtant sur les chapeaux de roue ou plutôt à 180 kilomètres à l’heure avec une scène torride qui est la seule digne de BASIC INSTINCT I. En effet, Catherine Trammell est au volant d’un bolide avec un joueur de football qui occupe… la place du mort! Le joueur de football est incarné par l’ancienne star du championnat d’Angleterre, Stan Collymore.

Ce dernier peut à peine bouger sous l’effet de la drogue. Mais Catherine Trammell fonce à 180 à l’heure et à mesure que la vitesse augmente elle a une espèce de rapport sexuel avec son passager qui la conduit à l’orgasme. Au paroxysme du plaisir, elle fait une sortie de route et se retrouve dans la Tamise. Son passager meurt noyé. Dans le cadre de l’enquête qui doit déterminer si la mort de son compagnon est accidentelle, elle rencontre un éminent psychologue qu’elle va réussir à manipuler. Ce dernier découvre notamment son ex-femme assassinnée. A noter que l’arme du crime est moins un pic à glace qu’une ceinture dans la plupart des cas.

Comme dans Basic Instinct I, Sharon Stone incarne une femme belle comme Vénus, riche comme Crésus, mais pas aussi innocente que Dreyfus!

En Italien, BELLA DONNA, signifie une BELLE FEMME. En anglais, BELLADONNA désigne un POISON MORTEL. N’est-ce pas la preuve évidente que ces deux langues sont finalement assez proches ?

Dans BASIC INSTINCT II Sharon Stone reprend son rôle de mante religieuse dont le goût du risque et la fascination devant la mort des autres constituent peut-être ses seules raisons de vivre! Les hommes ne se méfient jamais assez des dents de l’amour! Ils courent toujours après les femmes qui les font… marcher. Catherine Trammell est experte en manipulation. Elle accepte de se faire analyser par un éminent psychologue dans le seul but d’opérer sur lui un transfert et d’inverser insidieusement les rôles patient-docteur. Son arme reste le divan où elle se confie au psychologue. Avec Catherine Trammell, gare à DIVAN LE TERRIBLE! Son psy pense l’analyser, en réalité, elle s’est déjà insinué dans son cerveau… Elle l’a littéralement subjugué avec son charme incommensurable!

On a tellement aimé le premier film qu’on peut bien être indulgent devant les grandes imperfections de cette suite qui m’a laissé franchement sur ma faim!

De toute manière comme dans le premier volet, il y a deux fins possibles…

Dans le premier volet, le grand débat était : Est-ce que c’est la blonde ou la brune ? Dans le second volet, la grande question est : est-ce que c’est Catherine Tramell ou bien…

Bon allez, j’en ai assez dit! Allez le voir vous-même si vous voulez vous faire votre propre opinion.







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